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La société du parapluie.
Trop de précaution nuit …
Quoi de plus naturel dans un pays où le président est défendu par des parapluies blindés qui ont coûté les yeux de la tête, que le sus-dit ustensile soit sorti à tous propos et en toute occasion pour se couvrir et éviter ainsi tout risque éventuel. Le principe de précaution est poussé à l'extrême, ce sont les assureurs et les moralistes à la petite semaine qui commandent aux décideurs, si pleutres que tout courage leur fait désormais défaut !
Quelques malheureux flocons et voilà que les vrais se couvrent derrière une alerte météorologue qui vise à interdire toute action un tant soit peu extérieure. Il faut se prémunir de tout et surtout de l'impondérable. Le risque zéro est la nouvelle illusion après la tolérance éponyme. On n'est jamais assez prudent dans un pays frileux.
Alors, cinq centimètres de neige sur nos routes, et nos préfets qui portent la casquette mais jamais le chapeau de déclarer interdits les ramassages scolaires. Si ce n'est eux, ce sont les conseils généraux qui prennent la mesure sans appréhender réellement les conséquences futures d'un comportement qui tend à devenir systématique.
Un agitateur politique local de me tancer en me supposant irresponsable quand ce dimanche soir je dénonçais cette mesure dans le Loiret. Mathieu L est terriblement soucieux de l'intérêt des élèves en matière de circulation et beaucoup moins quand il s'agit de préserver notre école républicaine. C'est ainsi, il ne faut plus s'étonner de rien !
« Que diriez-vous si un car scolaire avait un accident sur la neige ? » La question mérite naturellement d'être posée et j'en serais fort marri, comme tout le monde je suppose. Mais le risque est-il si grand ? Le car roulerait-il à une allure telle qu'il y aurait victimes malheureuses ? Les cars ne roulent-ils pas quand il s'agit de conduire des enfants en vacances à la neige ?
On peut toujours ergoter, interroger tous les possibles et tourner en rond devant ce principe imbécile qui ne voit jamais plus loin que le petit bout de nez. Quand on ferme les transports scolaires, il est encore des parents qui considèrent malgré ce gouvernement et ses admirateurs, que l'école est importante et qu'il ne faut pas la manquer. Ils prennent leurs véhicules personnels pour conduire leur progéniture. Vaut-il mieux un car que 30 voitures de plus sur la route ?
D'autres au contraire se réjouissent de l'aubaine. Les classes sont à moitié vides en zone rurale et on atteste l'idée saugrenue que l'on ne vient pas au travail quand il ne fait pas beau. Belles générations à venir nourries au lait de cette mesure sage. Les employeurs se réjouiront alors de constater qu'il y a quelques principes éducatifs qui ont survécu au désastre de notre école.
Plus grave encore, cette mesure devenue systématique brise le principe d'égalité. Pendant que les petits ruraux sont censés rester chez eux pour éviter tout carambolage inutile, les citadins poursuivront leur scolarité de proximité. Nouvelle mesure vexatoire pour ceux qui faute de moyens ou par goût se sont installés loin de la ville. Les trains se font rares, les transports scolaires n'aiment que le soleil.
Dans les classes se posent alors l'épineux problème des contenus. Que faire ces jours où les absents subissent un empêchement administratif ? Aborder une nouvelle notion ce serait les punir doublement. Ils ne sont pas responsables de la frilosité des adultes. Il faut moduler, proposer un contenu qui ne pénalise pas les absents. Les autres n'ont d'ailleurs pas trop envie de travailler dans ces conditions et une fois encore, nos décideurs créent des conditions favorables au désinvestissement scolaire.
Le parapluie se refermera sur cet épisode neigeux. Il reviendra soyons en certains et une fois encore les mêmes questions resteront sans réponse. Peut-on accepter le risque pour former des adultes responsables et courageux ? Vaste débat de civilisation celui-là, monsieur Guéant !
Paraneigment leur.

Tous les commentaires
Excellent ton billet !
Tu sais quelle génération ça donne ? Un stagiaire, qui était tout le mois dans mon service, n'est pas venu, non pas hier, il avait fini son stage. Mais à la première chute de neige "annoncée" la semaine dernière : trois flocons et des routes propres...
Moi aussi j'en ai marre des conseils de toutes sortes qui nous sont serinés à longueur d'année !
- ne pas fumer
- ne pas boire
- manger des produits laitiers
- manger nos 5 fruits et légumes jour
- se protéger du soleil
- aérer son domicile
- ne pas sortir en cas de mauvais temps
- s'auto-médicamenter,
etc.etc.
Ces pubs des différents ministères sont insupportables. Tout ça pour notre bien parait-il ! Nous prennent vraiment pour des c... !!!
ELISA13
J'espère que tous mes billets sont bons, parfois excellents !
Sur les plus de mille au compteur du conteur, il y a en toute une gamme. J'avoue que celui-ci est né d'une remarque désagréable d'un petit prétentieux de droite. C'est le bon sens que d'interdire les transports scolaires quand il neige !
J'aime ce bon sens que vient de nous ressortir Nicolas Premier roi des grimaciers. C'est ce qui nous conduit à la liste que vous énumérez et à toutes les forfaitures d'état.
Je crois bien qu'un nouveau billet se prépare !
Bonne journée
C'est le bon sens que d'interdire les transports scolaires quand il neige !... quand les maires, les IEN, les IA "pètent de trouille" à l'idée de voir leur responsabilité mise en cause en cas de pépin !
La vraie question est celle-ci : pourquoi oblige-t-on des gosses de 3 ans à prendre le car chaque matin et chaque soir pour aller à l'école, au prix de réveils précoces et de retours tardifs ? Parce que la politique de suppressions de classes a obligé les communes à regrouper leurs écoles (les CP ici, les CM là...etc) et à transporter les élèves en car !
Dans ma région les derniers IA se sont acharnés à fermer les écoles à classe unique des villages en zone de montagne. Regroupement au chef lieu de canton... et voilà la noria des cars qui se met à tourner ! Et figurez-vous qu'en zone de montagne il arrive qu'il neige... la boucle est bouclée
DOMPACOUD
Je viens de mettre un point final à un billet à venir sur le bon sens et vous citez encore un exemple de cette merveilleuse forme de pensée qui anime nos élus.
Plus c'est aberrant humainement, plus ils y trouvent des raisons de croire en leur système de pensée pseudo-économique.
Souvent, la neige, la pluie, la nature viennent démontrer la stupidité de leur façon de penser, mais jamais ils ne remettent en doute leur crédo. On ne change pas de sens, fut-il sans issue !
Toujours plaisir utile que votre lecture, C'est Nabum !
Avec ma manie de rechercher les "trends" (les anglicismes techno-scientifiques sont de rigueur - et moi, inconséquent,et maso, j'aime Shakespeare, dans le texte) me voilà à généraliser. Donc, ledit principe du parapluie me paraît d'application aussi généraliste que la loi de Morphy (rappel : si une chose peut foirer, elle foirera). Et les deux sont dans un rapport étroit avec une autre loi, que vous devez connaître aussi : le chef ne se trompe jamais.
Ces trois lois très générales se combinent harmonieusement dans l'image rationnelle de notre meilleur des mondes, hélas polluée par des irresponsables, des mécréants, comme C'est Nabum et quelques autres. J'ai honte.
Cessons de rire, jaune. Nous sommes, nous sapiens, très mauvais encore dans l'incontournable pensée dialectique : certes, il faut des directives "générales" ; et, dans le même mouvement, des analyses responsables du "cas par cas". Contradictoire? Ben, la réalité est contradictoire . J'aime le bon vin, et l'excès de vin est mauvais pour la santé ...Si je ne suis, ni stupide, ni accro, ni psycho-rigide, je boirai, modérément, du bon vin. Et j'en retirerai éventuellement, en sus du miam, un bénéfice anti-merdes artérielles. Mais de toutes parts, on m'admoneste :"Répondez par oui ou par non ; c'est bon, ou c'est mauvais ?" Ce qui a pour effet de me rendre mauvais. Qu'alors y faire ?
Gilbert Pouillart
Je vous remercie pour ces nouvelles pistes de réflexion pour mon prochain billet, celui qui trotte dans ma tête de mécréant indécrottable (mais si, surtout indécrottable ).
Suivez la flèche, celle du bon sens et de la dialectique à deux balles !
Il y a du truisme sur la planche à idées reçues !
Si vous voulez me fournir en matière première, je suis preneur.
Mais attention, le Nabum est formaté, toujours la même forme, toujours la même longueur. Fils de Pérec et cousin de Gaston Couté
à bientôt
Je vais détonner dans cet ensemble convivial et ça m'embête quelque peu mais tant pis, j'ai l'habitude d'être hors des clous.... et de prendre des coups....
Il me semble que la première chose contre laquelle on devrait s'élever c'est la necessité du transport scolaire : si les écoles n'avaient pas été fermées dans les petits villages serait-il aussi universellement nécessaire en zone rurale ? Faut-il nécessairement remplir les classes au maximum et pour quelle pédagogie, pour quelle rentabilité ?
Tout en écrivant cela, je sais que c'est en partie - mais en partie seulement - faux : ma mère faisait quatre kilomètres à pied par tous les temps pour aller à l'école quand elle y allait : les travaux des champs alors étaient prioritaires et chaque fois qu'elle y est allée - c'est à dire rarement - ce sont les gendarmes qui sont allées la chercher, ça durait quelques jours qu'elle a idéalisés, puis la nature (les travaux de la ferme) reprenait le dessus. Mais c'était une autre époque....
L'école c'est peut-être important [ je fais partie des - rares - personnes qui s'interrogent sur son objectif réel vues les méthodes coercitives utilisées, principalement dans les quartiers de forte présence d'enfants de familles immigrées - mais pas que - ce qui rend tout débat quasiment impossible avec les enseignants - et donc je pense avec vous aussi - bien que j'ai fortement apprécié votre premier billet] mais la relation parent-enfant aussi ! Et ce non ramassage scolaire qui oblige les parents à prendre une journée exclusivement pour leur enfant crée souvent - pas toujours - une bulle de complicité entre le parent et son enfant que pour de multiples raisons ils ne peuvent avoir autrement.
Et dans sa classe l'enseignant peut en profiter pour individualiser les apprentissages ou pour enfin faire du ludique, mettre du jeu dans la machine....
Et pour le fait que tout ça n'en fera pas de bons outils pour le patronat eh bien je m'en bats les ovaires ! Si nous n'avions pas autant appris la soumission en serions-nous arrivés là où nous en sommes ?
Il y a un slogan de mai 68 que je continue à trouver très juste : "A bas l'école des flics et des patrons".
Une autre forme d'apprentissage est possible mais elle est disqualifiée par ce système qui vise moins à la transmission de connaissances qu'au formatage des esprits.
Voilà, c'est dit et là je sais que je suis hors consensus ! Voire criminelle....
WATAYAGA
Ne vous excusez pas d'avoir une pensée différente, c'est exactement ce que nous cherchons ici. Vous devinez que vous avez à faire à un enseignant avec lequel vous pourriez débattre, ne soyez pas surprise, j'ai beaucoup de mal à discuter à mes collègues.
Il n'est pas scandaleux que les enfants prennent une journée de repos, une journée volée au temps scolaire. Il est anormal que ce soit l'état qui favorise cela. La nuance est d'importance. Pour se construire il faut vivre de contraintes et s'offrir des transgressions. C'est dans ce va et vient que l'enfant avance, pas dans le principe de précaution qui en fait un futur assisté, irresponsable en tout.
Quant à vos remarques sur l'école, je ne peux qu'y souscrire même si cela vous ennuie de trouver allier en cette maudite place. Sans rancune et à bientôt, collègue en rébellion !
PS : fils de tapissier je préfère les gens qui sont en dehors des clous. Étrange non ?