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Les ... de Michel Onfray

Il n’y a pas lieu d’être surpris par l’attaque en règle dirigée contre le fondateur de la psychanalyse par Michel Onfray. En effet, sa posture philosophique est proprement cynique, au sens du courant philosophique grec antique, c’est-à-dire qu’elle est subversive dans le premier sens du terme : il s’oppose à tout ce qui est constitué et, pour mieux dire, institué. Certes, la charge contre Freud est sans doute plus violente encore que celle contre Kant ou tout autre philosophe parce que le médecin viennois est celui qui a mis le désir sexuel au centre de tout. Or, dans sa Théorie du corps amoureux, Onfray n’a pas proposé autre chose qu’une contre morale sexuelle : la dépense sexuelle plutôt que l’abstinence – jouir ! Ainsi, aux moralistes qui se méfient du désir comme du diable s’ils sont religieux, ou comme une contrainte du corps s’ils sont philosophes, il a opposé une érotique solaire propre à rendre heureux. Le problème est que le désir est d’abord pulsionnel et qu’il n’est pas aussi lumineux qu’il pourrait l’être. D’où l’existence d’une discipline psychologique étudiant le désir humain, dans ses manifestations et ses évolutions contrariées. Car, contrairement à ce que souhaite le philosophe « païen » et paillard (?), on ne transforme pas si facilement des pulsions de « mort » en « pulsions » de vie. Le désir n’est pas le mal absolu mais il n’est pas non plus le bien par excellence. Quand Spinoza parlait de passions qu’il importait de transformer en actions, il n’affirmait pas que l’opération fût aisée à effectuer. Pourtant, il ne percevait pas les humeurs humaines en termes de névroses et de psychoses. Donc, Michel Onfray tente de discréditer une discipline en affirmant qu’elle n’est pas une science mais une piètre philosophie, tandis que dans le même temps il ne lui oppose qu’une volonté philosophique qui ne suffit visiblement pas à rendre les hommes sereins. Je prends pour exemple le philosophe Marcel Conche qui écrivit un si beau livre sur l’Analyse de l’amour, prônant un amour philosophique, presque éthéré, sur le modèle de l’amitié antique ou « à la Montaigne », pour finalement tomber incroyablement amoureux tel un adolescent. Car la « passion » – le désir –, cela ne se contrôle pas, dans un sens ou dans un autre. On peut toujours dire qu’une discipline n’est pas une science, mais une philosophie ne peut pas être qu’une volonté. Vivre philosophiquement ? Si encore on y parvenait. La thérapie psychanalytique n’est peut-être pas généralisable, mais la vie philosophique, quelle qu’elle soit, même hédoniste, l’est encore moins.En déniant tout caractère scientifique à la psychanalyse, Michel Onfray fait plaisir à nombre de personnes attachées à l’idée même de « science ». Il semble qu’aujourd’hui comme à la fin du XIXe siècle, on fasse à nouveau une confiance aveugle à « la » science qui apporterait des vérités incontestables, c’est pourquoi on attend de la psychanalyse qu’elle fasse ses preuves et qu’elle soit évaluée statistiquement. Dans cette optique, deux conceptions sont opposées : la science contre la religion, la vérité contre la superstition. Il s’agit donc d’une pensée scientiste, manifeste dans le titre d’un livre de Claude Allègre : Dieu face à la science. Cette pensée n’est rien moins qu’une pensée manichéenne : le bien contre le mal, le vrai contre le faux etc. La pensée scientiste ne reconnaît qu’une science qu’elle dit « dure ». Elle reconnaît également la philosophie, parce qu’il faut bien penser, les arts et la littérature. Les activités intellectuelles autres – sciences humaines et sociales – peuvent être alors classées dans les arts et les lettres. On peut retirer au psychanalyste son caractère scientifique mais on ne peut contester le fait qu’il s’interroge, qu’il pense et qu’il argumente. Ainsi, Freud ne serait rien moins qu’un philosophe au même titre qu’Onfray. Mais ce dernier s’interroge-t-il et argumente-t-il ? Sans nul doute puisqu’il est philosophe.Quand j’ai lu le Traité d’athéologie, j’ai été frappé en ma qualité d’historien des religions par deux choses : d’une part, je n’avais pas d’existence aux yeux de l’auteur qui n’oppose à la pensée croyante qu’une pensée athée, d’autre part, toute recherche historique dans ce domaine semblait pour lui dénuée d’intérêt – les religions : fermons le ban ! Si l’on étudie rationnellement les religions, c’est parce qu’elles sont un fait humain, qui s’est d’ailleurs douloureusement rappelé à nous en ce début de siècle. Le philosophe Onfray estime donc que cette science n’en est pas une parce qu’elle est inutile. On est pour ou contre le plaisir, pour ou contre la croyance, et on se fiche du désir en tant qu’objet d’étude, de même que du religieux.Mais il n’y a pas que cela. Au-delà du fait que ce livre me soit tombé des mains – malgré une préface très bien écrite et apaisée, splendide d’humanité – à cause de son ton répétitif, scandant à longueur de pages le même « catéchisme » athée – c’est agaçant quand on n’a pas besoin d’être conforté dans ses propres conceptions –, j’ai été frappé par le manque d’argumentation. Onfray ne discute pas des idées, il écrit des paragraphes rageurs qui se terminent bien souvent dans ce livre par des points de suspension… C’est à nous à en déduire ce qu’il faut penser de ce qui vient d’être dit... Je ne connais aucun philosophe, ni aucun scientifique ou homme de lettres concluant ses paragraphes par autant de points de suspension. En effet, lorsqu’on écrit une argumentation, on cherche à convaincre, donc on pèse le pour et le contre, on discute les idées des autres et on développe les siennes, de manière à ce qu’« à la fin de l’envoi, je touche », disait Cyrano. Or, dans ce livre, l’auteur ne semblait pas vouloir convaincre l’« incrédule » mais réagir contre l’imposture de la pensée qu’est pour lui la religion – car tout se décline au singulier pour le manichéen : la science, la religion, la philosophie.Il ne faut pas nous étonner de cette utilisation faite de la ponctuation pour la bonne raison que le philosophe cynique, d’hier comme d’aujourd’hui, ne développe pas ses idées, ne les met pas à l’épreuve, il les scande, il vous les jette à la figure. Pour cela, le choix s’opère entre le point d’exclamation et les points de suspension. Le premier a l’avantage de souligner la violence du propos mais le second signe de ponctuation, plus sournois, s’insinue dans l’esprit du lecteur convaincu à l’avance et lui signifie : tu vois bien comme j’ai raison…  

Tous les commentaires

 

Vous trouverez ici un démontage point par point du livre de Roudinesco contre Onfray "Pourquoi tant de haine ?" par un professeur de psychologie de l'Université de Louvain et aux facultés universitaires de Bruxelles Jacques Van Rillaer :

 

http://onfray.over-blog.com/ext/http://michel.onfray.pagesperso-orange.fr/RoudinescoOnfrayHaineRillaer.pdf

 

 

 

 

Oui, je l'ai parcouru. Mais je ne "roule" pour personne. Simplement, si l'on s'intéresse à la philosophie, on ne peut se baser sur un seul, et Onfray est pour moi le cynique - au sens grec - par excellence. Il faut simplement savoir qu'il y a, dans l'antiquité grecque comme aujourd'hui, des philosophies.

 

Je suis tout à fait d'accord avec vous. La querelle Roudinesco/Onfray, au-delà d'une simple opposition de principes, c'est aussi, malheureusement, la volonté d'un petit cénacle d'inscrire l'anti-freudisme dans le cadre d'une abomination antidémocratique intolérable que l'on peut donc faire interdire. Il s'agit d'interdire tout travail critique sur Freud ou le freudisme et de discréditer totalement le travail de ceux qui s'y livrent en le faisant passer non pas pour une opinion discutable mais pour un travail illégal... Le camp Freud ne veut aucun débat; il faut abattre l'ennemi par tous les moyens... Pour le coup, on n'a là un vrai problème de démocratie si ils y parviennent... France Culture a été obligée ce soir de préciser avant la diffusion des cours de Michel Onfray que tous les avis sur Freud seront tolérés sur l'antenne... ! Un comble !

Mille mercis Christophe Lemardelé pour votre papier qui m'a beaucoup appris.

 

*

Le plus désolant dans nos temps dits éclairés, voire très éclairés, est que nous pouvons constater que la critique moderne de l’idéologie s’est funestement détachée des puissantes traditions du kunisme antique à savoir ce qui fit le savoir satirique. Ce masque du sérieux surtout dans la psychanalyse, même le marxisme ne l’oublions pas, permet en réalité à la mentalité bourgeoise de continuer à exister. Ce pour quoi je suis très étonné que vous fassiez un rapprochement entre le kunisme antique que pratiquait le philosophe de Sinope avec son rire, ses invectives, ses attaques (qui sont les vertus propre à ce cynisme antique) avec la subversion : « En effet sa posture est proprement cynique, au sens du courant philosophique grec antique, c’est-à-dire qu’elle est subversive dans le premier sens du terme : il s’oppose à tout ce qui est constitué et, pour mieux dire, institué. » Écrivez-vous???

Diogène gênait parce qu’il démasquait par ses moqueries. Moqueur, individualiste, un méchant et un mordant n’ayant besoin de personne, même ses origines sociales étaient montrées du doigt. Il représente une figure citadine dégrossie considérée comme une des premières expressions d’une intelligentsia déclassée ou plébéienne. Ne dit-on pas la même chose à ce « pauvre » philosophe d’Onfray devenu manichéen? Diogène était contre l’arrogance et les secrets moraux de la civilisation dite supérieure, en somme contre les milieux que l’on trouve dans les cités, la ville, i.e la bourgeoisie. Pressé comme un citron le fut-il (futile?) sous la pression de la rumeur publique et du sentiment général d’amour et de haine à la fois.Alors subversif?

Puis, les païens seraient-ils modernes avec leurs « pulsions de mort en pulsions de vie »??

Spinoza avait intérêt à une certaine forme d’ascèse dans sa solitude. Il n’allait pas draguer les belles hollandaises. Il ne vivait pas non plus dans le même milieu que celui de Leibniz pour faire son Valmont.

La science nous apporterait-elle une vision binaire (âme-chose, sujet-objet, idée-matière) voire manichéenne, héritée de la logique aristotélicienne alors que nous sommes depuis un certain temps dans la cybernétique jusqu’au cou où une métaphysique de la cybernétique est déjà en action?

Je vous le dis en toute courtoisie, votre texte ne m’a pas convaincu. Je ne comprends pas le procès intenté à Onfray et pour quelle raison ces insistances à son égard? Merci.

Ce n'est pas un procès, je reste simplement surpris par ces points de suspension presque à chaque fin de paragraphe dans ce Traité d'athéologie, sincèrement.

Nietzsche disait que toute pensée vient d'un corps; nos idées nous sont imposées par notre corps qui est notre histoire subjective incarnée... Notre inconscient comme notre âme, c'est le corps ! Autrement dit : ce n'est pas avec des mots ni même avec des idées que vous transformerez un athée en croyant et vice et versa... L'affontement est donc inévitable puisque Nietszche soupçonne qu'il serait même d'origine physiologique ! Il me semble d'ailleurs que Michel Onfray ait parlé du Traité d'athéologie comme d'une oeuvre de combat; du reste, au dos du livre il est écrit "militant". C'est un plaidoyer pour l'athéisme. Pierre Bourdieu lui aussi parlait de la sociologie comme "d'un sport de combat" qui militait contre le libéralisme. Du moment qu'on interdit à personne de penser ce qu'il pense, je ne vois pas le problème dans les débats si ils sont un peu musclés... On ne convaincra personne la plupart du temps; mais on pourra s'expliquer et rendre toujours plus fines les analyses. En outre, Michel Onfray a la politesse de tabler sur des sources non trafiquées, ce qui n'est pas le cas de tout le monde...

On sait déjà qu'il trouve les pensées magiques particulièrement grotesques, c'est sans doute la raison des points de suspensions. Je suis allé vérifier dans mon édition Grasset et je confirme qu'elles sont la plupart du temps des sous-entendus un peu ironiques que seuls les athées comprennent manifestement... Ils appuient ses chutes comme on enfonce un clou. Rien de bien méchant monsieur Lemardelé. M. O. a déjà eu l'occasion de s'expliquer au micro de France Culture en disant qu'il respectait les croyants dans leur foi mais qu'il les jugeait la plupart du temps manipulés par des instances officielles (Le Vatican, L'Eglise, L'Etat, les instances religieuses en générales) contre lesquelles il n'a pas l'intention de rester muet...Il combat le fait religieux et plaide pour un athéisme qu'il rattache à l'exigeance d'une subjectivité libre, ce beau projet des Lumières, qu'il transpose aujourd'hui en s'inspirant davantage de l'athéisme d'un D'Holbach que du déisme des Kant, Voltaire, Rousseau et consorts... Après tout, Feuerbach a commis lui aussi il y longtemps une oeuvre de déconstruction du christianisme... ça n'est pas nouveau. C'est à chaque partie de se défendre. Il reconnaît lui-même dans sa Contre-Histoire que des grands penseurs chrétiens ont été des modèles philosophiques qui ont toute leur place dans son estime : Erasme, Montaigne, Lorenzo Valla, et j'en passe. Il dénonce les méfaits historiques et philosophiques des religions et propose un remède : l'athéisme. Personne n'est obligé de le suivre, c'est une alternative qui reste peu représentée dans le monde des idées.

Bonjour Christophe,

J'ai beaucoup encore plus aimé cet article que votre article précédent (Kirikou).

J'ai passé la nuit à réfléchir sur une réponse que je pensais rédiger aujourd'hui après avoir surmonté ma peur des coups qui inmenquablement me seront portés pour tout commentaire que j'oserais publier...

Mon projet initial était de réagir à : "Seconde question : la psychanalyse est-elle destinée à tous ? Egalement : est-elle du côté des riches, bourgeoise et donc capitaliste ? Récent reproche : pourquoi ne s’occupe-t-elle pas des pauvres ?"

Mon projet actuel de réagir à : "La thérapie psychanalytique n’est peut-être pas généralisable, mais la vie philosophique, quelle qu’elle soit, même hédoniste, l’est encore moins."

Apprendre votre "qualité d’historien des religions" m'était tout simplement essentiel pour comprendre réellement le fond de vos interventions...

Je crois aussi qu'il n'est pas inutile de savoir que j'ai choisi pour front auspice de mon espace facebook : "Le philosophe, c'est celui qui, dans la simplicité, voire le dénuement, met de la pensée dans sa vie et de sa vie dans sa pensée." citation extraite du livre "Cynismes" de Michel Onfray et qu'en plus j'ai créé un forum "Une lettre contre les passions tristes" en continuation directe d'une conférence de Michel Onfray au théâtre du Rond Point...

Important aussi que vous sachiez que je n'ai absolument aucune culture universitaire et que ma culture psychanalytique est presque uniquement une culture de psychanalysé.

Dans : "Seconde question : la psychanalyse est-elle destinée à tous ? Egalement : est-elle du côté des riches, bourgeoise et donc capitaliste ? Récent reproche : pourquoi ne s’occupe-t-elle pas des pauvres ?" J'ai envie de réagire sur le mot "pauvre".

La pauvreté dont je souhaite exclusivement parler est la pauvreté que je connais de l'ordre de celle dont Florence Aubenas nous parle dans son livre "Quai de Ouistreham", c'est à dire la pauvreté de celui qui a été abattu par un licenciement et pour lequel il faut absolument instaurer une cellule de secours...

Depuis que Nicolas Sarkozy a transformé l'Agence Nationale pour l'Emploi en Agence Nationale pour la Gestion du Chômage absolument rien n'est prévu pour faire front à cette nouvelle forme de génocide connu sous le nom de restructuration...

Une lutte pour le respect des mots, leur bonne utilisation et une bonne éthique découlant de cette bonne utilisation est indispensable...

L'analyse psy doit être en centre de toute réflexion complétée bien sûr par une réflexion économique et philosophique, aucun allié n'est à écarter dans ce combat...

La thérapie est généralisable puisque sa plincipale contrainte est de posséder le plaisir de penser.

Je ne vois aucune raison pour laquelle un licencié pauvre n'aurait pas accès à la psychanalyse...

Il est évident que Nicolas Sarkozy, pour ne parler que de lui, devrait avoir ce plaisir et qu'il devrait avant tout être humain faire usage de la psychanalyse, je dirais même qu'il en va du bonheur de tous à chacun...

Mon postulat est que la vie philosophique doit être vécu par tous, à mes yeux c'est même la différence essentielle entre l'homme et l'animal...

Vivre cette philosophie de manière hédoniste est un idéal qui permettrait de juguler l'essentiel de la violence faite aux femmes ou tout autre forme de violence...

Essayer de la mettre en oeuvre a déjà couté la vie à franck Wedekind et Alban Berg, pour ce sont tout simplemnet des héros et je dirais totu simplement que notre devoir est de reprendre le flambeau...

Navré de ne pas avoir les ressouces intellectelles pour aller aubout du développemnt de mes idées en cet instant précis, j'en reste là pour l'instant.

 

 

Sur la psychanalyse et les pauvres, Roudinesco a répondu dans "Pourquoi la psychanalyse". Bien des psychanalystes travaillent en institution, au moins à temps partiel.

Une autre réponse est la mise en place des "CPCT" par l'Ecole de la cause freudienne (voir ce site).

Merci pour votre long commentaire. Nous sommes assez d'accord d'un point de vue humaniste. La question est: comment réaliser? Ce que vous soulevez est très important, "généraliser" la psychothérapie oui, la psychanalyse, ça me semble plus difficile, je pense que nombre de personnes seraient plus désorientées par cette analyse qui remue tant de choses intimes et profondes chez un individu. Vivre philosophiquement, "hédonistement" permettrait de remédier à la violence conjugale - j'insiste, des hommes sont aussi victimes de cette violence -, certes, mais qui vit ainsi? La grande majorité des gens vit dans la monogamie avec pour principe plus ou moins vague la fidélité s'appuyant sur un sentiment exclusif, donc jaloux, ce qui est une violence faite à la liberté de l'individu. Un peu de philosophie dans nos vies, oui, mais vivre philosophiquement, à part quelques esprits forts, personne n'y arrive véritablement.

Je suis d'accord avec l'essentiel de ce qu'écrit Christophe Lemardelé ici.

Oui, il ne suffit de se dire désirant, de vouloir jouir sans entraves comme ce fut dit dans les années 70 par certains et certaines, et Onfray peut apparaitre comme reprenant le flambeau, pour y parvenir. C'est le plus court moyen pour se comporter en canaille, en fait.

La jouissance de l'acte sexuel pris dans une érotique à deux sans ignorer le fracas du monde peut être dite "solaire".

Mais il y a la jouissance de la compulsion de répétition. Il y a la jouissance mauvaise de faire du mal à son prochain, celle de certains criminels, celle des sadiques, qui n'est tout à fait étrangère à personne. Variations de ce qu'on appelle avec Freud "pulsion de mort". En effet.

Et c'est un fait commun que de reconnaitre qu'on ne désire pas toujours son bien, qu'on se place parfois mais répétitivement dans des situations qui sont mauvaises pour soi, ce qui est travaillé lors d'une cure psychanalytique. On peut préférer être éduqué par des textes philosophiques pour aller vers un certain bonheur; on pourra préférer lire les philosophes, s'en instruire et faire une cure psychanalytique.

 

Tout-à-fait d'accord

Pourquoi tant de discussions autour d'un ouvrage, commerce oblige, au titre provocateur... Nous savons tous que, "Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage", telle est la teneur d'un discours dont on constate très nettement l'intention : il n'y a donc rien de scientifique à prendre en considération dans ce débat.

Notre seul regret à tous, vue la "pertinence" avec laquelle Onfray fait la critique de la psychanalyse et avec laquelle il trace un portrait de Freud loin d'être élogieux, est que ce cher homme n'ait pas vécu à l'époque de Freud pour empêcher le développement d'une pensée que Freud a qualifié lui-même de peste qui allait envahir l'Amérique. Onfray est "américain", et on comprend qu'il souffre de ctte pollution qu'est la psychanalyse.
Je suis anlyste et fier de l'être, et je dis merci à Freud pas pour ce qu'il a été comme homme et chercheur, mais pour m'avoir permis d'ouvrir ma conscience au-delà d'un savoir fermé sur lui-même, normatif et sclérosant.

En quelques années, Onfray a été proclamé "le philosophe". On le voit sur quasiment toutes les scènes médiatiques de France Culture (qui n'en est pourtant pas une) à une émission de Ruquier. L'homme a belle prestance, la parole facile, la mémoire infaillible, la réplique cinglante et on sent dans ses yeux autant d'humour que dans le manche d'une brosse à dents. Bref ce philosophe nietzschéen (je ne sais ce que Nietzsche eût dit de lui) appartient à des constructions médiatiques qui nous amène des écrivains, des sociologes et des économistes qui remplissent les rayons de la Fnac...Faut-il dire que la pensée inchoative de Onfray (celle qui se manifeste par des ....) est nulle et dans valeur ? ce serait aller très vite en besogne. Cet homme a le génie des titres et de quelques formules choc. Plutôt que de parler d'un philosophe ( passion dont le titre est quelque peu galvaudé) je parlerai "d'historien de la philosophie". Mais d'historien à grands pas, à la manière de Max Gallo traitant de César et de Napoléon et de de Gaulle. Car notre historien de la philosophie en moins de 20 ans a balayé toute l'histoire de la philosophie occidentale. Le traité d'athéologie (qui n'est pas un traité et qui ne donne aucune doctrine a-théologique, tout est dans le titre) nous a balayé en quelques lignes la pensée paulinienne avec une assurance qui la dispute au simplisme, n'oublions pas que le même nous a doctement expliqué que Eichmann s'inspirait de Kant....Tout ceci est rapide (en tant que pensée j'entends) l'accueil qui en est donné est surfait, ceci rend un personnage qui eût pu être intéressants (élève d'un collège religieux, il commence à enseigner la philosophie dans une institution religieuse alors qu'on aurait pu attendre de cet homme viscéralement de gauche qu'il choisisse le service public) boursoufflé de suffisance. Le bling bling est est cristallisation de sons qui envahit bien tout notre espace de civilisation.

La rapidité d'écriture du texte ci dessus a conduit à de nombreuses bévues orthographiques et à des défauts d'expressions. Je corrige et m'excuse auprès des lecteurs éventuels car il fallait lire:

"des constructions médiatiques qui nous amènent des écrivains, des sociologues des économistes qui remplissent les rayons de la Fnac"

"est nulle et sans valeur" (et non dans valeur qui n'a aucun sens)

"un personnage qui eût pu être intéressant" (sans 's' , lequel personnage étant par ailleurs assez monolithique)

"le blin bling est cristallisation"...un seul verbe suffira bien puisqu'il y a cristallisation

 

mais peut être en ai-je oublié d'autres...Mille excuses

Votre papier n'est qu'une suite d'affirmations sans démonstration. Du prosélytisme donc ; rien d'autre. Conforme à votre démarchage par message privé pour nous attirer sur vos terres (va-t-il falloir inscrire "no pub", là aussi ?).

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Petite parenthèse sur votre positionnement religieux que nierait Onfray ("je n’avais pas d’existence aux yeux de l’auteur qui n’oppose à la pensée croyante qu’une pensée athée") :

Pour nombre d'athées sinon tous, être agnostique ou se reconnaître dans une religion, fut-elle réduite au déisme voltairien, c'est de toutes les manières croire en un absolu. Qu'on l'appelle Dieu ou tout autrement, y adhérer c'est être croyant.

Il n'existe donc bien, ne vous en déplaise, que deux catégories dans ce domaine, les croyants et les athées, ceux que le doute torture n'étant jamais que des croyants, eux aussi, puisque réticents à l'idée d'un monde sans transcendance.

 

Il n'était pas question d'agnosticisme ou de déisme, simplement de la pensée de l'historien.

@ bjm

extraits de votre commentaire:

" être agnostique ou se reconnaître dans une religion, fut-elle réduite au déisme voltairien, c'est de toutes les manières croire en un absolu"

"ceux que le doute torture n'étant jamais que des croyants"

je ne parviens pas à comprendre

Navré, Francis Louis, de vous apparaître opaque, mais je ne devine pas ce que vous ne comprenez pas, tant il me semble dire clairement pourquoi, en matière de religion, je ne distingue que deux catégories, les croyants et les athées.

Bien à vous.

Merci de votre billet.

J'ai découvert Onfray à travers son récit autobiographique Esthétique du pôle Nord, un livre d'une grande beauté.

Je n'ai pas lu par la suite ses Théorie du corps amoureux, Traité d'athéologie, etc. toujours hésitant à m'y plonger car trouvant l'approche annoncée par trop manichéene, ce que votre billet semble confirmer. Bien que, un contrepoint contre un supposé Doxa intélligemment fait peut être salutaire.

La compréhension du psyché humain, et les thérapies associées, ont énormément avancéau cours de ce dernier siècle. La contributaion de Freud est d'une grande importance (c'est peu dire), à condition d'aborder son apport avec un esprit critique : c'est un apport imparfait, avec erreurs, aveuglements, faussestés même, et limites.

C'est dommage de voir Onfray se cantonner entre la point d'exclamation et des points de suspension, au lieu de se livrer à une véritable réflexion sur ces sujets : mais cela demande un travail collectif, de longue haleine, et minutieux, plutôt qu'un Onfray reprenant sa lutte perpetuelle du vrai contre le faux, du libre contre le contraint, de la vérité contre le mensonge: ce qui s'avère un outil bien trop grand pour qui le brandit.

Ce qui devrait nous intéresser, ce sont des questions intéressantes philosophiquement, et non pas "Onfray contre Freud" ou "Rudinesco contre Onfray" : deux sujets bien pauvre comparé à une véritable réflexion sur l'apport de Freud à un champ qui le dépasse.

 

@Laurent Galley

"Il combat le fait religieux ", dites vous en parlant de Michel Onfray

Je ne pense pas que Michel Onfray "combatte" le fait religieux, une donnée historique qui relève de l'anthropologie. Il combat les institutions religieuses et le discours prosélyte.

Que faire du fait religieux sinon un objet d'étude ? Trois petits points ...

Oui, c'est une mauvaise formulation écrite un peu à la hâte. Disons : tout ce qui suscite religiosité, au sens d'obéissance aveugle à une autorité explicite ou implicite; fut-elle doctrinale ou institutionnelle.

On peut rappeler " le fond du débat " :

http://www.kristeva.fr/freud_nouvelobs.html

Carl Gustav Jung, dissident de la psychanalyse freudienne, on proposé un concept intéressant (parmi d'autes) qui me semble caractériser le processus psychique dans lequel se fourvoie ce "pauvre" (pas au sens pécunier) Michel Onfray.

Il s'agit du concept d'Inflation psychique.

Si j'ai bien compris, ce concept considère ici un mécanisme compensatoire devant une décrépitude du Moi, atteint trop durement par des traumatismes divers (ça ne semble pas manquer). Ce Moi faible se laisse alors submerger par des contenus inconscients que Jung appelle Archétypes et que le sujet considère comme sa conscience (un super égo): le Moi se dissout dans le Soi qui est la Totalité et ne peut donc en aucun cas être atteint, altéré ou contesté. Jung dit avec humour qu'il convient alors de se comporter devant de tels sujets comme devant le Pape.

Ce choix inconscient trouverait selon CGJung un terrain de prédilection chez les personnes nourries abondamment par un savoir extérieur.

En d'autres termes les ... de MO traduiraient l'incongruité selon lui d'une quelconque remise en question de sa parole par les "adulateurs" du Pape. Ceux à qui il s'adresse seraient ainsi considérés par lui comme partageant, de fait, les mêmes idées que lui.

Mais voilà, est-il vraiment nécessaire de s'acharner sur cette pauvre victime ?

Ceux qui sont le plus à blâmer ne sont-ils pas ceux qui ouvrent à sa grandeur, sans aucun discernement, toutes les portes du grand monde depuis si longtemps ?


 

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