Fri.
25
May

MEDIAPART

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Pour un nouveau collège.

 

La fin de la segmentation à outrance.

 

 

Le parcours d'un élève au collège est une morne succession de tranches saucissonnées, sans lien réel les unes aux autres, qui découpent le temps en période d'une heure, qui fragmentent la vie de gamins qui n'ont plus qu'à laisser filer les aiguilles de la pendule pour que commence enfin leur vie réelle.

 

Ils ont face à eux des enseignants de plus en plus spécialistes dans leur domaine, de moins en moins ouverts aux autres savoirs. Ils pourraient bénéficier du savoir pointu de leurs professeurs au lieu de quoi, ils ne se sont jamais aussi ennuyés. Les couches ne se superposent pas, tel un château de sable, chaque nouvelle vague efface la construction précédente, faisant des apprentissages un vaste édifice de l'éphémère.

 

Comment peuvent-ils donner du sens à ce maelström informe, sans perspective, sans finalité ? Le socle commun est à ce titre la parfaite illustration de cette conception analytique qui perd de vue la dimension universelle des compétences. Nous sommes loin de l'humanisme et des Lumières, les enfants avancent pas à pas avec une lampe tempête qui s'éteint à chaque coup de vent.

 

L'autre inconvénient de ce système séquencé, c'est qu'il est parfaitement impossible de se lancer véritablement dans une logique de production avec des échéances, des délais, une nécessaire planification des tâches. Le temps éclaté auquel il faut ajouter les absences fréquentes, les ruptures chronologiques avec les vacances par exemple, est vécu comme un vaste espace informel où l'élève ne construit aucun rapport au temps.

 

La pédagogie du projet est limitée à la portion congrue alors qu'elle devrait être l'essence même des processus d'apprentissage. Plus personne ne construit des savoirs en suspension, sans appuis sérieux sur le réel ou les besoins immédiats. Il faut mettre notre jeunesse en action sur des projets précis, guidés par des animateurs éducatifs chargés d'encourager, de moduler, de faire médiation et de participer à la réflexion.

 

Des experts seraient alors sollicités pour apporter des connaissances théoriques pour avancer sur le sujet traité, modifier les intentions, enrichir des savoirs qui ne seraient plus de pure forme . Des projets seraient menés en langue étrangère, d'autres en français. Certains seraient culturels, d'autres scientifiques ou littéraires. Il y aurait une mixité d'âge dans des groupes qui se construiraient sur un projet précis à réaliser dans un délai de 7 semaines.

 

Bien sûr chaque projet exigerait la constitution de rapports individuels, qui seraient eux aussi élaborés dans le temps imparti. Les apprentissages seraient alors répartis sur un cycle et non sur une année scolaire. Les élèves pourraient enfin démontrer des savoir-faire qu'ils ne manquent pas de posséder mais qu'ils ne démontrent que trop rarement dans un système qui ne les place que dans la position d'auditeurs dociles.

 

Je devine les cris, les moqueries, les objections ou les remarques ironiques. Il est évident qu'il faudrait changer entièrement l'organisation de nos collèges, refaire même leur architecture qui n'est destinée qu'à enfermer un groupe réduit dans un espace clos pour un temps donné. Nos établissements ne sont pas lieux de vie en action, il est normal que l'ennui engendre le désordre, que le désordre provoque des incivilités, du mal-être, des conflits, des fuites ou des abandons.

 

L'école devrait être une ruche laborieuse. Elle bourdonne de querelles, d'invectives, de désordres qui n'apportent rien, bien au contraire. Les enfants ne font plus leur miel de nos cours car ils sont entrés dans une autre forme de pensée. L'institution n'a pas pris en compte la dimension extraordinaire des transformations liées à la révolution informatique. Il est grand temps de tout changer avant que ce système aberrant n'implose définitivement.

Réflexivement vôtre.

Tous les commentaires

L'évolution de l'enseignement secondaire en Belgique ressemble à celui de la France. J'ai enseigné pendant 36 ans dans un Collège belge. Et je partage tout à fait votre analyse...

Voilà qui me rassure mais ne change rien au fond d'un problème qui finira par être inectricable (pardon inexcartable) !

Merci pour votre viste commantée

"L'école devrait être une ruche laborieuse"...

"Quand la ruche bourdonne, c'est que les abeilles travaillent" Célestin Freinet, de mémoire.

Merci pour ce bel article qui me fait remonter quelques années en arrière: il fallait ramer, convaincre, sans grand succès... et voilà où nous en sommes !

Dom Pacoud

Élevé au biberon Freinet, je suis venu à ce métier grâce à de beaux et nobles instituteurs.

Ayant toujours enseigné en SEGPA, j'ai suivi de loin les préceptes du bon Augustrin mais en suivant à la lettre cet esprit.

Je constate hélas que je suis pas seul sur cette voie de la ruche laborieuse.

 

Merci à vous

 

@C'EST NABUM

"Je constate hélas que je suis pas seul sur cette voie de la ruche laborieuse." Pourquoi hélas ?

Mes bons et nobles instituteurs ont été mon père et mes camarades de "l'Ecole Emancipée" qui ne séparaient pas le syndicalisme de l'exigence pédagogique. J'ai fait ce que j'ai pu comme prof et comme formateur de profs (sans formatage!). En retraite, lorsque les media m'imposent leur discours sur l'éducation, je me dis que ça ne me regarde plus... mais je n'y arrive pas ! pas de regrets dans ce discours, mais de la colère !

dompacoud


je crois que cet Hélas m'a échappé ! Que signifie-t-il ? Je suis au contraire fier d'être venu à ce métier grâce à deux instituteurs Freinet. Je leur dois tout. 

Alors considérez cet "hélas" déplorable pour le contraire, ceux qui n'appliquent pas ces méthodes lumineuses. Pardon

Beaucoup à dire : ne s'agit-il pas de l'éducation publique, cette part la plus visible de la perpétuelle construction, par chacun et les autres, de soi-même et des autres, au travers sd'activités poursuivies en commun, dans un enchevêtrement inextricable de coopérations et d'oppositions ?

Je sais, c'est compliqué. J'y ai passé toute ma vie, comme élève -le sachant ou pas- et plus d'un demi-sièclecomme éducateur institutionnel ou associatif. Et c'est seulement avec le recul forcé de la retraite que j'ai pu réfléchir à ce que j'avais fait de mon mieux. Pour constater, hélas, que je n'y avais jamais rien compris .

Ce qui me plaît dans le billet de C'est Nabum , c'est qu'une part inhabituelle de dévoilement d'un réseau de contraintes, négociations et décisions individuelles ou de groupe y est manifeste. Tant pour les enseignants, les familles, que pour les élèves. J'ai tout de suiite repensé à l'analyse de Lesné (les "modes de travail pédagogique") qui propose de distinguer trois statuts de l'élève, objet, et/ou sujet , et/ou acteur de sa formation. Et au travail d'un ami chef d'Etalissement (mal vu de sa hiérarchie), qui se préoccupait de faire évoluer chaque trimestre le règlement intérieur par propositions venues de quiconque y travaillait (y compris la concierge!), et discutées en C.A.

Halte à mon bavardage. Tous, aidez-moi à y voir mieux... Merci

Gilbert Pouillart

Je vous remercie de considérer ma modeste prose d'enseignant de base et même de la marge ! 

Effectivement la vraie question est celle de la considération due à l'élève qui n'est ni au cœur ni au centre du système mais qui est simplement l'essence. Sans lui, il n'y a rien.

Alors pourquoi le considérer comme quantité négligeable ou bien dans le même temps roi tyranique ?

Il est l'acteur de sa formation, nous en faisant souvent un spectateur et pour certains nous sommes ravis quand le siège est vide.

C'est paradoxal !


Mais rassurez-vous j'y vois aussi peu que vous !

Suis pas enseignante, juste parente ...

Je ne me souviens pas trop de mon collège, était-ce ennuyeux ?

Par contre, je regarde ma collégienne, et c'est un fait qu'elle ne s'éclate pas ... Pas grand chose pour la tirer des préoccupations fondamentales du moment (les copines). Si, il faut être juste, il y a toujours au moins un, voire deux profs qui les tirent vers quelque chose d'autre, qui les animent, qui lui donnent envie de raconter ce qu'elle fait. Etait-ce déjà pareil "de mon temps" ?

Pas connu la méthode Freinet, mes parents n'ont pas pu nous inscrire dans l'école Freinet du coin, à l'époque (reculée) de mon enfance, mais ma bibliothécaire (section jeunesse) de mère m'a toujours dit qu'il n'y avait pas photo quand elle recevait leurs classes et les "normales", ce qui ravivait un peu ses regrets ...

Anne Gentry

 

Souvenirs souvenirs ...

Puis-je vous demander explication puisque c'est notre 4° contact ?

Je ne reçois pas d'avertissement quand un commentaire est écrit. Est-ce normal ici ? Que faut-il faire ?

En ce qui concerne le sujet, vatse programme en effet que cette relation aux élèves et le bonheur que nous devrins tous faire passer de la culture, du savoir , des mots et du être ensemble.

Cette semaine, un élève pourtant en rupture de ban(c) (d'école) m'a dit. Vous au moins, vous aimez votre métier ! On ne s'ennuie pas dans votre classe. Compliment ou remarque terrible en creux ?

Je m'interroge encore ?

Oui, c'est normal.

Pour suivre le fil de vos billets, ou de tous ceux auxquels vous avez participé, il me semble que le mieux, c'est le "tracker perso" ou "Mon suivi" ("Espace perso", en haut à droite / "Les contributions" / "Mon suivi"). A mettre dans ses favoris, pour les accros. Là, vous verrez s'il y a des nouveaux commentaires (non lus par vous) sur les billets où vous êtes aussi (le chiffre en gras des non-lus s'affiche à côté du nombre total de commentaires).

Pour suivre le fil de toutes les contributions (billets et articles du journal), utilisez le "tracker" général (voir ici), mais ça file vite, il faut tourner les pages (en bas d'écran), si vous ne vous connectez pas plusieurs fois par jour ... Tout nouveau commentaire fait "remonter" votre billet en haut du tracker (sauf s'il a plus de quinze jours, là il passe aux oubliettes et vous ne le suivrez plus que sur "Mon suivi", c'est un bug du site qu'ils ne veulent visiblement pas réparer ...). A mettre dans les favoris des accros aussi, le tracker ? Les avis sont partagés.

Moi, je vous suis au tracker, mon pauvre, c'est terrible  ....

Anne

 

Réfractaire à la technique quand elle s'habille d'anglicisme, je crois que je vais me résoudre à surveiller la parité de mes réactions. Un nombre impair et j'aurai nouveau commentaire car je me fais une obligation morale de répondre à chacun même aux messages les plus désagréables, énigmatiques ou fantaisistes.

Je vous remercie de ces précisions qui me dépassent.

Bonne journée et à bientôt j'espère pour d'autres aventures en français dans le texte.

Hé Bé ...

Si c'est plus supportable, vous remplacez dans le texte le mot "tracker" par "Le fil de toutes les contributions". Moi je trouve ça plus long, mais si ça peut vous aider ... Rigolant

(Une fois ces deux adresses dans vos favoris internet, vous ne ferez plus d'anglicisme, par ailleurs, vous ferez un simple clic).

J'ai tendance à l'anglicisme, de toute façon.

Anne Gentry

 

J'ai parfois tendance à l'intégrisme langagier, je vous prie de pardonner ce travers parmi  tant d'autres.

 

Mais j'y pense, il me semble que vous n'avez pas bien surveillé le fil en aiguille de toutes les contributions piquantes de votre blog.

 

Je me gausse !

 

Merci pour cette initiation bi-lingue.

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