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25
May

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La République, le Prince, et les IUFM

Un ami m'envoie ce texte : une façon de traiter en s'amusant une question qui n'amuse personne...

 

 

Pour mieux venir à bout de cette République,

Il fallait saboter son École publique,

Démolir ses valeurs héritées des Lumières,

Et pour y parvenir, la rendre impopulaire.

 

Les conseillers du Prince, inspirés par les muses,

Ont jugé très malin d’attaquer par la ruse.

Ils l’ont persuadé de s’offrir la gloriole

De rendre incompétents les maîtres des écoles.

 

« Empêchons-les d’abord d’apprendre leur métier.

Ils deviendront mauvais et l’on va s’en méfier. »

Disaient-ils en pensant que les parents inquiets

À l’école privée inscriraient leurs mouflets.

 

Libéraux fanatiques, ils voulaient en découdre

Avec le camp laïque, et le réduire en poudre.

Quelques républicains, pourtant fort convaincus,

Firent une alliance avec ces trous du cul.

 

Trompés par les discours des faiseurs de ragots,

Ils avaient en horreur le camp des pédagos,

Et les IUFM, ces temples du laxisme,

Des Sciences de l’Éduc et du pédagogisme.

 

Bassement motivés par de vieilles rancunes,

Ressassant sans arrêt d’anciennes infortunes,

D’autres se sont levés et grossirent les rangs

Du troupeau bigarré toujours vociférant :

 

A bas les pédagos, mort aux IUFM !

Les hôtes du Palais, reprenant l’anathème,

Allaient incontinent, par une ruse oblique,

Porter un rude coup à l’école publique.

 

Le Prince dépêcha ses meilleurs courtisans.

D’abord un Duc du sud, d’un genre suffisant.

Connaisseur du sérail, il avait la dent dure,

Et mit l’IUFM en fâcheuse posture.

 

En allongeant le temps des études coûteuses,

Au grand dam des enfants des classes laborieuses,

Dont les représentants restèrent sans riposte,

Il économisa quelques milliers de postes.

 

 

Il répandait déjà en d’autres ministères

Son venin libéral aux effets délétères

Quand un miraculeux scrutin périgourdin

L’étendit sur le sol comme un coup de gourdin.

 

Quant aux IUFM, une grande Duchesse

Des universités, assez jolie gonzesse,

Abandonnant l’idée de les karchériser,

Entreprit le chantier de les masteriser.

 

On espérait ainsi les noyer en douceur,

Contourner le rempart de leurs vieux défenseurs.

Le plan a fonctionné pour le second degré

Qui dans les UFR se vit désintégré.

 

Il en fut autrement pour l’école primaire

Qui n’intéressait pas les universitaires.

On créa des masters, avec bien des lacunes,

D’une vraie formation, substituts de fortune.

 

Et les IUFM dans l’université

Survécurent ainsi à tant d’adversité

En économisant la chaleur animale,

Comme un lointain reflet des Écoles normales.

 

Un marquis de Champagne, un fidèle du Prince,

Ordonna aux vassaux qui servent en province

De répandre le bruit que les IUFM,

Moribonds en sursis, n’étaient plus un problème.

 

Mais les étudiants, race fort peu docile,

Firent fi en riant des rumeurs imbéciles.

Ils viennent se former dans les nouveaux masters

Et préparer ainsi leur futur magistère.

 

Mais pour quel avenir ? Pas de postes aux concours.

Des embauches précaires comme ultimes recours.

Le métier d’enseignant n’attire plus beaucoup.

Le Prince n’est pas loin de réussir son coup.

 

Il faut le dénoncer, afin que l’électeur

Étende sur la France un vote protecteur

Et sauve in extremis son École publique

En la débarrassant du Prince anti-laïque.

 

Jean Constant

Février 2011

 

 

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