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Natitingou, Bénin, 25 décembre

Natitingou, Bénin, 25 décembre 2009

Il est nuit. Pas n’importe quelle nuit. Les haut-parleurs de la ville le diffusent régulièrement depuis notre arrivée la veille, c’est la nuit de Noël. Minuit chrétien alterne avec Douce nuit, sainte nuit.

 

Cette nuit de Noël africaine  a les musiques de mon enfance et me ramène à son sens, celui qui nous conduisait à la messe de minuit en famille pour y fêter la naissance d’un nouveau-né porteur de salut. Loin des cadeaux et du commerce, je retrouve ici cette part de foi qui m’a désertée lorsque sa petite porteuse, ma maternelle, s’en est allée rejoindre le ciel auquel elle était fidèle 

Nous laissons la chambre de l’hôtel éclairée au néon, avec son lit à baldaquin de moustiquaire et son air lourd remué par les pales du ventilateur électrique. Dehors il fait nuit. Il est tôt mais il fait nuit. Comme chaque jour de chaque mois de chaque année, avec une régularité et une brutalité surprenante, le jour ne se mélange pas à la nuit en une lente déclinaison, il chute et c’est le noir total.

Nous descendons par le chemin de terre et de sable jusqu’au pavé, la route goudronnée qui traverse Natitingou. Des enfants nous prennent à parti, chantent leur petite chanson pour les blancs, attrapent nos mains et nous entraînent pour un bout de chemin avec eux, plein de rires. C’est Noël, ils sont tous habillés de neuf, confection maison, dans le même tissu, vendu au pagne, la mesure de longueur pour une pièce de ce beau coton coloré.

Le long de la route se succèdent les échoppes, de fruits, de cigarettes, de babioles, de cartes de téléphones mobiles, guirlande de lumignons accrochée au ciel noir et dense de la nuit. La musique s’écoule toujours. L’éclairage public est quasi inexistant. Il fait chaud, moins que dans la journée.

En contrebas du pavé, un maki, le restaurant d’ici. On enjambe un parapet de béton pour s’asseoir à une table de bois, sur des bancs. La lumière provient de l’intérieur de la maison basse, sans porte, carré minimal. C’est une lumière blanche de néon qui troue la nuit puis éclaire faiblement un groupe d’enfants : quatre ou cinq, tenant chacun une batte de bois. Les battes frappent la pâte, l’attrapent, la malaxent, la tassent, la relèvent, frappent, battent la farine de l’igname, s’enfoncent régulièrement à chacun son tour, s’enchaînent les bras des enfants vaillants dans la nuit,  travaillant la pâte dans la grosse marmite noire  sur le brasero. Leur halo est l’îlot dans la nuit de Noël, baignée des cantiques éraillés par les hauts parleurs de petite qualité d’une petite ville d’ici ou d’ailleurs.

En dehors des cantiques qui continuent de s’enchaîner le fond sonore est plutôt uniforme, pas d’éclats de voix ni de rumeur, les phares des camions rompent le flot de motos, principal moyen de locomotion. L’air est plein d’un affairement concentré, incessant et calme.

Une femme en boubou nous apporte des assiettes d’aluminium, garnies de viande de poulet avec une sauce de tomates, d’oignons et de piments revenus, et d’une louche de cette pâte blanche que les enfants continuent de battre dans la nuit. Nous buvons bière légère ou soda de gingembre. La sauce est bonne, pas trop piquante, et la pâte est blanche, d’une saveur fade qui repose le palais du piment. Sa consistance de purée élastique laisse la sauce l’imprégner sans la noyer. Ici tout est simple, plein de sens, le plat sert à se nourrir, donner des forces, il est bon, c’est tout.

Des hommes entrent et sortent de la maison, discutent en langue locale ou français de là. Nous étudions notre excursion du lendemain vers le parc naturel, parlons de nos espoirs de voir des éléphants, de notre guide qui viendra nous chercher dès 6 heures le lendemain matin, heure à laquelle le soleil se lève et aussi se couche.

Le repas est terminé. Pas d’entrée, pas de dessert. Un plat, ça suffit. Les enfants sont partis. La pâte est pilée, du silence qui suit le martèlement de la marmite surgit le bruit des ventilateurs. Nous saluons nos hôtes pour reprendre le chemin de l’hôtel, le ventre chaud de piment et calé de pâte.

 

 

Tous les commentaires

24/12/2012, 21:17 | Par Jean-Yves Mège

une amie vient de passer et m'apporter quelques plats cuisinés de ses secrets. Ton billet arrive à point. Belles nouvelles d'ailleurs. Sourire

24/12/2012, 22:09 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de Jean-Yves Mège le 24/12/2012 à 21:17

Bon Noël Jean-Yves !

25/12/2012, 01:01 | Par WataYaga

Je viens juste de comprendre d'où vient la photo que vous avez déposée sur mon conte concernant l'origine de la Cora ! Trop fatiguée pour lire entièrement le billet (je ne comprends pas ce que je lis car mes yeux se ferment tout seuls et j'espère que mon commentaire reste cohérent (peux pas le relire) Je repasse demain. Ce commentaire c'est pour garder votre billet en mémoire. Rigolant

25/12/2012, 10:15 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de WataYaga le 25/12/2012 à 01:01

Bonjour Watayaga. Prenez votre temps. Sur cette photo, c'est un café où j'ai pris le petit déjeuner du 25.

© CR
 

 

 

25/12/2012, 10:37 | Par Ben.

Beau  et appétissant billet

Bonne journée, Claire

 

25/12/2012, 15:21 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de Ben. le 25/12/2012 à 10:37

Sourire

25/12/2012, 13:58 | Par WataYaga

Le plat que vous évoquez me fait penser - dans ce que vous décrivez de sa préparation par les enfants - au Foutou de Côte d'Ivoire. Celui que je préfère est à base de manioc et de banane. La recette mise en lien évoque le mixer, je ne sais pas ce que cela donne, je n'en ai jamais mangé que pilé au mortier et je sais que c'est un travail très fatiguant mais le résultat est délicieux !

arton293-8ecd7.jpg

J'ai posté la deuxième partie du conte sur la Cora. J'espère que ma mémoire est bonne, mais c'est le risque de la transmission orale (les Kouyaté étant des familles de griots ont une meilleure mémoire que moi Bouche cousue et de près comme de loin ! Hélas Alpha Kouyaté est décédé et je n'ai pas retrouvé de version écrite de cette histoire que je raconte aux enfants depuis. Mettre un conte par écrit reste une lourde responsabilité)

Bon voyage !

25/12/2012, 15:20 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de WataYaga le 25/12/2012 à 13:58

Oui, ça ressemble assez bien en effet. Il est possible que la pâte soit un nom générique de ce type de plat. Je vais aller lire la suite de l'histoire de la kora, ce bel instrument. Pour ce qui est de la responsablité, merci de l'avoir prise ; je suis certaine que les quelques variantes que la mémoire pourrait vous souffler ajouteront à ce conte de nouvelles notes et que votre reprise du thème sera une tout aussi jolie interprétation que celle que vous avez reçue : merci de nous la donner. 

25/12/2012, 16:33 | Par WataYaga en réponse au commentaire de Claire Rafin le 25/12/2012 à 15:20

Rigolant Merci pour cet échange interbillets, je vois un peu comme cela les relations dans le club, des discussions parallèles, croisées, opposées mais qui enrichissent la réflexion des personnes qui dialoguent à voix multiples et variées. Un rêve ? 

25/12/2012, 17:07 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de WataYaga le 25/12/2012 à 16:33

Du moment qu'il est la réalité de quelques uns ...

25/12/2012, 16:47 | Par thomas75013

La vie peut parfois être ponctuée de ces petits moments privilégiés, qui n'arrivent qu'à ceux qui savent voir avec les yeux du coeur, et vous avez une belle âme... J'ai eu la chance de connaître ces petits morceaux d'éternité à Samarkande, au maghreb, en Afrique francophone et dans cette malheureuse Syrie près d'Alep, car invité a partager un plat ou un repas par des hôtes qui pratiquaient l'hospitalité pour le simple plaisir d'échanger, le non verbal ayant autant d'importance que les mots pour nous comprendre. Ce sont ces purs moments de félicité qui remontent à la surface en ce jour de Noël grace à votre billet, ils comptent de fait parmi mes meilleurs souvenirs.

25/12/2012, 17:17 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de thomas75013 le 25/12/2012 à 16:47

Quelle joie que d'extirper du quotidien le souvenir d'un bonheur pur ! Merci de me l'avoir écrit. Savez-vous que je viens à l'instant de faire une pause dans ma lecture de Samarcande par Amin Maalouf. J'étais avec Omar Kayyam, Hassan ... et je vous lis juste après ! Me revoilà dans la coincidence.

25/12/2012, 17:31 | Par Claire Rafin

Naittitingou, c'est tout au nord du Bénin, près du Burkina Faso, le pays de Victor Démé

:

 

 

25/12/2012, 18:12 | Par Jonasz

" Je vois l'Afrique multiple et une

verticale dans la tumultueuse péripétie

avec ses bourrelets, ses nodules,

un peu à part, mais à portée

du siècle, comme un coeur de réserve."

Aimé Césaire

25/12/2012, 19:33 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de Jonasz le 25/12/2012 à 18:12

Merci Jonasz de cette belle vision de Césaire.

Elle me permet de mettre des mots sur une sensation éprouvée de façon récurrente lors de ce voyage au Bénin : celle d'un retour au pays natal.

un coeur de réserve

On y trouve un tel courage naturel, souriant, intelligent

 

verticale ? : c'est un ascenseur, une ligne directe !

 

31/12/2012, 22:30 | Par WataYaga

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02/01/2013, 17:14 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de WataYaga le 31/12/2012 à 22:30

Un de mes personnages de BD préféré. Merci Wata yaga.

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