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Fév

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Les vœux et les engagements du président

Nicolas Sarkozy s’est adressé aux enseignants. Mais quel peut être son crédit à l’aune du bilan des engagements qu’il avait pris il y a tout juste deux ans ?

 

Ce lundi, à Saint-Lô, il a tenu - comme on pouvait s’y attendre - un certain nombre de propos lénifiants dont ceux qui lui servent de ‘’plumes’’ ont le secret. Il a annoncé aussi la création d’une mission d’experts ( dirigée par l’actuel directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, Richard Descoings ) chargée de formuler des propositions concrètes pour relancer la réforme des lycées qui ne devrait plus être prête pour la rentrée 2009, mais " pour septembre 2010 ".

Mais peut-il être entendu ? De quelle confiance peut-il être crédité, surtout si on n’a pas oublié les engagements qu’il avait – avec une insistance toute personnelle – formulés au cours de la campagne des présidentielles ?

 

Lors de son discours-programme sur l’Ecole du 2 février 2007, Nicolas Sarkozy ( par-delà une multitude de " souhaits " ) s’était alors en effet formellement et solennellement engagé sur quelques points ( dont certains fort précis ) qu’il n’est pas inutile de rappeler in extenso, deux ans après :

 

Si je suis élu, je m’engage à ce qu’on débatte de nouveau des programmes scolaires et du projet éducatif devant le Parlement et devant le pays ".

Cela n’a pas eu lieu. Les ‘’nouveaux programmes’’ de l’enseignement primaire eux-mêmes n’ont été l’objet que d’une consultation vite faite auprès des professeurs des écoles.

 

Je m’engage, si je suis élu, à rendre aux enseignants la considération qui leur est due, à revaloriser leur carrière si dévalorisée depuis un quart de siècle. Je m’engage à ce que les gains de productivité qui pourraient être réalisés leur soient redistribués pour moitié. Je m'engage à ce que ceux qui voudront travailler davantage puissent gagner plus ".

Chacun sait ce qu’il en est advenu. No comment.

 

Je m’engage à multiplier les passerelles avec les autres administrations publiques de sorte que leurs perspectives de carrière soient élargies ".

On n’a toujours rien vu.

 

La modulation des moyens […] c’est la condition nécessaire de l’égalité des chances. Elle doit se faire en fonction des handicaps des élèves et des projets d’établissements. Si je suis élu, je m’engage à ce que ceux qui ont besoin de plus de moyens en aient plus et que ceux qui sont confrontés à moins de difficultés aient moins de moyens ".

Là encore, on cherche, mais on a du mal à trouver quoi que ce soit…

 

Je prends l’engagement, si je suis élu, de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements et de développer dans toutes les disciplines des cursus qui permettent d’accéder à l’enseignement supérieur sans le bac, comme c’est déjà le cas avec la capacité en droit ou avec le Conservatoire National des Arts et Métiers ".

Pas la moindre piste de réalisation en cours…

 

Je m’engage à instaurer un système comparable à celui des IPES, qui jadis permettait aux bons élèves qui se destinaient à l’enseignement de financer leurs études ".

On n’a rien vu non plus. Au contraire, la disparition des IUFM a pour effet d’aller dans le sens contraire.

 

 

On le voit, après un an et demi d’exercice très personnel du pouvoir présidentiel, le bilan des engagements ( dont certains sont très précis ) de Nicolas Sarkozy est sans appel : il est quasi nul.

Quel crédit peut-on accorder à sa parole ?

 

Une seule promesse précise est en voie d’être effectivement tenue, mais elle ne figure pas dans le discours-programme sur l’Ecole prononcé par Nicolas Sarkozy le 2 février 2007 à Maisons-Alfort. Il s’agit d’une promesse typiquement ‘’clientéliste’’ adressée en mars 2007 – et pour cause ! – directement par courrier spécial aux ‘’intéressés’’( les parents d’élèves français inscrits dans des lycées français à l’étranger), à savoir la gratuité des frais de scolarité ( sans aucune condition de ressources pour les familles, et alors que certaines d’entre elles n’acquittent plus leurs impôts en France ). Selon les estimations du Quai d’Orsay, cela devrait coûter à terme 265 millions d’euros aux contribuables.

L’excellent article de Louise Fessard à la Une de Mediapart en date du 10 janvier précise qu’ " un sénateur UMP avait failli tout gâcher en faisant voter par le Sénat, le 5 décembre 2008, un amendement créant un plafonnement des revenus des parents et des frais de scolarité des lycéens pour éviter que l’Etat ne prenne en charge des sommes indécentes en ces temps de crise sociale. Mais dans la nuit du 9 décembre, le gouvernement y a mis bon ordre et a supprimé l’amendement inopportun par la technique du vote bloqué, lors de la seconde délibération " 

On ne saurait trop ici admirer la détermination du pouvoir exécutif et élyséen à honorer – exceptionnellement - ses engagements ! Toute une politique est là ; et elle ne saurait emporter ni l’adhésion, ni la confiance.

Tous les commentaires

Merci de ce billet, précis, documenté, une véritable campagne de promotion à l'envers, il ne faudrait que trouver un ou deux candidats pour dire ses phrases dans un joli spot opposé à l'officiel que certain ont mis en ligne sur mediapart pour le signaler !!

Excellent ! Merci !

. S'il faut maintenant que les politiciens professionnels tiennent leurs promesses, où va-ton ? . jpylg

Vous avez raison toute une politique est là, une idéologie aussi et la nomination de Richard Descoings n'y chnagera rien, pas plus que celle de Martin Hirsch. Le plus choquant aujourd'hui c'est d'entendre les radios claironner que la future réforme des lycées se fera sans suppressions de postes, alors même que celles qui sont programmées pour la rentrée de septembre sont maintenues. Mensonges en toute impunité.

Sarkozy a sorti deux jokers de sa Manche (!). Mais cela ne suffira pas à rétablir son crédit auprès des enseignants. Il y a eu tellement d'effets d'annonce et d'écrans de fumée que ceux ci sont mithridatisés... Surtout quand on voit à quel point le décalage est grand entre les promesses et la réalité. Le plus scandaleux est de continuer à faire passer les enseignants comme des adeptes du “toujours plus” alors qu'ils se battent pour arrêter les suppressions de postes. Aujourd'hui, on n'est plus en train de “dégraisser le mammouth", on est en train d'attaquer l'os...!

A suivre vos pertinentes analyses de presse sur le site des Cahiers pédagogiques, cher Philippe Watrelot

L'explication de l'attitude de Sarkozy à l'égard de l'école publique est à rechercher dans son enfance. Sa malheureuse expérience de l'école de la République - une année de 6° qu'il a dû redoubler - l'a traumatisé à vie. Vite remis dans une institution privée, il ne guérira jamais malgré un suivi médical approprié. Aujourd'hui il nous fait une rechute sévère.

Merci, Claude Lelièvre, pour ce billet parfaitement documenté, Puis-je me permettre d'orienter de chez vous les lecteurs que la "parole" de Sarkozy intéresse vers mon blog où je pratique aussi ce travail de décorticage ? Votre soutien chez moi me fait oser. Donc une adresse pour continuer la lecture ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/dominique-wittorski/100109/les-mots-ont-un-sens-1

Je vous y encourage ( et j'encourage les lecteurs de ce billet à aller sur votre blog ) car nous sommes, en effet, tout à fait complémentaires en ce moment.

merci pour ces remarques qui me donneront, encore, du grain à moudre dans les jours qui viennent...

Bon courage pour la suite, cher Sébastien Rome.

Merci .A lire et à relire ...

On se retrouve en très bonne compagnie dans un article du Monde.fr "Sur le Net, les vœux de Sarkozy au monde éducatif ne passent pas" http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/13/sur-le-net-les-v-ux-de-sarkozy-au-monde-educatif-ne-passent-pas_1141096_823448.html

Merci, mais j'avais déjà lu ta revue de presse d'aujourd'hui sur le site des Cahiers pédagogiques : un tiercé gagnant .

Merci de cette remarquable mise en perspective des promesses ou plutot engagements du candidat Sarkozy aujourd'hui élu. La tâche de recollement de la réalité d'aujourd'hui, résultant de l'action désordonnée et irresponsable du couple Sarkozy-Darcos, avec la nécessité de respecter ses engagements et de donner au monde de l'éducation nationale et de la jeunesse les aménagements, plutôt que des réformes drastiques, qui devront résulter d'une réelle et honnête concertation avec eux . Comment imaginez que Messieurs Descoings et Hirchs parviennent à la quadrature du cercle !!! Car en plus il ne s'agit plus d'un duo Sarkozy-Darcos, mais d'un quadrille Sarkozy-Darcos-Descoing-Hirchs ! Et de fait la nomination des deux nouveaux venus à la rescousse consacre à l'évidence le ratage de Darcos !

Encore une fois , un remarquable billet . Par contre , je signale à J.P.Y Le Goff que tous les politiciens ne sont pas identiques : les trois quarts des promesses de Miterrand ont été tenues.

MiTTerrand... bien sûr !

Il est difficile de confirmer ou d'infirmer ce genre d'affirmations ( d'autant que les engagements de Mitterrand se montaient à plus d'une centaine pour l'ensemble de son programme présidentiel, et étaient de natures différentes et de ''poids différents'' ). Mais pour ce qui concerne l'Ecole, il faut prendre en considération un engagement très important qu'il avait fait en 1988 et qui a été tenu: celui de faire du budget de l'Education nationale ''la priorité des priorités'' et de l'augmenter d'au moins 15 milliards de francs durant la législature 1988-1993. Et cet engagement très important a été tenu, et bien au-delà, puisque l'augmentation a été de 90 milliards de francs durant cette période. En 1988, la part de la dépense intérieure d'éducation dans le PIB était de 6,4% et elle a monté jusqu'à 7,4% en 1993. Depuis, elle a diminué ou stagné selon les périodes pour redescendre à 6,4 % actuellement.

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