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BookCrossing (2) : le livre échangisme
« Passe-livre », « Livre-échangisme », de nombreux termes viennent dire, en français, cette expérience assez étonnante du Bookcrossing, ludique, poétique et politique.
2001, Odyssée du livre
Après l’enthousiasme de l’inscription, on entre dans l’inconnu. C’est toujours compliqué de s’adapter à des pratiques nouvelles, au sein d’adeptes chevronnés, passionnés qui ont leurs codes et leur langage. Alors, on tâtonne, on se raccroche aux recherches Google : le site date de mars 2001, fondé par un Américain, Don Hornbaker, sur le principe du Where’s George, qui permet de suivre les billets US à l’aide de leur numéro de série et de savoir où ils se trouvent dans le monde. Un carnet de voyage qui a donc inspiré l’idée du monde comme bibliothèque, de la terre comme espace du livre. Séduisant.
Les principes
Les bookcrosseurs (ou bookcorsaires) découvrent le principe soit par le bouche à oreille, soit par des articles de presse, soit, plus concrètement, en tombant sur un livre en pleine rue, s'apercevant qu’il n’est ni abandonné ni perdu mais bel et bien un objet nomade. On se rend sur le site comme le propose l’étiquette posée sur le bouquin, on entre le numéro individuel d’identification (BCID) du livre, on dit (et cela peut être anonyme) avoir trouvé le livre et où il est. On peut alors entrer dans un book club mondial, avec échange de notes et commentaires de lectures, conseils, amitiés transfrontalières ou se contenter d’être un maillon "solitaire" de la grande chaîne du livre. Une fois lu le texte nomade, on le relâche dans la nature (sous sac plastique, si ce n’est pas un endroit couvert). Et le voyage littéraire continue, vers d’autres lieux, d’autres lecteurs.
Il existe plusieurs manières de libérer le livre :
- la libération dans la nature (wild release) : on pose le texte dans un endroit passant, station de métro, bus, TGV, terrasse de café.
- La libération contrôlée (controlled release) : on propose le livre à des amis, sur des sites Internet, on le fait passer par la poste ou dans des lieux où les bookcorsaires se rencontrent (une réunion par mois à Paris au Petit Châtelet, par exemple, d’autres dans beaucoup de villes, voire de villages de France)
- Au chapitre « libération contrôlée », ajoutons les Ring ou Ray sur le forum français de Bookcrossing : « ring », les amateurs du titre proposé s’inscrivent sur un fil dédié du forum et le livre passe de main en main ou est envoyé par la poste, avant de revenir à l’initiateur de la chaîne. Pour le « Ray », le livre est relâché dans la nature par le dernier membre de la chaîne.
Devenir Bookcorsaire, c’est donc assimiler tout un vocabulaire : ring, ray, BC ou BX (qui désignent le bookcrossing), PAL (pile à lire), JE (Journal Entrey) ces notifications vous signalant par mail qu’un de vos livres nomades a été retrouvé quelque part dans le monde.
C’est là le « maillon faible » de la chaîne : seuls 15 à 20% des libérations suscitent un commentaire sur le site, ce qui décourage beaucoup de bookcorsaires. Mais qu’un livre soit adopté, c’est séduisant aussi, non ? Tant pis pour les commentaires en forme de carte postale de l’hexagone, de l’Europe ou du monde.
La grande surprise du site, c’est la passion de ses membres : souvent des blogueurs ou des journalistes littéraires (qui trouvent là un moyen de faire passer leurs services presse, loin de la pratique mercantile de certains, la vente sur les sites d’occasion), des passionnés en tout cas. Un monde du livre, sans conteste, avec entraide (les petits nouveaux sont accueillis et encouragés, mp, messages sur le forum, mails, invitations à des rencontres IRL).
Mes premiers pas
Avoir commencé dans le Bookcrossing par Bouquiner n’était pas un hasard : Annie François décrit toutes mes tares de lectrice. La difficulté à prêter des livres, l’angoisse de ne jamais les voir revenir, la peur du bouquin qui revient, certes, mais corné ou dégueulasse, les manies, les toquades, etc. L’apprentissage fut donc compliqué. J’ai libéré une trentaine de livres depuis mon inscription avant-hier. Les deux premiers sont partis « contrôlés », je les ai postés à deux médiapartiens (un à Paris, un autre en Suède). J’ai créé une « FreeBookZone », en bas de ma maison, 22 déposés, il n’en reste que 6. Avec les surprises qui accompagnent le fait de surveiller de loin en loin ce qui se passe : mes livres préférés sont partis en dernier… J’ai initié une « Ray » sur le forum et Sans nouvelle de Gurb de Mendoza est déjà attendu chez 6 bookcorsaires. J’en ai libéré un dans la nature seulement. Je me lance vraiment demain.
Et, pour le moment, aucune nouvelle des livres lâchés mais cela fait partie du jeu. J’aime définitivement le principe, l’inconnu, et son côté à la fois ludique (le côté chasse au trésor, le mystère du livre trouvé ou pas, quand et où), poétique (les échanges, choisir le lieu de libération du livre en fonction de son titre et/ou de son sujet) et politique (partage, utopie, économie alternative).
Anecdotes magiques
Difficile d’être frustrée, d’ailleurs, parce que des nouvelles incroyables, on en reçoit quand même. C’est d’abord le départ de Bouquiner pour la Suède qui m’a enchantée, les très jolis messages envoyés par la fidèle de Mediapart qui va recevoir le livre. La rencontre, sur le forum de Bookcrossing, d’une lectrice grecque de mon blog perso qui me connaissait via mes billets sur Sophie Calle et m’écrit « J'avais même parlé de ton blog aux bookcrossers de notre ville au meetup mensuel de février et, ce soir, je fais ta "connaissance ", c'est merveilleux! ».
Oui, merveilleux, ces hasards objectifs dont parlait Breton, qui me fascinent. Et Bouquiner partira en Grèce après son étape suédoise. Notre amie mediapartienne a accepté de l'envoyer là-bas quand elle l’aura lu, enchantée par « l’agence de voyage littéraire » (je la cite) que je suis en train de monter…
Et puis, au hasard des blogs visités ici ou là pour me repérer dans les pratiques de Bookcrossing, ces phrases de Souram évoquant la magie de ces livres lâchés qui donnent de leurs nouvelles parfois des années plus tard : « en mars 2008, j'ai libéré un roman, En espérant la guerre, dans une ruelle ; il a été signalé sur le site en décembre 2011 par quelqu'un l'ayant à son tour relâché on ne sait où ; la personne qui l'a relâché en décembre 2011 précise l'avoir découvert en mai 2011 sous un banc... à cinq minutes à pied de l'emplacement où j'avais relâché le livre en mars 2008 ! De quoi imaginer que le livre n'a pas quitté le quartier en l'espace de trois ans et demi, il n'y a qu'un pas (ou cinq minutes pédestres). » En espérant la guerre, roman de… Dominique Conil.
Un tout petit monde, littéraire, magique. Comme l’écrivait August Strindberg, citation que l’on peut lire sur beaucoup des blogs évoquant le bookcrossing, « les livres sont faits pour être lus, c’est pour cela qu’on les prête, qu’ils continuent leur chemin et que l’on ne vous les rend jamais. Ils doivent circuler et ne doivent pas rester inertes » (Le Couronnement de l’édifice, Actes Sud, 1993).

Tous les commentaires
Pour ceux qui seraient intéressés, la prochaine rencontre au Petit Châtelet (9 rue Saint Denis, Paris 1er) a lieu le mardi 13 mars. Les rencontres (et échanges de livres) y ont lieu tous les seconds mardis de chaque mois à partir de 18 heures.
MERCI j'y serais mais j'ai un soucis ! .... Connaissez-vous ou pouvez-vous me donner des endroits où trouver des bouquins de bookcrossing en libre-accès ?
AVANT, j'allais dans une coopé dans le 17 ème que je connaissais et qui a malheureusement fermée ! Je faisais le plein de bouquins ... depuis, je suis un peu perdue .... merci pour vos réponses !
Moiree.
Alors — en gardant à l'esprit que je ne suis sans doute pas la meilleure interlocutrice sur ce sujet, ayant envisagé le Bookcrossing uniquement du côté du don et de la "libération" et pas de l'échange ou de la "trouvaille" —, la question des Zones est justement très débattue en ce moment sur le forum. Nous sommes plusieurs à en avoir créé une de manière "artisanale" et "sauvage" (c'est-à-dire non répertoriée officiellement par le site). Et nous demandons comment les "officialiser".
Selon moi, plusieurs solutions :
- Passer par l'onglet "aller à la chasse", sur le site, qui répertorie les endroits où les livres sont lâchés : http://www.bookcrossing.com/hunt/15/
(par pays, et à l'intérieur des pays par régions puis villes et même arrondissements pour Paris)
- Essayer de repérer, par ce biais, les Bookcorsaires pas très loin de chez vous.
- Suivre sur le forum (en français : http://www.bookcrossing.com/forum/17) les différentes réunions organisées, les événements, etc.
- Créer une alerte de libération http://www.bookcrossing.com/releasealerts qui vous avertira des "libérations" pas très loin de votre domicile ou de votre lieu de travail.
J'espère avoir un peu répondu à votre question (ici quelques zones aussi http://www.rinaldiweb.it/eurobc/fr/index.htm) mais n'hésitez pas à vous inscrire sur le site et à poser la question à des bookcrossers plus anciens donc plus informés.
Génial, Christine ! Je vais tout de suite sur le site.
Thierry, tu me trouveras facilement (je n'ai pas pris de pseudo, juste raccourci mon prénom) et à nous les libérations sauvages et/ou contrôlées.
J'ai commencé les lâchers dans Paris ce matin, dont une cabine téléphonique et... une agence de voyage pour poser un Best of Sarko (avec double départ espéré, pas seulement celui du bouquin en bookcrossing).
Bouquiner est arrivé il y a une demi-heure par la voiture du facteur. Il est encore emmitouflé dans son papier kraft :-)
Wow, Bouquiner est un rapide ;)
.. Je viens de m'inscrire... Mais il faudra que j'apprenne...