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Gandrange: responsabilité sociale ou supercapitalisme ?

Quoi de commun entre Volkswagen en Belgique, Unilever aux Pays-Bas, Delphi en Espagne et Nokia en Allemagne ou Arcelor-Mittal à Gandrange ? Opérant dans le monde entier, bien connues des consommateurs, réputées pour la qualité de leurs produits, ces entreprises se sont toutes déclaré "socialement responsables". Toutes ont aussi décidé ces derniers mois de délocaliser vers des pays de l’Est ou du Sud. Des décisions annoncées à la dernière minute, sans concertation avec les salariés, les syndicats et les pouvoirs publics, des territoires parfois durement touchés comme la Lorraine, la Wallonie, la Ruhr ou l’Andalousie, bref, des réorganisations industrielles banales et tristement répétitives à l'identique de ce qui se passe en France et dans la plupart des pays européens. Deux éléments néanmoins posent question.

 

Qu’en est-il de l’éthique sociale de ces entreprises ? Toutes ont adopté des principes qui ont permis de mettre fin à la plupart des abus les plus criants pratiqués par leurs filiales ou leurs sous-traitants– travail des enfants, travail forcé – ou de conduire des actions parfois exemplaires en matière d’éducation ou de prévention sanitaire dans les pays émergents. Mais pour les Européens, rien n’a vraiment changé. L’annonce des restructurations est toujours aussi brusque, le traitement social toujours aussi tardif, la gouvernance des entreprises aux seules mains des actionnaires, le gap salarial entre dirigeants et salariés, exponentiel.

 

L’émergence, au début de ce millénaire, du concept de responsabilité sociale des entreprises, visant à faire, volontairement,plus que leurs obligations légales, avait suscité quelques espoirs propres à rassurer des sociétés continentales inquiètes de la globalisation. Dès 2002, la Commission Européenne multipliait les initiatives sur la question : Livre vert, communications, Forum des parties prenantes, création en 2006 d’une alliance paneuropéenne des entreprises volontaires.

 

Dans la foulée, nombre de grands groupes élaboraient leurs codes de conduite et autres engagements sociétaux. Les pays membres, France en tête, lui emboîtaient le pas : nouvelles régulations économiques, labels sociaux, obligations de revitalisation territoriale etc...Néanmoins, seules 230 entreprises ont adhéré à ce jour à l’alliance paneuropéenne, l’immense majorité des PME reste à l’écart du mouvement et les labels sociaux ne font pas le poids face aux labels environnementaux. Comment s’étonner alors que Nokia fasse désormais l’objet d’un boycott en Allemagne, relayé publiquement par plusieurs ministres ? L’atteinte à l’image devient l’arme ultime, Danone en a fait les frais en son temps.

 

Et puis il y a toute la question liée au mode de décision du capitalisme actuel où la « rationalité » financière l’emporte sur la logique industrielle. De ce point de vue les mécanismes de concertation sociale – discussion en comités d’entreprises, nationaux ou européens – ou d’intervention publique – que peut faire l’Elysée ? – semblent sans prise. Et pour cause ! La discussion entre les intérêts sociaux – ceux des salariés concernés mais aussi ceux des sociétés affectées par ces décisions – et les intérêts financiers n’a ni cadres, ni lieux, ni procédures.

 

Du côté des intérêts économiques, les investisseurs se cachent derrière les managers et vice versa. Du côté de la société, les intérêts des consommateurs, des territoires s’articulent mal avec ceux des travailleurs. Les restructurations ont fait émerger selon les mots de Robert Reich, l’ancien secrétaire américain au travail, un « supercapitalisme » qui représente un double défi, pour la compréhension comme pour l’action.

 

Bref, irresponsabilité d’un côté, impréparation sociale de l’autre. Les délocalisations, surtout dans le secteur manufacturier, sont loin d’être une surprise. Et si toutes ne sont pas inexorables, la plupart sont plausibles. Or il y a en la matière une contradiction criante entre l’énoncé des stratégies énoncées au niveau européen et les pratiques courantes des entreprises, pouvoirs publics et partenaires sociaux.  

Quand le discours est à la mobilité, la réalité est à l’immobilité. Rémunérations liées à l’ancienneté, formations strictement liées aux évolutions intra- entreprises, pratiques managériales obsédées par le court terme, injonctions à travailler toujours plus, dialogue social confiné aux enjeux internes et sourd à l'environnement externe des entreprises : bien des facteurs entretiennent les traumatismes industriels. A l’Est du continent la problématique est en partie autre car il s'agit là-bas de tout faire pour retenir une main d’œuvre qui ne voit son avenir qu'au-delà des frontières.

 

Mais en France, outre-Rhin et outre-Quiévrain,les réformes du marché du travail restent encore embryonnaires. Malgré quelques innovations en matière de mobilité positive, le récent accordsur la modernisation du marché du travail ne pose pas – encore ? – les bases d’une sécurité sociale professionnelle moderne. A quand des régulations à la hauteur de la globalisation et de ses recompo

Tous les commentaires

Aujourd'hui les salariés comme les syndicats ne sont pas en mesure de peser. Seule la puissance publique (au niveau national ou européen) pourrait jouer un rôle de régulateur. L'élargissement souhaité par nos dirigeants (au niveau européen comme globalisé) ne semble s'orchestrer qu'à l'aune d'un grand marché teinté de social avec en prime un catalogue de bonnes intentions sans réelle mesure d'application. Aucune politique commune ne pourra se mettre en place entre des pays en compétition dont les niveaux de développement sont si différents. N'était-ce pas la raison pour laquelle le non au referendum exprimait plus un refus d'entériner un système dévaforable aux classes moyennes qu'un refus de l'Europe.

Volkswagen en Belgique a délocalisé vers des pays de l’Est ou du Sud ? A quelle operation faites vous reference ?

Je fais référence aux opérations de délocalisations de production de VW à la fois de Bruxelles vers l'Allemagne mais aussi plus globalement du groupe VW vers la Slovaquie (via Skoda), la Russie et l'Inde. Claude Emmanuel TRIOMPHE www.astrees.org www.uet.org

délocalisations de production de VW de Bruxelles vers l'Allemagne == > une relocalisation vers un pays a couts comparables, donc et la Slovaquie, vous le dites vous meme, cets une usine rachetee il y a 10 ans, qui a permis d'accroitre le volu;e total produit par le groupe. A mon avis il faut quand meme faire attention aux mots, non ? Delocalisation en frncais c est depart d un point vers un autre Enfin, l'usine de Forest tourne encore, pour les pieces detachees et pour la petite Audi

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