La Sécu nous appartient
« C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer... » C'est au son de ce slogan mensonger qu'a été mise en œuvre en 2005 la réforme portée par Philippe Douste-Blazy puis Xavier Bertrand. La mise en place du système du « médecin traitant » a été totalement dénaturée par la complexité tarifaire du parcours de soins, l'absence de tout investissement sur la médecine générale, l'explosion des dépassements d'honoraires, les divers forfaits sur les remboursements de consultation qui, nous disait-on, permettraient à la Sécurité Sociale d'équilibrer ses comptes en 2007... afin d'éviter des franchises sur les remboursements de soins!
Avec le recul, ce que dénonçaient dès sa mise en place de nombreux médecins, économistes et patients s'est révélé exact. Il s'agissait avant tout d'habituer les patients à payer toujours plus, à les amener à désespérer du système d'assurance-maladie issu de la Résistance, dans lequel chacun, quelle que soit sa condition sociale, se voit garantir un égal accès aux soins.
Avec Nicolas Sarkozy, la destruction du système solidaire s’accélère, avec les franchises sur les soins et une extension de la tarification à l'activité qui condamne au nom d’un équilibre financier aux critères aberrants certains services hospitaliers à récuser les patients peu rentables, parmi lesquels les personnes âgées dépendantes.
Sous couvert d'un discours économique d'une grande médiocrité, on ponctionne douloureusement 850 millions d'euros par an dans la poche des malades, y compris ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, quand, selon l'analyse du Président de laCour des Comptes, Philippe Seguin, la seule taxation des stock-options à l'égal des salaires ramènerait 3,5 milliards d'euros par an!
Cette destruction méthodique du système de Sécurité Sociale solidaire s'accompagne d'un discours triomphaliste du directeur de l'Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie, Frédéric Van Roekeghem. Cet ancien cadre des assurances privées, nommé à la tête de la Sécurité sociale par Jacques Chirac en 2004, se félicite ouvertement de l'effet-franchise et de la décélération des remboursements de Sécurité Sociale, tandis que dans le monde réel de nombreux malades sont amenés à repousser certains soins ou à y renoncer.
Des représentants d'associations d'usagers alertent sur l'augmentation des demandes d'aide auprès des fonds d'aide sociale des CPAM ou des mairies. Les médecins généralistes constatent la diminution du nombre des consultations, le retard à certains accès aux soins, la complexité grandissante de certaines consultations trop tardives.
Et dans le même temps, dans le Lot et Garonne, un directeur de caisse menace de sanctionner infirmiers et généralistes si ceux-ci pratiquent trop systématiquement le tiers-payant, seul moyen pour de nombreux patients d'accéder aux soins de ville en utilisant l'avance de frais. Il n'existe aucune justification médicale ou économique à ce type de menace vexatoire, quand chacun sait que les soins les plus lourds et coûteux (hospitalisations, actes chirurgicaux, Irm, etc.) font bien entendu l'objet d'une dispense d'avance de frais, les établissements étant réglés directement par la Sécurité Sociale.
Restreindre l’utilisation du tiers-payant par les généralistes et les infirmiers, c'est repousser encore l'accès aux soins de patients démunis, sans aucune autre justification que celle... de récupérer plus facilement les euros de franchises sur les boîtes de médicaments, les actes infirmiers et les transports sanitaires!
Au fil de ces mesures ridicules et obscènes, la notion même d'assurance-maladie solidaire est méthodiquement vidée de son sens, pendant que dans la coulisse les assureurs privés se frottent les mains, inondant les antennes de spots vantant leurs mérites.
C'est contre cette captation et cette dilapidation de l'héritage de la Résistance, contre cette destruction d'une Sécurité Sociale solidaire, pilier du modèle social français tant décrié par ceux pour qui il n'est d'autre horizon ou espérance pour l'homme que le Marché, que les patients et les professionnels de soins en lutte contre les franchises médicales depuis des mois ont décidé d'une action commune avec les personnels des caisses d'assurance-maladie.
Depuis le 1er Janvier, sur le site www.grevedesoins.fr, se multiplient les témoignages. Emouvants. Révoltants. Des milliers de messages de soutien, et l’expression grandissante d’une colère attisée par les provocations et l’arrogance d’un gouvernement accumulant les contre-vérités.
Cette indignation rassemble aujourd’hui des malades, des professionnels de la santé, des militants, des citoyens, à l’origine d’initiatives qui se multiplient dans toute la France, pour sensibiliser et mobiliser les usagers et personnels de la Sécurité Sociale, dans ces lieux symboliques que sont les caisses d’assurance-maladie.
Avec le Collectif National Contre les Franchises Médicales et les organisations qui le composent, avec la CGT, aujourd’hui ce ne sont plus seulement les professionnels et les économistes de la santé qui dénoncent la politique gouvernementale de casse de la Sécu. Ce sont les usagers.
Nous sommes tous usagers, ou usagers potentiels. Nous sommes 60 millions.


Tous les commentaires
Christian Lehmann et Bruno-Pascal Chevalier Le 16 mai, nous vous appelons à rejoindre, nombreux, les usagers et personnels des CPAM. Nous serons dans l’Essonne, à la CPAM d’Evry, 5 rue du Facteur Cheval. A 15h30, nous demanderons à être reçus en délégation par le directeur de la CPAM, et nous organiserons un point de presse avec des responsables et des militants politiques et syndicaux, des professionnels de la santé, des personnels de la Sécurité Sociale, tous ceux pour qui les mots « Sécurité sociale solidaire » ont un sens, celui de la justice et du progrès, et qui ont décidé de résister et de se battre. La Sécu nous appartient, nous ne la laisserons pas détruire!
Ouf, que ça fait du bien de vous lire, docteur Lehmann. Côté professionnels de la santé (hormis en secteur hospitalier par bouffées de surchauffe), le silence commençait à devenir assourdissant ! merci à vous...
Que voila un engagement qui fait frémir... Tenez nous au courant. Je fais partie de ces français qui ont vécu ailleurs, et qui savent très bien ce qui se cache derrière ce " c'est en changeant un peu.....". Parce que ailleurs c'est ainsi, parfois, ailleurs en Europe, je veux dire (je ne parle même pas de l'ailleurs outre atlantique et tiers monde). Et je m'apprète à revivre ailleurs, je sais à quoi m'attendre donc... Je sais à quel point il faut se mobiliser pour la défense de ce fameux système de sécurité sociale solidaire où tous les mots de l'expression doivent compter, et que c'est avant tout, même si nous patients pouvont réagir, que c'est le corps médical qui aura plus de poids en la matière. Ce que vous citez (cette restriction de l’utilisation du tiers-payant par les généralistes et les infirmiers) est tout bonnement ignoble car effectivement ceux qui ne pourront pas seront.. les pauvres, et le patron de s'enorgueillir de son bilan positif, mais que voulez vous, quand on met des privés élevés à la bonne marche des affaires et au chiffre d'affaire positif à la tête de choses comme la sécurité sociale, service public, comment s'etonner ensuite de telles manières? Il y a des dépenses inévitables dans un système, la santé en est une. Et il y a des moyens de trouver de nouvelles ressources aussi, quand on en a la volonté (en référence à la remarque de M. Seguin), pas toujours de faire payer les mêmes, même si certains peuvent payer un peu plus pour leur santé quand ils en ont les moyens, bien sur. Mais en l'occurence, avec ces franchises, tout le monde est à la même enseigne, le grand patron des caisses de sécurité sociale et le Rmiste...
Chaque réforme de la sécurité sociale était annoncée comme le remède miracle qui allait enfin réduire le fameux trou. On voit qu'il n'en ait rien. Nous ne pouvons que partager votre analyse mais actuellement nos concitoyens sont plus à même de se plaindre que de vraiment manifester. De nombreux amis anglais installés en France sont venus (disent-ils) pour la qualité de vie y compris notre système de soins. Ils reconnaissent qu'en Angleterre où soit disant on peut se faire soigner gratuitement se faire soigner correctement nécessite en fait des gros moyens. Toutes personnes ayant suffisamment de revenus passe par la médecine privée hors de prix pour éviter les attentes, trouver les meilleures cliniques etc... C'est ce système qu'on nous prépare. A-t-on oublié qu'un pays dynamique doit avoir une population en bonne santé !
La santé est un secteur économique en plein développement, qui embauche et, de surcroit, utile à la société. Lorsque Renault ou Peugeot augmentent leur chiffre d'affaire, et embauchent, on crie "victoire!". Pourtant, ces boites ne fabriquent que des objets polluants et dangereux. Ce qui gêne dans le secteur de la santé, ce n'est pas le développement des dépenses mais leur socialisation. Certains ne suportent pas de voir une partie de nos dépenses socialisées. Le véritable débat n'est pas celui des "économies" à faire", mais du degré de prise en charge collective des dépenses. Le débat sur les dépenses de santé est la plupart du temps mal posé. Si on présentait au français le véritable enjeu de cette histoire, je suis sûr que la société française plébiciterait une large prise en charge des dépenses de santé par la collectivité.
Deux observations dans ce débat crucial: Ne jamais oublier le déclage entre les promesses du candidat NS = franchises plafonnées à 50 euros par an et par famille, et la réalité = 100 euros par an et par personne (addition des franchises 2004 et 2008, voir les détails sur http://thierry.cote.over-blog.fr/ Ne pas négliger non plus les grandes manoeuvres financières autours de certaines professions de santé qui, par le jeu du droit européen poussé à l'extrême, et avec la complicité du pouvoir libéral, sont en train de passer sous le contrôle économique de financiers qui se verraient bien aussi participer au financement de la maladie, histoire de tenir la santé par les deux bouts.
Merci pour l'article, c'est pas souvent qu'on peut lire ce type de propos. En résonance, peut être avez vous vu l'émission vidéo du Figaro sur la sortie du livre "Ma Sécu" : http://videos.lefigaro.fr/video/iLyROoafYz45.html Je retiens notamment l'idée que l'Etat transfère certains de ses déficits sur la sécurité sociale en oubliant de lui payer ce qu'il promet à ses contribuables de lui verser. Je ne vais pas tarder à me procurer ce livre pour en savoir plus mais si quelqu'un pouvait argumenter un peu plus sur ce sujet. Merci d'avance.
Christian Lehmann J'ai été en contact avec Frédéric Ploquin mais je n'ai pas encore lu "Ma Sécu". En 2007, j'ai publié "Les Fossoyeurs", aux editions Privé-Michel Lafon, enquête d'un généraliste confronté au hasard des rencontres de forums économiques et autres colloques aux zélateurs de la marchandisation du secteur santé, et tentant, un peu comme David Vincent dans les Envahisseurs ;-) de "convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé"...
Nous ne sommes pas des usagers mais des assurés. Les cotisations sociales, c'est notre argent, notre salaire différé et pas un impôt.
à quand des cercles mutualistes ? on nous ballade tous azimuths et la révolution n'est pas en vue , en attendant les malades sont en difficulté, beaucoup de soignants dignes de ce nom aussi . Inventer à nouveau ces professions? tant qu'à payer autant choisir ceux qui vont nous soigner, autant rechercher les compétences et les mettre en circuit , et attention aux bénévoles ,prochain piège à cons ! good luck
Excellent article +++ et très bons commentaires dont celui de Thierry COTE : "Ne pas négliger non plus les grandes manoeuvres financières autours de certaines professions de santé qui, par le jeu du droit européen poussé à l'extrême, et avec la complicité du pouvoir libéral, sont en train de passer sous le contrôle économique de financiers qui se verraient bien aussi participer au financement de la maladie, histoire de tenir la santé par les deux bouts." Trois fois oui et particulièrement pertinent en psychiatrie ! On "santémentalise" le moindre aspect de notre vie, nous transformant tous en possibles "dys" à faire "évaluer" par les experts psys rapides spécialistes en "grilles" - et ceci au détriment de la qualité de soins parfois longs dont ont réellement besoin certains patients qui n'arrivent pas ou plus à s'accrocher aux listes d'attente. Signé : une consoeur de Belgique où les listes d'attente se sont inexorablement installées et où les patients - dans tous les sens du terme - opérés retournent à domicile de plus en plus tôt après l'intervention chirurgicale... Et n'allez pas croire que les cliniques privées fonctionnent mieux ! Le numerus clausus veille en effet à maintenir les effectifs soignants en sous-nombre pour le plus grand bien de certains porte-feuille. La machine évaluatrice tourne folle car ce n'est pas qu'avec des colonnes de chiffres qu'on peut gérer le secteur des soins de santé mais avec des politiques dignes de ce nom où les coûts sont estimés en fonction des problématiques à traiter et des objectifs humains visés.
Au plaisir de vous lire Mr Lehmann. Je dévore Sarkolangue ... ;) Rémy, Lycéen.