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La petite mort du journalisme d’investigation au temps du multimédia ou de l'ultime média

IMG_3201.JPGLes temps changent mais les pratiques résistent : le refus des autorités françaises de la fin de l'Empire de considérer sérieusement les renseignements militaires de l'époque de la bataille d'Alger, qui annonçaient déjà en 1957 la montée du "jihad", la guerre sainte islamique, cachée sous les arguments du FLN et couverte par les arguments des porteurs de valises, allait alors de pair avec la façon dont une partie de la presse de ce temps - France Observateur en tête - se prétendait objective ... <!--break--> en refusant de voir comment les militants de la décolonisation faisaient déjà régner la terreur pour parvenir à leurs fins.

Autres temps, mêmes pratiques : de la Bosnie de 1993 au Rwanda de 1994, de la crise de Chisinau (Transnistrie, 1992) à la problématique du Darfour en 2007, la plupart des médias réduisent souvent la réalité des massacres à ce que les grandes agences de presse veulent bien en dire, sans créditer leurs propres reporters avant d'être obligés de crier avec les loups.

 

Investigation, you said ?

Le journalisme d'investigation analysé par Edwy Plenel comme un mythe résultant d'une vision amplifiée par les reportages d'un Albert Londres, ou par les révélations d'un Pierre Péan sur "la face cachée du Monde", voit sa voilure de plus en plus réduite par le refus des chefs de rédaction de laisser leurs journalistes prendre des risques de moins en moins couverts par les assurances : enquêter sur les responsabilités partagées de l'après génocide au Rwanda comme sur l'affaire dite des frégates de Taïwan IIe période, relève de l'exploit, même en connaissant les raisons pour lesquelles le juge Renaud Van Ruymbeke s'est finalement trouvé purement et simplement bloqué en février 2007 par un précédent Garde des sceaux prétextant "une erreur de procédure" venue à point interrompre une instruction mettant à mal les grands partis d'il y a plus de dix ans, où les chefs de rubrique n'ont finalement pas tiré toutes les leçons de l'autre affaire, Clearstream.

 

Optimistes, malgré tout, merci Mediapart !

Du côté régional ou local, les journalistes férus d'enquêtes argumentées à partir de preuves comme votre blogueur lui-même ne sont pas les mieux lotis : affaire immobilière coûtant 4,4M€ à une collectivité publique suite à une plainte actée par des parties civiles amies intimes de la présidente du tribunal administratif où était plaidée le dossier... A mi-publication de l'enquête dans un journal régional, des pressions sont exercés avec violence sur la direction du titre, et contre l'auteur des articles, obligé d'interrompre la publication malgré l'évidence des faits, en partie reconnue en cour d'Appel par la réduction de moitié des pénalités subies par la dite collectivité.

Impossibilité de publier sans censure partielle d'article les raisons pour laquelle une grande ville de l'ouest refusait un marché potentiel d'hôtel de luxe à un groupe américain – Marriott - pour lui préférer peu après un programme proposé par un concurrent mieux placé – Accor – grâce à ses relations trés amicales avec le parti du premier magistrat du moment, plus de dix ans après l'interdiction totale du financement occulte des dits partis.

Certes, il convient de rester optimiste, et d'avoir confiance dans la poussée du multimédia, des news sur le net, même si les premières pratiques constatées réduisent en fait la latitude des rédacteurs, photographes, vidéastes, webmestres, souvent obligés de tout faire là où plusieurs emplois coexistaient voici à peine cinq ou huit années.

"C'est écrit, donc c'est vrai", pensent encore les "vraies gens". Mais le non-dit est encore la partie invisible de l'iceberg de l'actu - alitée, et les nouveaux journalistes devront s'armer de courage et rivaliser d'imagination avec les banquiers, pour contrer les effets néfastes de l'audimat, du mensonge institutionnel et de la résistible ascension des personnes de pouvoir dans le microcosme médiatique.

 

Merci Albert Londres!

Face aux enjeux évoqués au début, du terrorisme à la défense de toutes les libertés, ce combat mérite d'être gagné. Merci Albert Londres!

Merci d'abord à l’équipe de Médiapart qui me semble avoir entrebaillé la porte en engageant d’entrée de jeu des enquêtes qui paraissent bien renouer avec la veine de meilleures époques journalistiques, et qui génère autour d’elle des échanges de faits et d’idées dont la vacance se fait cruellement ressentir dans les médias plus anciens, désertés par la rage de vivre et d’écrire, au sens où un Mezz Mezzrow parlait de cette rage d’exister entre deux impros de jazz new-orleans. Equilibre des comptes détruit par la presse gratuite et excès de politiquement correct à la clé!

Les questions de fond ne manquent pas : démocratie directe en recul avec l'élection des présidents de communautés d'agglomération françaises par de grands électeurs ; écart croissant entre les riches et les pauvres ; simulacre de discrimination positive qui rend la vie, le travail, la ressource de plus en plus difficiles pour des européens de la classe moyenne non pistonnés et fils ou fils de personne ; décalage culturel grandissant entre les générations alors que jamais l'humanité n'a eu autant de moyens pour tenter de comprendre les autres. Etc., etc., etc.

Les enjeux sont importants : les visions de Georges Orwell, dans 1984, les peurs et la dimension absurde du monde révélées par Franz Kafka, dans l'ensemble de son oeuvre, les combats de Taslima Nasreen, la mutation qui s'amorce avec la prochaine relance de la conquête de l'espace poursuivie entre deux conflits "régionaux" ne doivent pas nous faire oublier qui nous sommes et l'immensité de la route qui reste à parcourir pour humaniser davantage la planète et les rapports entre l'homme, la femme, la faune, la flore, les espaces habités et inhabités, pour que l'avenir de nos civilisations ne soit pas seulement durable, mais aussi d'abord et avant tout enviable, désirable, médiatisable.

Pas simple mais jouable. A condition toutefois que tout le monde s'y mette en adoptant un tant soit peu plus d'exigence en situation lorsque nos décideurs se mettent à la jouer solo, à s'octroyer des droits qu'ils critiquaient chez les autres avant d'avoir le pouvoir et à pratiquer le sport le plus couru d'avant les prochains JO en Chine : ne faîtes pas ce que je fais, faîtes ce que je dis!

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Qu'est-ce que le "websurde", sinon l'absurde à l'ancienne à la puissance quinze, lorsque la bêtise progresse à la vitesse des liens numérisés tandis que la pensée, elle, doit continuer à respecter "l'humaine lenteur", cette "lenteur martelée" dont nous parlait René Char.

La pensée est élastique, mais le temps de la pensée est incompressible.

Baudelaire aurait appellé "fusée" cette réflexion! Penser demande de l'énergie, qui fait tant défaut à nombre de rédacteurs de la période, qui la consacrent à d'autres formes de passions! Vouliez-vous dire que le propos visé souffrait d'un déficit de souplesse, ou qu'il faudrait toujours pouvoir se donner davantage de temps pour réfléchir avant de laisser venir à soi puis à l'écran une réponse, sans oublier que l'interrogation elle-même n'est qu'une fascine de la pensée, disait je ne sais plus qui? Bien à vous ...

Excusez-moi de ce retard. J'avais oublié de repasser par là. Mais vous êtes venu me débusquer ailleurs… Ma "fusée" était prête à partir à cause de tout ce que j'observe autour de moi, dans la pratique de nos métiers de cinéma, par exemple, et qui se retrouve pour d'autres métiers, notamment les journalistes. Aligner des plans, des phrases, fabriquer des "sujets", des articles qui seront oubliés aussitôt que vus, lus. Et sans qu'on s'en rende compte, la pensée peu à peu s'effrite, s'amenuise, disparaît… Mais la machine tourne. N'est-ce pas le principal ?
"fascine", joli mot, qui me rappelle Villaines-les-Rochers. Je suis un petit peu plus à l'Est. Entre Chenonceaux et Loches.

Bonsoir Anne, c'est précisement cet oubli permanent de tout et par tous dont nous parlait si bien Milan Kundera dans son "livre du rire et de l'oubli" qui me semble à l'origine de la perte d'influence de la "pensée" dans la civilisation que nous connaissons, où, bien plus encore qu'il y a quelques décennies, le rythme de l'actualité altère la perception des événements, même si la pertinence du regard peut aussi s'affûter au fil des années, si tant est que l'on cherche encore à comprendre ce qui s'est réellement passé ici ou là, en France ou ailleurs, près de chez soi comme dans un domaine X ou Y. Le cinéma, par exemple, nécessite une grande culture, dont j'ai conscience pour ma part de n'avoir acquis qu'une petite partie des bases, du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein (1) à Into the wild de Sean Penn (5), en passant par les films muets de Chaplin, l'Enfant sauvage et les meilleurs scénariis de François Truffaut, Le genou de Claire de Rohmer (2), L'an 01 de Doillon et Gébé (3), 2001 l'Odyssée de l'Espace de Kubrick (4), Music lovers de Ken Russell, Kingdom of heaven de Ridley Scott, sans oublier mais est-ce encore du cinéma, je crois que non, le dessin animé des Shadoks (6) qui m'a tellement fait rire lorsque j'en avais le plus besoin, dès 68, à l'âge de 12 ans! Certes, pour tourner, elle tourne, la machine, d'où l'expression "silence, on tourne"... et le clap qui symbolise si bien le 7e art et sa magie! Le dernier reportage réalisé jeudi par mes soins pour plusieurs médias au sujet d'un déplacement présidentiel à Saumur, où MM. Sarkozy et Darcos tentaient de lancer l'ouverture de l'école aux entreprises, en compagnie de plusieurs centaines d'enseignants, m'a montré que les rois de la mise en scène n'étaient plus seulement sur les plateaux des studios, assis sur des chaises portant leurs noms en grosses lettres blanches sur la toile de jute noire qui leur tient lieu de dossier... Le naturel est à ce prix. Il est bel et bien là, à tel point qu'il m'est apparu clairement que nos médias audiovisuels en particulier semblent tout faire pour briser dans l'oeuf ce génie de la relation et ce champion de la réforme "qui ne peut plus attendre, j'ai été élu pour ça, pas pour faire comme mes prédécesseurs, c.a.d. pour ne rien faire", dit-il, ce qui marche assez bien et produit son petit effet sur les personnes présentes... J'ignore combien seraient payés les figurants, communiquants, militants, manifestants, s'ils en étaient pour de bon, mais rien qu' à évaluer à la louche le nombre de CRS, policiers du GIPN, gendarmes, militaires, RG présents, merci Al qaïda, la facture quotidienne doit être salée pour le budget de l'Etat. Et là aussi, il y a des films qui se perdent, du coup, le ministère de la culture ayant été obligé de se serrer la ceinture de façon drastique, ai-je appris récemment. On en parle moins que des 11 000 postes d'enseignants supprimés sur 900 000 au total, je ne voudrais vexer personne en osant un ratio. Mais c'est de l'ordre de quelques dizaines de millions d'Euros en moins pour les festivals, la musique, le théâtre, le spectacle vivant, donc les intermittents, dans un monde qui souffre encore plus qu'auparavant des inégalités de revenus entre ces derniers et les stars. Bienvenue chez les riches aurait-il eu le même succès que ... les Ch'tis? Un ami m'a dit fort justement cette semaine qu'il pensait que le succès de ce film s'expliquait sans doute par la conscience que les français ont d'avoir perdu beaucoup de cette qualité relationnelle au travail qui s'exprime dans cette petite poste de Bergues, dans le "NOOOORD", comme le dit si bien Galabru! Simone Signoret avait raison, la nostalgie ne s'avoue même plus. Quand à "fascine", je ne vous apprendrai sans doute pas qu'il s'agit d'un mot à sémantique très variable, puisqu'on le retrouve aussi dans le cinéma sous forme de sigle : visitez ce blog si ce n'est pas déjà fait et vous en aurez la signification (7). Je ne connais pas Villaines-les-Rochers. Il semblerait qu'on y cultive l'osier, végétal qui peut servir à fabriquer des fascines avec de la glaise mouillée, justement! Est-ce ce qui vous l'a rappellé? J'ai traversé une fois Villaines-la-Juhel, un peu plus au nord-ouest, en Mayenne, et j'ignore ce que Villaines signifie, qu'elle soit "Sous-bois" dans l'Oise ou Sous-Malicorne en Sarthe! Pas de Villaines près de la région d'Angers où je demeure, tout aussi chargé d'histoire que le pays d'Azay-le-Rideau et de Chenonceaux, qui est parmi les châteaux de la Loire un de ceux que j'aime le plus. Celui d'Angers, vieux de plus d'un millénaire à sa base, a abrité les régnants de la première forme de l'Europe durant près de cinq ou six siècles, jusqu'à la montée en puissance de Louis XI, à la toute fin du XVe siècle, lequel avait tout simplement fait main basse sur l'héritage de son oncle, alors connu sous le nom du "Bon Roi René", dont on s'apprête à fêter ici les 600 ans de sa naissance en janvier 2009. J'espère avoir au moins répondu à l'unique question posée : "n'est-ce pas le principal" ... Et que vous y trouverez de l'intérêt, aurait écrit La Fontaine. A une prochaine, peut-être! 1 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cuirassé_Potemkine 2 - http://films.blog.lemonde.fr/2007/05/28/genou-claire/ 3 - http://www.dailymotion.com/video/xfp68_a-lan-01 4 - http://sfstory.free.fr/images/2001/1.jpg 5 - http://www.intothewild-lefilm.com/ 6 - http://www.dailymotion.com/related/x2144g_shadoks-203-saison-2-episode-3_fun/1 7 - http://fascine.over-blog.com/

Merci, Christophe, pour votre réponse que j'ai lue avec grand intérêt. Et pour tous ces liens que vous avez joints. Fascine, Villaines-les-rochers, oui, c'était pour l'osier, dont le travail me fascine. Nous y avions tourné un film lorsque j'étais dans mon école de cinéma. Ici, dans mon jardin, c'est une cabane vivante, bruissante de centaines de fines feuilles vert argent, qui se tresse pour les enfants. Je n'ai jamais vraiment pris le temps, pour l'instant, quand je vais en Bretagne, de m'arrêter dans Angers. Mais la Loire, jusqu'à Nantes… Les shadoks, j'en ai beaucoup entendu parler, sans les avoir jamais vus. Je n'ai la télévision que depuis une vingtaine d'années. Achetée pour enregistrer des films, à une époque où il y avait encore une programmation cinéma sur les chaînes. Oui, les films se perdent (et l'illusion du numérique, plus périssable que la pellicule, y participe), et de plus en plus de films ne cessent pas de ne pas se faire, pour quel public vous demande-t-on quand vous apportez un projet, avant même d'avoir lu le titre, les réalisateurs sont usés, ils perdent leurs droits aux indemnités Assedic, se font jardiniers ou peintres en bâtiment, le travail non payé se multiplie, parce qu'on y croit toujours, parce qu'on veut y arriver, terminer un film commencé il y a plus de quatre ans, un long métrage sur un graveur, mais qui voulez-vous que ça intéresse ?, ou alors on garde ses films dans sa tête… Il y a confusion sur le sens du mot culture. D'un côté un acquis, les valeurs sûres du passé, et même déjà là peu de place pour rajouter, faire exister les "oubliés", les pas conformes d'un moment, d'une mode, d'une doxa. De l'autre, ce qui se cultive, comme un champ, un jardin. Du travail, chaque jour, chaque heure recommencé, et jamais la certitude d'un résultat. Alors difficile, le cinéma ? Oui, et très simple en même temps, comme n'importe quel autre art. Mais d'une simplicité à retrouver. Trop de couches superposées. L'histoire, les personnages, l'identification qui empêchent de voir qu'il y a surtout des images et des sons assemblés de telle et telle façon, plutôt que de telle autre. Ce qui se voyait bien quand le cinéma était encore silencieux, avant qu'il ne devienne bavard, comme l'a écrit Benjamin Fondane, le poète cher à Patrice Beray. Difficile aussi parce qu'il a besoin d'argent, de beaucoup d'argent pour exister. Et que le temps n'est plus au mécénat privé. Le mécénat d'État lui-même a intégré des critères de rentabilité. Bernard Stiegler pense qu'Internet peut être une nouvelle chance pour un autre système de production/diffusion d'un cinéma peu coûteux (tournage en DV et montage sur un portable posé sur une table de cuisine). Ce que je vois en fait d'images sur Internet ne m'engage pas à partager son optimisme. Bien à vous

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