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Une autorité mystérieuse
‘’L’autorité’’ apparaît comme une entité assez mystérieuse qui suscite des réponses contrastées voire contradictoires, et des ‘’lectures’’ pour le moins ‘’étranges’’.
C’est d’abord une ‘’valeur’’ plébiscitée par 83% des parents et 79% des jeunes, selon un sondage récent effectué par le CSA pour le compte du journal " La Croix " auprès d’un échantillon représentatif de parents d’enfants scolarisés, et de jeunes de 15 à 24 ans. L’autorité apparaît donc comme une valeur positive, mais dont on serait en manque. Les deux tiers des adultes, et la moitié des jeunes considèrent, en effet, que les enseignants n’ont pas assez d’autorité sur leurs élèves. Et les deux tiers des jeunes affirment que les parents non plus n’ont pas suffisamment d’autorité, ce qui est également proclamé par 82% des parents eux-mêmes. Mais tout change lorsqu’il s’agit de leurs propres familles. Là, 86% des mêmes parents interrogés soutiennent qu’ils ont suffisamment d’autorité, un sentiment très largement partagé – à 89% - parmi les mêmes jeunes interrogés lorsqu’il s’agit de leurs propres parents. Cherchez l’erreur ! L’enfer, c’est les autres…
Selon l’auteur de l’étude – Julien Goarant , " l’idée que chez les autres, l’autorité n’est pas suffisamment exercée, non chez soi, souligne une tendance à l’externalisation des désordres constatés. En définitive, l’autre représente le facteur d’insécurité, par rapport à son propre exercice de l’autorité ". Par ailleurs, la moitié des jeunes interrogés déclarent que l’autorité des enseignants n’est ni reconnue ni défendue par leurs parents. Julien Goarant peut ainsi souligner que l’" on constate un écart entre un discours de principe chez les familles ( à savoir que ‘’l’autorité est positive’’ ) et un discours en contexte. Et cet écart met en évidence l’absence de collaboration entre les familles et les enseignants sur le thème de l’autorité "
Au regard de ce sondage qui plébiscite l’autorité, certains se sont empressés de conclure à ‘’un juste retour des choses’’ par delà ‘’mai 68’’. Par exemple, dans le journal " Le Monde " du 1° juin dernier, un certain Jean-Luc Aubert a soutenu que " l’on délaisse l’idée, née en mai 1968, d’une éducation égalitaire basée sur le dialogue, car trop difficile à mettre en place. Aujourd’hui, c’est le mot fessée qui fait son grand retour ".
Mais rien ne va à l’évidence dans ce sens, si l’on s’en tient aux réponses apportées par le sondage. Bien au contraire ! Ainsi, à l’une des questions du sondage : " Aujourd’hui, quelles sont les attitudes des parents qui permettent d’exercer une bonne autorité sur les enfants ? ", les parents répondent en premier ( à 43% ) : " en dialoguant, en justifiant les décisions prises " ; juste avant: " en rappelant les grands principes du bien et du mal ", suivi de près par " en montrant soi-même l’exemple par son comportement " ( à 38% ). Des préférences éducatives remarquables qui laissent loin derrière des réponses telles que " en utilisant davantage les punitions ", ou " en demandant d’abord l’obéissance avant toute chose " ( 15 % de sondés ).
La messe est donc dite, bien loin de ce qui est prétendu. Avec au centre et comme fondement, bien sûr, un ‘’mystère’’.


Tous les commentaires
Voilà encore un billet bien intriguant ! Il faut bien sûr une autorité calme et sereine , permanente ... mais parfois on ctraque !
Et alors on a mauvaise conscience...
Une vraie question en effet. Je me suis toujours demandé ce qui faisait que tel professeur "avait de l'autorité" au dire des élèves et tel autre pas. Alchimie complexe qu'il est fort difficile de définir et quasi impossible d'évaluer. Et pourtant que de grilles d'évaluation d'enseignants avec cet item. J'en ai moi-mêmme commis quelques unes et n'en suis pas forcément très fière.
Les ingrédients sont simples et (pas assez) connus: la passion pour ce qu'on enseigne et le respect des personnes.
Je parle là de classes normales où ils n'y apas délèves en échec scolaire depuis des années et qu'on pousse à une réaction normale de rejet en les maintenant dans un lieu où ils n'ont rien à faire et à apprendre.
globalement ce billet me conforte dans ce que j'ai déjà à maintes reprises dit et redit :
Une des raisons du manque d'autorité des enseignants sur les élèves, c'est que le recrutement ne répond pas à l'attente d'avoir un corps d'enseignants APTE à gérer un groupe d'élèves.
J'ai déjà donné mon point de vue qui a commencé en 68
On a institué le dialogue avec les élèves et supprimé l'autorité parentale : le maitre laxiste ayant remplacé les parents rigoureux...Les enfants soutenant aux parents, le maitre avait toujours raison "le maitre a dit" ?
A force de dialogue et de copinages avec leurs élèves, les enseignants sont devenus contestés, démunis et, dans l'impossibilité de tenir leur role ! Ils ont alors reporté la responsabilité sur les parents. TROP FACILE TOUT DE MEME ?
Toujours est il qu'aujourd'hui l'autorité à l'école est absente faute d'aptitudes au management de bon nombre de maitres.
Qui est alors responsable ???
Désolé, mais je ne regrette pas le type d'autorité que vous mentionnez, que j'assimilerais plus à de l'autoritarisme. Il y avait déjà cette inaptitude au management, mais elle se retranchait derrière des galons: "insolence" si on contestait une décision, messages négatifs répétés (imbécile, paresseux etc) humiliation devant toute la classe, cours dictés pour tenir la classe, qui ont fait que mon goût pour l'histoire, la philo (le mépris du prof pour les matheux!), la littérature, je n'ai pu les satisfaire que longtemps après ma scolarité.
Mais le pire: les profs dégoutés de leur métier qui ne savaient pas que la façon dont on transmet le savoir est tout aussi (sinon) plus importante que le savoir lui-même.
Merci quand même aux profs qui m'ont transmis le goût d'apprendre.
globalement ce billet me conforte dans ce que j'ai déjà à maintes reprises dit et redit :
Une des raisons du manque d'autorité des enseignants sur les élèves, c'est que le recrutement ne répond pas à l'attente d'avoir un corps d'enseignants APTE à gérer un groupe d'élèves.
J'ai déjà donné mon point de vue qui a commencé en 68
On a institué le dialogue avec les élèves et supprimé l'autorité parentale : le maitre laxiste ayant remplacé les parents rigoureux...Les enfants soutenant aux parents, le maitre avait toujours raison "le maitre a dit" ?
A force de dialogue et de copinages avec leurs élèves, les enseignants sont devenus contestés, démunis et, dans l'impossibilité de tenir leur role ! Ils ont alors reporté la responsabilité sur les parents. TROP FACILE TOUT DE MEME ?
Toujours est il qu'aujourd'hui l'autorité à l'école est absente faute d'aptitudes au management de bon nombre de maitres.
Qui est alors responsable ???
Bonjour !
Je pense que vous auriez gagné à tenter de donner une définition du terme utilisé avant d'en parler.
Le sens du mot est difficile à "attraper", comme on peut le vérifier ici par exemple http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3476041935;
L'avantage est qu'il aurait éclairé quelque peu le sens de votre propos qui reste mystérieux pour moi.
réfléchissez M. Freddy et avec bon sens, considérez que l'expérience de la vie des uns vaut bien l'inexpérience d'autres qui prétendent posséder seuls le savoir !!!
Quant à CHRIS 43, même remarque, le gout d'apprendre OK mais souvent pour quoi faire, les formations n'étant pas adapté aux besoins économiques ? Elle se fait à l'envers des besoins !
à qui la responsabilité ?
Bonsoir !
encore un lien pour donner à réfléchir sur un concept un peu flou :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9
Personnellement, je ne manque pas d'autorité, ni dans l'exercice de ma profession, ni dans celui de mes droits et devoirs de citoyen.
Je pense toutefois être servi par "une tête" qui inspire souvent le respect, sans avoir à parler.
M'expliqueriez vous pourquoi, cher cogilp,qui me demande de réfléchir avec bon sens (par ce qu'il existe un mauvais sens de réflexion ?) ?
freddy,
L'autorité n'est-elle pas accordée, en premier, à la sincérité? Celui qui est sincère, cela se sent et, assez naturellement, il est assez facile de lui reconnaitre une autorité. Pas celle dont on veut se convaincre qu'on l'a, mais celle que l'on pense avoir en quantité suffisante pour "transe mettre" aux autres. Si les petits enfants reconnaissent si aisément une autorité à un adulte, c'est qu'il la "sentent", c'est qu'ils "sentent" le respect qu'on a pour eux et la "sincérité" dont on est emprunt. Non?
J'ai un début de commencement de définition.
L'autorité est le pouvoir que les autres vous accordent d'avoir sur eux.
Cet accord peut être donné de gré : on parlera d'une autorité naturelle.
IL peut être concédé de fait : reconnaissance d'une habilité, d'une capacité supérieure à un groupe ou une seul personne pour mener à bien une mission confiée à un groupe.
Cet accord peut être accordé de droit : on parlera d'un autorité législative ou règlementaire, en tout cas d'une autorité accordée dans le cadre d'une organisation sociétale harmonieuse.
Cet accord peut vous être imposé : on parlera d'autoritarisme. Celle là génère de tôt ou tard de la violence.
Seule la première autorité renvoie à des notions comme confiance, amour, respect des uns et des autres ...
freddy,
" L'autorité est le pouvoir que les autres vous accordent d'avoir sur eux. "
Exactement. Cela sous-entend donc confiance, sincérité, respect réciproque, comme vous l'écrivez à juste titre! Certains essayent d'y parvenir par la manipulation, d'autant plus aisée à en user s'il s'agit d'enfants!
Comme enfant, comme élève, comme père, comme pédiatre, comme passionné de psychologie et de psychanalyse, comme grand-père, je me suis questionné toute ma vie durant sur cette notion d'autorité!
Je dirai:
-l'autorité en tant que telle est essentielle à toute vie en société,
-l'autorité, chez ceux qui devraient en être détenteurs (parents, enseignants, éducateurs, responsables,...) ne se décrète pas, on l'a ou on ne l'a pas, cela ne s'enseigne pas, cela ne s'apprend pas,
-l'autorité ne peut s'installer que si le respect de l'autre est présent,
-l'autorité peut se déléguer,
-tous ceux qui devraient en être détenteurs devraient s'interroger: "l'ai-je ou ne l'ai-je pas?". Et si je ne l'ai pas, à qui puis-je la déléguer?
Pas simple tout cela! Passionnant!
à PHILIPS,
j'adore votre réponse que je partage totalement en espérant que certains dont la qualité première devrait être l'AUTORITE s'en impreigne et notamment les RECRUTEURS......
cogilp,
Oui, certains de ces Directeurs des Ressources Humaines (on dit DRH, ça fait mieux!), si fiers de se retrouver "responsables". Surtout souvent si fiers d'avoir le pouvoir, qu'ils croient avoir, et, du coup, l'autorité qui va avec! Comme si cela allait de soi!
En considérant une base de départ qui nous est commune (même si chacun d'entre nous aura envie de l'amender / la nuancer) à savoir la définition du Petit Larrousse, on obtient :
Autorité : Pouvoir de décider, de commander, d'imposer ses volontés à autrui. Le Larousse en ligne fournit entre autres "Pouvoir", "Puissance" ou "Souveraineté" en synonymes et "Sujétion, Soumission" ou "Dépendance" en guise d'antonymes.
La polysémie nous guette. Entre le pouvoir de décider, parfaitement indispensable dès l'instant ou l'on exerce une responsabilité quelconque, et la capacité d'imposer sa volonté à autrui dont les relents nauséabonds nous viennent très rapidement aux narines, il y a de la marge de discussion.
Et dans l'expression "faire autorité", il est sous-entendu que l'avis / le commentaire est émis par une personne suffisamment reconnue par ses pairs pour que celui-ci (l'avis) soit réputé vrai et plonge tout détracteur dans la honte et le discrédit.
Exemple : Jusqu'en 2008, Alan GREENSPAN a fait autorité en matière de Finance et d'Economie et Freddy Mae a fait autorité en matière de financements immobiliers aux Etats-Unis.
Donc, quelle que soit l'approche choisie, derrière notre perception de ce qu'est l'autorité il y a notre rapport à l'exercice du pouvoir. Les uns le préfèrent "sévère mais juste", les autres ne reconnaissent que la compétence, les troisièmes le fuient, d'autres encore regrettent que le Diable soit si difficile à joindre tant ils lui vendraient leur âme pour l'incarner. Il y en a enfin qui passent leur vie à être contre "tout ce qui est pour" et pour "tout ce qui est contre".
Derrière notre perception de l'autorité, je présumerais volontiers qu'il y a notre capacité "à nous en remettre" au détenteur de cette autorité. Un simple mécanisme de projection, donc.
Mais le vrai risque, lorsque quelque personne ou groupe de personnes détiennent de facto une autorité (et donc un Pouvoir), c'est lorsque il est considéré que quelque chose est vrai au simple motif qu'on le pense. Parce que l'on va de l'autorité à l'autoritarisme en passant par l'arbitraire. Et il faut s'appeler Albert CAMUS pour faire de Caligula une sorte de héros tragique.
Pour le reste, "être humain c'est aimer les hommes, être sage c'est les connaître" (Confucius).
Parcequ'elle s'oppose à la liberté, l'autorité rassure; l'éducation n'est autre que l'apprentissage de la liberté et l'autorité ne devrait être là que pour soutenir cet apprentissage;
Pour beaucoup d'individus, cet apparentissage a été insuffisant, voire complètement raté, ils ont besoin d'autorité toute leur vie . Ce besoin fait le bonheur de tous les exploiteurs qui usent et abusent de dette facilité.
Dans l'éducation, l'autorité revient à se placer à un niveau différent pour soutenir l'apprentissage. Durant la petite enfance, cette position (qui n'est pas une position d'égalité) n'est pas négociable, même si elle doit être expliquée et justifiée. Vouloir éduquer un jeune enfant sans exercer d'autorité est une sorte de mythe. Si le parent ne se sent pas avoir cette autorité, il vaut mieux qu'il renvoie l'enfant vers d'autres.
Ceux qui n'ont pas accepté d'autorité étant enfant ou qui ne l'ont pas rencontrée, ne pourront plus, je crois, l'accepter plus tard. Et je ne pense pas "qu'ils en auront besoin" car il est trop tard: ils ne l'accepteront pas. C'est un peu comme l'âge de certains apprentissages: passé un certain âge, c'est, hélas, foutu.
C'est la raison pour laquelle, ceux qui ont mission d'apprendre aux jeunes enfants, devraient bénéficier du meilleur bagage possible et être rémunéré au plus haut niveau de l'échelle des enseignants.
Je ne suis pas sûr d'avoir compris ce que vous voulez dire. En particulier, je ne comprend pas la notion de "jeune enfant". Donc juste une question : à partir de quel âge (au jour près, bien entendu) n'est-on plus un "jeune enfant" ?
Et à supposer que ma présomption soit exacte quant au sens que vous mettez à cette expression, je lui préfère l'appellation de "petit d'Homme", qui évacue une subordination par l'âge et institue une ritualisation du "grandissement".
Accessoirement, l'idée qu'un enfant n'accepte pas l'autorité est une formulation que je qualifierais d'extra-punitive. Par contre, celle qui voudrait qu'un enfant puisse ne pas rencontrer l'autorité me plaît bien, même si je crois qu'il la rencontre nécessairement, mais n'investit pas toujours "l'objet socialement acceptable", au sens ou il peut développer une représentation de l'autorité qui le met en porte-à-faux par rapport à la hiérarchisation en vigueur (d'où la logique de clan ou de bande).
Quant à l'argumentaire sur le "bagage" et la rémunération, je ne vois pas le rapport avec le débat sur l'autorité. En aucun cas une formation ou une qualification ne reflète une posture (et avoir de l'autorité sur quelqu'un est d'abord une posture), quant à la rémunération, elle est issue d'une logique économique et comptable qui n'a pas sa place dans un débat sur l'avenir de nos enfants. Quand un enseignant milite pour une revalorisation salariale, c'est d'abord parce que ses conditions de travail (et en particulier la "reconnaissance" qui lui est témoignée) sont inacceptables.
samines,
Vous avez raison concernant la rémunération des enseignants de "jeunes enfants", cela n'a rien à voir avec l'autorité, je voulais seulement insister sur l'importance de leur rôle.
Maintenant concernant la nécessité de se placer dans une position d'autorité (concernant l'éducation) face à un "jeune enfant", je dirais qu'il s'agit d'un âge en dessous duquel l'enfant pourrait "se débrouiller seul dans la vie", pourrait être autonome, pourrait survivre. C'est à dire autour de 6 ans (variable selon chaque enfant). Si un enfant est capable d'être autonome (ce qu'on voit dans certaines mégapoles), dans un rôle d'éducation, l'autorité ne me semble plus être un "outil" indispensable! L'église catholique parlait, elle, de l'âge "de raison"!
C'est dire si, contrairement à vous, je crois à une subordination par l'âge. Ce qui ne signifie pas absence de dialogue et respect au plus haut point!
Merci de votre patience!
C'est très aimable de me remercier pour ma "patience", mais la discussion me semble témoigner pêle-mêle de suffisamment de correction et d'idées contradictoires pour que celle-ci (la discussion) soit un plaisir et pas un effort
Je vais donc vous remercier pour votre réponse.
Que mon propos soit bien clair : la nécessité, par exemple dans un cadre éducatif, de l'exercice de la notion d'autorité est bien entendu incontournable, au moins durant un temps que l'on appellera "temps des apprentissages". Dans la mesure ou ces apprentissages devraient avoir pour objectif l'autonomie sociale, on peut bien discuter pendant des heures de "l'âge de raison" sans trouver de réels justificatifs à tel ou tel choix. C'est en ce sens que je parlais de grandissement par les rites. Les Rites sont autant d'étapes au déroulement nécessairement formaté et qui permettent la reconnaissance par tous du passage d'un statut à un autre. L'exemple le plus représentatif me semble être le Mariage. Il y a bien un âge minimum pour se marier (du fait du législateur français), mais pas d'âge "auquel il est décidé que cela doit être fait". Tout est ensuite affaire d'histoire personnelle et d'environnement (ouf !). Pour autant, ce modèle n'est pas universel et nombre de sociétés décident de l'âge auquel une femme (toujours) doit être mariée. En l'occurence, et pour rester sur le mariage, il y a transfert d'autorité (historiquement et symboliquement), pas suppression. La disparition de l'autorité est le fait d'une émancipation qui ne peut se faire qu'à l'initiative du...sujet (qui alors passe de l'assujettissement à l'autonomie, en ne mettant aucun sens péjoratif à "assujettissement"). Bon, mais là le nombre de portes ouvertes sur d'autres idées associées devient épouvantable ^^
Pour en revenir à la relation autonomie / autorité, s'il fallait identifier un ou des critères d'autonomie sociale, on pourrait considérer (mais c'est très discutable) que celle-ci s'acquiert lors de l'aménagement dans son premier "chez soi" (rite = crémaillère), ou à l'achat de sa première voiture, ou à la signature de son premier contrat de travail...vous noterez qu'il y a très peu de rites sociaux sur ces thèmes (il est vrai qu'il y a deux mille ans, le parc automobile n'était pas ce qu'il est aujourd'hui). Dans tous les cas de figure, l'autonomie s'obtient en outrepassant la spère d'intervention de l'Autorité. En ce sens, et sous quelque mode que ce soit, l'exercice de l'autorité est une condition primordiale de structuration de la personnalité. Et sa contestation signe le début d'une autonomisation sociale désirée. Des représentations individuelles liées à cette autonomie et de l'acceptation par l'environnement dépendra la réussite de la démarche.
Pour terminer, je comprend maintenant comment vous aboutissez à une subordination par l'âge. Difficile d'y être opposé sauf à faire preuve de mauvaise foi. Mais dans mon esprit, ce cadre est doublement indispensable : en tant que tel parce qu'il favorise les apprentissages, et en tant qu'objet à détruire dès l'instant ou je veux exister par moi-même.
Débat contesté de SAMINES.
L'autorité naturelle dans l'enseignement est indispensable, l'autorité naturelle ai je dit et non l'autoritarisme, ce que les déficients d'autorité pratique pour "essayer de ne pas perdre la farce"
Sance "autorité naturelle" un enseignant ne sera pas un bon enseignant, c'est ce qui me fait dire que le recrutement est essentiel de ce point de vue.
L'autorité naturelle est aussi celle qui fait mériter ou pas un role de management-commandement.
Euh...à quel moment ai-je dit le contraire ?
alors si nous sommes d'accord, tant mieux !
Merci pour ces échanges, qui m'inspirent tout naturellement une réflexion personnelle:
Et si cette autorité dont les élèves auraient besoin, dont les enfants auraient grand besoin pour leurs parents, tenait avant tout à l'autorité qu'on a "sur soi-même"?
Il me semble qu'un prof aimé, écouté et respecté, c'est bien entendu un prof qui aime, qui écoute et qui respecte, mais c'est surtout et bien avant cela, un prof qui S'aime, qui maîtrise son sujet et qui SE respecte?
Cette confiance en soi, cette tranquille assurance, cette sensation de pilier fiable, pas infaillible ce n'est pas la peine, mais fiable, c'est bien aussi ce dont l'enfant a besoin de la part de ses parents, non?
La discussion portait (par égard à une dimension mystérieuse de l'autorité qui faisait le titre de ce billet) sur le bien-fondé et les limites d'une Autorité dont l'appellation même provoque parfois des réactions épidermiques. Pour ce qui est de savoir ce qui fonde la capacité d'une personne en général et d'un enfant en particulier à respecter l'autorité et les caractéristiques de cette autorité que l'on respecte ou pas, c'est au moins une thèse de psycho-sociologie qu'il faudrait pour explorer les différents paramètres. Je sors mon joker
Cela dit, idéologiquement je vous suivrais volontiers. Par contre, sur le plan pratique et en termes de critères de recrutement, ce n'est pas gagné. Et ce n'est pas forcément exact. Ceux et celles qui interviennent devant des classes ou le taux de désintérêt parental pour l'école frise le 100% vous diraient aisément que les bonnes intentions ne suffisent pas, et que même si vous commencez l'année avec des dispositions psychologiques optimales, vous êtes vite cerné(e) puis agressé(e) par des difficultés parfaitement insurmontables. Bien dans sa tête ou pas.
Il me semble que la question de l'autorité de l'enseignant/instituteur ne peut pas être traitée sans s'interroger sur la politique éducative menée par les gouvernants (objectifs et moyens).
De mon point de vue, et dans le meilleur des cas, c'est illisible.
à samines
D'accord et pas d'accord
lorsque vous dites qu'il y a lieu de s'interroger sur la politique menée par nos gouvernants, je dirai plutot sur la politique de l'éducation nationalepetit état dans l'état
En désaccord total lorsque vous prétendez que 100 % des parents sont désintéressés par l'école. J'ai fait part de ma réflexion et la maintient entièrement.
Concernant le soi-disant désintérêt des parents pour l'école, je dirai que je pense que les parents d'aujourd'hui sont, pour beaucoup, des enfants de "68"!
Beaucoup ont grandi dans un climat familial où le père n'était plus "familias" mais bien plutôt "copain"! Cela a été désastreux pour eux qui sont aujourd'hui devenus parents à leur tour!
Beaucoup ne savent même plus vraiment ce que les mots "éducation" et/ou "autorité" veulent dire! Ils se "déchargent" donc sur l'école, pas par désintérêt, mais plutôt par sentiment "d'incompétence" dans ces domaines!
Il y a du pain sur la planche pour que les nouveaux parents redeviennent vraiment parents!!
Une contribution indispensable.
Et si vous avez le temps, dans la chaleur de l'été, n'hésitez pas à lire "Prendre soin de la jeunesse et des générations" du même B. Stiegler (Flammarion 2008).
Ce matin encore sur France inter éloge de l'apprentissage à coups de pieds dans le cul qui adolescent vous remet dans le droit chemin et qui une fois adulte vous permet avec ces mêmes méthodes d'exploiter les plus faibles avec une parfaite bonne conscience.
Sur ce thème, je ne sais pas si je peux vous recommander "Aimer mal, châtier bien" (A Cautain, Stanislaw Tomkiewicz, Pascal Vivet).
Si jamais vous envisagez de l'acheter, et si vous aimez les enfants autrement que meurtris dans leur chair et dans leur âme, pensez à faire un stock d'anti-dépresseurs et de calmants (forts). Ne rêvez pas, vos dix litres de camomille concentrée ne suffiront pas.
Personnellement, j'ai eu quelques difficultés à me remettre de cette lecture.
Nota : Ce livre ne fait que témoigner.
samines,
Tomkiewicz, qui savait ce qu'autoritarisme voulait dire, et y compris dans les institutions destinés à "éduquer" les enfants, lui qui avait vécu l'enfer des camps, comme Bettelheim.
PS Et je rappelle que, pour moi, au delà de 6 ans environ, l'autorité n'a plus vraiment de raison d'être, le respect suffit. Encore faut-il qu'il soit présent!
Bruno Bettelheim et son "Pour être des parents acceptables", une référence (pour moi). Sans parler de son travail avec les autistes et de sa réflexion sur la Shoah.
Quant aux six ans comme seuil, je vois bien le lien que vous faites avec le développement psycho-moteur. Je ne saurai être aussi catégorique de façon argumentée. Mais je vous rejoins bien dans l'esprit.
votre réflexion est étrange.....
Dénoncer toujours dénoncer ces violences faites aux enfants surtout lorsqu'elles se parent de bonne conscience.
Ce livre au titre magnifique me fait peur...
Excellent billet, comme d'hab, Claude Lelièvre, qui n'apporte pas les réponses mais les questions.
On confond trop souvent autorité et autoritarisme. La fessée n'est pas une marque d'autorité mais d'autoritarisme. L'autorité est l'art de se faire obéir sans user de violence. L'autorité, qui doit être acceptée, est donc liée au pouvoir délégué, soit par élection (le groupe décide qui est le plus apte à exercer le pouvoir), soit par la fonction : le professeur enseigne, le magistrat juge, le policier règle la circulation, etc...
L'autorité est acceptée quand elle est juste, efficace et cohérente (les décisions d'autorité doivent être adaptées au but recherché). Dès lors que ces conditions ne sont pas réunies, l'autorité peut être contestée. On parle de conflit d'autorité qui peut déboucher sur la violence organisée.
Il y a aussi, malgré tout, des circonstances dans lesquelles, en raison du bas âge de l'enfant, l'autorité, tout en étant expliquée mais pas nécessairement comprise, est, de fait, imposée! Dans ces circonstances, les parents doivent savoir que ce sera une certaine violence, inévitable. Penser que l'on peut toujours exercer une autorité sans aucune violence est, pour moi, un mythe. Un mythe auquel, je pense, trop de parents d'aujourd'hui croient...et qui expliquent que beaucoup "abandonnent". Ce sont eux que j'appelle "les parents de 68"!
Tout comme avec les chevaux, surtout ceux qui travaillent au Cirque, en Concours ou dans l'Armée:
Il faut parfois savoir être "un dictateur bienveillant"...
Monde paradoxal et passionnant de la psychologie!
Exactement!
Sujet intéressant mais complexe, ceci expliquant cela...
Les questions que je me pose :
suis-je autoritaire par nature ou exclusivement sur certains sujets car je les maitrise et suis capable de les enseigner ?
autorité naturelle ou autorité de compétence ?
suis-je capable moi-même d'accepter l'autorité d'autrui car il est compétent sur un sujet que je ne maitrise pas ?
mais est-ce que je considère que cette autorité sur moi me pèse parce que j'estime que cette autorité s'exerce de façon cassante et exagérée par le détenteur du savoir ?
etc, etc...
Je vais vous livrer mon humble expérience...
Je dispose d'un physique peu engageant et comme le dit Freddy, ça aide quand même...
J'ai à exercer mon autorité dans le domaine professionnel (manager de centres de profits) et dans le domaine associatif (éducateur/entraineur de rugby)...
Dans les 2 cas la compétence compte énormément, vaut mieux éviter de raconter des conneries parce que ça les relève vite chez vos collègues de travail ou dans le public que vous avez à former aux joies du sport...
Et si vous en racontez une et qu'on la relève, il faut savoir le reconnaitre rapidement...
Rapidement résumé on peut distinguer 3 sortes de "management" (je n'aime pas trop ce mot) :
1. Impératif ou de type militaire si vous préférez.
2. Associatif.
3. Coopératif.
Aucune forme de management n'est meilleure qu'une autre mais doit s'appliquer en fonction des circonstances...
1. Impératif : sur les fondamentaux d'un métier ou d'un sport.
Sur un chantier, les normes de sécurité par exemple ne se discutent pas, on doit porter le casque, on le porte.
On peut expliquer que chacun est responsable de sa sécurité et de celle de ses collègues mais ça s'arrête là.
Sur le terrain de rugby, les gestes élémentaires (les fondamentaux du jeu) sont à respecter de la même façon afin de progresser ensuite sur la maîtrise des aspects tactiques et stratégiques qui eux vont nécessiter une autre forme d'apprentissage et de management.
2. Associatif :
dans le domaine professionnel, sur un projet par exemple, ou sur une manière d'appréhender tel ou tel problème à résoudre, j'associe les collaborateurs à la décision finale...
Je leur demande leur avis et j'en tiens compte ou pas dans le modus-opérandi choisi.
Dans le domaine sportif, je mets les joueurs en situation (situation dont je connais déjà la solution) mais je les associe par le retour après exercice à la découverte de la solution.
3. Coopératif :
Qui ressemble à associatif mais à une nuance près, c'est que sur tel projet, je n'ai pas la solution et que j'ai besoin des connaissances et des compétences de chacun pour le faire aboutir et que la solution adoptée tiendra vraiment compte de toutes les problématiques et les solutions apportées par l'ensemble de l'équipe...
En matière de sport, idem, une équipe adverse nous a proposé un problème insoluble sur tel ou tel aspect du jeu un jour de match, je n'ai pas la solution à priori et j'aurais besoin du retour d'expérience des joueurs pour trouver la solution à ce problème...
C'est évidemment le plus gratifiant des modes de management mais on ne peut l'appliquer sur toutes les problématiques.
Pour en revenir à l'enseignement à nos chères têtes blondes, il faut quand même reconnaitre que l'on est sur de l'apprentissage de basiques purs et durs, surtout dans les matières scientifiques, je pense donc qu'on doit faire fortement appel au 1er mode de management, surtout lors de l'apprentissage des fondamentaux...
Mais mode impératif ne veut pas dire autoritarisme mais autorité bien comprise et assumée...
Vous me direz que tout ceci nous donne des modèles mais ne nous dit pas ce qu'est l'autorité et comment elle doit être exercée et comprise...
Alors, l'autorité est-elle innée ou doit-elle s'apprendre ?
Sans doute un peu des deux mais ça ne nous avance pas beaucoup...
Vaste sujet...
Cher concombre,
je remarquerais 4 types de relations hiérarchiques:
Délégatif: envers celui qui sait et veut
Explicatif: envers celui qui veut mais ne sait pas
Négociatif: envers celui qui sait mais ne veut pas
Directif: envers qui ne sait ni ne veut
Mais la notion d'autorité, est d'un tout autre ordre. C'est le pouvoir accordé par la reconnaissance. On reconnaît l'autorité. (souvenons- nous des relations d'Arthur et Lancelot)
Et cette reconnaissance est le fruit d'un processus complexe. Il serait totalement illusoire de croire que l'autorité découle surtout de la capacité personnelle. Il faut une instance extérieure qui légitime cette autorité.
L'autorité d'un père par exemple dépend de la légitimation par la mère et par la société. C'est pourquoi, dans les milieux en grave difficulté sociale, une misère symbolique peut s'installer, qui affaiblit fortement l'autorité.
A l'école, ça donne le fameux: "t'es qui toi pour me dire ça". La seule réponse: je suis ton professeur.
Dans les milieux bourgeois, la dévalorisation du prof, vient de la conscience que l'on peut avoir de sa mauvaise situation sociale. "Dans cinq ans, je gagne trois fois comme lui".
L'autorité repose sur le symbolique. D'où l'extrème importance du langage dans ces questions.
Enfin, bien sûr, la différence entre deux personnes, apparemment investies pareil symboliquement. 2 profs, par exemple. Y compris dans ce cas, c'est dans la capacité à porter une autorité qui te dépasse, qui ne repose pas uniquement sur toi, que ça va prendre. Le barbarisme que j'ai utilisé en début de ce paragraphe, par exemple, peut diminuer mon autorité auprès de certains.
Ceux qui assument cette responsabilité avec moins de conflit, dégageront une autorité pour peu qu'ils saisissent le système de référence de leurs interlocuteurs, et sachent en jouer. On n'est pas obligé d'être meilleur en tout. Ce réfugier dans l'"autorité naturelle" est un gros risque, mieux vaut limiter son domaine d'autorité à celui qu'on assume, réellement.
L'autoritarisme, par définition, est pour ceux qui manquent d'autorité.
Le capitalisme, pour ceux qui manquent de capitaux
le communisme pour ceux qui manque de communauté
le cyclisme, pour ceux qui manquent de roues.
Le saturnisme, pour ceux qui manquent d'aplomb.
Bernard,
Passionnant! Et dire que vous aviez le projet de partir! N'en faîtes rien, SVP!
Salut cher Bernard...
Qu'est ce que je lis, tu envisages de nous quitter ?
Madre de dios !!!
Ta classification des relations hiérarchiques me va parfaitement...
Je savais que j'étais un peu hors sujet en évoquant les aspects professionnels et sportifs, du moins pas hors sujet mais que je limitais le champ d'application...
Tu as raison de dire que ce limiter à l'autorité naturelle est risqué et c'est pour ça que je parlais d'autorité de compétence...
C'est un mix en fait...
Et pour qu'une autorité puisse valablement s'exercer mieux vaut en effet qu'elle soit reconnue, le problème c'est le cadre de référence.
Comme tu le dis dans ton exemple au lieu de se dire "dans cinq ans je gagne 3 fois comme lui", il vaudrait mieux se dire "ce qu'il est en train de m'apprendre va m'aider à gagner 3 fois comme lui dans 5 ans donc je la ferme et j'écoute"...
Mais c'est très compliqué tout ça...
Et ne fais pas le zouave, reste avec nous (même si tu feras de toutes façons comme tu veux)...
A bientôt l'ami...
Monsieur Lelièvre,
J'aime beaucoup vos billets que je lis toujours avec le plus grand intérêt.
Je constate que les fondements de l'autorité sont assez complexes, et reposent sur pas mal de facteurs.
Je ne vais pas répéter mon commentaire ci-dessus, mais j'aurais une grande curiosité pour des textes traitant de cette dimension symbolique de l'autorité. L'autorité comme fruit de la reconnaissance, souvent légitimée par une instance extérieure. (l'autorité de Président, conférée par la république; l'autorité du père, conférée par la mère, etc.).
Bref on est tous très contents de nous, les parents de leur autorité sur leurs enfants, les enfants de celle de leurs parents... mais pas de celle de leurs enseignants. Mais les enseignants ne sont pas contents de celle des parents. Et les parents ne sont pas contents de celle des autres parents, surtout s'ils sont enfants ou petits-enfants d'immigrés...
Tout le monde l'a bien compris : les autres (parents ou enseignants) sont trop autoritaires ou n'ont pas assez d'autorité !
Chacun pour soi ça va aider un peu plus un bon discours sécuritaire approuvé par la plupart des bons français parait-il !
Les bons Français qui ne sont pas du tout hostiles à la disparition quasi-totale de la formation de leurs enseignants (pardon de ceux de leurs enfants).
Les mystères de l'autorité ça va donner des lendemains qui chantent... la Marseillaise par exemple ?