Thématiques du blog
Une mise au pas de la filière SES?
Après les propos de début d’année de Xavier Darcos qui semblait mettre en cause la filière même SES ( sciences économiques et sociales ), le rapport de la Commission ‘’Guesnerie’’ qui vient d’être remis au ministre se prononce pour une modification profonde de ses méthodes, manuels et thèmes enseignés.
Sous sa forme initiale ( filière ‘’B’’ ) c’était déjà en quelque sorte une ‘’ miraculée’’. Lorsqu’il est décidé en 1965 de structurer l’enseignement général des lycées en ‘’filières’’ bien distinctes, il est prévu qu'une filière ‘’B’’, entièrement nouvelle, soit créée aux côtés des filières ‘’A’’ ( lettres ), ‘’C’’ ( maths-physique ) et ‘’D’’ ( biologie ). Or, ce qui est envisagé par l’inspection générale, c’est une filière ‘’psychologie’’ ( destinée en principe et en priorité aux jeunes filles…).Le ministre de l’Education nationale en exercice ( Christian Fouchet ) ne s’y opposait pas, bien au contraire.
Mais Louis Astre ( secrétaire général du SNET, principal syndicat de l’enseignement technique ) et Jacques Narbonne ( conseiller pour l’éducation à l’Elysée ) proposent, eux, la création d’une filière ‘’B’’ ( économie ). Et c’est le président de la République – Charles de Gaulle lui-même – qui tranche ( en fonction de l’attention qu’il porte à la ‘’guerre économique’’ qu’il a décidé de mener - en bon nationaliste moderne - dans le contexte du Traité de Rome qui a institué le Marché commun européen en 1957 ).
Cette filière ‘’B’’ va se faire peu à peu une place au soleil, qui va même finir par faire de l’ombre aux autres, en premier lieu à la filière ‘’littéraire’’. Par ailleurs, il n’est pas sûr – loin s’en faut – qu’elle ait répondu aux désirs des ‘’pouvoirs économiques’’. On pardonnera sans doute à un ancien membre de la Commission Thélot de faire état à ce sujet de l’intervention de Michel Pébereau ( président du comité sur l’éducation du Medef, organisme patronal bien connu) lors de son audition le 12 mai 2004 par la Commission. Mais cela donne une clé pour mettre en perspective ce qui arrive actuellement.
" Il faut veiller, dans les programmes comme dans les manuels, à ce qu’il n’y ait pas une représentation caricaturale de l’entreprise. L’analyse objective – la dernière fois on l’a fait faire par la SOFRES – de l’entreprise vue à travers les manuels scolaires, nous en donne une vision terrible ! Car elle est essentiellement centrée sur l’histoire, l’histoire des luttes sociales notamment, et donc sur une réalité de l’entreprise qui a existé mais dans laquelle plus personne aujourd’hui ne reconnaîtrait une entreprise […]. Deux voies sont ouvertes. La première est de faire en sorte qu’au niveau de l’enseignement, on fasse une présentation de l’entreprise qui corresponde à la réalité d’aujourd’hui […]. La seconde, c’est d’essayer d’organiser des contacts, avec les écoles et les enseignants qui le souhaitent, qui permettent d’avoir une certaine connaissance de l’entreprise […]. Nous avons commencé à le faire pour les professeurs d’économie du secondaire dans le cadre de l’Institut de l’entreprise. C’est plus difficile de le faire avec les enseignants de collège ".
La Commission ‘’Guesnerie’’ sur l’enseignement des sciences économiques et sociales ( qui vient de remettre son rapport au ministre de l’Education nationale ) a souhaité l’extension de cet enseignement à tous les élèves de seconde, tout en se prononçant pour une modification profonde des méthodes, des manuels et des thèmes enseignés.
Selon le rapport, " les programmes de SES au lycée donnent l’impression qu’un enseignement de ‘’problèmes politiques, économiques et sociaux contemporains’’ est dispensé aux élèves, plutôt qu’un enseignement de sciences sociales visant à leur faire acquérir les fondamentaux de l’économie et de la sociologie ". Pour ceux qui n’auraient pas compris, le rapport ajoute : " Les chapitres sociologiques du programme prêtent le flanc à deux tentations regrettables : la première est de donner à croire que l’objectif majeur ou unique de l’analyse est d’ordre critique et démystificateur ; la seconde tentation est de se centrer beaucoup trop sur les problèmes sociaux contemporains ( nouvelles pauvretés, renouveau et aggravation des inégalités, etc ) ".
Bref, une mise au pas s'impose pour que l'on ait conscience de la progression ( mirifique ) réalisée. On n'arrête pas le progrès!


Tous les commentaires
"la seconde tentation est de se centrer beaucoup trop sur les problèmes sociaux contemporains ( nouvelles pauvretés, renouveau et aggravation des inégalités, etc ) ".
Fichtre ! Voici un enseignement qui se préoccupe des problèmes de son temps ? C'est grave docteur ??
Bravo pour cet humour ravageur!
Tiens, des nouvelles de mon ex filière! Flashback: 1987: Pour ma classe de seconde, je prends l'option "arts plastiques" dans le but de faire une première A3. Le jour de la rentrée voilà que je me retrouve en seconde générale sans option avec "de bons profs" en maths et sciences. Le proviseur adjoint avait décidé que j'étais faite pour aller en S et s'était passé de mon avis. Pour lui la filière A était une filière pour les nuls, peu de débouchés et j'avais les "capacités" pour faire S. Peut-être mais j'avais aussi les "capacités" pour faire A3 et surtout la motivation. J'ai donc passé ma seconde avec des matheux sinistres, et je regardais mes camarades artistes par la fenêtre passer avec leurs cartons à dessin. Je me suis tellement ennuyée pendant mon année que j'ai décroché à la fin. Et j'ai refusé de passer en S. Hors de question que je rempile avec cette classe. Vu mes résultats en sciences éco, on m'a proposé la filière B. Ça s'est très bien passé et au beau milieu de la terminale, quand j'ai pris mes renseignements pour la prépa HEC, voilà que j'apprends qu'on prend en priorité les C, puis les D et en dernier les B. Logique? Écœurée j'ai quitté le lycée juste avant le bac, abandonnant là mes quinze points du bac de Français. Coefficient 3, c'était pourtant un petit capital. Mais avec un bac B, on fait la fac de droit ou un IUT, surement pas HEC ou sciences Po. Grosse année sabbatique pour essayer de voir comment rebondir. Après j'ai donc intégré le marché du travail avec bac -1, rien quoi. Un an vendeuse, promo fulgurante, responsable de boutique à 22 ans. Ennui profond. 1995: Trop c'est trop, faut changer de milieu, je me renseigne pour me former à la restauration d'œuvres d'art. Il faut avoir bac A3 et deug histoire de l'art minimum, ou bac C... Donc restauration tout court, alimentaire mon cher Watson, et puis on ne s'ennuie jamais. 2004: École de photo, sur dossier, ouf, pas de diplôme exigé, mais école privée hors de prix. 2005: Projet: monter un site web marchand pour diffuser des créateurs (Bijoux, accessoires) Formation à la création d'entreprise (module ANPE, prestataire extérieur). J'ai donc été formée à exploiter du stagiaire et à fabriquer du smicard diplômé. Et bien voilà, je comprends mieux pourquoi les patrons français sont aussi.... Et pourquoi le marché du travail est aussi.... Tout se joue à 15 ans. Aujourd'hui j'hésite entre émigrer aux États-unis ou en Grande Bretagne... Pour pouvoir monter un projet un peu novateur sans passer la moitié de mon temps à me battre avec les lourdeurs administratives. Va falloir que je me décide. Un peu hors sujet, mais voici un article très intéressant sur le "recrutement à la française": Âge, diplôme: les préjugés tuent le recrutement. Mettre tout ça en synergie, l'école, le lycée, les grandes écoles, le marché du travail... Un inaccessible rêve en France, jusque là.
Article tout à fait intéressant effectivement sur le ''recrutement à la française'', et incidemment sur une certaine fonction possible du bac ''B'' ou "SES'' . Mais, de ce point de vue ( qui n'est sans aucun doute pas le seul à prendre en considération, cf les enjeux de type idéologiques qui ont été pointés plus avant ) il a joué un rôle certain dans l'orientation vers le droit ( et, comme c'était une filière où les jeunes fille étaient assez nombreuses, dans l'augmentation de la présence des femmes dans les carrières juridiques; un effet qui n'avait été ni voulu ni pensé par personne... ).
Bon, mon expérience est très datée, il y a eu un paquet de réformes depuis et j'ignorais que la matière "sciences éco" avait disparu de la classe de seconde. Mais vu de loin, ces filières portent mal leur nom. Ce n'est qu'un marquage des catégories socio culturelles. Et l'expression d'un système de castes qui ne veut pas dire son nom. Mais pour en revenir à votre billet, il faut avoir choisi le diplôme visé post bac dès la fin de la troisième. Et ensuite choisir sa filière non pas en fonction du contenu enseigné mais de l'image des différentes filières et de leur "valeur" au moment des inscriptions post bac. Je trouve ce système contre productif Les réorientations au lycée sont compliquées, et se coltiner 3 ans de maths/physique si on veut faire une grande école de commerce, et surtout pas sciences économiques, ça me parait de nature à brouiller le choix des élèves et à provoquer de l'échec scolaire. Et concernant les jeunes filles, à mon époque c'était très A, avec débouchés "psycho" et "enseignement" et G comme "gestion", pour compta, secrétariat, etc... Vous aurez noté que dans ces métiers là aussi les femmes sont sur-représentées. Chez les patrons du CAC 40, moins.
"L'enseignement des sciences économiques est centrée sur une réalité de l'entreprise qui a existé mais dans laquelle plus personne aujourd'hui ne reconnaîtrait une entreprise" Ah bon !! Et la loi de l'offre et de la demande.....notamment pour la fixation des prix mais aussi des salaires Et la notion de productivité des facteurs dont le facteur "travail" qui permet à une entreprise de se développer mais aussi de licencier Et les notions de coûts fixes, de point mort, de coût marginal et de rentabilité des capitaux investis qui sont en permanence des déterminants pour les sociétés qui fusionnent, absorbent ou se délocalisent....Ces mêmes sociétés parlant de ces sujets en utilisant des formules passe-partout "synergies des organisations, "mutualisation, externalisation ou redéploiement d'activités", "recentrage vers des activités à plus forte valeur ajoutée". Non, l'enseignement de l'économie place les étudiants de cette filière au coeur des questions d'actualité. C'est peut-être cela le vrai problème de cet enseignement.
mais non, on ne parlait pas de ces notions mais bien du marxisme et du syndicalisme qui appartiennent à l'Histoire. M. Sarkozy l'a rappelé : "désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit" alors pourquoi enseigner une discipline qui peut laisser croire qu'il y a des "distinctions" sociales qui s'opèrent ou, pire, que la société est traversée par une lutte des classes (moi aussi je suis d'une autre époque me dira t-on)