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La revanche du cocu
Téméraire, culotté, habile, voici Jamel, 46 ans, Tunisien en situation irrégulière, ouvrier du bâtiment, privé de son métier depuis qu'une projection de ciment lui a crevé un œil. Il dort dehors ou dans un foyer d'hébergement. Il se rappelle la promesse de Sarkozy en 2006, à Charleville-Mézières: «Je veux, si je suis élu, que plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir». Et, en 2010: «Le droit à l'hébergement est une obligation humaine».
Il sait que l'année dernière, 358 SDF sont morts dans la rue, moyenne d'âge, 47 ans. Il est capable d'en plaisanter: «Si ça se trouve, ils fumaient et on dira que c'est le tabac qui les a tués». Quant aux 570 victimes d'accidents du travail, Jamel a aussi sa petite idée: «C'est pour favoriser le plein emploi». Jamel, plus malin que la majorité de ses compagnons de misère, a compris que le politiquement correct s'illustre par des mots creux. Cocu de la société, il va la cocufier à son tour.
Jamel appelle un concierge privé dont la mission consiste à concrétiser les désirs des clients fortunés. Il se présente comme le bras droit d'un émir d'Arabie saoudite. Il y a urgence, son patron et ses deux filles arrivent dans deux jours à Paris. Il faut réserver des suites dans un palace, les accueillir avec limousine et bodyguards, mettre un jet privé à leur disposition. En ces temps de crise, quitte à déménager des célébrités, le concierge s'active, l'opération peut lui rapporter plusieurs milliers d'euros de commission. Jamel rappelle. Il veut un devis précis pour garnir la valise de billets que l'émir lui remettra à son arrivée. Nouveau coup de fil 30 minutes plus tard: «Je serai ce soir à Paris, trouvez-moi une suite dans un quatre étoiles et réservez-nous une table pour faire connaissance».
Jamel apparaît en début de soirée, veste en cachemire, attaché-case Vuitton, lunettes fumées Sergio Tacchini pour dissimuler son œil de verre. Image parfaite de la respectabilité, il déplore que sa mallette se soit perdue à l'aéroport, «vous allez devoir nous avancer le prix de la chambre et de notre dîner». Il réclame aussi un costume de rechange et un ordinateur portable, en attendant de récupérer les siens. Pas de problème. Le concierge raconte: «Il s'exprimait exactement comme le font les responsables du protocole des dignitaires arabes. Aimable et très directif, refusant d'attendre, capable de s'énerver, de mettre une pression incroyable». Jamel ne s'en tient pas là. La Visa Infinite du concierge chauffe à blanc. Il veut tout, tout de suite. La tournée des grands ducs, du Palais de la Porte Maillot au VIP Room. Des filles à sa table, qu'il arrose de magnum et de jéroboams. Son standing en prend un petit coup quand un soir, un peu éméché il réclame des putes et du shit mais il y a pire: l'émir est tombé malade et retarde son voyage. Le chauffeur de la limousine commence à s'alarmer. Le client ne parle pas anglais et son œil de verre est moche (modèle basique de la sécu). Mais Jamel jubile, il ne cesse de repousser les limites de la provocation, il va jusqu'à finir ses nuits dans un club privé... rue de la Grande Truanderie. Il se roule dans les draps de soie, il fait des orgies de langoustines. Il sait qu'il sera de retour bientôt sur le trottoir glacial ou, plus au chaud, sur une paillasse de Fleury-Merogis...
Si j'étais employeur, j'engagerais Jamel à sa sortie de prison. Je ne lui confierais peut-être pas la comptabilité mais il y a d'autres postes où rentabiliser ses qualités: inventif, créatif, capable de s'adapter à toute situation, excellente présentation, bon contact. Oui, c'est un arnaqueur. De bien moindre importance que l'économie de marchés qui détruit la démocratie en nommant, à la place du peuple, des gouvernants pour qui personne n' a voté. Ou bien ma banque, le C.A, qui vous décaisse 1.000 €, crédités six mois plus tôt, au prétexte que le chèque en question a dépassé sa date de validité. Jamel connait le prix des choses. Il a juste rendu à la société la monnaie de sa pièce.


Tous les commentaires
Claire, ô Claire, je cherchais justement un stage dans le genre... Pour faire valider ma carte de séjour. Est-ce que Jamel accepterait de me prendre en mars, juste après la trêve hivernale ? S'il n'est pas déjà à Fleury-Mérogis, bien sûr... Merci de transmettre.
Jamel est un super-diplômé - non pas des grandes écoles - mais de celle de la vie. Désolée, Salah, aux dernières nouvelles, il ne prend personne en stage...
c'est aussi beau qu'un comte de noel, dit la marquise énamourée
ce jamel va me donner des idées ...
Encore faut-il posséder les qualités exceptionnelles de Jamel pour en appliquer les idées...
Il faudrait juste savoir comment il a réussi à se procurer sa veste en cachemire, son attaché-case Vuitton et ses lunettes Tacchini, parce qu'on le laisse dans la rue et on le retrouve avec plusieurs centaines (milliers ?) d'euros de fringues sur lui ! Une autre escroquerie rigolote, probablement...
Jamel est sans doute un grand stratège. Il n'a pas volé le sac d'une vieille dame, il s'est juste procuré la panoplie nécessire à son projet. D' accord avec vous, il n'a sûrment pas usé de sa carte bancaire...
Merci de cet amer conte de Noël.
Sans vouloir gâcher le plaisir de vos lecteurs, en voici un autre, qui se passe à Beauvais; depuis sept mois des demandeurs d'asile vivaient à la rue. La suite:
Mardi 13 décembre, le préfet de l'Oise enfin pris la décision d'héberger plusieurs des Demandeurs d'asile abandonnés au Pont de Paris depuis près de 7 mois! Il faut dire que ceux-là étaient au fond de la détresse!
Inexplicablement et arbitrairement, 12 d'entre eux ont cependant été écartés de cette procédure d'hébergement! Depuis, effrayés à l'idée de retourner à la rue, ils se sont réfugiés dans les locaux de l'Association ADARS, rue de Clermont à Beauvais.
Outre les graves difficultés qu'engendre cette situation pour cette Association aux actions si précieuses, leur survie demeure tout aussi précaire: une simple salle de réunion ne peut en aucun cas être un lieu de vie, ils n'ont rien pour se toiletter, pour dormir réellement...
A noter encore que nos Amis ont pratiquement tout perdu lors de l'évacuation brutale du Pont de Paris!
Rien n'empêchait évidemment et c'eût été la moindre des corrections, le plus élémentaire des respects, de leur dire: "Nous vous évacuons dans un petit moment, réunissez vos affaires les plus précieuses." Une fois encore, c'est le choix du plus total mépris qui a été fait. Nos Amis ont été quasi raflés et un quart d'heure plus tard tout était "nettoyé". Aujourd'hui tous ont découvert avec effroi qu'ils avaient en particulier perdu leur dossier OFPRA, toutes les "preuves" et documents indispensables à leur demande d'asile! Des souvenirs personnels aussi, des brevets attestant de leurs études...
Un autre scandale!
Aux dernières nouvelles, nos Amis ont établi une liste de leurs objets et documents "nettoyés" et des employés municipaux tenteraient de les retrouver dans les deux bennes utilisées!
(Extrait d"un message reçu de solidaritemigrantsoise@orange.fr)
Nous sommes tous extrêment tristes devant ces situations injustifiables. Et que faire, sinon protester et leur donner un peu d'argent quand on peut?
Nous sommes tous extrêment tristes devant ces situations injustifiables. Et que faire, sinon protester et leur donner un peu d'argent quand on peut?
Je n'ai pas bien compris la morale de l'histoire. Une apologie de l'escroquerie ? Pas sur que cela serve la cause qui est censée être défendue.
Bien dans l'air du temps en tout cas.
L'habit ne fait pas le moine.
Mais je plains le "concierge".
Le concierge n'a fait qu'exercer le travail qu'on lui demande chaque jour, on ne lui demande pas d'être extra-lucide...
Le concierge n'a fait qu'exercer le travail qu'on lui demande chaque jour, on ne lui demande pas d'être extra-lucide...
Ce n'est en aucun cas une apologie de l'escroquerie. Plutôt une dénonciation de la honte à refuser à des immmigrés - qui ne demandent pas l'aumone - le droit d'avoir des papiers, le droit au logement, le droit au travail.De plus, Jamel ne lèse personne, son entourloupe ne vise que les plus riches... et démontre qu'il possède des qualités certaines qui ne demanderaient qqu'à nêtre rentable dans une entreprise...
La morale de l'histoire est qu'il est scandaleux de refuser des papiers, le droit au logement, le droit au travail à des immigrés - qui ne demandent pas l'aumône - mais juste le droit de vivre comme tout le monde. Alors qu'ils ont ttes les qualités requises ... et même plus si affinités.