Thématiques du blog
Rythmes scolaires: un défilement ministériel
Après le « Munich pédagogique », selon l’historien Antoine Prost, de la mise en place de la semaine de quatre jours à l’école primaire sous le ‘’regretté’’ Xavier Darcos, allons nous assister à un enterrement de première classe du récent rapport sur les rythmes scolaires par son successeur, Luc Chatel ?
Alors que l’industrie du tourisme a été dans le passé un point d’achoppement décisif dans l’aménagement des rythmes scolaires ( son ‘’lobbying’’ a abouti notamment à mettre à bas en en 1991 un nouveau calendrier de vacances fondé sur l’alternance de sept semaines de travail et de deux semaines de congé ), on peut noter comme un signe tout à fait intéressant de ‘’déblocage’’ que l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie se félicite du récent rapport sur les rythmes scolaires et qu’elle estime que l’aménagement des petites vacances « préserve l’activité des stations de montagne et ne pénalise pas les ponts du mois de mai ». Par ailleurs, en ce qui concerne les vacances estivales, la Fédération des saisonniers considère que leur zonage « décongestionnera les stations touristiques et balnéaires, évitera la saturation du réseau autoroutier, dynamisera et allongera la saison touristique de fin juin à début septembre et permettra ainsi une politique tarifaire plus souple ».
Alors que nombre d’observateurs s’attendaient à un certain attentisme des collectivités locales ( voire à des résistances ) en raison des difficultés et du coût notamment d’un réaménagement des jours travaillés en semaine, on a eu vite une réponse positive de leurs organisations nationales représentatives.
L’Association des maires de France souligne dans un communiqué que « le retour à une organisation du temps scolaire fondé sur une semaine de quatre jours et demi, ou éventuellement cinq, est une proposition qui va dans le bon sens car les maires, comme les autres acteurs scolaires, constatent que la semaine de quatre jours ne convient pas aux enfants".
De son côté, l’Assemblée des départements de France « s’interroge sur les raisons qui poussent le ministre à renvoyer à 2013 la mise en œuvre des propositions qui font déjà consensus ; et se demande pourquoi l’Etat ne souhaite pas assumer la nouvelle organisation en 9 demi-journées à l’école et transfère cette compétence au département, qui lui-même pourrait la déléguer aux communes ou intercommunalité ».
Quant à l’appréhension des réactions possibles des enseignants, on peut noter ( comme cadre général ) les réponses à l’une des questions d’un sondage CSA sur « l’état d’esprit des enseignants du second degré » commandité par le SNES, en mai de cette année. A la question « êtes- vous favorables à une allongement du temps de présence obligatoire dans l’établissement ? », 42 % ont répondu « en aucun cas », 23 % « oui, en contrepartie d’une diminution des heures de cours » et 33% « oui, en contrepartie d’une revalorisation de la rémunération ».
Le SNUipp ( le principal syndicat des enseignants de l’enseignement primaire ) a quant à lui pris fermement parti pour le récent rapport en insistant à juste titre sur le fait qu’il constitue un ensemble de mesures que l’on ne saurait dissocier les unes des autres : « ces propositions présentées par le comité de pilotage font prévaloir une démarche globale inscrivant les évolutions dans un projet éducatif porteur de sens. Là, est la complexité où chaque pièce du puzzle a son importance et doit s’imbriquer harmonieusement aux autres. Là aussi est le défi où le ‘’débrouillez-vous’’ ne saurait tenir lieu de réponse ».
En ces circonstances où l’on a le sentiment que sur cette question très importante des ‘’rythmes scolaires’’ ( qui fait souvent penser à « un éternel retour » ) certains déblocages ont eu lieu ou sont possibles, on a malencontreusement l’occasion délétère d’observer la pleutrerie et/ou le sens des manœuvres dilatoires du ministre en charge de l’Education nationale, Luc Chatel.


Tous les commentaires
Pour s'éclairer sur cette question, il est incontrounable de lire le texte tiré d'une conférence d'Antoine Prost sur le sujet des temps de l'école :
L'école à contre-temps
PS : la pleutrerie n'est-elle que le fait de notre ministre ?
Sûrement pas, et vous avez bien raison de le souligner. La réponse des 42% de "En aucun cas " citée par C. Lelièvre en est bien, au moins un indice.
Reste que Chatel sait bien que le moindre début de mises en oeuvre des propositions est totalement incompatible avec les objectifs que lui a fixé le Guide, et qu'il ne dispose pas du premier centime nécessaire.
pardon ... fixés..
Les rythmes scolaires...
Vieux marronier...
Les pédo psy ont leur idée là dessus ...
Mais d'autres avis comptent...
Et puis s'il s'agit de l'intérêt des élèves , le problème est plus complexe ...
Lié aux familles : respectent elles le temps de sommeil fondamental pour de bonnes acquisitions ? La TV très tard , les veilles tardives , etc ...avant la classe du lendemain ?
Puis les rythmes dans la journée : il y a des périodes où l'élève est plus réceptif dans la journée et par exemple on ne devrait pas caler l'éducation physique à ces moments pour raison de planning .
J'ajouterai que le repas du midi dans un calme relatif ce qui n'est pas toujours évident à la cantine ou la maison est trés important .
Le week end : vu le nombre de familles recomposées , ne pas amputer le temps de présence avec l'autre famille , avec l'autre parent c'est fondamental pour l'équilibre de l'enfant ...Surtout si cela nécessite des trajets conséquents....
Par expérience , je sais que quand je travaillais dans des classes difficiles style ZEP , j'appréciais la coupure du mercredi : sans elle , la semaine de 5 jours consécutifs peut être pénible ...
Les congés d'été : peut être y a t' il là un moyen de rééquilibrer le rythme dans l'année . Mais des coupes ont déja été faites sans que les horaires de sortie des élèves l'aprés midi aient été modifiés .
Er là encore cela demanderait des moyens pour prendre le relais , si les cours s'arrêtent vers 15 h comme en Allemagne .
Enfin effectivement le lobby du tourisme influe sur les dates .
Bref chaque ministre parle de réétudier les rythmes scolaire , mais c'est pas aussi évident que ça et aucun avis n'est à rejeter d'emblée...
Ca fait débat au sein de l'EN depuis longtemps car certains sont favorables et d'autres moins . Et sans doute les conditions locales sont importantes : vies à la campagne , vies dans les cités , c'est vraiment différent ....
Mais de véritables réformes ne peuvent être axées que sur les "rythmes scolaires " . Ca demande des analyses pointues , de fond et des approches "multi factorielles"....
Ls.
Entièrement d'accord avec Leséparges,
en tant que père d'une petite fille de 6 ans et demi, je suis un farouche défenseur de la semaine de quatre jours. Son abandon aurait un effet exactement contraire à ce que recherche ceux qui y sont opposés..
L'arrêt des cours plus tôt l'après midi entraînera fatalement des déplacements supplémentaires pour les enfants, ou la multiplication des activités mises en place par les nombreux parents fanatiques de l'hyper-activité. En outre pour les familles de salariés modestes l'augmentation du coût des frais de garde des enfants sera insupportable. Ceci pourra également dans de nombreux cas décourager de nombreuses personnes au chômage de rechercher activement du travail.
Par ailleurs, à une époque ou le temps partiel et les familles éclatées prospèrent, le mercredi est l'occasion d'une coupure qui favorise et facilite l'oraganisation des temps de retrouvailles et de partage des gardes.
Enfin, autre paradoxe, le seul temps de travail restant l'après-midi sera situé en début de celle-ci alors que tout le monde sait que l'après déjeuner est l'un des moments de la journée les moins favorables à l'apprentissage.
A mon avis, il y a d'abord des choses à faire dans l'organisation des horaires actuels avant de mettre en place une réforme déconnectée de la réalité sociale.
Problème de bonne foi et de méthode: la réponse citée dans l'enquête commandée par le SNES porte sur le temps de travail des enseignants du secondaire, et non sur la semaine de 4 jours qui n'existe ni en collège, ni en lycée.
Pourquoi cette confusion, Claude Lelièvre? D'un côté, les archaïques du Second degré frileusement repliés derrière leur syndicat corporatiste, et de l'autre côté, les "débloqueurs"porteurs de sens?
J'ai précisé que c'était un "cadre général'' de référence. Et le dernier communiqué du SNES montre que cela pouvait effectivement avoir quelque rapport puisque ce communiqué du SNES déclare à propos de la réduction des congés d'été évoquée par le récent rapport sur les rythmes scolaires et Luc Chatel qu'"il est inconcevable que soit imposée une augmentation du temps de travail des enseignants sans même que soit évoquée une augmentation de leur rémunération ou une diminution de leur maxima habdomadaire de service".. Et vous avez mal compris mon énumération, car je mettais les enseignants du secondaire ( et le SNES ) dans la liste des ''déblocages'' en cours ( à certaines conditions ), précisément à saisir...
Puisque c'est très positif pour les enfants , qu'il y a consensus , il ne faut pas attendre pour appliquer ...
ddff
Cher Claude,
Je ne résiste pas au plaisir enfantin de republier ici, sur le sujet qui nous préoccupe, le billet d'humeur que j'ai signé en 1995 dans le premier numéro de la revue 'Educations
RYTHMES ET BLOUSES
Je suis extrêmement préoccupé, professeur Palinovic. En tant que délégué des parents d'élèves, je suis chargé de rédiger la réponse à la consultation annuelle des parents sur les rythmes scolaires. Vous savez bien, il s'agissait d'opiner en faveur d'une formule parmi quatre : outre les quatre jours fixes de classe, l'horaire réglementaire peut être atteint grâce à, primo, deux samedis matin sur trois, secundo, deux mercredis matin sur trois, tertio, une rallonge horaire d'une demi-heure sur les journées de base, quarto et in fine, onze journées compensatoires grappillées sur les vacances. Le problème est que les parents se sont prononcés en parts sensiblement égales pour chacune des quatre options. Je ne cesse de tortiller nerveusement ma plume sans entrevoir comment rédiger le compte-rendu.
- Que ne rapportez-vous tout bonnement le résultat de la consultation ?
- C'est que les instructions sont très précises sur ce point : le Conseil d'Ecole ne peut désigner qu'un seul choix, et rien n'indique que les commentaires soient bienvenus.
- Seule l'audace méthodologique peut vous tirer d'un si cruel embarras. Faites une réponse statistique, qui tienne compte à 25% de chacune des possibilités. La semaine de classe parfaite sera ainsi constituée, outre les quatre jours de base, d'un samedi matin sur six, d'un mercredi matin sur six, de sept minutes et trente secondes quotidiennes en sus, et de deux journées et trois quarts pris sur les congés saisonniers.
- ]e vois en effet que la difficulté s'est diluée comme par miracle. Mais dites-moi, professeur, les sept minutes et trente secondes d'étirement quotidien s'appliquent-elles également aux deux journées et trois quarts supplémentaires ?
- Je constate avec tristesse que, dans votre respect idolâtre des chiffres et des règlements, vous m'avez pris au sérieux, comme quoi la bonne volonté n'est pas toujours soeur du bon sens. On s'est moqué de vous, et on vous imposera quelque solution toute faite qui ménagera les intérêts vitaux de l'hôtel et de l'autel, sans oublier la légitime aspiration des familles à pouvoir s'entasser sur les autoroutes dès le vendredi soir. Attendez-vous à une formule du genre deux mercredis sur trois, le mercredi de repos étant supprimé s'il tombe moins de trois jours avant la nouvelle lune, auquel cas il est reporté au premier du mois suivant, à moins que...
- Vous vous moquez, professeur. La réflexion sur les rythmes scolaires s'appuie pourtant sur des éléments scientifiquement éprouvés...
- Ah ! Vous évoquez cette fois les rythmes circadiens, et ces expériences où l'on démontre que les élèves de neuf ans ont un créneau de disponibilité aux mathématiques de douze minutes aux alentours de quatorze heures trente-sept, sauf variation des conditions de température et de pression. J'ai eu à connaître de la mise en application de ces recommandations dans une école de mon quartier. Tout se passait à peu près bien, sauf en ce qui concerne ce fameux créneau des mathématiques. Après deux trimestres d'observation et devant des résultats calamiteux, l'un des expérimentateurs s'est aperçu que l'enseignant, qui s'acquittait également du service de cantine, mangeait trop vite, et froid de surcroît, ce qui provoquait chez lui des difficultés digestives qui se traduisaient par une légère somnolence en début d'après-midi. Vous voyez qu'on ne saurait songer à tout.
- N'êtes-vous pas en train de monter en épingle un incident mineur, pour le seul plaisir de tourner en dérision les plus respectables efforts de connaissance ? Vous ne pouvez pourtant nier l'influence des horaires de sommeil sur les performances intellectuelles.
- Ah, oui, le nycthémère...
- Oh ! Professeur !
- Mais non, c'est du grec, de nyctos, la nuit, et héméra,le jour. Eh bien, vous savez que si on tient compte de la durée du jour et de l'intensité lumineuse, il faudrait en bonne logique faire varier les horaires de classe selon la latitude et la saison, voire selon l'épaisseur de la couverture nuageuse. D'ailleurs, la vigilance maximale n'est pas nécessairement la vigilance optimale. L'Ecole Supérieure des Techniques Avancées a par exemple constaté une difficulté récurrente de ses élèves à assimiler certain concept de thermodynamique transcendantale, et, en étudiant les techniques de révision de certains brillants sujets, a découvert que cette difficulté était liée à une forme de résistance épistémologique due au caractère invraisemblablement contre-intuitif du concept. Cette résistance s'amoindrit avec la fatigue, et on a mesuré qu'après trente-neuf heures de veille ininterrompue, le concept pénétrait dans les esprits les plus rétifs comme le dauphin dans l'onde amère. D'autres problèmes d'apprentissage ont été résolus par des procédés similaires. En conséquence, l'Ecole Supérieure regroupe désormais les questions délicates au programme du second semestre de troisième année, organisé en semaines qui débutent le lundi à neuf heures et s'achèvent, sans autre interruption que de légères collations et la satisfaction des plus élémentaires nécessités, le mercredi à zéro heure.
- Et les professeurs tiennent le même rythme ?
- Ah non ! Eux sont organisés en brigades tournantes de six heures trente minutes...
Revue ‘Educations n° 1, 1995