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May

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Trois strates de défiance dans l'Education nationale

Les réformes engagées dans l’Education nationale ont été perçues par les enseignants selon trois strates d’appréhension différentes, même si elles peuvent se conjuguer ( et alors faire mal, très mal ).

 

 

La première strate est celle des économies de postes dans un contexte d’annonces de non renouvellement de la moitié des postes des fonctionnaires lors de leurs départs en retraite. C’est en premier lieu comme cela qu’ont été perçus les projets de modifications d’accueil de la petite enfance, et en particulier les mises en cause de la présence des touts petits de 2 à 3 ans dans les écoles maternelles ( alors – et ce n’est pas un ‘’détail’’ - que les élèves de maternelle représentent 40 % de la totalité des élèves de l’école primaire ). Et c’est aussi comme cela qu’a été comprise la décision initiale de rapatriement de 3000 Rased ( des personnels spécialisés dans l’encadrement des enfants en fortes difficultés ) dans les classes des écoles élémentaires. C’est aussi comme cela ( même s’il a été dit que " la réduction des postes découlerait de la réforme et non le contraire " ) qu’ont été perçues les différentes moutures du projet de réforme des lycées. Et c’est enfin comme cela qu’est appréhendé avant tout le projet de changement de statut des enseignants-chercheurs. Sans compter, mais il le faut , la réforme de la formation des enseignants qui peut permettre d’économiser la charge de l’ancienne deuxième année d’IUFM, celle des stages.

 

La deuxième strate est celle d’une mise en cause frontale ( ou perçue comme telle ) de l’identité professionnelle de chacun des corps enseignants sur laquelle repose la considération à laquelle ils pensent légitimement avoir droit. On se souvient de l’ulcération des enseignants de maternelle en raison de propos ministériels ‘’malheureux’’ tenus au Sénat ( certes en réponse à une question qui portait sur l’encadrement des enfants d’un an et demi à trois ans , mais ‘’ravageurs’’ lorsqu’ils ont atteint ceux qui se sentaient déjà dans l’incertitude et en manque de reconnaissance ). Les ‘’Rased’’ ont, eux aussi, pris comme un déni de ce qu’ils sont, de leur spécialité, la décision de les rapatrier dans les classes des écoles élémentaires. Mais cela a également heurté de front les autres enseignants de l’élémentaire, non seulement parce qu’ils risquaient d’être privés d’aides opportunes pour certains de leurs élèves en grande difficulté, mais parce qu’il n’y a pas loin de l’injonction d’être capable de faire n’importe quoi au sentiment d’être pris pour n’importe qui. Et cela d’autant plus que les nouveaux programmes du primaire, et le battage médiatique auquel ils avaient donné lieu ( à l’instar de celui qui l’avait précédé, sur la méthode globale, et qui les avait profondément irrités parce qu’il les avait placés notamment en porte à faux avec nombre de parents d’élèves ), avaient mis en cause leur identité professionnelle. En effet celle-ci ( contrairement à celle de leurs collègues du secondaire qui est fondée sur la maîtrise d’une discipline ) repose sur la capacité – toutes disciplines confondues – de savoir enseigner, d’être un spécialiste des apprentissages, de la pédagogie. Or, on leur disait ( urbi et orbi ! ) qu’avec les ‘’anciens’’ programmes de 2002 qu’ils avaient largement acceptés, ils s’étaient fourvoyés ( alors même pourtant qu’aucun bilan n’en avait été tiré ).
Dans les lycées, la réforme initialement prévue a également heurté de front ce qui constitue l’identité professionnelle dominante des professeurs de lycée, c’est à dire l’attachement de chacun à sa discipline particulière ( à sa ‘’spécialité’’ ) dont ils tirent leur ‘’distinction’’ ( dans tous les sens du terme ) après leurs réussites à des concours disciplinaires difficiles. La modification du ‘’statut’’ des enseignants-chercheurs aboutit de la même façon à la mise en cause de leur identité professionnelle ( vécue sur le mode d’une forte responsabilité individuelle, avec certaines valeurs d’indépendance, voire d’auto-suffisance bien ancrées ) ; d’où le refus des universitaires – comme ils disent – de devenir des ‘’employés’’ des présidents d’université. Et l’on prendra garde de ne pas oublier ( pour mémoire ? ) la négation de l’expertise des ‘’formateurs’’ dans la disparition programmée des IUFM ( le terme même de ‘’formateur’’ étant d’ailleurs, semble-t-il, proscrit dans les nouveaux textes sur la formation des enseignants ).

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La troisième strate est l’appréhension d’un recul culturel ( et en particulier de l’éducation à l’esprit critique ) dans les réformes en cours.

Pour le secondaire, on s’en tiendra à la discipline AES qui a défrayé ces derniers mois la chronique et soulevé la mobilisation de ses enseignants ( même s’il ne faudrait pas grand chose pour qu’il en aille de même pour les enseignants du secondaire philosophes ou historiens, notamment ). La filière AES a été tout particulièrement dans le collimateur pour des raisons d’ordre idéologique ; et cela a menacé – un temps - jusqu’à son existence même. Mais le problème de la place respective de l’économie et des sciences sociales ( et/ ou de leur disjonction ) reste encore significativement non résolue .

Dans l’enseignement primaire, le plus spectaculaire ( et le plus nouveau ) est le mouvement dit des ‘’enseignants désobéisseurs de France’’ ( dont le nombre est actuellement évalué à plusieurs milliers, et qui sont fédérés en réseau par le blog de " Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école " ). Le plus stupéfiant ( y compris et peut-être surtout pour ceux qui n’ont pas oublié Mai 68 et ses suites ) est qu’ils ont adressé une " Lettre ouverte aux IEN (Inspecteurs et inspectrices de l’Education Nationale ) " pour obtenir leur compréhension et même leur soutien. C’est, à n’en pas douter, le signe d’une situation totalement inédite dans l’histoire de l’éducation ( nationale ) française…

" Depuis le début de l’année scolaire, de toute part en France, les enseignants expriment leur profond malaise face aux ‘’réformes’’ déstructurantes qui touchent l’école aujourd’hui. Les enseignants tentent malgré tout de remplir leurs missions éducatives et pédagogiques en aménageant ou en détournant les réformes actuelles ( aide personnalisée, nouveaux programmes, évaluations nationales CM2, base élèves ) […] Vous demandez aux enseignants de faire en sorte que leurs élèves apprennent plus en moins de temps, de manière mécanique, en laissant de côté le développement harmonieux de l’intelligence et de l’autonomie de l’enfant.[…] Vous intervenez, avec plus ou moins de zèle, dans l’élaboration de rapports entraînant des sanctions à l’encontre des enseignants ‘’désobéisseurs’’ alors que vous comprenez leur colère et partagez, pour la plupart d’entre vous, leurs analyses.[…]. Aussi nous vous interpellons pour qu’en conscience, vous exprimiez publiquement votre opposition à ces réformes qui vont déconstruire cette école publique qui a fait de vous des êtres libres et éclairés ".

 

On peut terminer avec la profession de foi – à un siècle de distance – présente dans le " Manifeste des instituteurs syndicalistes " du 26 novembre 1905, quand des enseignants du primaire ont tenté de se constituer en syndicat : " Ce n’est pas au nom du gouvernement, même républicain, ni au nom de l’Etat, ni même au nom du peuple français que l’instituteur confère son enseignement ; c’est au nom de la vérité. Les rapports mathématiques, les règles de grammaire, non plus que les faits d’ordre scientifique, historique, moral, qui le constituent, ne sauraient dès lors être soumis aux fluctuations d’une majorité. Il découle de ces principes que le corps des instituteurs a besoin de son autonomie, et les instituteurs eux-mêmes de la plus large indépendance ".

Tous les commentaires

Pour ce qui concerne la remise en cause frontale de l'identité professionnelle des enseignants chercheurs, il faut signaler le discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier sur « La stratégie nationale de recherche et d’innovation ». Il faut lire le discours et surtout voir la vidéo pour comprendre pourquoi les enseignants chercheurs se sont sentis insultés par ce discours http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=cview&cat_id=7&press_id=2259〈=fr On peut trouver une bonne analyse du ressentiment des universitaires sur le site EducObs http://leblogdeleducation.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/02/10/chercheurs-sarko-joue-la-division-et-perd.html

Belle analyse. Il semble bien que ces trois strates en effet soient en passe de se conjuger. Je pense aussi que le mépris affiché du président pour tout ce qui ressemble à un travail intellectuel (mal payé de surcroit) a joué. Son discours récurrent sur la Princesse de Clèves, sur les langues anciennes, ses tentatives pour instrumentaliser l'Histoire au mépris de la vérité ( mai 68 lors du discours de Bercy, Guy Môquet puis adoption des enfants juifs victimes de la Shoah entre autres) rejoignent au fond ses propos indignes contre les enseignants-chercheurs.

Des rappels utiles, en effet, pour bien appréhender la situation ( et le personnage.. ). Sans compter la référence donnée par Philippe Wattrelot plus haut où, dans son discours du 22 janvier sur "la stratégie nationale en recherche et innovation", Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité à reprendre une plaisanterie qui court ça et là dans les campus ( "dans une fac, le seul lien qui unit les profs, c'est le chauffage et l'électricité" ) en ironisant sur ces'' chercheurs qui viennent dans leurs laboratoires parce qu'il y a de la lumière et du chauffage".

Sans compter la représentation fort intéressante que Darcos a développée (dans l'émission de France culture dans laquelle vous avez pu parler six minutes et demie) de ces enseignants "noyautés" par le NPA (et le NPA noyauté par les enseignants), c'est à dire incapables de penser par eux-mêmes, sauf quelques dangereux "théoriciens" (trotzkystes) qui pensent pour eux. D'ailleurs leurs syndicats ( toujours selon M. Darcos dans cette émission) se désolidarisent de ceux-là !!! Classes enseignantes, classes dangereuses (SES par exemple), cela me semble une strate sous-jacente à la perception, non des enseignants, mais du ministre en place. Et la tentative de récupération des syndicats enseignants "raisonnables", est-ce une perception de stratification 1, 2 ou 3 ?

Plutôt 2, chère Anne doublement Autiquet

Merci pour votre analyse lumineuse. Je crois que ce gvt a commis une erreur fatale en abordant le corps enseignant sous l'angle du mépris: je l'entendais encore récemment sur France Culture, il faut se garder de prendre son adversaire sous cet angle frontal quand on veut négocier, l'humiliation n'est jamais efficace et conduit à l'inverse à une radicalisation des positions,mais ça N.S doit l'ignorer.

Quelle superbe analyse ! La lire permettrait à notre ministre butée de comprendre que ce n'est pas parce qu'elle semble lâcher du lest sur la question de la modulation du service des enseignants-chercheurs qu'elle règle pour autant le conflit. C'est bien pourquoi notre délégué aixois à la troisième réunion de la coordination nationale des universités, qui va se tenir dans les prochaines heures à Paris 8, compte rappeler qu'il faut continuer notre mobilisation. Il semble évident que le gouvernement est en train de reculer sur la question du statut des enseignants-chercheurs. Mais, simultanément, celle de la réforme de la formation des enseignants pourrait passer en douce, selon la tactique éprouvée de la division des oppositions.

Sarkozy fait la politique de ce qu'il est: un homme incultivé, complexé et brutal, mais (ou pour cela?) arrogant, méprisant les intellectuels, les chercheurs, les enseignants, bref ceux qui ont une part du Savoir qu'il n'a pas. En face de lui, il y a la Culture, l'Education (au sens large), la curiosité intellectuelle. Tous les mouvements émancipateurs peuvent converger afin de construire la société évoluée dont nous voulons. Or, depuis quelques semaines, Sarkozy paraît de plus en plus petit... C'est bon signe!

Analyse convaincante. Je voudrais simplement rectifier une erreur. Concernant la "troisième strate" et l'enseignement secondaire, je suppose qu'il s'agit des SES (sciences économiques et sociales) et non de l'AES. De même la filière (série en fait) est la série E.S. (Economique et sociale)

Vous avez, bien sûr, tout à fait raison. Merci pour cette rectification des plus opportunes

Merci pour votre article qui permet d'avoir une vue d'ensemble du malaise présent dans l'Education Nationale. Comment, à travers les multiples réformes engagées de la maternelle à l'université, ne pas voir une volonté unique de mettre au pas toute une profession méprisée par ce pouvoir ? Les enseignants sont souvent accusés d'être hostiles à toute réforme, corps immobile qui ne verrait pas l'évolution de la société et qui resterait ancré sur des positions archaïques ! La position de ce gouvernement semble claire : une avalanche de nouvelles dispositions, programmes, évaluations tombe sur le monde de l'éducation. Et face aux protestations, la réplique est toujours la même : les enseignants n'ont pas compris le sens de la réforme.

. C'est fou ce que j'aimerais connaitre le point de vue de Claude Allègre sur ce mouvement. . Ce serait une bonne idée de la part de Médiapart de solliciter une contribution d'Allègre dans la rubrique "invité" ... Non ? . jpylg

Non.

. Bon. . jpylg

Belle chronique de la mise en oeuvre du célèbre "Comment réussir à échouer".

Il faut se rappeler que la majorité des enseignants souffrent d'uncomplexe de persecution très bien analysé dans le livre " Les enseignants persécutés" paru il y a une quizaine d'années. Donc toute réforme'toute remise en cause est vécue sur le mode affectif. Sur les rased à ma connaissance plusieurs rapports d'inspection génerale ont il ya une dizaine d'années fortement mis en cause leur efficacité.Quiconque a frequenté professionellement l'enseignement primaire a forcement entendu les sarcasmes de nombreux directeurs d'ecole et de maitres sur les maitres G et les psycologues scolaires. JE ne doute pas que Sarkozy et Darcos ménent une politique visant a dessoser l'education nationale jugée irréformable par la droite mais il ne sert à rien de nier un certain nombre d'evidences comme le fait qu'un certain nombre de chercheurs ne cherchent depuis longtemps.

faut-il pour cela pénaliser tout le monde et démanteler le système?

Il faut se rappeler que la majorité des enseignants souffrent d'uncomplexe de persecution très bien analysé dans le livre " Les enseignants persécutés" paru il y a une quizaine d'années. Donc toute réforme'toute remise en cause est vécue sur le mode affectif. Sur les rased à ma connaissance plusieurs rapports d'inspection génerale ont il ya une dizaine d'années fortement mis en cause leur efficacité.Quiconque a frequenté professionellement l'enseignement primaire a forcement entendu les sarcasmes de nombreux directeurs d'ecole et de maitres sur les maitres G et les psycologues scolaires. JE ne doute pas que Sarkozy et Darcos ménent une politique visant a dessoser l'education nationale jugée irréformable par la droite mais il ne sert à rien de nier un certain nombre d'evidences comme le fait qu'un certain nombre de chercheurs ne cherchent depuis longtemps.

On ne saurait mieux reprendre les arguments de notre bien-aimé ministre Darcos, jugeant avec une grande hauteur de vue en s'appuyant sur les "ouvrages très sérieux" (ceux qui l'intéressent) que "la grande majorité des enseignants a le goût de la persécution", qu'ils ont "la culture de la grève", utilisant le discours du "quiconque a fréquenté sait bien que...(suivez mon regard)", convoquant l'autorité irréfutable des rapports de l'Inspection générale (sans citer de date ou de nom bien sûr) et "l'évidente évidence" pour nier l'efficacité des RASED, hurler avec les loups sur les maîtres G et sur les chercheurs-qui-ne-cherchent pas, bref tout ce qui fait que ce très honorable professeur agrégé de Lettres classiques est ministre de Sarkozy et non de l'Education nationale. Quand on juge "irréformable" un groupe, il ne reste certes plus qu'à le "désosser" (et non déssoser) : cela rappelle des procédés fort édifiants, ceux de l'Inquisition par exemple?

Une intervention sous un angle formel très pointu, chère Anne Liéveaux

Visiblement il reste encore quelques personnes attachées à l'école publique et c'est rassurant! J'enseigne en collège depuis 6 ans, à Argenteuil (là où Monsieur Sarkozy voulait aller passer le karcher) et depuis le début de ma courte carrière je constate à quel point l'école en général est méprisée, l'encadrement sabré, et les élèves sacrifiés! Car ce sont bien eux qui trinquent, 29 élèves par classe en sixième, la moitié en perdition car pas le temps de s'occuper de tout le monde, et pas de moyen pour plus d'encadrement! Les élèves trinquent, les profs se battent... mais où sont les parents??? Il me semble, qu'ils sont autant, voire plus concernés que nous. Je suis conciente que beaucoup de parents sont également trés inquiets de la situation, mais ils se font trop discrets à mon goût. Dans les manifs, les profs donnent l'impression de se battre uniquement pour défendre leur profession et leur statut (il faut le faire, c'est important!), alors que c'est avant tout pour les élèves que nous nous battons!Les revendications n'auraient-elles pas plus d'impact si la population exprimait elle aussi ses revendications pour ses enfants?

En tant que "parent d'élèves", j'ai participé il y a deux jours au Conseil d'Administration du collège de mon enfant. Le Directeur de cet établissement scolaire nous a exposé la DGH (dotation globale horaire) pour la rentrée de l'automne prochain, et dont le résultat se traduit par la suppression de 3 postes (3 professeurs licienciés !) à la prochaine rentrée scolaire, fermeture d'une classe et augmentation des effectifs dans les classes.. (collège d'environ 440 éléves) Tous les représentants des parents d'élèves étaient présents (4 adhérents de la FCPE, 2 de la PEEP), nous avons tous voté, à main levée, contre cette DGH, d'ailleurs dans une quasi-unanimité avec les autres personnes présentes (représentants de professeurs, du personnel, des élèves...) Je pense et espère que de nombreux parents feront de même dans tous les établissements scolaires de France !

Merci pour ce témoignage actif. Et bon courage pour la suite!

Bien consciente que certains parents se mobilisent activement, et heureusement, mais je trouve qu'on ne les entend pas assez dans les médias!! Merci à vous et continuez! D'autre part, puis-je avoir des précisions sur les "professeurs licensiés"?? Merci!

@Raphaëlle Agathe, "On n'entend pas assez les parents dans les médias".... sans doute parce que peu de micros ou de caméras leur sont tendus... J'ai remarqué en circulant dans mon agglomération que beaucoup d'écoles primaires sont "décorées" de banderoles constestant les projets et les mises en oeuvre des décisions du gouvernement, les parents étant clairement associés à ces revendications ; j'ai entendu aussi que des écoles sont occupées la nuit, avec des parents, en signe de protestation contre la suppression de classes (rendue "nécessaire" par la suppression de postes, seule véritable préoccupation des oligarques qui dirigent notre pays, tapis derrière le président $arkozy...). Quel genre de précisions souhaitez-vous avoir sur les professeurs licenciés ?"Licenciés" n'est peut-être pas le terme approprié, car il s'agit de fonctionnaires ? et bien, ce dont je me rappelle c'est que 3 professeurs verront leur poste dans ce collège supprimé, ils n'y viendront plus, ce qui peut, je pense, être vécu par eux comme un licenciement...Je regarderai quand je recevrai le compte-rendu les termes employés à ce sujet pendant la réunion. Merci à vous aussi ! :o)

En effet les professeurs ne sont pas licensiés, ils ont toujours un emploi même si les conditions de travail se dégradent à vistesse grand V (Certains collègues sont sur trois établissements par exemple!). En ce qui concerne les occupations d'établissements, les médias en ont quelque peu parlé cette année, nous avons occupé le nôtre il y a deux ans, soutenus par le principal et les parents d'élèves... rien! pas un mot dans la presse (si la TV du Val d'Oise sur le câble!!) Et cette année, encore 2 postes supprimés dans mon collège mais une augmentation drastique... des heures supplémentaires!! Travailler plus pour gagner plus... et en laisser plus sur le carreau! Déprimant...

Bien consciente que certains parents se mobilisent activement, et heureusement, mais je trouve qu'on ne les entend pas assez dans les médias!! Merci à vous et continuez! D'autre part, puis-je avoir des précisions sur les "professeurs licensiés"?? Merci!

Merci pour cet article et merci pour ce rappel daté de 1905 où" quand des enseignants du primaire ont tenté de se constituer en syndicat ...". Il est bon de se souvenir que les syndicats ont été créés pour pouvoir se faire entendre ! Quand on critique Le "syndicat" on oublie bien vite que c'est d'abord un ensemble de syndiqués et que le meilleur moyen que cet outil répondre à nos attentes c'est d'aller s'en mêler en y adhérant ! Les critiques fusent mais le nombre de syndiqués diminuent ! Se mêler de ce qui nous regarde en citoyen est plus efficace quand on s'unit et le syndicat peut-être pourra-t-il mieux répondre à nos attentes , non ?

Justement ce qui me semble avoir (au moins un peu) changé c'est que, dans l'actuel mouvement des enseignants du primaire, on a vu nombre de parents s'engager auprès des professeurs. A Argenteuil, vous êtes probablement aussi confrontée au problème de la totale méconnaissance du sytème scolaire par une grande partie des parents, celle-ci peut se traduire par de la méfiance ou de l'inquiétude, surtout quand on ne maîtrise pas la langue. J'ai lu la semaine dernière (mais où?) un article intéressant à propos d'un collège dont le principal et ses adjoints se déplaçaient dans les cités proches où résidaient les élèves afin de rencontrer les parents et de leur expliquer les codes du système éducatif. J'ai trouvé cela intéressant, d'autant que les résultats semblaient confirmer la réussite de l'entreprise. Mais quelle disponibilité cela requiert, quel temps passé à organiser tout cela, outre le travail au quotidien! C'est ce qui fait enrager quand on entend ensuite les discours méprisants du président. D'autres établissements organisent au sein même du collège (c'est quand même moins chronophage) une "école des parents", ça aussi ça fonctionne, je peux en témoigner. Je suis persuadée, comme vous, qu'il faut impliquer davantage les parents sans pour autant que chacun renonce à son rôle. C'est compliqué mais c'est possible. Courage! Je crois que nous sommes très nombreux à être attachés à l'école publique et aussi, plus largement, au service public d'éducation. C'est ce qui est intéressant dans le mouvement actuel où, de la maternelle à l'université, c'est au fond le même souci: préserver la qualité d'un enseignement public pour tous.

Vous avez tout à fait cerné le problème... les parents (en grande majorité, pas tous quand même!) sont absents, pour diverses raisons. Je connais beaucoup de parents qui ne maîtrisent pas le français mais qui s'impliquent pleinement dans la scolarité de leurs enfants, je ne pense pas que ce soit le problème majeur. D'autres prennent l'école pour la garderie, et compte sur l'école pour enseigner des valeurs qui devraient être transmises par l'entourage familial! On en demande de plus en plus à l'école, en lui donnant de moins en moins de moyens... paradoxe!

Belle analyse qui dégage bien les lignes d'agression et de déconsidération appliqués à chaque responsable de la transmission et de la création de savoirs. Comment peut-on imaginer des savoirs (autres que des ruminations fanatiques) transmis par des personnes déresponsabilisées ? Peut-être que l'acharnement à promouvoir une société de tous contre tous finira par souder une mobilisation citoyenne. Serge Koulberg

Dieu vous entende, cher Serge Koulberg!

Remarquable analyse qui montre que tout est mis en oeuvre pour détruire l'école de la République, et merci, cher Claude, d'avoir utilement rappelé que ce qui constitue la base de cette école n'appartient à aucune majorité.

Ce type de travail peut servir de levier dans la lutte que nous menons contre la destruction de l'Ecole (pour faire court). Merci!... A l'heure où j'écris ces mots, j'entends que l'appel est fait à Darcos de cesser... C'est un bon signe. Bien à vous.

Merci encore une fois, Claude et bon nombre de commentateurs pour cette analyse lumineuse .

Comme toujours, Claude Lelièvre a fait, ici, une analyse claire et précise de la situation actuelle de l'Ecole (au sens le plus large du terme). Mais il me semble qu'on pourrait ajouter une quatrième "strate d'appréhension" de la politique menée par Sarkozy en situant l'avalanche de "réformes" qui démantèlent notre système éducatif dans le contexte global de ce qu'il appelle la "modernisation" de la France. Son projet m'apparaît comme largement inspiré par le tandem Reagan/Thatcher. Son admiration pour Bush n'était pas qu'opportuniste. Pour lui, moderniser la France, c'est instaurer un ordre social calqué sur celui de l'entreprise industrielle dont la seule finalité est de produire du profit pour ses dirigeants. Les humains ne sont que des "ressources" au service de ce projet, dans un système pyramidal dont la base est formée d'exécutants surmontés d'une cascade hiérarchique de transmetteurs d'ordres émanant de l'élite du sommet (en fait, LUI !). Les savoirs et savoir-faire n'ont d'intérêt que dans la mesure où ils permettent de faire fonctionner ce système : l'expression "économie de la connaissance" résume bien ce point de vue. Vues sous cet angle, toutes les "réformes" engagées ont une cohérence très forte. Même celles qui portent sur le "développement durable" : il s'agit bien de transformer la France et les Français pour faire durer le système, le situer en dehors du temps, du changement. Au risque d'être traité de radoteur, je renvoie aux projets de la commission éducation de l'ERT (European Round Table) qui se situent dans la droite ligne de cette conception de la société et de l'homme, simple pion qu'il importe de maintenir en état pour qu'il soit toujours utile à l'Entreprise. Juste quelques exemples pour illustrer ce "projet"de société : - la maîtrise de l'écrit est indispensable pour l'autoformation "tout au long de la vie" qui reposera de plus en plus sur les TIC. Il ne s'agit pas d'amener les jeunes à ce que l'AFL appelle la "lecture experte", celle qui permet de lire entre les lignes, mais à savoir décrypter un message, une consigne, un ordre auquels ils obéiront. - idem pour la calcul : ce qui importe, c'est de savoir appliquer des règles données une fois pour toutes, pas de former à la réflexion. - ce n'est pas un hasard si au lire-écrire-compter s'ajoute la pratique des ordinateurs. Ce sont là les "disciplines fondamentales". Et tout le reste est marginalisé. La "mastérisation" de la formation des enseignants va écarter un grand nombre de jeunes issus de milieux modestes dont le pouvoir se méfie. Je rappelais naguère que le gouvernement de l'Etat français avait fermé les Ecoles Normales primaires en 1942 parce qu'elles étaient considérées comme des creusets de gauche. Les IUFM sont fermées parce qu'il s'agit de couper les futurs enseignants de toutes les formes de sciences humaines qui sont considérées comme des sources de contestations de l'ordre établi. cf. les charges violentes de Darcos à leur égard. L'autonomie financière des Universités va les pousser à rechercher des sources de financement auprès des entreprises. Or celles-ci vont privilégier les recherches qui pourront leur apporter des techniques "rentables" - dans le cadre du développement de "économie de la connaissance". La recherche fondamentale subsistera dans les domaines où elle peut conduire à des applications rentables à moyen terme. Les seules sciences humaines qui trouveront des financement seront celles qui apporteront des techniques plus efficaces pour contrôler et formater les esprits. A ce sujet, il est des rapprochements éloquents : la publicité fait partie des techniques de communication. Les gouvernants ont des conseillers en communication. Quant à C. Albanel, elle est ministre de la Culture et de la communication... Toutes les "réformes" visant à "moderniser" la France peuvent être lues dans cette perspective, qu'il s'agisse de la gestion des médias, de la politique de l'immigration, de celle de la Santé, de la mise au pas de la Justice, de la professionnalisation de l'armée, de l'utilisation de la police et de la gendarmerie, etc.

C'est une entrée qui me paraît effectivement à creuser et prometteuse. Merci d'avoir commencé à la développer

Codicille : J'ai lu quelque part que Sarkozy était titulaire d'un bac ES... Concernant les SES, ce qui est attaqué par le pouvoir actuel, c'est ce qu'il considère comme une déviation. Au lieu d'enseigner les "lois" de l'économie néo-libérale, de nombreux enseignants mettent l'accent dus les "sciences sociales", c'est à dire les perspectives ouvertes par la sociologue et l'histoire ! Conscients de la difficulté qu'il y aura à recentrer ces enseignements dans le sens souhaité par le pouvoir actuel, le Ministre prépare le terrain à la suppression de cette discipline.

Je regrette que Monsieur Darcos n'ait pas rencontré plus d'opposition samedi dernier, lors de l'émission "le rendez-vous des politiques de France Culture ; il a eu la parole une bonne heure, et son discours sans faille était à même de convaincre bien des auditeurs. Vous avez certes dit que le programme préélectoral ne prévoyait pas les mesures en cascade prises depuis l'élection, ce qui était fort juste, mais ensuite rien sur les simplifications qu'il avançait sur les inspecteurs et les désobéisseurs, les évaluations de CM2 passées sans problème, motus sur le nom de l'association de parents d'élèves qui était commanditaire du sondage plébiscitant le soutien scolaire. "Une" association a-t-il dit, la PEP assuremment, très minoritaire.

Vous n'avez pas tort - bien au contraire - de mettre en valeur ces points ( et il y en a bien d'autres ). Mais la règle de cette émission est que l'invité ( en l'occurrence Xavier Darcos ) dispose d'au moins la moité du temps de parole et que les quatre autres ''interpellateurs'' ( deux journalistes, un philosophe politique, et un ''expert'' invité ) se partagent le temps de parole restant ( soit environ 6 minutes chacun, pour 3 questions à poser en les situant; et la journaliste invitante est maître du tour de parole, ce qui fait qu'il n'est pas possible de ''rebondir'' ). Sachez cependant, que le ministre n'est pas sorti très content de cette émission ( en particulier par rapport à moi ).

J'imagine bien en effet qu'il devait être irrité, la réalité les perturbe ces ministres, comme doit d'ailleurs les déranger le fait d'être flanqués de doublures (prêtes à les remplacer parfois, c'est en tout cas ce qui se dit pour Descoings)... Le rappel calmement énoncé par Claude Lelièvre de faits parfaitement exacts m'a semblé le déstabiliser vraiment, Darcos a évité de répondre mais sa gêne était nettement perceptible pour l'auditeur. C'était donc réussi de mon point de vue....

Darcos lui a répondu au contraire, en établissant une distinction magistrale entre "programme politique" et "projet politique", rappelant la différence fondamentale entre ces deux notions à Claude Lelièvre (avec l'argument de connivence "Vous savez très bien, Monsieur Lelièvre que..".). La preuve éminente du bien-fondé de ses réformes étant qu'il avait "collé au projet politique du Président de la République". Comment appelle-t-on cela déjà en politique ? Il n'était pas gêné(à mon sens) puisqu'il tentait de l'interrompre sans arrêt. Fâché, certes, d'être débusqué dans sa tanière de vieux renard, mais avec plus d'un tour de passe-passe dans son sac ! J'aimerais avoir votre réaction, cher Claude Lelièvre, sur cette distinction politicienne que vous "connaissez si bien"... On vous donne 3 minutes de plus sur le blog!

Je suis fort surpris ( mais admiratif ), chère Anne Liéveaux-Autiquet, de votre intervention dans ce domaine des distinctions propres à la philosophie politique....

Du mien aussi !

Petit complément édifiant sur Darcos, par Nicole Orthous. Cette fois c'était sur RMC : http://www.mediapart.fr/club/blog/nicole-orthous/130209/darcos-comme-il-nous-parle
Sinon, à lire aussi, petit article et surtout à écouter le reportage de Jade Lindgaard sur une mobilisation en IUFM : http://www.mediapart.fr/journal/france/130209/nouvelle-manifestation-des-iufm-contre-xavier-darcos C'est stimulant !

Bonjour Brillante analyse dans laquelle mes collègues et moi (enseignant mais aussi parent) se reconnaissent sans peine. L'observation de cette -tentative de- réforme mais aussi des nombreuses qui l'ont précédé m'inspire toujours les mêmes remarques : volonté comptable avant tout, mépris des qualités et de la valeur des acteurs de l'éducation, appauvrissement des contenus. On retrouve vos trois niveaux de lecture. Mais ce n'est pas la première fois ces 15 dernières années que nous pourrions faire ce type d'analyse, hélas ! Il y a donc un autre aspect des choses qui m'échappe : Mme Pécresse et MM. Darcos et Sarkozy n'auraient-ils rien appris ? Se jettent-ils encore et une fois de plus dans la gueule du loup en allant au conflit frontal, et en réitérant les erreurs précédentes en pire ? Souvenons-nous de Claude Allègre... Ou bien soyons encore plus pessimistes : et si cette nouvelle provocation, menée aussi frontalement et maladroitement que les précédentes n'était qu'une manoeuvre délibérée ? A la manière de ce que je lisais dans le billet de Gilles Garcia sur son blog (http://www.mediapart.fr/club/blog/gilles-garcia/050209/pourquoi-il-faut-ecouter-le-president-de-la-republique). Bref, et si ceci était mûrement pensé, pesé et choisi dans le but de nous éloigner, nous acteurs de l'éducation, un peu plus des Français au service desquels nous sommes (et fièrement !) Bien sûr, certains vont me répondre que je fantasme, d'autres que je suis un grand naïf pour ne le réaliser que maintenant...

Piètres "manoeuvres délibérées !" Ils n'en sont même plus là... Je pense que Claude Lelièvre montre bien l'échec de toutes ces tentatives par leur méconnaissance profonde des enseignants, de leur identité et des valeurs de l'école. Ils se réfugient maintenant dans le fait de "coller" au projet de Sarkozy (qui ne leur a guère laissé le choix ni les initiatives et qui les désavoue malproprement). Il y a certes encore des manoeuvres politiciennes mais leur "projet politique" est fichu. On constate des points de non-retour. Des reculs sont encore à obtenir pour les concours et la formation des enseignants, mais les étudiants et stagiaires des IUFM se mobilisent. Et les universités ont compris que leur intérêt était dans l'union.

Bien vu, à n'en pas douter, chère Anne Autiquet - Liéveaux

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