Fri.
25
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Une peine ineffable.

Se serrer la ceinture.

 

Il est un garçon dans l'une de mes classes qui depuis la rentrée de janvier traîne sa misère. Il ne sourit pas, se plait à l'écart de ses camarades. Pendant les cours, il est prostré, silencieux. Rien ne trouve grâce à ses yeux, sa mise au travail est fort compromise d'autant plus qu'il a toujours eu une belle réticence aux travaux de plume.

 

Nous avons pourtant établi, il me semble, une relation de confiance. En dépit de ses immenses difficultés scolaires, il a apprécié le lien que nous avons su tisser. Il a trouvé un professeur qui l'acceptait avec tout ces « dys » qui font son quotidien scolaire : dyslexie, dysorthographie et sans doute d'autres agréments de ce type. Écrire lui est un calvaire, lire n'est jamais simple non plus.

 

C'est ainsi que nous avons pris l'habitude d'échanger à l'écart des autres, de se dire quelques mots après le tumulte d'une classe où ses condisciples ne le comprennent pas vraiment. Ce n'est pas parce qu'écrire lui est presque impossible qu'il n'est pas en mesure de comprendre les choses, de mettre des mots qui sortent plus facilement de sa bouche qu'il ne les couche sur un papier.

 

Mais depuis quinze jours, c'est une tombe. Il ne cède rien de son chagrin ineffable. C'est un traîne-misère, il a allure à vous donner l'envie de prendre vos jambes à votre cou afin cette fuir cette détresse qui ne veut pas éclater. Ceux qui ne se sont jamais retrouvésface à un mur qui pleure en dedans, ne peuvent comprendre ce que se passe entre nous !

 

J'ai fini par trouver, à force d'interrogations, de demandes, de sollicitations à laisser filer enfin le flot de son sac à misère. J'avais bien quelques pistes, il me fallait trouver la clef pour ouvrir les portes de l'aveu. Il est arrivé, brutal, féroce, monstrueux à qui espère vivre dans un monde qui se targue d'un peu d'humanité.

 

Sa mère est en prison, juste à quelques mètres des fenêtres de sa chambre. C'est encore plus abominable ! Il peut la voir, parfois lui parler. Lui seul, à 14 ans dans cet appartement sans adulte, elle de l'autre côté du monde des honnêtes gens, punie pour un forfait qu'elle souhaita sceller lors de notre dernière rencontre.

 

Son fils a enfin lâché le morceau, avoué la faute d'une mère qui lui vaut de vivre seul plus d'un mois durant. La prison, cette mesure répressive que tant de gens appellent de leurs vœux, la prison vous dis-je, pour ne pas avoir attaché sa ceinture, refuser obstinément de faire ce geste au volant. C'est tout aussi idiot que ça peut être dérisoire. La dame a perdu des points jusqu'à n'en avoir plus. Elle a aussi été assommée d'amendes qui sont toujours du même montant qu'on soit riche ou bien misérable.

 

Elle ne peut payer, elle voulut conduire encore quand son permis n'était plus valable. Elle ne pouvait honorer des amendes qui s'enflent de retards, de majorations et de mises en demeure. Quand on n'a pas le sou, le peu qu'on a encore, on le garde souvent pour nourrir les siens. Elle est allée jusqu'au bout de sa logique, celle qu'elle crut bonne pour le bien de son fils. Elle a brisé la patience d'une société qui aime l'enfermement, qui se rassure quand les malheureux, les différents et les dangereux se trouvent ensemble, derrière des murs épais.

 

C'est la muraille de notre indifférence qui prive mon élève de sa mère. Un mois d'incarcération pour elle, un mois d'emmurement pour lui. Il est seul. Une voisine bienveillante le nourrit puis il s'enferme bien vite dans son silence du matin au soir, en attendant que notre société ait son comptant de vengeance.

 

J'ai mal d'avoir découvert la vérité. J'aurai préféré n'en rien savoir, continuer à m'imaginer forfaiture épouvantable, crime affreux qui justifie l'incarcération d'une mère et la punition d'un fils. Cette histoire est hélas totalement vraie. Il me l'a confiée comme une bouteille à la mer, je n'ai pas le droit de la garder pour moi. Faites en bon usage et posez-vous à votre tour les questions qui conviennent sur cette prison qu'on nous sert à longueur de lois.

 

Carcéralement sien.

 

J'ai lu ce texte au garçon de l'histoire qui m'a donné l'autorisation de le publier ainsi, ce que je fais. Depuis, il a rencontré la défenseuse des droits des enfants et sa mère est sortie. Mais cette histoire est rigoureusement vraie.

Tous les commentaires

C'est une situation complètement absurde, je ne comprend pas que ce mineur pendant l'incarcération (si inutile) de sa mère n'ait pas été confié aux services sociaux ! A moins que la voisine ne l'ait "gardé" avec leur aval ?

Olala

 

Effectivement il y a eu beaucoup de zones d'ombre dans cette histoire qui vous relatée ainsi à la défenseuse des droits de notre département.

Elle a reconnu que les dysfonctionnements furent nombreux, que la justice comme la famille jouèrent de silence et d'erreur pour en arriver là. Mais je vous jure que c'est la vérité et j'ai entendu la sortie de la maman pour narrer ce fait.

Je comprends que vous ayiez eu mal, c'est à peine croyable qu'on ait pu laisser ce jeune tout seul, et vive la voisine, hein .....

On entend parfois, dans l'exercice d'un métier, des histoires de vies, dont on comprend à peine que ça puisse arriver, que rien d'autre n'ait  pu éviter...

On se sent parfois misérable soi-même, d'être là et de ne rien faire d'autre que d'écouter. Il paraît que c'est déjà ça, mais bon, en pratique ...

Anne Gentry

 

À peine croyable mais totalement vrai !

 

j'ai écouté, j'ai remué ciel et terre, j'ai subi des insultes innombrables sur le défun Post ( billet en Une lu à plus de 40 000 fois) et j'ai permis à mon élève de surmonter la crise.

Il a raconté son histoire vraie à la représente du défenseur des droits, l'affire servira peut-être d'exemple.

 

Merci de ne pas remettre en cause mon écrit. C'est agréable !

Je l'avais lue sur le post, justement et avais mis le lien sur Mediapart, dans un commentaire ou un billet, je sais plus. Cette histoire tellement surnaturelle qu'elle ne peut qu'être vraie, même si des zones d'ombre subsistent. 

Bonsoir, c'est nabum.

.

J'avais conclu un billet par cette citation de Hanif Kureishi : " "Ce qu'il y a de frappant, avec la normalité, c'est qu'elle n'a rien de normal. La normalité n'est pas autre chose que la dénomination bourgeoise de la folie ordinaire". L'une des conséquences est que la notion de délinquance est elle-même...pure folie ordinaire.

.

Bravo pour cette volonté de témoigner qui est la votre. Je la trouve extrêmement rassurante.

SAMINES


Je vous remercie !

C'est la marque de fabrique de cette adresse.

Je viens de me poser ici après 3 années de Post, la fermeture de l'endroit m'a été fatale.

Il me fallait trouver un nouveau lieu pour publier mes colères.

Je vais lire votre billet, merci

Depuis ma propre histoire, j'ai l'intime conviction que si Témoigner ne saurait être suffisant, c'est pourtant parfaitement indispensable. Peut-être la meilleure façon de combattre tout ce qui, de près ou de loin, représente un inacceptable isolement d'Autrui.

samines

Vous me gonflez un peu plus dans cette démarche qui est mienne en dépit des attaques viles ou des remarques désagréables qui viennent parfois apporter un poison douteux.


Merci à vous

vous avez su crever le sac de misère de cet enfant car vous étiez à son écoute, l'éducation nationale c'est de l'écoute aussi, surtout 

combien d'adolescents souffrent silencieusement sans être entendus? combien d'adultes ne comprennent pas les souffrances des enfants ? ne les entendent  pas ? 

peut-être parce que notre société de vitesse, d'objectifs insensés, de vitesse à obtenir des objectifs insensés a atteint son point d'implosion

ralentissons, soufflons, freinons des 4 pieds, écoutons, et consolons nos sacs à misère

 

ce sont les enfants les plus sages, c'est à eux les adultes (!) de nous aider à devenir moins cons

 

merci pour votre billet

LA DAME DU BOIS-JOLI

Merci de reprendre à votre compte l'expression que j'ai empruntée à Danniel Pennac : " Le sac à tristesse"

Elle est devenue chez moi sac à misère car nous en sommes là maintenant, que les sacs sont plein à craquer autour de nous et qu'il y a tant à faire pour réparer les dégâts de cette si chère société de consommation et d'égoïsme.

Merci pour votre commentaire et ce merveilleux pseudonyme ! Je vais m'y réfugier

mhjozoux

Il était plus que nécessaire qu'il me vide ainsi son sac à misère, il n'en pouvait plus. Depuis, il va mieux, sa mère est sortie et il a trouvé un adulte à qui parler dans une institution où nous ne sommes plus là pour celà mais simplement pour remplir des cases, cocher des grilles, valider, mesurer, encadrer !

Heureusement tant qu'il y aura de l'humain, ce métier vaudra encore la peine de transgresser tout le resque et de conchier (pardon) ceux qui nous demandent de faire un travail deshumanisé.


Merci

Oui, ce que je trouve remarquable, au-delà de ce qui est dit plus haut - et je ne crois pas qu'Anne Gentry ait mis votre parole en doute mais plutôt qu'elle a souligné le caractère inconcevable de cette réalité qui devient chaque jour un peu plus "à peine croyable" pour beaucoup d'entre nous ! -, ce qui est remarquable donc; c'est votre écoute : combien d'enseignants dans votre situation n'auraient pas vu de souffrance dans le comportement de ce jeune, mais l'aurait perçu comme un jeune difficile qui les plombe dans leur mission enseignante et se seraient acharnés sur lui suscitant ainsi des comportements de révolte qu'ils auraient eu beau jeu ensuite de réprimer ? Les cercles vicieux se construisent très vite, il est beaucoup moins évident de les briser comme vous avez eu le courage de le faire.

Et bravo à cette voisine qui a nourri cet enfant au lieu de le rejeter pour la "faute" de sa mère comme beaucoup de personnes bienpensantes, respectueuses des normes folles (que penser des juges ?) l'auraient fait à sa place.

Et quel courage ce jeune à 14 ans de continuer à aller à l'école dans un tel contexte !

Sans parler de la mère qui a défendu sa dignité parce que parfois trop, c'est trop et que l'on ne choisit pas forcément le moment où ce trop devient insupportable !

L'empathie qui servirait à se mettre en valeur ? Ne parlez-vous pas plutôt de l'hypocrisie ? dont je ne vois aucune trace dans ce billet.

Il me semble que votre remarque elle-même est une sorte de la morale chrétienne, mais c'est un peu confus comme propos. L'humilité et l'acceptation qu'on n'y peut rien ?

La simple écoute est, au contraire, la base nécessaire à toute évolution de situation bloquée ; c'est la première et indispensable étape.

Et oui ! J'ai beaucoup apprécié, moi, les harmoniques de votre premier commentaire.

pmabeche

 

Serai-je de bon ton et dans le tempo du lieu ?

hristian paultre

Expliquez moi plutôt que de me bouder
J'ai vraiment cru que vous aviez ton distant et ironique, je vous en demande pardon.
J'ai souvent été échaudé en un autre lieu où un commentaire sur deux était une vilaine attaque (et il y en eu beaucoup ≠ 12 000 )
Comprenez que je sois un peu susceptible.

Désolé !

Ne soyez pas désolé.

Les gens parlent parfois de façon cryptique comme si leur interlocuteur était "dans leur tête" et se vexent si on ne saisit pas leur sagesse assez vite ou du tout. Je n'ai rien compris à son commentaire et j'ai posé une question de clarification....

 MHJOZOUX


J'ai horreur de vexer les gens que je ne connais pas ! 

Je sais que c'est assez curieux et contraire à l'habitude ...

Mais j'avoue moi aussi ne rien avoir compris et avoir répondu de façon sans doute un peu décalé pour ne pas avoir l'air de ne rien comprendre.

J'ai été prétentieux, j'en suis puni.

Je dois avouer que moi aussi je n'ai rien compris à la réponse de  christian paultre  que j'ai trouvé plutôt agressante (mais peut-être pas agressive, la nuance étant dans l'intention) et à vrai dire elle m'a révoltée car elle induit qu'ainsi cette abominable et hypocrite morale chrétienne est nuisible jusque dans sa contestation !


L'empathie est une des potentialités de l'état non seulement humain mais aussi animal, ce n'est pas le christianisme qui l'a inventé, pas plus que la solidarité ni l'altruisme. Disons même que l'injonction à être "bon" et "attentionné" à son prochain est une incitation à l'inverse parce que l'esprit de contradiction est aussi une forte potentialité de l'humain qui l'amène à faire le contraire de ce que l'on veut l'obliger à faire ou à être : c'est un instinct de survie.

Or, il apparaîtrait d'après ce que j'ai compris du contenu de ce commentaire et peut-être s'agit-il d'un malentendu ? qu'on devrait s'abstenir de venir en aide à son prochain en difficulté parce que nos raisons ne seraient pas pures ?

Il me semble que nos raisons n'ont jamais cette garantie de pureté qui est justement une vision chrétienne des choses, nos motivations pour aider autrui nous sont souvent obscures et s'il est important de les éclairer pour ne pas en être dupe, le fait de découvrir qu'elles ne sont pas parfaitement désintéressées n'est pas forcément un mal en soi et je trouve que si l'on y obtient une gratification personnelle dans le plaisir de voir une personne sortir d'une difficulté, ce n'est pas malsain en soi, sinon soit on est un robot, soit on est masochiste avec cette idée de sacrifice.

Cette satisfaction n'est pas forcément une auto-satisfaction : elle le serait si elle attendait de l'autre soit de la gratitude, soit un comportement parfait. Mais votre texte ne montre pas cela : il montre une indignation, un appel à la justice....

Par ailleurs je suis toujours étonnée quand une personne qui a émis - et c'est son droit et je dirais presque son devoir - un commentaire contradictoire n'anticipe pas ce que cela peut avoir de violent pour la personne qui le reçoit et donc n'anticipe pas que la réponse peut aussi lui apporter la contradiction : dire je me retire du dialogue parce que vous n'êtes pas d'accord avec mon désaccord me laisse perplexe....

Il me semblait en venant sur Médiapart que les blogs ouvraient une opportunité de dialogues contradictoires qui permettent justement de sortir des cases de nos propres pensées : la confrontation avec les idées différentes des autres est toujours plus ou moins - et souvent extrêmement - douloureuse pour nos égos (pour le mien et je conçois aussi donc pour celui des autres) mais aussi toujours une ouverture, sauf quand une personne bloque le dialogue parce que pour une raison ou une autre qui lui appartient elle ne le supporte plus (fragilité émotionnelle ? Souffrance ?)

Bon, c'est un peu vaseux mais ce n'est qu'une amorce de réflexion....

En effet, l'empathie existe chez les animaux, dont nous sommes. Mais le "christianisme" la transforme en "élévation" (volontairement "cryptique")Rigolant

PMABECHE


S'il faut se mettre en croix pour s'élever, je n'en suis pas !

Ben, comment font les avions ? (;-))

Bonsoir C'est Nabum,

Juste un petit conseil d'ex-posteur, ne répondez pas systématiquement. Ici aussi il y a des chapelles et des cellules dont il ne faut surtout pas bousculer la pensée. Ca la fait chauffer, mais malheureusement, parfois, elle ne ressemble qu'à un oeuf sur le plat.

Bonne soirée à vous

JMPlouchard

 

Faut-il que je change de manière.

J'aime ferrailler avec les désagréables ! Mais ici, il est vrai que les rares messages qui m'ont paru décalés étaient plus abscons que méchants. Étant farouchement laïc, je me moque des chapelles ! Quitte à prendre des coups mais n'oubliez pas que je suis rugbyman

Non, ne changez pas. je vous réponds demain sur la chapelle des Exilés.

 jmplouchard


La chapelle des exilés est un lieu plus simple !

Qu'importe, il me faudra me faire aux pratiques de ce lieu si élevé !

SurprisPied de nezRigolant

Luciole Camay


Voilà qui est plus simple et fort explicite. merci

je suis à lyon ce soir

il neigeotte

le vent est glacé

dans une rue

une voiture

dans cette voiture , me dit une amie

depuis un mois

une famille Rom

dort

cette nuit il fera moins 10 degrés à tout casser

mon amie a appelé le samu social 

pour que cette famille

et ces enfants 

soient hébergés

aient un toit

une soupe

un lit

quand le samu sera arrivé

les Roms seront enlevés

où iront-ils demain matin ?

reconduits vers leur  destin ?

au -delà des frontières de l'humain?

 

il fait froid dans mon coeur

même aux moineaux 

les gens donnent des graines

et des boules de graisse

vaut mieux être moineau en france

que Rom en errance

 

 

La dame du bois-joli

Chaque jour, un fait d'actualité nous renvoie l'immense honte qui nous étreint au nom de ce qui est fait entre notre nom. Nous avons honte à notre nation, la rage contre un pouvoir méprisant, menteur, manipulateur, voleur, .... La liste est trop longue pour la terminer ici.

Jamais depuis la cnquième République nous avons eu un pouvoir aussi abjecte. Je maudis ceux qui soutiennent ce personnage. Ils ont d'autres choix dans leur camp et rien ne les oblige à choisir le diable !

@Watayaga

Mon commentaire ne voulait pas être blessant simplement remettre un peu à sa place ce très beau et très utile sentiment d'empathie dont la nécessité est évidente dans le monde contemporain.

Je vois avec plaisir que vous avez réagi à ce que je dénonçais en filigrane comme une perversion de cette empathie et qui à mon avis a beaucoup fait pour renforcer le pouvoir des puissants en leur donnant bonne conscience.

Bien sur cette critique n'était pas dirigée directement contre "c'est Nabum" qui m'a l'air assez sensible et que je ne veux pas peiner.

+1

 

 PMABECHE

Arithmétique concluante !

christian paultre


Vous l'avez deviné !


Merci

Newsletter
Je m'identifie