Fri.
25
May

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Le langage excrémentiel de vos enfants, instants vécus.

 

De notre envoyé spécial …

 

Je vous écris d'un lieu où j'ai été envoyé en mission. Je partage le quotidien de quelques autres membres d'une force spéciale, abandonnée de ses chefs, oubliée du monde, méprisée et démunie. Le terrain sur lequel nous exerçons ce combat d'arrière garde pour la défense des valeurs d'une civilisation qui semble renoncer à elle-même, est tout proche de chez vous. Pourtant, par surdité ou aveuglement, vous n'entendez pas le drame qui hourde tranquillement dans l'indifférence générale.

 

Cette zone de conflit ordinaire se nomme collège. Chaque jour, des combats violents s'y déroulent. Sans causes ni raisons, les belligérants s'opposent et s'affrontent à coups d'invectives, d'injures et de jurons. Les mots tuent lentement, les mots blessent toujours. Les mots n'ont plus l'usage qu'en firent autrefois des humains qui se pensaient civilisés.

 

Ici, à tout propos, à tout instant (ou peu s'en faut) une rafale ou un tir isolé surprend le gardien de la langue. Ne cherchez pas de prétexte, souvent le tir est spontané, irréfléchi, naturel. C'est une nouvelle manière de ponctuer son propos, une tournure agréable du discours, un petit enjolivement personnel.

 

« Fils de pute » est le missile préféré de ces snipers du vocabulaire. Point n'est besoin de contrariété ou de colère pour sortir ce charmant point d'exclamation qui ponctue la plupart de leurs commentaires. L'intonation n'est pas équivoque, on devine la volonté d'apostropher, de convaincre l'auditeur. C'est la forme la plus banale de la courtoisie du moment.

 

« Je m'en bats les couilles » connait un formidable succès qui dépasse de très loin le cadre strictement sexué de la formule. Indifféremment garçons et filles nous gratifient de cette délicate remarque pour montrer leur dédain quand les forces de l'ordre langagier cherche à corriger leurs dérapages. Ne pas s'en offusquer est la manière de ne pas déclencher un nouveau tir de barrage, plus violent cette fois.

 

« Sale mytho ! » est une riposte habituelle, délicate et brève. Elle atteste d'une connaissance parfaite du vocabulaire psychiatrique. Nous sommes au cœur du rituel sans conviction. Un tic  de langage, une virgule qu'ils glissent devant toute remarque corrective. Celui-ci a le mérite de s'adresser directement à sa cible quand le « Il est ouf ! » préfère la cantonade.

 

Les pauvres soldats de la langue martyrisée subissent chaque jour ces agressions qu'il n'est plus possible de qualifier d'injures. D'ailleurs au commissariat, si par extraordinaire, un adulte allait se plaindre, ce n'est qu'une main courante qu'on accepterait de lui faire. Il en faut bien plus pour obtenir la qualification d'injure faite à personne ayant autorité.

 

Je vous dispense d'autres horreurs qui parsèment la langue fleurie de nos chers bambins. Pas une minute (ne pensez pas qu'il ne s'agit ici que d'une formule de style où ne tombe une formule imagée, une métaphore immonde, un propos fangeux. De leurs bouches, les mots sales et puants sortent bien plus souvent que les phrases ciselées.

 

Ils ne font plus aucune distinction entre le grossier et le normal, le vulgaire et le convenable, l'injure et le propos acceptable. Ils sont nourris de ce flot de mots qui puent, qui viennent des entrailles d'une société qui ne maîtrise plus ses sphincters. C'est le quotidien de nos collèges, de nos rues et d'une partie de notre jeunesse.

 

J'aimerai entendre nos candidats évoquer ce drame, proposer des résolutions collectives pour endiguer le fléau. Les jeunes ne peuvent se construire en usant en permanence d'un langage excrémentiel. Si les fleurs peuvent pousser dans le fumier, rien de bon ne sortira de celui-ci, je puis vous l'assurer. Penchons-nous enfin sur ce drame que beaucoup d'entre vous feignent de ne point savoir. Nous en sommes tous responsables !

 

Distinctionnement leur.

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