Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Luc Chatel, encore un effort pour être vraiment le fossoyeur de l'Éducation nationale!

La destruction de l'Éducation nationale est un travail de longue haleine. Difficile, les Français lui sont attachés et ont plus ou moins conscience qu'elle accueille l'excellence en son sein ; harassante, les lycéens et les enseignants (parfois aussi les parents d'élève) n'hésitent jamais à exprimer leur mécontentement et à manifester ; exaltante, à coup sûr, quand on pense à l'énergie déployée par les ministres, pensons aux deux derniers, pour masquer leur entreprise.


Pour comprendre cette tentative qui consiste à désorganiser ce qui, bon an mal an, fonctionne bien, en particulier si on prend en considération les moyens alloués, la tentation est bien entendu grande d'en rester à l'économie, à la suppression de postes sur fond de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Après tout, l'heure est au gain de productivité comme le précise sans fausse pudeur le projet de loi de finances 2010. En un tour de passe-passe (la réforme de la formation des enseignants), l'allongement du temps d'enseignement pour les professeurs stagiaires, plusieurs milliers de postes disparaissent. Mais si l'on veut bien s'inscrire dans un temps plus long, toutes ces réformes témoignent d'un attachement à une entreprise beaucoup plus ambitieuse.


Laissons de côté l'affaire bien connue du "rôle positif de la colonisation française" (article 4 de la loi du 23 février 2005). Trop explicite, cette injonction faite aux enseignants a simplement eu pour effet de révéler à tous ceux qui voulaient bien la voir la volonté des gouvernants d'instrumentaliser l'enseignement. Il a donc fallu en revenir au travail discret, aux commissions et autres enquêtes visant à démontrer l'inadaptation de l'Éducation Nationale.


Habituée de la scène médiatique, et depuis longtemps, l'enseignement des sciences économiques et sociales a été particulièrement choyé. Les travaux de la commission Pochard ont du reste donné lieu à des déclarations méritant l'immortalité. Michel Rocard, membre de la dite commission, déclare ainsi (sic) : "Puisque apparemment cet enseignement est assez largement fait pour dégoûter les élèves de la libre entreprise, du marché, de l'entreprise elle-même et de pas mal d'horreurs. Tout ça qui est assez stupide et qui est un des constituants du blocage dans sa forme d'aujourd'hui". Il pointe de même un peu plus loin "le manque d'une dimension de compréhension réaliste de l'économie pratique". Réalisme, pragmatisme, bref, les faux nez habituels de l'idéologie.


Son interlocuteur du moment, Bernard Thomas, délégué interministériel à l'orientation, n'est pas en reste. Il surenchérit : "Donc un élève qui entre en première S, un élève qui entre en première L, un élève qui fait d'autres formations comme les sciences et techniques industrielles, futur technicien, ingénieur, etc… Tous ceux-là, je le dis de façon provocante, sont privés de tout enseignement économique, social et donc d'entreprise… […] Après tout, heureux sont-ils d'en être privé…". Bref, il s'agit bien d'un contenu idéologique à diffuser et non du souci d'une plus large diffusion d'un enseignement de sciences économiques et sociales. Le résultat de ce matraquage est édifiant. Alors que moins d'un Français sur deux estiment avoir de bonnes connaissances économiques, un récent sondage BVA vient de les consacrer champions d'Europe en la matière, loin devant le Royaume-Uni bon dernier!


Mais, on n'est jamais trop prudent, autant réduire le temps d'enseignement. Luc Chatel n'y va pas avec le dos de la cuiller, -40% en seconde pour ne parler que de la filière générale. Et comme si cette drastique réduction ne suffisait pas, voilà qu'arrive en classe de seconde, de "l'économie appliquée et de la gestion", en lieu et place des sciences économiques et sociales, pour ceux qui choisiront cet enseignement. Le nouveau lycée s'inscrit donc dans un cadre idéologique qui ne doit pas être sous-estimé. L'entreprise, rien que l'entreprise, et jetons un voile pudique sur les inégalités.


Dès lors, tant les déclarations de Luc Chatel que le contenu de la réforme de l'enseignement de l'histoire-géographie devraient être lues à cette aune. Au-delà de l'économie de postes réalisée, c'est sans nul doute la dimension critique inhérente à ce type de cours qui est visée. À quoi bon réfléchir, s'il s'agit de chanter la Marseillaise tous les jours, agiter un petit drapeau à sa fenêtre le 14 juillet, se réjouir obligatoirement de la victoire de l'équipe de France de football et s'attrister à chaque défaite (à cette occasion, une observation critique sur la couleur de peau de certains membres de la dite équipe sera bien vue…), verser une larme à l'écoute de la lettre de Guy Môquet… Mais évitons les procès d'intention et restons-en aux déclarations de Luc Chatel.


À en croire le ministre (dimanche 6 décembre), "on ne supprime pas le programme d'histoire-géo en terminale scientifique, ce programme sera vu en première. En première, les lycéens de la filière S vont voir leur horaire d'histoire-géo passer de 2 h 30 à 4 heures". L'artifice est évidemment grossier. En ajoutant une heure et demi, Luc Chatel tente d'apparaître comme un partisan de cet enseignement. Las, l'arithmétique livre un résultat sans appel. Le lycéen "S" d'aujourd'hui, 51% des bacheliers inscrits au bac général, disposait de 2h30 d'histoire-géographie en première et de 2h en terminale. Voilà déjà une petite demi-heure économisée, soit une vingtaine d'heures sur une année (deux bons gros chapitres d'un programme), et de précieuses dizaines de postes pour la Révision Générale des Politiques Publiques. Décidément, Luc, la force est avec toi…


Mais au-delà de cette observation pragmatique – les enseignants n'auront pas un temps identique pour traiter un même programme –, le raisonnement pédagogique, si tant est qu'on puisse utiliser cet adjectif pour cette réforme, est proprement stupéfiant. En le résumant, on aboutit à une question révolutionnaire : pourquoi faire en deux ans ce qu'on peut faire en un an ? Voilà donc la solution, les fameux gains de productivité à réaliser! Pris de vertige, le réformateur s'interroge. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Pour en rester à la seule histoire-géographie, ne serait-il pas temps de dépoussiérer cet enseignement en collège ? Au lieu des trois heures par semaine, proposons douze heures en sixième! Ou plutôt onze car il serait stupide de ne pas réaliser un petit gain de productivité… En une année, l'élève de sixième aurait ainsi vu "tout le programme". Nul doute qu'en tenant compte de la longueur des journées, bloquées à vingt-quatre heures mais le gouvernement préparerait une réforme, il devrait être possible de concentrer d'autres cours. Avec un peu de bonne volonté, le niveau bac devrait pouvoir correspondre à cinq années après le primaire au lieu de sept aujourd'hui. Dans un premier temps car, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?


Et quand on pense à ces feignants d'étudiant qui se la coulent douce avec moins de vingt heures de cours par semaine le plus souvent, on se doute qu'il y aurait encore de formidables gains de productivité à réaliser. Alors, chiche, Luc Chatel, encore un effort! Osez cette proposition révolutionnaire à votre collègue de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. À quand le master en un an au lieu de cinq ?

 

Christophe Pébarthe, maître de conférences en histoire grecque

Tous les commentaires

Ça fait beaucoup de couleuvres noires à avaler tout ça.... je me demande a quoi ressemblera dans quelques années les connaissances économiques des uns et des autres, à ce rythme.

@ Pebarthe

Et oui il faut supprimer des postes ,augmenter le faible temps de travail de enseignants ,réduire leurs nombreuses vacances...et alors il sera possible de mieux les payer à impôts constants pour les salariés du privé qui financent ces impôts .

 

Je souligne l'inconséquence et l 'incohérence des enseignants qui soutiennent les chronos biologistes lorsqu'ils affirment que nos enfants ont trop d'heures de cours par jour et qui s'indignent lorsque l ' histoire géo devient facultative en terminale...Pour réduire la journée de travail des élèves ,il faut bien supprimer des matières .

alcyme, à votre avis les professeurs, les fonctionnaires ne paient pas d'impôts? Cela devient insupportable de lire sous votre clavier que les salariés du privé financent les impôts...Et ceux du public vous croyez quoi? La désinformation, la malhonnêteté ça suffit.

 

@ Marie Lavin

Les salariés du privé et leurs patrons financent le salaire des enseignants .

Les enseignants sont transparents par rapport à l'impôt ..un modèle simpliste ,mais pas simplet ,le prouve .

Alcyme du privé gagne 1 million d'euros ,grâce au bouclier fiscal ,il ne paie que 500 000 euros d 'IR à l' Etat .

Marie Lavin ,enseignante , gagne 200 000 euros par an payé par les impôts d'Alcyme sur lesquels elle reverse en IR 100 000 euros .

Il est facile de voir que Marie Lavin est transparente par rapport aux impôts en faisant le bilan comptable .Les impôts de Marie Lavin sont transparents

 

Arrivez vous à comprendre cette élémentaire comptabilité financière ?

 


 

Tiens, encore un écureuil à la noix !

Tout le monde finance tous les enseignants du privé comme du public : certains respectent les textes et ont des enseignants bien formés, les autres non.

Et si on parlait des enseignants du privé un jour ? pour changer ? la plupart étant sous-diplômés et sous-formés ?

Quant à leurs résultats "mirobolants" : facile !

On sélectionne au départ, on écrème en route, et si malgré tout, on n'est pas fiable à 100% pour le bachot, et bien on le passe en candidat libre !

Et voilà comment votre fille est muette !

Tu ferais mieux de l'imiter, non ?

Nous sommes d'accord ,bigorneau de bergerac ,les enseignants du public ou du privé (sous contrat ) sont payés par les impôts des patrons et de leurs salariés du secteur privé marchand ...

 

S'ils n'y étaient pas si attachés et n'avaient pas de si nobles idéaux, je suis certain que les enseignants du public aimeraient beaucoup fonctionner à effectifs réduits, avec des élèves choisis, dans un cadre où les personnels annexes ne manquent pas.

J'aimerais également voir quels seraient les résultats dont tu te gargarises si c'étaient les enseignants du privé, en juste compensation, qui se tapent le boulot du public : leur manque de qualité global éclaterait alors au grand jour et tu n'aurais plus qu'à la fermer une bonne fois pour toute.

Tu n'es qu'un minable provocateur (gérerais-tu par hasard les comptes d'actionnaires d'établissements privés ?).

.

PS : quant aux impôts, pas qu'eux !

On comprend surtout qu'Alcyme n'a jamais du voir un bulletin de paie d'enseignant, et que le bouclier fiscal ne lui suffit pas, il veut un bunker.

Qu'il se rassure, ça vient.

Ach ! son bunker le perdra !

En a-t-il un seulement ?

Alcyme, toute la question n'est pas de savoir s'il faut supprimer des matières.

Mais quelles matières on supprime.

Et bien évidemment qu'il faudrait alléger la journée des élèves.

Et donc mieux étaler le travail sur l'année.

 

Mais l'objectif est limpide, former des travailleurs et ne plus éduquer, c'est à dire se débarrasser des citoyens.

 

Vous savez, ces "emmerdeurs"qui savent et disent que payer des impôts est bien plus conforme à l'intérêt général que condamner l'immense majorité à ne pas pouvoir se payer les futurs services marchands d'universités, puis de lycées puis de... puis de... privatisés.

 

Irresponsable, imbécile et cynique discours que le votre.

Puissiez-vous au moins être adossé à quelques privilèges qui le justifient.

 

Il faut surtout éviter que les élèves aient les bases qui leur permettraient d'espérer pouvoir penser un jour ( le phénomène a commencé de façon insidieuse il y a une quinzaine d'années, touchant ses premiers dividendes dans les actuels 25-30 ans).

Le but étant de former des cons-ommateurs, diplômés ou non : et ça marche !

Alcyme a 25 ans ?

Il faut également signaler que la trouvaille du "socle commun" ou du "tronc commun" aux filières, de la seconde à la terminale, mine de rien, va permettre à la fois de réduire les postes et de rendre plus difficile le métier.

L'idée est par exemple (je choisis une discipline au hasard) de décider de 2 heures d'histoire en socle commun à toutes sections avec, pour différencier les sections, ajout dans l'une d'entre elle d'une heure d'histoire supplémentaire.

Apparemment, cela pourrait ne rien changer si les horaires totaux sont les mêmes qu'avant.

Mais, tour de passe-passe, le socle commun signifie programme commun et donc possibilité de réunir en classe commune pour ces cours là - et d'avoir finalement davantage d'élèves par cours (et qui auront des niveaux et des projets différents), et donc moins de professeurs à payer.

 

"Travailler plus pour gagner autant!"

Excellent billet, merci.

 

Je suis complètement dégoûtée de cette réforme, de ce gouvernement qui brade notre jeunesse et n'en fait au final qu'un produit hyper adaptable au libéralisme....Oui, l'Education nationale va devenir "l'Education locale"!

Avec un pseudo-monarque qui n'a que la culture de l'argent, il ne faut pas s'étonner qu'il trouve superflu toutes ces matières (géo, histoire), peut-être bientôt les matières litéraires. Quelle tristesse !!

Alcyme a encore frappé ! Quant à Luc Chatel,il ne fait qu'exécuter les consignes du pouvoir sarkozyen dont le but est d'effacer la mémoire,même si elle est courte.

Newsletter
Je m'identifie