La mondialisation, ça eût payé Mme Pécresse…
La nouvelle est tombée hier soir, jeudi 10 juin sur France 2. Christine Boutin, ancienne ministre, ancienne députée, conseillère générale des Yvelines et chargée de mission par l'Élysée, renonce aux émoluments que cette dernière fonction lui assurait, soit 9 500 euros net par mois. "J'ai entendu les Français qui ont de petits salaires qui, aujourd'hui, ne peuvent pas comprendre qu'il y ait ainsi un responsable politique qui ait une rentrée d'argent de près de 18000 euros", puisque tel était à peu près son revenu mensuel. Rappelant la légalité de ces sommes, elle a convenu s'incliner "sous le poids de la tourmente médiatique".
Quelques heures plus tôt, la ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse défendait Christine Boutin en ces termes. "Je crois que c'est un montant de salaire qui est très élevé et je pense que ça doit se justifier par un travail qui sera d'une exceptionnelle qualité". "Mais de ce point de vue je fais confiance à Christine Boutin", a-t-elle ajouté."Les conséquences sociales de la mondialisation, à l'approche du G20, c'est une mission qui est importante [et qui] peut conduire à des propositions de régulation mondiale des États".
Depuis la sortie du Canard Enchaîné qui a dévoilé la mission et sa rétribution, les commentaires ont attiré l'attention sur le montant, 9 500 euros, ou sur le cumul des revenus 18 000 euros, le Ministre du Travail Éric Woerth lui proposant de renoncer à sa retraite de parlementaire. Peu voire aucun n'ont eu l'air de s'interroger sur la légitimité de Christine Boutin à réfléchir pour l'Élysée aux conséquences sociales de la mondialisation, puisque telle est la mission qui lui a été confiée par le président de la République. De quelle qualification l'ancienne ministre du Logement dispose-t-elle pour prétendre à cette "mission qui est très importante" ? Examinons sa biographie.
Titulaire d'une maîtrise en droit public et d'économie industrielle, option échanges mondiaux, attachée de presse au CNRS entre 1964 et 1969, adjointe au chef de service du secrétariat général du Crédit agricole (1973-1979), journaliste à Dossier familial, le mensuel du Crédit agricole (jusqu'en 1986) et consulteur du Conseil pontifical pour la famille au Vatican (1995, quatre consultations depuis cette date), Christine Boutin ne semble pas pouvoir arguer de qualification particulière pour prétendre à la remise d'un "travail d'une exceptionnelle qualité". Il est probable que des considérations autres, politiques, ont amené à sa désignation…
Qu'on ne se méprenne pas. Nul ne doute de l'importance de "la régulation mondiale des États" comme le souligne Mme Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Il est toutefois significatif que cette dernière oublie les enseignants-chercheurs et les chercheurs à qui une telle mission aurait pu être confiée, eux qui réfléchissent pour des montants bien plus faibles. Cette amnésie jette une lumière trouble sur celle qui déclarait le 2 septembre 2009 : "Qui peut nous aider à penser la crise, si ce n'est des économistes, des juristes, des historiens, des géographes, des philosophes, des sociologues, des anthropologues et de tous ceux qui, parce qu'ils étudient nos langages, nous apprennent parfois à nous déprendre des mots que nous utilisons ?" Doit-on déduire qu'à la question "Qui peut nous aider à penser les conséquences sociales de la mondialisation ?", il n'y ait qu'une réponse "Christine Boutin" ?
À travers son soutien, Valérie Pécresse affiche, une fois encore, son souverain mépris pour la recherche et l'Université en général et pour les sciences humaines et sociales en particulier. Au-delà des sommes en jeu et de leur caractère scandaleux notamment au regard des traitements des chercheurs et des universitaires qui font le même travail, c'est donc un autre scandale qui pointe, la déqualification des activités intellectuelles. Il y a sûrement une volonté de ne pas être confronté à des conclusions qui dérangeraient les discours officiels. Qu'il suffise de rappeler les déboires rencontrés par Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la mondialisation. Mais cette affaire reflète aussi une haine de la pensée. Exagération ?
Une autre citation permettra à chacun de poursuivre la réflexion. Son auteure est également ministre, de l'Économie, autrement dit Christine Lagarde. Elle est extraite d'un discours prononcé le 10 juillet 2007 lors de la présentation du projet de loi "Travail, emploi et pouvoir d'achat" : "C’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos manches".
Christophe Pébarthe, maître de conférences àl'université Bordeaux 3


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" L'andouillette,c'est comme la politique,ça doit sentir la merde mais pas trop" ( E.Herriot ) En l'occurence,ça sentait trop......
et c'est si bon l'andouillette...avec un peu de moutarde.
L'article du Canard qui a fait chuter Boutin est plus précis : 6 mois après sa sortie du gouvernement, pendant lesquels elle a continué de percevoir ses émoluments de ministre (près de 15 000 € brut), elle a hérité de cette "mission" début décembre 2009, pour... 1 300 € mensuels. Elle aurait pu, et du, s'en contenter : pas si mal. Finalement elle les aura paumés! Bien fait! Et merci au Canard.
Puisqu'en ce moment l'Etat cherche des sous, il y en a peut être d'autres qui assurent des "missions".. et qui cumulent retraite parlementaire, missions etc.... En passant un peu le "rabot" on pourrait peut être récupérer quelques petits millions..
Merci le Canard et bonne continuation !!!
assez compter madame lagarde sur le libéralisme pour penser la france .
il est temps de baisser vos bras et laisser la place à ceux qui sont sans manches et qui n'ont rien à retrousser sinon leur langue qui ne seront pas de bois!!
En effet, en Sarkozie, le mépris des universitaires est flagrant. Système pourri qui ne loue que l'argent et favorise les combinaisons avec les anciens valets congédiés susceptibles de nuire par leur rancune. Et l'argent du contribuable est dépensé sans compter pour satisfaire de serviles egos. Ces valeurs-là sont incompatibles avec la reconnaissance du savoir et de la qualification. Il n'est pas nécessaire de penser pour satisfaire les intérêts des capitalistes, des banquiers et de leurs valets.
Merci pour cette colère, cela remonte un peu le moral. La phrase de madame Largarde symbolise parfaitement l'ère sarkozienne: assez pensé! Mais l'historien a de la mémoire et ce genre de formule il les a déjà entendues, en d'autres temps (bien sinistres), sous d'autres cieux aussi parfois mais pas seulement. Je n'en veux pour preuve que cette phrase de Drieu la Rochelle définissant l'homme fasciste : ... " C'est un homme qui ne croit pas aux idées...Qui ne croit que dans les actes..."
Un prédécesseur de Lagarde à Bercy, Francis Mer a déclaré que les chercheurs devaient se débrouiller pour réduire l'intervalle de temps entre une découverte et ses retombées au quotidien.
Deux cas de figure : 1) l'astrophysique. Si ces incapables de chercheurs se débrouillaient pour augmenter la vitesse de la lumière, déjà les découvertes arriveraient plus vite, ce serait toujours du temps de gagné.
2) La découverte de la magnétorésistance géante qui a valu son prix Nobel à Albert Fert a permis en quelques années d'augmenter la capacité de stockage des disques durs et clés USB d'un facteur énorme. Les industriels français, avec lesquels travaillait Fert ont dû se frotter les mains, prendre les brevets qu'il fallait et se faire des nouilles encore ? Ben non. Ce sont les Allemands, moins frileux ou plus rapides ou les deux qui ont ramassé le jackpot.
C'est la faute aux chercheurs, ça ?
Ils ont bonne mine les Lagarde, Pecresse, Mer et autres oracles...
. Le titre et le corps de cet article me font penser à ce qu'avait écrit Barbara Cassin, après la fameuse provocation de Sarkozy aux chercheurs :
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/sarkozy-meprise-les-chercheurs-21792
Cet article, (on devrait dire cette perle ) de BC, avait pour titre :
*Sarkozy "m'a tuer" *.Il démontrait que le ver est dans le fruit de la Sarkozie, cette vulgarité qui lui colle aux basques, ce qu'on appelle son style: au début ça plaisait aux gens qui n'ont pas eu la possibilité ou le désir d'accomplir les études, c'était ça , au fond pour eux, cete idée de "droite décomplexée" on se sent (généralement à tort ) pris de haut par les intellos, les diplômés de l'université, quand on n'apas fait beaucoup d'études. On en veut à ses profs qui vous ont "tourmenté", vieilles rancoeurs des laissés pour compte du système scolaire, tout cela était très bien joué , mais voilà comme le dit BC dans ce texte, il y a un hic, quelque chose qu'elle a aperçu, elle a mis le doigt exactement dessus, là où ça fait mal. Il ne faut surtout pas relâcher la pression de ce doigt. Le printemps des chaises reviendra, l'université française ne peut tout simplement pas être balayée d'un coup d'échec.
Le jeu de Sarkozy vis à vis des enseignants chercheurs me fait justement penser au jeu barbare, très fort, parce que sans états d'âme autre que la volonté d'écraser l'adversaire, du champion d'Echecs du roman de S Zweig (Schachspiel)
Il faut lire cet article en entier,
http://inventerre.canalblog.com/archives/2009/03/10/12882945.html
c'est de la grande musique, on ne peut pas en ôter une note : en voici tout de même un extrait :
" Mon désarroi est enraciné dans une certaine expérience de la langue et de la culture qui n'a rien de rétrograde - qui n'est pas plus rétrograde que la culture elle-même contre laquelle il est arrivé qu'on sorte le revolver. Ce sentiment est lié à l'idée que j'ai de l'idée que le président a de la culture.
Avec cette différence entre lui et moi que lui peut imposer son idée et le fera, à moins qu'on ne l'en empêche en criant très fort. "Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel", telle est la conclusion de toutes les lettres de mission, celle de Christine Albanel comme celle de Valérie Pécresse : à vos "indicateurs de résultats", en avant marche...
Quel est donc le projet présidentiel ? Il est exprimé par des discours et des actes, nombreux, très nombreux. D'ailleurs, chaque discours est une performance, qui agit autant qu'il exprime. Un premier acte, j'en reste durablement troublée, est la présence massive de fautes d'orthographe sur le site de la présidence de la République française.
Critique d'instit ("dans la transmission des valeurs (...), l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur", dira-t-il) ou, pis, de précieuse ridicule héritière de la grammaire ? L'orthographe française est d'autant plus difficile qu'on ne perçoit pas l'histoire de la langue : comme elle est apparemment arbitraire et tordue, on n'a même plus envie de la réformer, alors ignorons-la comme tout le monde, arrêtons d'embêter les enfants et de discriminer les demandeurs d'emploi !
Pourtant, Sarkozy m'a "tuer" : dans le discours prononcé devant les ouvriers de Daher tel qu'il figure sur le site de l'Elysée, je lis, entre autres, ces deux fautes qu'on ne tolère pas en classe parce qu'elles sont le signe que l'élève ne comprend pas le mécanisme de la langue : "Nous on fait confiance et vous adhérer à cette stratégie offensive", et "on apporte aux participations les participations qu'à la Caisse, les participations qu'à l'Etat". Le président ignore ou méprise la syntaxe, soit, mais il n'a pas pu "prononcer" ces fautes d'orthographe. Elles sont écrites cependant.
Quelqu'un a mal fait son boulot ? Un nègre qui n'aurait pas passé l'examen de langue exigé par l'identité nationale ? Ou l'indice que, sachez-le, on s'en fout. "Je" parle comme "eux", j'écris aussi mal qu'eux : ils croiront que je pense comme eux, ils penseront comme moi. Entre imitation et émotion, ça passe ou ça casse. Il s'agit de communiquer, pas de parler.
Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat "Casse-toi pauv' con". "Faire président" ne garantit plus la fonction présidentielle de règle et de régulation, de cohérence et de cohésion. L'adresse du même discours est sidérante : "Chère Christine Lagarde, (...) monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour"
Merci d'avoir signalé ce texte que j'ignorais. A archiver.
Quoiqu'en pense Mme Pécresse, et qu'elle tente de démontrer, le montant des émoluments n'est absolument pas proportionnel à la qualité du travail fourni, ou attendu comme tel. Je reprends pour exemple, cette très chère Mme Tiberi, qui, à l'époque où le couple occupait la Mairie de Paris, était rémunérée à prix d'or, pour pondre des torchons qu'elle qualifiait "d'études", bourrés de fautes d'ortographe, de français et de syntaxe.
Mais bon...adieu l'avarice !
Quoique je me suis laissé dire qu'elle avait remboursé une partie des fonds...
quel culot, tous ces ministres! Au moins, les universitaires sont payer pour faire quelque chose, essayer de penser... mais Lagarde, à part être payée pour dire qu'il faut se retrousser les manches (surtout les autres), elle fait quoi? Et Boutin, et Pécresse (qui d'ailleurs, mériterait bien une petite évaluation...)