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Billet de blog 27 octobre 2013

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Max SCHELER 1913 : La sympathie comme vecteur d'un amour attentionné mais non exclusif.

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MAX SCHELER 1913 : La sympathie comme vecteur d'un amour attentionné mais non exclusif.

 Il y a 100 ans, sur la sympathie et l'amour non exclusif.

Entre amour et amitié : des sentiments difficiles à penser.

Si l'amour peut connaître, la chose est connue, une focalisation passionnelle intense qui incite à l'exclusivisme et à la constitution du couple et notamment du couple érotique durable, l'amour peut aussi connaître sous la forme de la grande affection et de la haute sympathie des attachements pluriels, multiples. Du polyattachement plus que du polyamour . En ce cas, en général, on rabat ces sentiments tendres sous la forme de l'amitié pour des raisons d'intégration sociale, bien qu'ils aient, à bas bruit, une composante charnelle et érotique . Il est cependant plus juste de les voir comme de l'affection bridée sexuellement se situant entre amour et amitié. 

Cette position se justifie par la place que peut avoir l'apparence de l'autre, le corps de l'autre, bref ce que l'on nomme ordinairement séduction. Ou alors le souvenir d'un bel amour. Mais cette considération charnelle est bridée, limitée pour rester dans le registre de l'amitié. 

Les partenaires, hétérosexuels ou homosexuels, conviennent donc d'entretenir des relations purement amicales ou l'amour physique est absent. Il arrive que ce ne soit pas toujours le cas. Il arrive qu'une relation sexuelle intervienne mais rapidement le retour à la relation amicale intervient. Il ne subsiste alors que des sentiments tendres sans désirs de fusion charnelle. Le passage à l'amitié n'est possible que par la double reconnaissance de soi et d'autrui et de la valeur de chacun. 

Par ailleurs, l'amour intense et durable laisse parfois, souvent même, des traces dans la psyché bien au-delà de la période dite "de deuil". C'est pour cette raison qu'une personne jadis aimée ne relève pas d'un statut d'indifférence. Elle est encore quelqu'un. Elle dispose encore d'une certaine valeur distinctive source de considération et parfois, en outre, d'une certaine charge affective que l'on nomme sympathie . L'amour physique n'est plus mais l'affection subsiste encore là au titre de l'amitié vive. Cette amitié ne suppose pas ici fréquentation mais seulement attachement. C'est ainsi que l'on peut remarquer chez un individu de la maturité de multiples attachements, attachements issus de ses multiples rencontres et de ses multiples investissements affectifs. Car pour qu'il y ait attachement il faut qu'il y ait eu investissement dans la relation et non rencontre sans lendemain. 

Max Scheler et la "participation affective".

Investissement se rapporte à ce que Max Scheler nommait la "participation affective". Il avait bien raison de commencer, en 1913, par développer pleinement et longuement ce que signifie "participation affective" avant d'aborder en seconde partie la question proprement dite de l'amour et la haine. 

Sur la participation affective et sur la sympathie l'ouvrage majeur est "Nature et formes de la sympathie - Contribution à l'étude des lois de la vie affective de Max Scheler (1874 - 1928). La première édition de ce livre est parue en 1913, il y a donc 100 ans, sous le titre Phénoménologie et théorie des sentiments de sympathie, de l'amour et de la haine.

De quelques différences.

Max Scheler a raison, à mon sens, de défendre que la bienveillance n'est pas de l'amour tout comme la sympathie n'est pas en soi morale. On peut aimer Dieu qui n'a que faire de notre bienveillance dit-il. On préfèrera qu'il ajoute : "Il en est de même de l'art ou de la science". Et "on peut souhaiter du bien à ceux qu'on aime mais alors la bienveillance est une conséquence de l'amour". Il remarque que "la bienveillance implique une certaine distance entre celui qui la dispense et celui qui en bénéficie, une certaine attitude hautaine et protectrice incompatible avec l'amour". J'ajouterais aussi incompatible aussi avec l'amitié et moindrement avec la sympathie. 

"Il est possible d'éprouver de la sympathie pour quelqu'un qu'on aime pas, mais ce qui est impossible, c'est de ne pas éprouver de la sympathie pour celui qu'on aime." (p202). Je dis ici que la sympathie est ce qui reste une fois que l'amour s'est éteint. Et que plus cet amour était vécu comme important et plus cette sympathie "amicale" sera longue et source d'attachement. C'est ainsi que l'on peut connaître plusieurs sympathies post-amoureuses et plusieurs attachements post-amour. 

 Pour Scheler la sympathie est réaction et non action comme l'amour. Elle est un état passif et non un acte spontané. Pour Scheler la sympathie est limitée quand à sa nature et son degré de profondeur. Ce qui ne signifie pas que la sympathie malgré ses insuffisances n'a pas de fonction mais qu'elle ne saurait suffire au plan moral. Par exemple, quand il discute du principe "aime ton prochain comme toi-même" il fait observer que c'est l'autre différent de soi qu'il faut comprendre et aimer, ce qui est bien autre chose que d'aimer autrui ressemblant à soi-même.

Extension du domaine de la sympathie et de l'amour : Quid de l'amour de l'humanité en rapport à la sympathie?

"Le véritable amour de l'humanité ne fait aucune distinction entre un compatriote et un étranger, entre un criminel et un juste, entre valeur raciale et infériorité raciale, entre instruction et manque d'instruction, voire entre bon et mauvais, etc. Comme la sympathie, il porte sur tous les hommes, dans leur distinction spécifique de l'animal d'une part, de Dieu de l'autre. Mais ce qui distingue l'amour de l'humanité de la sympathie proprement dite (qui, elle, peut également avoir pour objet des animaux), c'est que tout amour impliquant des valeurs positives, l'amour de l'humanité en particulier, conçoit son objet, c'est à dire l'humanité comme présentant des valeurs spécifiques, par rapport aux animaux d'une part, à Dieu de l'autre." (p 142)

 Christian Delarue 

A lire aussi :

La question de l’humanisme chez Max Scheler

http://rgi.revues.org/331

Exergue - Max Scheler - L'homme du ressentiment

http://www.exergue.com/h/2008-10/tt/reference-scheler.html

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