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Mai 2008: un an après, la réforme impossible?

Il est de bon ton actuellement d’entonner l’hymne de “l’Education nationale irréformable’’, un air majeur dans l’Opéra Bouffe de Nicolas Sarkozy tentant d’apparaître comme le maître du ‘’mouvement’’ et d’enfermer ses opposants dans le camp des “conservateurs’’.

 

 

10 mai 2008. " Le Figaro " : " Je ne serai pas le ixième ministre à céder ! Je serai le premier ministre à tenir le bon cap de la réforme ! " s’enflamme Xavier Darcos. Et de poursuivre, bravache, après avoir noté que " la France est le seul pays du monde où les lycéens défilent dans la rue tous les quinze mois " : " une fois les banderoles, les rimes en ‘’os’’ du style ‘’Darcos aux Galapagos’’ ou ‘’Darcos, tu l’auras dans l’os’’ rangées, que restera-t-il ?Une bouffonnerie ! Ils peuvent défiler, mais tout cela ne sert à rien ".

 

Cinq jours plus tard, Florian Lecoutre, président de l’Union nationale lycéenne ( une organisation très partie prenante dans les manifestations lycéennes ) signait dans " Le Monde " du 15 mai 2008 une tribune libre qui pointait " les raisons de la colère : les suppressions aveugles de postes d’enseignants qui tournent le dos à une véritable ambition éducative ".

Mais le plus significatif ( et le plus important pour la suite, on le verra ) est que le président de l’UNL tenait à affirmer que " les lycéens ne sont pas conservateurs ; au contraire, ils exigent des réformes ". Et il précisait même les propositions portées par son organisation : " le renforcement du lien entre le secondaire et le supérieur ; un vrai service public d’orientation capable de dispenser une information gratuite et de qualité à tous les élèves ; le lycée polyvalent qui mêle les filières professionnelles, technologiques et générales dans un même établissement, favorisant les passerelles ; une pédagogie interdisciplinaire ; une service public d’aide scolaire qui permette aux familles d’éviter le recours au privé pour assurer les missions de l’école ; une refonte des rythmes scolaires et des programmes, une nouvelle architecture de l’évaluation et de l’examen du bac ".

 

 

Un an a passé. Xavier Darcos a annoncé dès le 15 décembre 2008 le report à un an de la réforme du lycée en déclarant qu’il fallait la " reprendre à zéro " ( alors que, la veille encore, il détaillait dans " Le Journal du dimanche " la réforme de la classe de seconde prévue pour la rentrée 2009 ; et qu’il avait affirmé quelques jours plus tôt avec superbe qu’il ne serait pas – lui - comme tant d’autres, " le ministre de l’hésitation nationale " ).

Puis, le 12 janvier 2009, dans ses ‘’vœux aux personnels de l’Education nationale’’, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il confiait à Richard Descoings ( le directeur de l’Institut d’études politiques de Paris ) une mission " d’analyse, de compréhension, d’écoute et de proposition " sur la réforme du lycée.

Parallèlement, on a assisté à une série de proclamations en forme de reculade quant à la question de la suppression de postes en lycée. Le 24 avril 2008, dans une prestation télévisée remarquée, Nicolas Sarkozy avait bien affirmé que ce ne sont pas les réductions de postes qui obligeraient à réformer, mais " les réformes qui permettront les réductions de postes ". Cependant, à la rentrée scolaire 2009, Xavier Darcos déclare que " puisque l’on va commencer une réforme du lycée, [ sa ] volonté est que les non-renouvellements de poste touchent le moins possible en 2009 l’offre éducative du lycée ". Puis, le 12 janvier 2009, Nicolas Sarkozy prend l’engagement ( aussi ‘’solennel’’ que nouveau ) qu’aucune suppression de postes, dans les lycées, ne découlera de la réforme à venir… Et il est précisé que " le taux d’encadrement des élèves par les professeurs sera exactement identique à ce qu’il était auparavant ".

 

 

Mais, dans le même temps, un air également nouveau se fait entendre où il s’agit de stigmatiser ceux qui refusent ‘’les’’ réformes en les présentant comme les champions de ‘’l’immobilisme’’ et du ‘’conservatisme’’. ‘’Les’’ syndicats et ‘’la’’ gauche, en s’en prenant aux réformes ( gouvernementales ), seraient ipso facto des adeptes de ‘’l’immobilisme’’ et du camp du ‘’conservatisme’’.

Nicolas Sarkozy n’hésite pas à traiter ce sujet à l’étranger, comme lors de sa conférence de presse en Espagne du 28 avril dernier : " La question ne se joue pas sur un clivage gauche-droite ; la question se joue sur un autre clivage, les immobiles et les conservateurs d’un côté, le mouvement et le changement de l’autre ". C’est ainsi qu’il entend " faire bouger les lignes " ( et les repères ).

 

 

Dans cette partition, les réformes tentées dans l’Education nationale jouent un rôle particulier, non seulement parce qu’elle est considérée par la droite comme un fief de gauche, mais aussi parce que le thème de l’Education nationale ‘’irréformable’’ est récurrent depuis de nombreuses années.

Il y a déjà quinze ans, dans " Le Monde " du 5 février 1994, François Bayrou dénonçait le " danger " d’un morcellement possible du système éducatif s’il s’avérait non réformable : " Le véritable danger est dans l’idée que l’Education nationale serait irréformable. Si cette idée-là finit par l’emporter, alors un jour, quelqu’un, à gauche ou à droite, décidera de morceler l’institution pour la rendre plus adaptable, plus souple, plus transformable ".

Comme pour lui donner raison, Claude Allègre ( très ulcéré en raison de sa réforme manquée du lycée ) déclare dans " Le Nouvel Observateur " du 6 avril 2000, quelques jours à peine après son éviction du ministère de l’Education nationale : " Toute réforme de l’Education nationale passe par une décentralisation et une implication plus grande des usagers et des élus : il faut confier les écoles aux communes, les collèges aux départements, les lycées aux régions. Personnels compris ".

Surtout, on ne devrait pas oublier qu’un certain Nicolas Sarkozy, quelques mois plus tard ( le 2 décembre 2000 ) est allé jusqu’à proposer un référendum ( signe de l’importance qu’il accorde à cette option ) dont la question serait : " Etes-vous pour ou contre la régionalisation de l’Education nationale ? " ( étant entendu que l’Etat continuerait de garantir l’habilitation des diplômes et la formation des professeurs ).

 

 

On l’a vu, et il est temps d’en mesurer l’importance : alors même que l’Union nationale lycéenne et les manifestation lycéennes ont joué un rôle majeur dans la " reprise à zéro " de la réforme du lycée et dans les reculades sur la question des suppressions de postes, l’UNL s’est affirmée résolument non-conservatrice et partie prenante résolue pour contribuer à une réforme du système éducatif, surtout au niveau du lycée ( qui est central dans le dispositif d’enseignement français ).

On ne s’étonnera donc pas qu’elle a contresigné dès la mi-janvier 2009 ( avec de nombreuses autres organisations éducatives et une partie des syndicats de professeurs ) un texte unitaire présentant les axes majeurs d’une réforme possible ( cf mon billet du 16 janvier 2009 ).

Richard Descoings, après quatre mois de consultations ( dont trois jours par semaine dans les lycées ) se dit désormais prêt à présenter ses recommandations sur le lycée pour la fin mai. Au ministère de l’Education nationale, on parle d’octobre pour le rapport final. Ce qui fait réagir le directeur de Sciences–Po : " Cela n’aurait aucun sens, sauf à remettre le gouvernement dans la même précipitation que l’an dernier ". Pour certains, ne serait-il pas en effet urgent d’attendre, quitte ensuite à se ‘’précipiter’’ ? Alors réforme ou pas réforme ? Et laquelle ? Souhaitée et portée effectivement par qui ?

Tous les commentaires

merci pour ces rappels ( plutôt découverte) mettant en lien régionalisation et (non)réformes de l'Ecole.

S'ils voulaient vraiment réformer avec l'accord des enseignants, des étudiants, des parents (Sarkozy , Darcos , Descoings... ) : depuis le 15 janvier , ils ont une base de discussion de 9 propositions établies par un collectif de 19 organisations (billet du 16 janvier). Mais ils ne veulent pas une école de qualité pour tous , mais seulement servir leurs intérêts de classe .

Le mot réforme est ambigu : il signifie "action visant à mettre dans une autre forme". Cela peut-être la réalisation d'une forme nouvelle mais aussi le retour à une forme plus ancienne. L'image du réformateur moderniste par rapport au défenseur immobiliste des acquis est donc un vaste trompe l'oeil de la novlangue tant qu'on ne précise pas ce qu'on veut changer et ce qu'on veut garder par rapport à quoi et pour quel objectif. Ainsi, allonger la durée du travail ou raccourcir les congés payés (travailler plus pour gagner plus) passe pour une réforme novatrice alors que c'est en fait le retour à un état antérieur aux avancées sociales. Il en est de même pour l'éducation nationale : précariser l'emploi public, dégraisser le mammouth, revenir aux fondamentaux de la lecture et du calcul, toutes ces "réformes" annoncées comme une marque de dynamisme sont en fait des freins à la modernité et à l'épanouissement de l'individu.

L'image de la "novlangue" me convient tout à fait, cher Lincunable...C'est cette langue nouvelle que le dictateur Big Brother utilisait pour anesthésier la pensée... Facile...Il suffit de donner à un concept le sens de son contraire...exemple : la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, etc... ainsi, on peut dire « le moderniste c'est le réactionnaire" et, au nom de la lutte contre l'hypocrisie et de la nécessité d'appeler un chat un chat, on peut dire que la « réforme, c'est l'immobilisme »... Le sarkozysme c'est cela : la dé-construction de la langue et l'élaboration d'une langue nouvelle dont l'objectif est d'entraver toute pensée en laissant les gens interdits

J'ai le plaisir d'être sur ce fil entièrement d'acord avec vous, Lincunable et Renarblanc.

Les lois de décentralisations successives ont confié aux collectivités territoriales les compétences du fonctionnement, entretien, accueil, restauration et hébergement des établissement publics locaux d'enseignement (EPLE). A terme le service d'orientation et le service de gestion matériel et administrative des EPLE seront probablement confiés aux collectivités. Il ne restera plus que les personnels de direction, les enseignants et les personnels de laboratoire comme fonctionnaire public d'Etat (les agents comptables ayant une position singulière). Pourquoi ne pas poursuivre un mouvement qui jusqu'à présent a apporté un réel bénéfice aux établissements? Certainement parce que les collectivités territoriales vivent dans un temps politique (celui des élections) incompatible avec le temps éducatif. Certainement parce que des inégalités territoriales contreviendrait à une égalité des chances souhaité. Mais il reste que de la souplesse et de la réactivité sont à rechercher dans une institution très endogame qui gagnerait à s'ouvrir sur d'autres types d'organisation. Un éducateur doit vivre dans la différence.

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