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May

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République et pédagogie

Il existe en France - depuis la troisième République - un lien historique très fort entre République et pédagogie ; et cela en dépit de l'opposition dramatique entre ‘'républicains'' et ‘'pédagogues'' qui a été montée avec beaucoup d'artifice en France ces vingt-cinq dernières années.

 

Cette opposition ‘’républicains ‘’ contre ‘’pédagogues’’ est l’une des figures récurrentes du débat éducatif en France depuis un quart de siècle. On en a encore eu une manifestation éclatante récemment dans l’un des grands quotidiens nationaux, " Le Figaro ". Mais cette opposition n’a aucun fondement historique, bien au contraire. Et elle est très révélatrice de l’ignorance – historique – de ses promoteurs ( ou de leur indifférence significative à l’égard de l’histoire ).

 

Dans les années qui précèdent et suivent 1880, les républicains s’empressent de mettre en place une solide Ecole républicaine et laïque qui a pour premier objectif, comme l’on disait alors, de ‘’faire des républicains’’. Les républicains comptent en effet beaucoup sur l’Ecole, et sur une pédagogie adaptée, pour que le régime républicain triomphe de façon durable en France.

C’est pourquoi ils refondent et généralisent le système des écoles normales chargées de former les corps enseignants ad hoc. C’est pourquoi aussi ils généralisent les conférences pédagogiques et multiplient les bibliothèques pédagogiques. C’est pourquoi Ferdinand Buisson, le principal lieutenant de Jules Ferry, nommé par lui à la tête de l’enseignement primaire ( qu’il dirigera pendant dix-sept ans ) est la cheville ouvrière du " Dictionnaire pédagogique " qui connaît alors un grand succès ( et qui est considéré encore comme un monument national ). C’est pourquoi enfin ils n’hésitent pas à réunir des Congrès pédagogiques d’instituteurs ( ou d’inspecteurs et de directeurs d’écoles normales ) dans lesquels ils interviennent es qualité.

 

Car les grands républicains fondateurs de l’Ecole de la troisième République ont pris très au sérieux la pédagogie, la réflexion pédagogique et même les pédagogues. Et ils le disent explicitement, à l’instar de Jules Ferry lui-même, au Congrès pédagogique des inspecteurs primaire du 2 avril 1880 : " Nous voulons des éducateurs ! Est-ce là être trop ambitieux ? Non. Et je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, ces méthodes qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien, au lieu de l’enfermer dans des formules dont il ne retire que de l’ennui, et qui n’aboutissent qu’à jeter dans ces petites têtes des idées vagues et pesantes, et comme une sorte de crépuscule intellectuel. .Ces méthodes, qui sont celles de Froebel et de Pestalozzi, ne sont praticables qu’à une condition : à savoir que le maître, le professeur, entre en communication intime et constante avec l’élève ".

On notera ici non seulement l’invocation à " l’éducateur " et la recommandation d’ " exciter la spontanéité de l’enfant ", mais aussi la référence appuyée de Jules Ferry aux deux grands pédagogues de l’époque ( Froebel et Pestalozzi ) qui seront d’ailleurs revendiqués plus tard par les partisans de " l’éducation nouvelle " ( dont se réclame, par exemple, Philippe Meirieu ).

 

Des années plus tard, dans une lettre adressée en 1887 au directeur de la " Revue de l’enseignement secondaire et supérieur ", Jules Ferry persiste et signe en attirant l’attention sur ce qui est à ses yeux essentiel, tout en notant une certaine difficulté de bon nombre d’enseignants de l’enseignement secondaire à mettre en œuvre l’orientation pédagogique préconisée : " La réforme de 1880 subsistera dans ses grandes lignes. Il y faut distinguer deux choses : les programmes et les méthodes. Les programmes des classes ne sont qu’une façade : on a le droit de les trouver surchargés, démesurés, encyclopédiques ; on s’efforce avec raison de les alléger. Mais les programmes ne valent que par la méthode : c’est là la réforme même. Il faut donc se fixer sur la Note dont le Conseil supérieur a fait suivre les programmes de 1880. On pourra modifier les programmes, on ne mordra pas sur ces prescriptions si claires qui renferment en quatre pages toute la substance des controverses pédagogiques soulevées depuis vingt ans, sur ces instructions, à la fois pratiques et philosophiques, qui marquent si nettement la différence entre l’esprit ancien et l’esprit nouveau […]. Oui, vraiment, tout est là. Car les nouvelles méthodes […] éclairent et réchauffent la classe, elles la fortifient de tout ce qu’elle enlèvent aux routines, aux analyses à outrance, à tous les exercices mécaniques et surannés ".

 

Le lieutenant de Jules Ferry, Ferdinand Buisson n’est pas en reste et éclaire le sens de ces partis pris pédagogiques républicains. Dans sa conférence aux instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878, Ferdinand Buisson met en valeur que la bonne méthode " c’est celle qui dit au maître, il faut vous faire aider dans votre tâche. Par qui ? […]. Par l’élève lui-même. C’est votre collaborateur le plus efficace. Faites en sorte qu’il ne subisse pas l’instruction, mais qu’il y prenne une part active […]. C’est ce qui distingue l’éducation du dressage : l’une développe des dispositions naturelles, l’autre n’obtient que des résultats apparents à l’aide de procédés mécaniques ". Et cela d’autant plus, ajoute Ferdinand Buisson, que le but de l’éducation républicaine est " le gouvernement de soi ", le " pouvoir de se diriger soi-même ".

 

In fine, pour faite bonne mesure et pour conclure, on peut ajouter ce passage du mythique Plan Langevin-Wallon de 1947, qui conjugue – à ce sujet - l’individuel et le collectif. " Les méthodes alterneront le travail individuel et le travail par équipe, l’un et l’autre étant susceptibles de mettre en jeu les différentes aptitudes de l’enfant, tantôt en lui faisant affronter avec ses ressources propres les difficultés de l’étude, et tantôt en lui faisant choisir un rôle particulier et une responsabilité personnelle dans l’œuvre collective […]. Chaque citoyen, en régime démocratique, est placé dans la vie civique et professionnelle en face d’une double responsabilité, celle du dirigeant et celle de l’exécutant. Il sera donc nécessaire que les activités scolaires s’organisent de telle sorte que tous aient alternativement des responsabilités de direction et d’exécution développant conjointement l’initiative, la décision, l’intégration volontaire à une activité réglée et collective. Il importe en effet d’éviter de cultiver en certains l’absolutisme du chef prédestiné et en d’autres l’habitude paresseuse d’une aveugle soumission ".

En définitive, pour les républicains ‘’historiques’’, la question ‘’pédagogique’’ est une question politique de premier plan. Et l’on conviendra que l’on est encore loin du compte. Peut-être plus que jamais…

 

Tous les commentaires

Je me permets d'ajouter quelques mots à l'article de Claude Lelièvre. Certes, les promoteurs de l'enseignement primaire, gratuit, obligatoire et laïc étaient des pédagogues et des républicains.

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L'ignorance que dénonce Claude Lelièvre, choisie, voulue, entretenue, constitue une pièce maîtresse de ce formatage qui nous gouverne. Je la connais, cette ignorance, pour en avoir fait l'expérience et découvert l'ampleur, d'abord sur moi-même. Des circonstances presque aléatoires m'ont amené à fouiller pour mon propre compte des archives correspondant aux quatre premières décennies de la IVème République. Je fus alors stupéfait de découvrir combien l'histoire courante sur cette période (et sans aucun doute sur beaucoup d'autres) était édulcorée, aseptisée, banalisée, travestie. J'en ai déjà fait quelques livres. Je continue. Sur cette période et sur d'autres, comme le IVème siècle de notre ère et les origines du christianisme.

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Ceci m'amène à dire que le 24 octobre paraîtront quatre livres, dus à mes soins, sur ce thème des origines du christianisme. Le troisième de cette série, intitulé "Quel enseignement à l'école ?" traite de ce que le titre annonce: comment dans nos écoles présente-t-on le fait religieux ?

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Pas mal de pages de ce livre ont déjà été mises en ligne sur Médiapart, il y a plus d'un an. Le dernier chapitre ne l'avait pas été, puisque je l'ai écrit récemment. Je le mettrai en ligne très prochainement. Il s'intitule "la laïcité menacée?". Je mettrai également deux annexes dont l'une est constituée par la célèbre lettre aux instituteurs de Jules Ferry.

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Incessamment, je pense.

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Merci de votre attention.

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jean-paul yves le goff

http://www.lelivrelibre.net

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enseignement.jpg

@ Mr Lelièvre

La Pédagogie entretient des liens privilégiés avec démagogie ,gabegie , ....mais en aucun cas pas avec république .

Connaissez vous une phrase plus gabegique et démagogique que" Faire réussir tous les élèves grace à une pédagogie adaptée " ? Moi pas....

Face à des textes de référence, vous tentez des jeux de mots ( ''rimés'' ) pour vers de mirliton. C'est décevant. Nous méritons mieux que cela, les uns et les autres. Il est vrai que le mérite républicain se perd, aussi, de jour en jour, semble-t-il.

@ Mr Lelièvre

Si vous voulez parler des promotions de Jean Sarkozy ,nous sommes d'accord....

A votre inverse ,je ne crois pas que le courant pédagogiste formé pour l'essentiel de "Doctrinaire " interprétant la réalité à travers le marxisme et le matérialisme dialectique soit un creuset de démocratie ,l'histoire le prouve .. Par exemple Freinet( Instituteur marxiste ) à ce que je sache n'a jamais condamné l'intervention Russe en Hongrie et pourtant il se revendiquait pédagogue .

Comme je n'ai pas les yeux fixés sur la troisième République en permanence ( mais j'apprécie vos billets ,même si je n'en partage pas la mécanique habituelle ) je signale que le paysage sociétal,social,économique de 2009 n'a rien à voir avec celui de Jules Ferry....14 millions d'étudiants ,lycéens etc....500 000 bacheliers en 2009 contre 1000 sous Jules Ferry etc...et aussi qu'il existe une éducation de qualité et des techniques pédagogiques dans des monarchies ,UK,Belgique,Hollande,Suède, etc...

La République n'a pas historiquement le monopole de l'éducation et de la pédagogie .

 

Je préfère nettement ce type de débat ( qui permet aussi les controverses, même vives ) aux affirmations à l'emporte-pièce à la limite de l'Almanach Vermot. La République n'a certes pas le monopole de l'éducation et de la pédagogie ( surtout si ce n'est qu'un ''nom'' ): dans les pays que vous citez, le pouvoir personnel est nettement moins à l'oeuvre que dans notre République française actuelle. Et c'est pourtant là, sans doute, l'un des aspects majeurs du problème. Relisez, à cet égard, la fin de la citation que j'ai faite du Plan Langevin-Wallon. Quant aux pédagogues ( au sens fort ) les plus connus et reconnus, ils ont été ( et sont ) rarement marxistes, et encore moins de stricte obédience ( à l'instar de Freinet, qui a été fréquemment en ''délicatesse'' avec la direction du PCF ), même si cela a pu -rarement - arriver.

Cher Claude Lelièvre

Je me permets, sur le sujet, de vous signaler la parution aux éditions AGONE d'un ouvrage du CVUH

LAURENCE DE COCK
EMMANUELLE PICARD

L A FABRIQUE SCOLAIRE DE L’HISTOIRE

PRÉFACE DE SUZANNE CITRON

dont voici les argumentaires de la couverture.

 

 

Depuis la Révolution française, l'enseignement
de l'histoire est associé à la construction
d'une « identité nationale ». En prenant la forme
d'un récit ethnocentré, l'histoire scolaire
devait permettre l'intégration de tous les futurs
citoyens de la République, quelles que soient
leurs identités originelles, dans un ensemble
politique unique.
Aujourd'hui, alors que la période est favorable
à la reconnaissance des « identités plurielles »,
les exclus du roman national réclament
l'ajustement des programmes scolaires
et critiquent la fabrique scolaire de l'histoire
vue comme un instrument de domination.
Le moment est propice pour interroger la
manière dont l'histoire scolaire est fabriquée.
De fait, l'enseignement de histoire à l'école
est le produit d'une chaîne de responsabilités
dont il nous faut interroger chacun des maillons :
pourquoi et comment apprendre l'histoire,
et quelle histoire ? Car c'est une politique
du passé qui s'exprime à travers ce montage.
Une politique où la question d'une histoire
commune et donc de l'universalité est en jeu.

 

-le temps dans l'enseignement de l'histoire _ les
programmes d'histoire dans le secondaire _ entre
clichés et histoire des représentations : manuels
scolaires et enseignement du fait colonial _
la fabrique scolaire de la « culture de guerre » _
enseignement du fait colonial et politique de
la reconnaissance _ esquisse d'une histoire de
l'enseignement des génocides _ comment on enseigne
la révolution française _ constructions identitaires
et apprentissage d'une pensée historique : dépasser
le roman national

C V U H Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire
la fabrique scolaire de l’histoire

La question que l'on peut se poser aujourd'hui, cher Claude, est de savoir s'il y a encore des républicains parmi les pédagogues et inversement.

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J'ajouterai à la question de jean-louis legalery : reste-t-il des citoyens dans la république bananière ?

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jpylg

ai-je tort de penser que celui qui, le premier, a mis le doigt sur ce problème est Rousseau ? Après avoir écrit le Contrat social qui définit non pas une société existante, toutes les sociétés reposant sur un faux contrat, celui que les riches imposent aux pauvres, mais une société à construire, Rousseau écrit l'Emile, parce qu'il voit bien qu'on ne naît pas citoyen, mais qu'on peut être formé à le devenir - d'où un projet pédagogique qui a ses mérites et ses défauts - mais qui se heurte à cette question fondamentale qui est celle du maître lui-même : qui l'a formé à former ? cette aporie, qui remonte à Kant, met en lumière l'importance proprement politique de la formation des maîtres - est-elle un préalable ? je ne sais pas ; en tout cas, on voit bien les difficultés que cela soulève et comme, là-dessus, les projets gouvernementaux sont dangereux.

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Pour Jules Ferry et Ferdinand Buisson, le but de l'éducation n'est pas, d'abord, l'acquisition de connaissances , qui n'est qu'un moyen, mais la formation de citoyens libres et responsables.

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Quant à Kant, dans Propos sur l'éducation, il dit que le premier but de l'école, avant les connaissances, est d'apprendre aux enfants à rester assis tranquillement à leur table.

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jpylg

"Pour Jules Ferry et Ferdinand Buisson, le but de l'éducation n'est pas, d'abord, l'acquisition de connaissances , qui n'est qu'un moyen, mais la formation de citoyens libres et responsables."

Il me semble cependant que l'Ecole de la IIIe République nait après la défaite contre la Prusse en 1870: les politiques prennent conscience du retard de la France sur l'Allemagne, sur le plan industriel et technologique. L'Ecole a pour but une éducation de masse, pour l'époque, et et rattraper son retard sur l'Allemagne... et préparer la revanche. Il s'agit de finir d'imposer , brutalement parfois, une langue unique en France, et de nier les apports régionaux, aussi par une histoire de la France qui ressemble parfois à un compte de fée. Sans parler de la géographie, avec les colonies à venir (toujours Ferry!), et cette fois un discours raciste.

Quant aux citoyens libres et responsables comme projet initial, il faut nuancer: l'Ecole doit contrer l'Eglise et se calque en partie sur elle. Morale républicaine contre catéchisme par exemple. Par contre les instituteurs de cette époque, je pense que oui, nombreux sont ceux qui ont obtenu la confiance de la population (pas facile contre le curé, dans une société religieuse, où par ex les femmes des campagnes portent encore le foulard... tiens tiens !), et ont formé des citoyens plus libres et responsables... ce qui n'a pas empêché ces derniers de participer au massacre de masse de la Grande guerre... Ceci dit, les derniers mots de nombreux poilus ne sont pas toujours dits en français...

Je souscris à l'article de C Lelièvre, mais attention à ne pas "angéliser" J. Ferry tout de même.

Enfin en ce qui concerne les pédagogues actuels, nul doute que Meirieux soit, profondément un républicain. Il fait partie des rares voix que j'entends, depuis plus de 25 ans parler contre la ségrégation sociale, plaie ouverte de notre société, et qui passe hélas par l'Ecole.Une république dans laquelle je ne me reconnais pas.

Oui, je suis tout à fait d'accord, Jules Ferry n'avait rien d'un ange ( en particulier selon nos ''canons''' à nous ). Cf le livre que j'ai écrit avec Christian Nique: "La république n'éduquera plus; la fin du mythe Ferry" ( Plon, 1993 )

"Faire des Républicains", certes. Et ce, avec des têtes bien faites, plutôt qu'avec des têtes bien pleines, c'est encore mieux.

Mais il se pose tout de même la question, quant au système éducatif mis en place par la République des instituteurs, de savoir dans quelle mesure le but n'était pas non plus de conserver l'ordre social établi, cher aux Républicains modérés, et finalement, à toutes les familles politiques qui dominèrent la IIIe République...

Je me permets de renvoyer là dessus au livre que j'ai écrit avec Christian Nique, où j'ai longuement traité de cette question : "La République n'éduquera plus; la fin du mythe Ferry" ( Plon,1993 ).

Bonjour Claude Lelievre, "Pédagogie" et "Républicanisme" et pourquoi pas "Erotisme" et "Démocratie", j'en passe et des meilleurs ! Il faut transmettre les valeurs de la République à nos enfants et donc faire preuve de pédagogie. Saviez-vous que l'état d'intrication quantique fut révélé par Erwin Schrödinger un matin dans les bras de sa maitresse ? Faut-il donc pour être inspiré faire l'école buissonnière et ne pas respecter les règles ? Apprendre comprendre pour enfin être libre de pouvoir donner des leçons de libertinage est au cœur du dispositif mis en œuvre dans notre société. La question fondamentale est donc celle-ci : Y a-t-il une atteinte aux droits et aux bonnes mœurs dans une classe quand un "enfant" de 14 ans couche avec un autre de 12 ans et demi ? Je le dis sans faire de masturbation intellectuelle : La République est en danger. Vive l'Ecole Libre !  

Avec tout le respect que je vous dois monsieur Lelièvre, je plaisante !

Merci pour cet article. Effectivement on n'a peut-être jamais été aussi loin de l'intention de Jules Ferry...C'est fort regrettable. Une certaine candidate aux élections présidentielles parlait de l'encadrement "militaire" des jeunes réfractaires à tout apprentissage: c'est un symptôme de la déliquescence de l'enseignement.

Une remarque et une question:

Pour penser avec les autres il faut être capable de penser seul : beaucoup d'enseignants se sont essayé au travail de groupe d'emblée, sans préalable, et voyant que ça ne marche pas reviennent au cours dialogué. Constat d'échec terrible: à quoi bon? L'élève doit d'abord travailler seul puis confronter après avec les autres pour tenir sa place, sinon il y a obligatoirement inégalité.

Pourquoi cette expression pour le moins curieuse d"Ecole Normale"?

Cordialement.

 

Ecole ''normale'', c'est-à-dire institution modèle, servant de règle ( ''norme'' ), d'étalon.

Puis-je vous suggérer de vous tourner vers le Groupe Français d'Education Nouvelle qui a élaboré moult outils qui permettent de dépasser ce pb et les a mis à l'épreuve dans les classes . L'intérêt d'un tel mouvement , dont je rappelle qu'il fût fondé par Langevin et Wallon, entre autres, est qu'il est formé d'enseignants qui se mettent en recherche ensemble et que vous y trouverez très vite votre place si vous le souhaitez . GFEN avenue Spinoza Ivry .

Je partage la conclusion, et ai lu avec intérêt et je crois qu'il y a bien des républicains parmi les pédagogues aujourd'hui, c'est juste que la résistance doit nécessairement s'organiser ! Personne n'aurait pu prévoir ce glissement certain auquel nous assistons a l'époque où moi, j'étais sur les banc de l'école, j'en connais même certains qui en auraient bien ri !

Sans doute faut-il voir dans la remise en cause du pédagogue républicain plusieurs choses :

- l'enseignement obligatoire (les défenseurs du privé parlent d'une école "libre" et du choix des familles pour l'enseignement de leurs enfants)

- laïque (à la neutralité religieuse on oppose l'affirmation d'une religion de son choix à travers les écoles communautaristes)

- et gratuit (vu la dégradation des conditions matérielles de l'école publique et l'augmentation de l'échec scolaire, pas d'état d'âme à payer le prix fort si cela peut correspondre à de meilleurs conditions de travail et de réussite)

 

Cher Claude Lelièvre, je me demande par quel travail acharné nos politiques parviennent à brouiller les évidences énoncés ici par Jules Ferry et Ferdinand Buisson, évidences reprises et précisées par l'ensemble des mouvements pédagogiques et par tout individu qui a un tant soit peu réfléchi sur comment il s'est débrouillé pour savoir ce qu'il sait... Disons qu'ils ne sont pas davantage partageurs de savoirs que de richesse... j'ai plein d'images de gens, pédagogues ou pas, qui ont essayé de m'empêcher de savoir... ce n'est pas la méthode qui se perd, c'est peut-être l'ambition de former des républicains.

Je crois que vous mettez là, cher Serge Koulberg, le doigt sur une question décisive ( mais complexe et difficile ) comme le remarquait plus haut Patrick Rodel

"empêcher de savoir" = voilà bien une aberration pédagogique à laquelle nous avons tous été confrontés un jour ou l'autre. Ceux qui ont le savoir, et donc le pouvoir, ont-ils vraiment intérêt à le partager ? C'est tout le débat d'ailleurs ancestral entre hyéroglyphes et démotique.

 

Je me souviens de l'euphorie des édiles à la chute de l'empire soviétique : notre système, survivant à son froid ennemi, dénonçait par son efficacité et son apparent respect des libertés fondamentales, non seulement les horreurs d'un système totalitaire, mais aussi les idéaux mêmes qui ont porté des millions de militants, pas seulement ses aparatchiks, à le soutenir contre toute réalité.

Mais ce que je ressentais à l'époque, c'est que cette apparente victoire, en libérant de la compétition idéologique, révèlerait bientôt au grand jour les fausses valeurs, les impudeurs, les obscurantismes, les népotismes à l'oeuvre dans une société ivre de son pouvoir sur la nature et sur le monde. Débarassées des repoussoirs bruns et rouges, qui les obligeaient à une certaine réserve, les logiques anti-démocratiques à l'oeuvre par la domination des entreprises multi nationales sur les sociétés, par le système de la représentation politique, outrancièrement pofessionnalisée, et par leur collusion permanente, pourraient s'exprimer ouvertement, avec arrogance, avec bétise, avec perversité.

En 2001, avec l'agression subie par les Américains, les partisans anti-démocratiques ont retrouvé avec un ennemi reconstitué, une légitimité dont ils on amplement fait l'usage : logique de la peur, de la dénonciation, du rejet de l'autre, de la domination unilatérale et violente sur le monde.

En 2009, avec la crise financière instrumentée par quelques uns, ce sont des dizaines de millions de personnes à travers le monde qui plongent dans l'angoisse et la misère pour des mois et des années, alors que la représentation politique argutie sur l'éventualité de l'encadrement des sur-rénumérations pour quelques dizaines de personnes de toute façon gorgées...

Comme enseignant, je ressens l'écart de plus en plus profond entre les valeurs sociétales réellement à l'oeuvre (compétition et individualisme instrumentalisés par les gestionnaires de l'entreprise moderne, aliénation des classes populaires par le spectacle télévisé, convoitise individuelle exacerbée par le spectacle publicitaire, parodie démocratique électorale et sondagière), et l'ambition de formation démocratique des jeunes enfants qui anime avec ambition les programmes de 1989 et de 2002, héritiers des principes de Ferdinand Buisson. J'ose affirmer que je n'aurai pas rejeté par principe, l'obligation de résultats des programmes de 2005, envers chaque enfant, si elle n'avait pas été instrumentalisée par la classe politique pour dénoncer les manquements, plutôt que pour soutenir avec des moyens appropriés, les progrès des enseignants, au service de leurs élèves.

Donc les imposteurs de l'escroquerie anti-démocratique ont beau jeu de continuer à noyer le poisson en attisant les fausses controverses entre pédagogues et républicains. Ils exercent sur ce terrain sensible de l'éducation des jeunes, de la formation des maitres, leur discours pare-feu : égorgez vous de discours de principe, nous nous gavons de réalité, et nous rémunérons grassement nos clients.

Pardonnez l'outrecuidance d'un citoyen ordinaire à tenter d'interpréter l'Histoire pour guider ses propres pas, mais les français sont connus pour un appétit exceptionnel de leur histoire. J'ai été formé comme nous tous par des enseignants inégaux, dont certains valaient à eux seuls d'avoir été à l'école, à une époque saturée par la mémoire des combats pour la Libération, dans une société démocratique imparfaite, mais structurée par les nouvelles institutions démocratiques voulues par le CNR. J'ai été bouleversé en 2003, pendant les grèves, quand j'ai reconnu parmi mes copains, mes collègues, des personnes prêtes à partir en sédition. Elle n'est pas que dans les livres d'histoire, la souffrance morale qui mène à la révolte.

Alors, oui, Claude Lelièvre, merci pour votre article stimulant : pédagogues et républicains, en professionnels et en militants, même combat.

Le site de ma classe

Un site de recherches pédagogiques collaboratives en ligne

C'est bien cela qui est le plus rageant dans ce débat Républicains / Pédagogues : les caricatures de la classe quand l'instit (je parle pour le premier degré) est avant tout pragmatique et voit ce qui marche. La "manipulation" en maths jusqu'en CE2 voire plus tard pour les élèves en diffcultés, ça marche. Mais parfois dans une même séance on mêle position républicaine et pédagogique et s'est même souhaitable. Bref, un débat absurde et lourdement artificiel pour des raisons politiques (entre position conservatrice et libérale selon une grille de lecture plus anglo-saxone)

Quel plaisir de lire Jules ferry sur les méthodes pédagogiques , et ce clin d'oeuil à Philippe Meirieu...Merci , Claude Leliévre , de rappeler si clairement ce que sont les méthodes actives . Je vais maintenant lire les commentaires .

Mon oeil cligne !(vérification au dico un peu tardive...)

Dans La Révolution française n'est pas terminée, Vincent Peillon parle assez longuement de Ferdinand Buisson, républicain pédagogue.

Il travaille sur lui depuis quelques années, et il devrait faire paraître incessamment un livre sur lui. Je me permets, en attendant, de conseiller la lecture d'un petit ouvrage ( mais très bien fait ) écrit par une de mes anciennes doctorantes, Laurence Loeffel: "Ferdinand Buisson; apôtre de l'école laïque" ( Hachette -Education )

Une institution n'est-elle pas la meilleure et la pire des choses ?

la meilleure lorsqu'elle se donne pour tâche de traduire en pratiques des intentions vives et créatrices (comme l'émancipation par l'acquisition du savoir et de la critique)

la pire, lorsqu'elle ne poursuit plus que le seul but de perdurer, se laissant imprégner par l'air du temps ; elle devient alors un rouage social, sans pensée propre.

Je me demande finalement si un gouvernement a eu au cours de ces derniers 30 ans une idée de l'école, une conception suffisamment forte pour générer de l'appétit à penser, créer, inventer et résister à l'air du temps ...?

Je suis tout à fait d'accord avec vous, chère Marielle Billy, que c'est un point central. Mais il faut reconnaître que ce n'est pas facile intellectuellement et politiquement. Et on n'est toujours pas en route ( cf le ''socle commun de connaisances et de compétences'' qui devrait être centré sur une redéfnition de ce que l'on peut et doit attendre, pour tous et pour chacun, de la scolarité obligatoire ) , loin s'en faut...

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