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May

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La culture scientifique est-elle de seconde zone?

Dans les grandes confrontations disciplinaires et culturelles, la culture scientifique est rarement au premier plan ; c’est paradoxal, et ce n’est sans doute pas sans danger.

On peut se demander si la culture scientifique n’est pas jugée comme étant de seconde zone en France lorsqu’on considère un certain nombre de ‘’couples disciplinaires’’ où l’un des deux, moins reconnu culturellement que le premier, tente de jouer la carte d’une plus grande scientificité , mais en vain. Ainsi en va-t-il de l’économie vis à vis du droit, de la sociologie ou de la psychologie face à la philosophie, de la géographie vis à vis de l’histoire, de la linguistique face aux lettres classiques, voire ( même si c’est un cas un peu spécial ) de la physique ou de la biologie en regard des mathématiques.

Il y a là une dichotomie hiérarchisante au détriment de la valorisation du scientifique qui a ses prolongements dans les débats médiatiques, et l’importance donnée à telle ou telle discipline. L’histoire ( on l’a vu encore récemment ) , la philosophie, les humanités classiques voire les mathématiques peuvent susciter des débats passionnés, considérés comme de hauts vols, et attirer une attention foncièrement positive. C’est beaucoup plus difficile et plus rare pour les autres.

 

Il est pour le moins paradoxal - en particulier - que les sciences de la Vie et de la Terre restent dans une grande discrétion médiatique, et qu’elles soient peu valorisées dans l’Ecole elle-même. On devrait pourtant se souvenir que les sciences physiques s’inscrivent dans les fondements mêmes de la modernité en Occident depuis la fin de la Renaissance. Et l’on devrait aussi se rappeler que les sciences de la Vie et de la Terre se sont affirmées au siècle des Lumières et au siècle suivant, et qu’elles ont eu – de fait – partie intrinsèquement liée avec les enjeux démocratiques et laïques. Ce qui devrait suffire à les placer au premier plan d’une culture moderne.

 

On pourrait certes objecter que cela, c’est le passé, qui ne nous concernerait plus. Pourtant, on aurait tort de penser que le passé passe définitivement, qu’il est définitivement dépassé. Des menaces existent, venant de divers courants religieux fondamentalistes, dans les trois religions monothéistes, certes pour le moment très minoritaires mais bien réels. Ce qui devrait nous alerter, alors même que nous avons célébré cette année - mais dans une certaine discrétion - la révolution copernicienne et la révolution darwinienne. Ces courants combattent en effet ouvertement certains acquis scientifiques, et voudraient bien qu’on les ignorent, et qu’ils soient le moins possible enseignés ou valorisés. Quant à l’avenir, il semble pour le moins paradoxal, voire contradictoire, de mettre, par exemple, l’accent sur les questions du développement durable, et de ne pas valoriser dans le même temps les sciences de la Vie et de la Terre qui sont susceptibles de faire mieux appréhender, par chaque citoyen, par chaque futur citoyen, les enjeux et les voies de résolution possibles. Ces sciences de la Vie et de la Terre, peuvent paraître justement bien terre à terre en regard d’autres disciplines, plus reconnues culturellement. Mais il y va pourtant de l’avenir, de notre avenir.

Tous les commentaires

Mr Lelièvre ,soyez sérieux .L'économie ,le droit ,l'histoire,la psychologie ,la linguistique ne sont pas des disciplines scientifiques comme peuvent l'être les mathématiques ,la physique,la chimie ,la biologie ,la géologie . Le premier groupe singe les méthodes du deuxième . Vos couples sont donc artificiel et n'ont apparemment qu'un but , faire la promotion de la Section L au Lycée.

La paradoxe réside ,puisque l'on parle beaucoup des grandes écoles en ce moment ,du moins dans celles d'Ingénieurs , dans le fait que la discrimination aux concours se fait beaucoup par les disciplines littéraires (favorisant les enfants de bourgeois connaissant les codes de langage plaisant aux enseignants correcteurs de ces disciplines et ayant effectué de nombreux séjours linguistiques à l'étranger ) . .Pour éclairer ,par exemple ,à Centrale Paris ,l'Anglais et la philosophie ,représente 40 % des points.

A quand 40% des points ,pour les Maths et la physique ,à Sciences PO,à l'ENA,à l'école de la Magistrature ,à l'Agrégation d'histoire etc...?

Votre question "La culture scientifique est elle de seconde Zone " n'est pertinente que dans ce sens . Ce qui est amusant ,car dans vtre métier d'enseignant ,tout le monde sait qu'un enseignant de Mathématiques ou de Physique pourrait(avec un lèger recyclage ) enseigner le français,l'histoire alors que l'inverse n'est pas vrai (Au collège ou au lycée ) .

N'étant pas de formation scientifique - physique, chimie, bio-technologie etc - je suis d'autant plus à l'aise pour dire que les sciences et les techniques sont une issue d'avenir pour les mutations technologiques nécessaires de notre époque. Albert Camus Edito de Combat du 8 août 1945 sur lendemain d' Hisroshima et discours de 1957 en liaison avec le Prix Nobel, le philosophe tchèque Jan Patocka mort en 1977 avaient, en leur temps, placé cette question à l'avant -plan. Oui à la science et non au scientisme et à l'usage barbare des sciences.

La question posée par la Science mais celle de l'éthique leur mise en pratique. Ceci vaut dans de nombreux secteurs notamment dans le domaine de la médecine et des bio-technologie en général. Les sciences ont été une manifestation prométhéenne très typique de l'homme européen , puis occidental au sens large avec ce passage à l'industrialisation commencée vers la fin du XVIII e siècle. Les sciences sont une école de rigueur mais ne croyez pas que la rigueur ne soit pas utile dans d'autres domaines comme le droit , le raisonnement, la capacité d'apprécier l'histoire et le comportement personnel. Ceci dit, si je puis être devant mon ordinateur, je le dois à l'électricité, et à bien d'autres techniques et à ceux qui ont découvert les médecines qui m'ont sauvé la vie dès l'enfance. Je connais le dévouement et la constance de plusieurs chercheurs dans des domaines très pointus des analyses de sang et j'ai la plus grande admiration pour eux.

 

Claude Lelièvre a raison.

Quand on dit d'une personne qu'elle est cultivée, on pense à la littérature, la philosophie, la musique, et rarement aux mathématiques.

Bien connaître une science ne vous fait pas classer parmi les gens "cultivés".

On vous classe "fort en maths", "fort en physique".

On parle de culture littéraire, mais quand on parle de culture physique, cela n'a rien à voir avec Einstein ou Stephen Hawkins...

On entend ou on lit bien souvent : ce grand scientifique est AUSSI un homme de culture.

La science est assimilée à la technologie, pas à la "culture".

Ce n'est pas une question de coefficients aux concours.

Quant à prétendre qu'un prof de maths peut enseigner le français, tout dépend à quel niveau.

Il n'y a qu'un niveau où les enseignants enseignent les deux : c'est dans le primaire.

Joël Martin, invitéde bjm.

 

Je partage l'opinion de C. Lelièvre même si elle est très orientée "Sciences de la Terre et dela Vie". Je suis particulièrement choqué chaque fois que j'entends sur les ondes un commentateur et/ou un journaliste à la notoriété bien établie tirer gloire d'avoir été nul en maths et/ou en physique, comme si c'était la normalité. Inutile alors de s'étonner de voir le niveau plus que médiocre de la culture scientifique de nos concitoyens. J'en donne un aperçu : fidèle auditeur de l'émission "Le jeu des mille euros" sur France Inter, j'ai remarqué que le taux de réponse juste aux questions du domaine scientifique était bien plus bas que ceux relatifs aux autres domaines de connaissance.

 

 

Cela tient peut-être aussi au fait que l'on dénommera plus facilement "scientifiques" des connaissances précises en un domaine, tandis que l'on s'en tiendra à l'appellation "culture générale" pour des connaissances plus.. générales.

Et de ce fait, il n'est pas étonnant que l'on réponde plus fréquemment aux questions de second type.

Il faut tout de même signaler que ce qui peut avoir une certaine reconnaissance dans la société (et encore une reconnaissance toute relative - comme les humanités, cad le grec et le latin, qui sont en fait de plus en plus ringardisés) n'en a pas forcément dans le cadre scolaire.

Si les élèves choisissent la section S, ce n'est pas pour l'attrait qu'y exercent les Lettres, tout de même.

Quand j'entends certains étudiants en Lettres confirmés converser, il m'arrive de déplorer leur côté pédant, très porté sur le nihilisme, un peu "enc... de mouches" aussi (sauf votre respect !). Ils disent avoir étudié les grands auteurs, et forcé sur les plus "maudits", on peut se le demander... Parfois ça pèse un peu en société toutes ces citations qui ont l'air de dire à la galerie moins érudite "nous on sait"... Je suppose que c'est dû aux programmes suivis. On a besoin des scientifiques, des matheux, des économistes (ces derniers comme jamais) mais aussi des "lettrés", les deux peuvent encore cohabiter, que cerveaux gauche et droit s'équilibrent dans la pensée et les actions. Vif plaisir, hier, d'assister à une conférence d'Henriette Walter, venue à Nantes présenter son dernier livre "Aventures et mésaventures des langues de France", vaste débat aidant à réaliser l'infinité d'apports aidant chaque jour à notre langage commun. En conclusion, elle a bien souligné qu'elle prenait toujours la précaution de croiser ses recherches avec celles des scientifiques avant d'écrire, surtout qu'elle oeuvre sur la communication des mammifères, des oiseaux, et bientôt des poissons !

Le point de vue de Claude Lelièvre m'étonne car s'il est bien une discipline scientifique qui s'étale dans les médias c'est le grand fourre tout qu'on appelle sciences de la Vie et de la Terre. La désaffection des jeunes européens vis à vis des études scientifiques concerne essentiellement les sciences dures, sciences physiques et mathématiques et ,à mon avis ,il serait bon de trouver des solutions pour inverser cette tendance , quoique , après tout, si l'Europe est fatiguée, la Chine et l'Inde semblent prêtes à prendre la relève.

D'accord avec l'auteur.

 

Les personnages médiatiques qu'on voit constamment à la télé tiennent la science pour un domaine réservé à des spécialistes, honnêtes mais un peu cons, qui ne sont pas dignes de participer au pouvoir politique. D'un côté les gens sérieux, comme Proglio, le nouveau PDG de l'EDF, nul en physique mais qui a fait HEC, de l'autre des savants Cosinus, comme le professeur Montagnier, prix Nobel de médecine. C'est leur vision. La France va en crever.

Heureusement que Bernard Arnault (LVMH ) ,feu (Francis Bouygues ) ,Claude Perdriel (Nouvel obs ) ,Marcel et Serge Dassault (Dassault and Co + Le figaro et la suite ) etc...,nous rassurent un peu sur le devenir professionnel des ingénieurs ....

C'est bien de clairement dénoncer les fondamentalistes des trois religions monothéistes . Merci .

Je vais tenter une explication hardie, Claude Lelièvre, pour ne pas dire osée au sens propre comme au figuré : sans doute faut-il s'entendre sur le mot "culture". La société comme l'école fait la part de plus en plus belle aux matières estampillées scientifiques (entendons "sciences dures") et de moins en moins aux matières estampillées littéraires (entendons "sciences molles"). Donc, il peut paraître paradoxal que les français n'intègrent pas dans leur univers mental contemporain une "culture scientifique" alors qu'ils la vénèrent de plus en plus. Dans votre proposition qui nous renvoie très subtilement à l'entendement commun, c'est de "culture générale" qu'il s'agit. En d'autres termes, les sciences dures (celles qui font appel à des équations de toutes sortes incompréhensibles au vulgum pecus dès qu'il s'agit d'avoir un minimum de niveau) apparaissent à tort ou à raison comme une culture spécialisée, voire technique, alors que les sciences molles, toujours à tort ou à raison, apparaissent elles comme le propre de la culture générale. Les meilleurs exemples sont ceux que vous nous donnez : linguistique et littérature, géographie et histoire. N'importe qui peut lire notamment la Princesse de Clèves et en parler dans un concours administratif (= culture générale) mais parler de la métrique grecque ou de l'ancien français n'est pas à la portée de tous (bien que l'une et l'autre matière soient enseignées dans les mêmes disciplines littéraires). Ceci ne doit pas empêcher naturellement les "gens cultivés" de pouvoir discuter aussi du réchauffement climatique, de la théorie de la relativité ou de l'évolution des espèces avec un minimum de culture scientifique, dès lors qu'ils sortent du cadre strictement technique pour entrer dans son application générale. En somme, intégrer l'évolution des sciences dans la culture générale c'est comme savoir utiliser un ordinateur sans être pour autant informaticien.

Bien cordialement.

 

Vos considérations m'apparaissent tout à fait précieuses. Ce qui me fait penser qu'il me faudra effectivement questionner un jour ce que l'on appelle "culture générale", quelque peu variable d'un pays à l'autre, et dans le temps long pour un même pays. Mais je n'ai pas encore trouvé le moyen d'aborder ce type de problème dans le cadre d'un ''billet'' nécessairement assez bref...

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