Fri.
25
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Un rapport de l’inspection générale datant de l’automne 2007 a établi que l’assouplissement de la carte scolaire a eu pour effet que la mixité scolaire s’est encore réduite. Xavier Darcos, qui avait argué lors de son lancement en mai 2007 qu’il demanderait aux établissements de veiller à cette mixité, avait choisi de ne pas rendre public ce rapport…dont des extraits viennent de paraître dans " Le Monde ".

 

 

Pour ses deux auteurs ( les inspecteurs généraux Jean–Pierre Obin et Christian Peyroux ) le principal effet de l’assouplissement de la carte scolaire a été de dégrader davantage la mixité scolaire, en " accélérant les processus sociaux déjà à l’œuvre depuis des années ". Ils précisent notamment que " c’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu ".

 

 

A vrai dire, pour ceux qui connaissent bien le problème, cela n’est en rien surprenant et était aisément prévisible puisque on sait depuis longtemps quels sont les processus à l’œuvre en la matière, et leurs résultats. Et cela mérite sans doute le détour historique.

La sectorisation a été instituée par le président de la République Charles de Gaulle au milieu des années 1960. A la rentrée scolaire de 1984, le principe de la sectorisation est remis en question dans cinq zones géographiques de la France à titre expérimental. Une " expérience d’assouplissement de la carte scolaire " est effectuée dans les départements d’IIle-et-Vilaine, de Côte d’Or, et dans les agglomérations de Dunkerque, Saint-Etienne et Limoges.

Les résultats de l’étude menée par deux sociologues ( Irène Thery et Robert Ballion ) sont rendus publics au printemps 1985. Il apparaît que les trois-quarts des parents estiment qu’ils devraient pouvoir choisir librement le collège de leurs enfants. En fait, dans le cadre de l’expérimentation d’assouplissement, seulement 8% à 20% des parents ( selon les endroits) ont demandé une inscription de leurs enfants ailleurs que dans leur secteur normal d’affectation. Les demandes effectives de changement sont surtout le fait des classes supérieures et moyennes, des enseignants ; rarement des ouvriers. Selon les auteurs de l’enquête, les familles des classes moyennes et supérieures se conduisent en consommatrices à la recherche d’un meilleur service pour elles.

Lors de son colloque sur l’Ecole des 8 et 9 juin 1985, le Parti socialiste s’interroge donc sur l’opportunité d’assouplir la sectorisation. Certains participants proposent de mettre fin à " l’hypocrisie " d’un système contraignant, manifestement contourné par beaucoup. D’autres s’opposent avec détermination à sa suppression, au nom de l’égalité et de la justice sociale. Le Comité national d’action laïque intervient en ce sens auprès du Premier ministre Laurent Fabius, qui se range à son avis.

En 1986, les élections sont favorables à la droite. Le nouveau Premier ministre, Jacques Chirac, indique dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale du 8 avril 1986 que " les initiatives nécessaires seront prises pour garantir à chaque famille le libre choix de l’école de ses enfants, aussi bien entre secteur public et privé qu’au sein même du secteur public, grâce à la suppression progressive de la carte scolaire ". Et le 24 avril, Jacques Chirac précise au congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public ( PEEP ) que " la liberté " sera assurée par des mesures prises " très vite " pour permettre " le choix de l’école au sein même du secteur public ".

Mais le ministre de l’Education nationale ( un UDF…), René Monory, est un élu local très bon connaisseur des réalités urbaines et rurales. Il se méfie en l’occurrence des solutions de principe qui occultent parfois des difficultés réelles d’application. La circulaire du 30 juin 1987 précise qu’il s’agit d’ " une généralisation de l’assouplissement de l’affectation, selon un rythme et des modalités qui pourront varier selon les lieux ". La mise en œuvre doit être dirigée localement : une concertation approfondie doit être menée avec les collectivités territoriales, les associations de parents d’élèves et les chefs d’établissements. Et une généralisation de ‘’l’expérience’’ d’assouplissement de la carte scolaire à géométrie variable commence, dont on n’a jamais connu la fin…

 

Le rapport demandé par le ministère de l’Education nationale aux sociologues Françoise Oeuvrard et Robert Ballion sur les " Nouvelles expériences concernant l’assouplissement de la sectorisation à l’entrée en sixième " paru en 1987 montre à l’évidence que les familles de milieux favorisés, mais aussi dans une certaine mesure celles dont les enfants sont jugés bons élèves, savent le mieux utiliser la nouvelle liberté qui leur est offerte. Les enseignants sont trois fois plus demandeurs que les ouvriers ( alors même qu’ils sont les plus nombreux, même parmi ceux qui souhaitent une dérogation, à défendre l’application stricte de la sectorisation ).

Un bon nombre de cadres et d’enseignants cherchent à quitter les collèges jugés trop " moyens " et concentrent leurs demandes sur les établissements les plus " cotés ". Les places ainsi libérées dans ces collèges " moyens " sont convoitées par certaines des familles populaires qui refusent l’établissement de leur secteur, parfois perçu comme " dégradé ". L’assouplissement de la sectorisation favorise ainsi un glissement généralisé, et un renforcement des différences et des hiérarchies entre établissements.

Robert Ballion insiste sur le fait que ces possibilités de " glissement " sont très inégalement partagées en réalité, et que la " désectorisation " accroît ces inégalités. A une extrémité, on a les couples d’agriculteurs ou d’ouvriers qui sont seulement 6% à profiter de la liberté qui leur est accordée. A l’autre extrémité, on a les couples d’enseignants et cadres qui utilisent cette possibilité dans le quart des cas. Et Robert Ballion démontre, sur une zone géographique précise, que l’accroissement de la liberté offerte en principe aux familles dans le cadre de la désectorisation multiplie par sept les chances d’enfants de cadres et d’enseignants de se retrouver dans des classes de sixième à faible taux d’élèves en retard.

Robert Ballion souligne que l’assouplissement de la " sectorisation " rend visibles des pratiques certes déjà existantes, mais peu connues, et les amplifie : devenues en quelque sorte banales, elles contribuent à accentuer les différences, et par là même la concurrence entre établissements. Ce faisant, elles minent l’institution " Education nationale " en tant que telle, et participent à la mise en place de facto et symbolique d’un " marché scolaire ". On assisterait à un " changement radical d’attitude à l’égard de l’institution : celle ci n’est plus conçue comme un service public ( visant à l’intérêt général ), mais comme étant un service du public ( devant répondre aux intérêts privés ) " .

 

 

On le voit, dans la distribution des rôles ( et des affectations politiques) il y a des coïncidences troublantes à une vingtaine d’années d’intervalle…

Mais il faut aussi sans doute prendre garde que le contexte et les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes. Au Grand Jury RTL–Le Monde du 10 décembre 2000, Alain Madelin a certes rappelé qu’ " il propose depuis longtemps la suppression de la carte scolaire : liberté aux chefs d’établissements et aux équipes enseignantes de faire une meilleure école ; et liberté pour les parents de choisir l’école de leurs enfants ". Mais le document du colloque organisé en septembre 1999 par le parti d’Alain Madelin, Démocratie libérale, a montré plus clairement encore quelle était l’ambition retenue : " donner davantage d’autonomie aux établissements, davantage de liberté et de responsabilité aux acteurs du système éducatif, rendre aux parents la liberté de choisir l’école de leurs enfants : on ne propose pas une énième réforme du système éducatif, comme ce fut la tentation au cours des dernières années, mais une méthode de changement pour une révolution tranquille ". Or Nicolas Sarkozy, s’est inscrit ouvertement – plus ou moins mezzo voce – dans cette ligne, aussi bien au colloque sur l’Ecole qu’il a organisé au printemps 2006 que dans ses déclarations sur l’urgence de supprimer la carte scolaire.

On pardonnera certainement à un ancien membre actif de la commission ‘’Thélot’’ de souligner que le rapport de la commission s’est prononcé – elle - très clairement pour " une sectorisation des établissements maintenue, mais renforcée et justifiée par une politique de qualité contrôlée " ( p. 87 ), notamment par " une différenciation des moyens beaucoup plus marquée qu’aujourd’hui " ( variation de 0% à 25% des dotations aux établissements en fonction de leurs publics et de leurs projets, p. 88 ), des possibilité de " mesures dérogatoires aussi bien quant au mode de nomination et à la définition du service des personnels qu’aux pratiques pédagogiques " ( p. 89 ), et " l’expérimentation de mesures spécifiques dans les situations extrêmes " ( notamment la fermeture d’établissements très dégradés, et répartitions des élèves dans des secteurs plus larges ).

Alors "la " révolution tranquille " ( libérale ) ou la réforme vers une mixité sociale plus assurée ?

 

 

 

 

 

 

 

Tous les commentaires

Ce billet vient peut-être avec une bonne année de retard. N'est-ce pas Ségolène Royal ?

Désolée, mais moi, sans impertinence aucune, c'est le "arguer que" qui me chiffonne: Xavier Darcos, qui avait argué lors de son lancement en mai 2007 qu’il demanderait aux établissements de veiller... Personnellement, j'aurais écrit "de ce que"... ou alors j'aurais choisi un autre verbe (assurer, affirmer, prétendre, etc.) ou la tournure "sous l'argument de", "sous couvert de", je ne sais pas ... Il faudrait demander à Patrice Beray. Il est incollable, lui, sur tout ça...

Soyons un peu précieux voire vieillot : le dictionnaire Littré admet "arguer une pièce de faux", ou " ses mouvements et contenances arguent et montrent grande faiblesse et bassesse" ( Calvin ). Mais bon...Le "Maxido" dit également "J'arguai qu'une affaire urgente m'avait retenu"; mais aussi "N'arguons rien de ce seul incident"...Dont acte.

Juste par amour des mots, monsieur Lelièvre. Le "arguer que" m'écorchait un peu l'oreille... mais je ne prétendais en aucune façon avoir raison (c'est d'ailleurs cela qui est formidable avec la langue française!) Comme par ailleurs je lis tous vos billets, je me suis autorisé, disons ce petit dialogue en aparté... Bien à vous GdS

C'est la prononciation de ce verbe qui me pose un problème. Pour le Petit Robert , le "u" ne se prononce pas. Pour Grevisse, Littré, l'Académie, le "u" se prononce. Une proposition de réforme de l'Académie recommandait même de mettre un tréma sur le "u". Un lien vers le TLFi : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/affart.exe?19;s=1153137030;?b=0;

Petit Robert 2006 : "le u du radical se prononce toujours comme dans tuer". Donc ils ont l'air tous d'accord, finalement. Votre Robert est-il plus ancien ?
Cependant, je ne l'ai jamais entendu. Comme je n'ai jamais entendu "édipe" et "ésophage" ou "dégingandé" plutôt que "déguingandé" ou encore "fuksia" plutôt que "fuchia"... Et pourtant comme pour "argüer", il convient de dire "édipe" etc... Merci pour cette mise au point (qui ne fait pas avancer le schmilblik, mais bon, moi non plus, faut ce qu'il faut).

Mon Robert est en effet ancien (1970), mais le TLFi (récent) signale lui aussi que le Robert ne tiendrait pas compte du "u" pour la prononciation. Sinon, je dis bien "dégingandé" (enfin, rarement, parce que ça ne fait pas plaisir), mais eudipe, eusophage et fuchia, comme le préconise mon Petit Robert ! Et j'espère qu'il n'a pas changé d'avis là-dessus en 2006 !

Chère Anne, TLFi peut bien dire ce qu'il veut, il est écrit dans mon robert 2006 qu'il faut dire le "u". Donc, Bobby est aujourd'hui d'accord avec tous les autres. Et pour ce qui est de l'oesophage, il signale en 2006 encore, comme il est juste, de dire "ésophage" comme "édipe", "édème" et "énologue"... La graphie de fuchsia signale adroitement que ce mot ne vient pas de chez nous, mais d'un monsieur Fuchs, bavarois. Je ne sais si vous dites munichois ou munikois, vous direz donc parallèlement fuch ou fuks... l'allemand se prononçant plus uniformément que le français ; le "i" après le "s" pourrait italianiser le phonème pour faire une deuxième "ch"... et donc donner un "fukchia"... qui a probablement dérivé vers le "fuchia" communément admis. Il n'empêche, comme pour "édipe" que tout un chacun s'accorde à écorcher en oeufs-dipe, le fuchia est fuksia, mais je ne l'ai jamais entendu. Votre Bobby a passé l'âge... changez-en.

Cher Dominique, changer mon vieux Petit Robert (3° édition tout de même !), rafistolé de partout ? J'étais tellement ravie quand il m'a été offert ! Et imaginez que je demande des fuksias au jardinier qui vend quelques plants sur mon marché de campagne… Édipe roi, je n'y arriverai jamais. Et cœur, alors ? Bien à vous P.-S. Voilà en plus que nous sommes ce matin traités de trolls !

Les liens du TLFi ne passent pas, mais il admet "arguer que" avec l'exemple : "Pendant toute l'année 1943, Churchill s'efforça de faire revenir le gouvernement américain sur sa décision, en arguant que la collaboration devait exister dans la recherche atomique comme dans tous les autres domaines de l'effort commun,..." GOLDSCHMIDT, L'Aventure atomique, 1962, p. 52.

"Juste par amour de mots" moi aussi... Avec infiniment de respects pour ceux qui ont écrit ci-dessus. extrait du dictionnaire historique de la langue française (Rey - Robert) "Les seules valeurs modernes du verbe sont arguer contre qqn (XVIe Rabelais), rare, arguer intransitif "discuter", surtout arguer que... et arguer de qqch "s'en prévaloir, tirer argument de" (Chateaubriand), qui proviennent du sens transitif ancien, 'alléguer comme argument". En français contemporain, le verbe, d'usage didactique, constitue le résidu d'un vaste ensemble sémantique de nature psychologique, où seules les valeurs rationnelles, celles de argument, ont résisté, d'ailleurs concurrencées par argumenter.

. que d'arguties ! . jpylg

;-) Oui, le silence est d'or... et "arguer", "l'argument" et "l'argutie" ne sont qu'argent... Remarque qui convient aux commentaires ! Mais le billet de Claude Lelièvre ne peut ainsi être qualifié. Si la parole est d'argent, et le silence est d'or, de quoi est faite la réflexion et l'observation (faites en silence) et leur restitution ?

Après ces brillantes ( et subtiles ) remarques de forme, il est sans doute temps d'en venir au fond ( sur fond dominant de tartufferie d'ailleurs, comme le plus souvent, en la matière ). Qu'au moins chacun assume son choix! René Lorient a été tout à fait dans son rôle en rappelant quel avait été celui de Ségolène Royal durant les dernières présidentielles. A suivre...

Sur le fond donc, cher Claude Lelièvre, et en vous remerciant d'avoir abrité nos considérations nocturnes sur la "bonne" prononciation de quelques mots, je pense que vous avez tout à fait raison de souligner la transformation de l'image de l'école qui, bien avant sa privatisation totale prévisible, conformément à une certaine conception de l'Europe, de service public est devenue service au public. Les instituteurs (pardon, professeurs des écoles) en savent quelque chose aujourd'hui. Les parents d'élèves sont devenus leur cauchemar quotidien.

Le service au public a aussi sa noblesse. C'est comme la médecine, longtemps elle fut la propriété des médecins, et ils ne voyaient que des pathologies, jamais des malades, encore moins des personnes. On peut se féliciter que la demande sociale ait abouti à obtenir des relations plus équilibrées entre professionnels de la santé et malades. . C'est la même chose pour l'éducation. Les parents sont citoyens et contribuables : l'école est aussi à eux. Je vous renvoie à l'article 15 de la DdDHC. Etre fonctionnaire c'est un honneur mais c'est aussi un ensemble d'obligations supplémentaires par rapport au privé : rendre des comptes et être au service du public, pour le bien commun. Comme nous ne sommes pas tous infaillibles, le contrôle des citoyens et des parents sur nous, est sans doute une bonne chose. Comme disent les militaires "Confiance n'exclut pas contrôle". Quant aux abus et interventionnismes intempestifs, et bien on les traite pour ce qu'ils sont : par le mépris Enfin ce sont leurs enfants, et l'avenir de ces derniers... Comment ne serait-ce qu'imaginer qu'ils ne s'investissent pas, voire parfois trop. Quant à moi je peux témoigner que les pires parents d'élèves sont parfois les enseignants !

Pour revenir effectivement au "fond" du sujet, M. Lelièvre, (et en vous priant de pardonner nos digressions langagières et nocturnes), je pense que vous posez effectivement les bonnes questions. Comment se "recroqueviller " sur la sectorisation à l'heure où chaque année, les magazines publient un "Top 50" des établissements les plus cotés (taux réussite au bac/nombre élèves/classe, etc., etc.). Ce genre de "palmarès" existe d'ailleurs aussi dans d'autres domaines (santé avec classement/hôpitaux, sport, équipements municipaux divers...). On "vend" maintenant les collèges, les lycées, les crèches, les dispensaires ou les hôpitaux comme des lessives ou des appareils photos et les gens se précipitent pour savoir quel sera le collège le "mieux noté" et faire des pieds et des mains pour y inscrire leurs enfants. Comme une sorte de 50 millions de consommateurs... mais qui concerneraient les services publics au lieu des écrans plats ou des crèmes amincissantes ! Une sorte de dérive consumériste, de plus en plus ancrée dans les mentalités. Par ailleurs, ceux-là même qui plaident pour le maintien de la carte scolaire le font haut et fort en affichage d'intention mais ne l'appliquent pas eux-mêmes pour leur progéniture. Tartufferie, effectivement... Et porte ouverte à une privatisation rampante et une logique de la performance hyper-libérale. Désolée de ne pas me montrer plus optimiste, mais je pense que tout cela est mal barré. Car comme vous le faites justement remarquer dans votre billet, les seuls qui peuvent profiter effectivement d'un assouplissement de la sectorisation, ce sont ceux qui sont déjà au départ issus des milieux les plus privilégiés... Les autres inscrivent leurs mômes où on leur dit de le faire, point barre. Et ils n'ont généralement pas le choix. Et par ailleurs, pour que "carte scolaire" rime effectivement avec un minimum de mixité sociale... il faudrait aussi que nos villes, nos quartiers, nos cités, nos banlieues, notre urbanisme en fait, fasse aussi un peu de place à cette mixité. Ce qui n'est, malheureusement pas le cas ! Bien à vous

Comme il arrive si souvent, on attribue à l'école l'écrasante responsabilité de corriger toutes les inégalités, de résister à toutes les dégradations de la culture et de la société. La mentalité consumériste que vous décrivez n'épargne personne, surtout pas les enseignants, qui n'hésitent pas à faire bénéficier leur progéniture de leur connaissance du système scolaire (ailleurs, on appellerait cela un délit d'initié). Quand l'égalitarisme devient un vœu pieu, dont on espère que les autres le réaliseront avant nous, cela ne peut mener qu'à des comportements hypocrites. Ainsi, je connais beaucoup de démocrates déclarés, partisans de la mixité, qui consultent fiévreusement les palmarès dont vous parlez dès qu'il s'agit de leurs propres enfants. Grain de sel, je me range donc à votre pessimisme : tant qu'il n'existera pas une véritable volonté sociale de partage et d'équité, les gouvernements successifs continueront à torpiller la carte scolaire, avec l'accord tacite d'une majorité de Français, tout en sachant par avance que cette dérégulation ne profitera qu'aux plus aisés - et aux enseignants.

Quelle pourrait être la solution ? Une majorité de parents se prononce pour un libre choix de l'établissement: tant que le ghetto, c'est pour les enfants des autres... Les enseignants qui défendent la sectorisation sont les premiers à y déroger en pratique. Et de ce que j'ai pu voir, ce qui vaut pour les enseignants vaut comme vous le soulignez pour disons les classes aisées. Autour de moi, de fervents tenants de la sectorisation... ont déménagé pour être sur le "bon" secteur". Faire le choix inverse, on le mesure assez rapidement, concrètement, c'est pénaliser l'enfant, le collégien. Pas seulement en termes de niveau scolaire au sens strict, mais aussi en termes d'environnement. Certes, Nicolas Sarkozy tend à officialiser des pratiques qu'on ne peut plus qualifier de marginales. Mais toute défense de la mixité n'est-elle pas minée d'avance par un double discours, ou du moins un divorce entre discours et pratique ?

Ceux qui font des remarque sur l'orthographe, la grammaire, ou plus généralement la langue, quand ce n'est pas le sujet, sont des trolls. Un troll est quelqu'un qui est hors sujet, qui ramène tout à ses obsessions. Si on appelle un chat un chat, c'est un con. (NB. ceux qui font des remarques sur la politesse, la courtoisie, etc. sont des trolls). Conséquence: les intellos sont tous (au moins) un peu cons (mais ça, on le savait). C'est d'ailleurs une conséquence du contournement de la carte scolaire: ce ne sont pas les plus intelligents qui sont sélectionnés, mais seulement les fils de profs ou d'intellos. Le problème, est qu'ils se croient meilleurs que les autres. PS. Comme la mise à jour est possible, et qu'il n'est pas questions ici de refuser la possibilité de correction, il est indispensable de faire un onglet pour les remarques sur l'orthographe (ou autres rectifications factuelles) pour les distinguer des commentaires.

Jacques Bolo : Ceux qui font des remarques [...] sont des trolls. Un troll est quelqu'un qui est hors sujet, qui ramène tout à ses obsessions. Si on appelle un chat un chat, c'est un con. (NB. ceux qui font des remarques sur la politesse, la courtoisie, etc. sont des trolls). Conséquence: les intellos sont tous (au moins) un peu cons (mais ça, on le savait). [...] . Nous sommes tous des trolls allemands ! . Bravo et merci pour ces remarques si savoureuses, et sans doute un peu introspectives, qui concourent grandement à notre édification.

Comme Anne Guérin-Castell m'a fait opportunément prendre conscience que, contrairement à ce qu'on dit le plus souvent, la citation de Tartuffe n'est pas "Cachez ce sein que je ne saurais voir" ( titre initial de ce billet ) mais "Couvrez ce sein que je ne saurais voir", j'ai modifié le titre, car il s'agit bien, en effet - encore une fois- d'une affaire de ''voile'' ( et d'un désir que l'on ne veut pas voir, ou que l'on ne veut pas que les autres voient; du moins trop clairement ).

@ claude lelièvre . Excusez-moi de revenir à la forme, car je trouve cela amusant (et le fond ne me concerne pas directement), je salue Anne Guérin Castell qui doit avoir une fort bonne connaissance de Molière, puisque, en effet, comme vous le signalez, tout le monde dit "cachez ce sein..." ; concernant la correction que vous vous êtes astreint à apporter, je signale, à tout hasard que j'ai fait, via Google, une recherche sur "Cachez...etc" qui a donné 81 900 résultats; puis une recherche avec "couvrez..." qui a donné 761 résultats. . Moralité : quand l'usage collectif déforme une citation (ou quelque expression ou quelque tournure originale que ce soit) et que l'on restitue la bonne expression, c'est alors qu'on se fait interpeller par l'ignorance. Et si l'on entre dans des explications, cette fois-ci, on se fait traiter de pédant... . Quand le faux devient juste, le juste devient faux. Et le justicier devient coupable. Quel problème éthique, ne pensez-vous pas ? . Mais...mais...mais ... qu'est-ce que je viens faire dans cette galère ? . jpylg -------------------- 1) cachez Résultats 1 - 10 sur un total d'environ 81 900 pour cachez ce sein que je ne saurais voir (0,28 secondes) 2) couvrez Résultats 1 - 10 sur un total d'environ 761 pour couvrez ce sein que je ne saurais voir (0,26 secondes)

C'est, finalement, une confirmation intéressante; et qui me plaît bien. Car c'est vaiment curieux quand on y songe...

Il faut voir aussi que l'application de l'assouplissement de la carte scolaire, risque d'être très différent, entre zones très urbanisées et zones plus rurales. J'imagine que là où il y a seulement un collège ou un lycée à la ronde, les parents doivent demander moins de désectorisations, ce qui donne une "inégalité" supplémentaire. Est-ce qu'à terme le gouvernement compte casser totalement la carte scolaire ou seulement "l'assouplir"?

Le pessimisme est-il indépassable ? Pour détourner la sectorisation, il existe des moyens bien connus. Déménager : c'est difficile à empêcher. Mais afficher la volonté de suivre telle ou telle option , tel ou tel parcours, c'est connu : pourquoi faut-il que trop souvent ces parcours ou options soient concentrés dans tel lycée qui devient la référence, où, du coup, les enseignants aiment se faire nommer pour être reconnus comme de bons enseignants ? Des études n'auraient-elles jamais été faites sur toutes les autres procédures utilisées ?

On peut constater que les mises en cause de la ‘’mixité sociale’’ ne suscitent pas les mêmes émotions et les mêmes réactions tranchées que les velléités de remise en cause de la ‘’mixité sexuée’’ ( cf mon billet du 24 mars et les commentaires qui ont suivi sur « La mixité ( sexuée ) en question ? Un ballon d’essai ou un pas de clerc ? » ). Il est vrai que la question de la sectorisation est assez complexe, et que chacun d’entre nous apparaît partagé là dessus pour peu que l’on fasse preuve d’honnêteté intellectuelle, comme dans la discussion engagée ici. Il faudrait sans doute que soient apportées des réponses de nature à améliorer sensiblement l’égalité de chacun devant l’éducation pour que chacun puisse se trouver plus à l’aise pour trancher. Cela suppose que l’on aille beaucoup plus loin qu’on ne l’a fait jusque là pour les ZEP, aussi bien dans la gestion du personnel enseignant et éducatif que dans les moyens mis en œuvre. A ce sujet, il faut savoir que, certes, les établissements en ZEP ont une dotation en personnel supérieur d’environ 20% aux autres établissements ; mais, comme le plus souvent les enseignants en ZEP sont nettement plus jeunes qu’ailleurs, le coût d’un élève de ZEP n’est pas plus élevé que celui d’un élève hors ZEP… On peut mettre cela en parallèle avec d’autres constatations qui donnent à réfléchir. Alors que le coût annuel moyen d’un étudiant en université ne dépasse pas 7900 euros ( une dépense d’ailleurs nettement inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE ), celui d’un élève de sections de techniciens supérieurs atteint 13300 euros, et celui d’un élève de classes préparatoires aux grandes école 14000 euros ( une très importante ‘’discrimination positive’’ financière, donc, en faveur de ceux qui se sont montrés suffisamment bons élèves pour être dignes d’être sélectionnés ). Pour mémoire, le coût annuel moyen d’un collégien ne dépasse pas les 8000 euros, et celui d’un écolier les 5000 euros. Il y a donc de la marge pour une ‘’discrimination positive’’ ( au moins financière ) en faveur des élèves les plus faibles…

. le coût d’un élève de ZEP n’est pas plus élevé que celui d’un élève hors ZEP… coût annuel moyen d’un étudiant en université ne dépasse pas 7900 euros celui d’un élève de sections de techniciens supérieurs atteint 13300 euros celui d’un élève de classes préparatoires aux grandes école 14000 euros (*) le coût annuel moyen d’un collégien ne dépasse pas les 8000 euros, et celui d’un écolier les 5000 euros . Première nouvelle, pour moi. . A force de lire médiapart, je vais finir par ne plus être naïf du tout... tous les jours un peu moins... . jpylg (*) Les grandes écoles elles-mêmes ? idem ou plus ?

Puisque vous me le demandez si gentiment, je vais vous le dire ( pour la formation d'ingénieur ): 12700 euros ( un peu moins que pour les CPGE et même les STS! ). On peut ( entre autres ) avoir accès à ces données quantitatives dans "Le système éducatif français et son administration", édité par '' l'Association des administrateurs de l'éducation" qui vient de paraître ( 11° édition ) dont j'ai d'ailleurs écrit le premier chapitre ( "Historique et principes essentiels'' ). Dernières remarques: le pourcentage d'une classe d'âge qui se retrouve en classes préparatoires aux grandes écoles ( CPGE ) n'a jamais été aussi élevé: 5% ( ce taux correspond à la moitié du pourcentage d'une classe d'âge qui obtenait le bac en 1960, soit 10%; "le niveau monte!" ); et la composition sociale de ces élèves n'a jamais été aussi élevée. Une vraie, belle et gigantesque ''discrimination positive''.

En fait, comme souvent en France, le gouvernement va sans doute s'arrêter à la moitié du gué, et en laissant sa réforme inachevée, rendre le remède pire que le mal. . Si on décide de supprimer toute sectorisation radicalement (et pourquoi pas ? les parents ont le droit de choisir l'éducation la meilleure pour leurs enfants, ils sont citoyens et contribuables après tout, et on sait à quel point la destinée scolaire des enfants se joue très tôt, et à quel point certains établissements ont des climats et des résultats désastreux), alors il faut prendre un certain nombre de mesures essentielles : - totale liberté de choix des parents quant aux établissements sans aucune restriction ; - il faut aussi supprimer toute sélection par le niveau, ou l'origine, dans tous les établissements à l'entrée ; - fermeture des établissements qui perdent trop d'élèves ou tombent sous un certain seuil ; - et corrélativement donner plus de moyens, sensiblement plus, aux établissements en croissance d'effectifs ; - enfin assurer un système de "busing" digne de ce nom ; - le cas échéant si les demandes l'emportent sur les places procéder par tirage au sort, ou sur critères sociaux, mais pas sur critères scolaires exclusivement ; - mais aussi être capable de créer de nouveaux établissements, ou des extensions d'autres fonctionnant bien, très rapidement, quite à louer des locaux ; - et naturellement adapter la rémunération des personnels de direction et des profs, en modulant les primes en fonction des résultats et surtout du nombre de demandes d'inscription ; - assurer la publicité et la transparence des résultats des établissements (valeur ajoutée éducative, taux d'absentéisme, taux de redoublment, taux de présentation aux exams et de succès) et des demandes d'inscription (maintenant avec internet c'est facile). . Comme vous le voyez cela implique une gestion coûteuse et complexe tant il faut adapter sans cesse les moyens à la demande. Mais enfin ce serait une vraie réforme, libérale dans l'esprit, mais pas forcément injuste, et surtout cohérente et sérieuse. . Cela s'accompagnerait aussi naturellement du développement important d'un secteur privé payant et assez coûteux, destiné à ceux qui ne veulent pas de cette incertitude ou qui choisissent la proximité (géographique ou sociale). Mais au fond il n'y a rien de scandaleux à ce que les riches payent plus que les pauvres. . D'autant plus que jusqu'à mainteant on remarque que les meilleurs enseignants ce sont encore la plupart du temps ceux du public, même si ceux du privé sont plus présents et s'impliquent plus - paradoxe qu'il faudra éclairicir un jour. . Toujours est-il que la réforme du gouvernement ne prend pas ce chemin, elle est typique d'un certain esprit technocratique français : une demi-réforme qui sans régler le problème va l'aggraver en attendant le moment de la crise "finale" où l'on tranchera déinitivement et dans l'urgence, une fois la situation devenue catastrophique. à dessein ?

Anlyse intéressante à coup sûr, et qui est loin d'être un scénario fiction. Une autre voie de résolution ( que je persiste à penser possible ), avait été esquissée - dans le consensus ... - par la commissionThélot ( cf la fin de mon billet initial ). Alea jacta est!

je conseille à Stephane D. de déménager en Angleterre : il y a trouvera une belle liberté de choix!! qui au final enferme les pakistanais avec les pakistanais (ils ont choisi la même langue), les propriétaires de 4X4 de Chelsea avec les propriétaires de 4X4 de Chelsea etc...etc... Je rappelle toutefois aux amateurs de belle langue , au final peu soucieux de mixité sociale ,qu'il existe dans les bourgs et petites villes voire même dans les villes moyennes très peu de choix et une mixité qui ne donne pas de mauvais résultats... Derrière cette recherche du choix se masque le refus de l'autre, le souhait de "l'entre soi" (voir Pinçon-Charlot et les Beaux quartiers) plus que la recherche d'un "meilleur enseignement " ou "de la meilleure éducation " dont on n'est guère assuré...

Merci du conseil. Il ne vous aura pas échappé que les propositions que je faisais allaient beaucoup plus loin que les réformes mises en oeuvre en Grande-Bretagne. Elles étaient structurées par le souhait de sauver la mixité sociale et non de l'enterrer en ne faisant rien, ou en faisant comme si le système était parfait. . Vous aurez aussi sans doute compris que le problème ne se pose naturellement pas dans les petites villes où il n'y a pas le choix de l'établissement, ou dans celles où ne se posent pas de problèmes de ségrégation ou de quartiers pauvres. Le problème de la sectorisation n'apparaît que dans les grandes villes avec des problèmes de mixité sociale. . Je crains enfin que la recherche ne "l'entre-soi" et la recherche du meilleur capital scolaire ne fassent malheureusement qu'un. En effet c'est dans les établissements où les élèves viennent des CSP++ uniformément que les résultats sont les meilleurs et les comportements d'orientation les plus pertinents. Comme Bourdieu l'a bien montré la reproduction c'est justement que les écoles des riches sont meilleures que celles des pauvres, pour le dire grossièrement. Après la recherche de l'entre-soi, qui existe certes, c'est la cerise sur le gateau. D'autant plus que le vrai entre-soi il est facile à trouver, et sans entraves, il suffit d'inscrire ses enfants dans certains cours privés très onéreux.

Retour à la source du vocable: " Cachez ce sein que je ne saurai voir" provient du verbe de Jean Royer, qui fut maire de Tours et garde des sceaux ( ou des sots?) et dont j'ai bien connu l'un des fils, lequel a passé une partie de son existence à montrer ces saints que ne nous ne savons pas regarder. Saints-te-n'y touches, sains de corps & d'esprit, saints selon l'unité de temps, d'action et de lieu qui avait fait écrire une chose analogue à Saint Corneille, genre, "Le Cid, as-tu du coeur"... J'admire l'élévation subite du propos chez notre ami Claude Lelièvre à peine sorti d'une réunion originelle des blogueurs médiapartistes à Paris, durant laquelle il a justement été dit qu'il se pourrait que la teneur des comment taire(s) écarte du succès que nous leur souhaitons tous et toutes ce site unique en son genre ( féminin ou masculin, aussi) ce vrai lieu de toutes les paroles. Cachez donc ce sein que j'ai tant envie de voir et montrez-nous ces saints laïcs que nous avons tant besoin de con-templer !!!

Claude Lelièvre, 18/06/2008 à 7h33: “Après ces brillantes (et subtiles) remarques de forme, il est sans doute temps d'en venir au fond (sur fond dominant de tartufferie d'ailleurs, comme le plus souvent, en la matière). Qu'au moins chacun assume son choix! René Lorient a été tout à fait dans son rôle en rappelant quel avait été celui de Ségolène Royal durant les dernières présidentielles. A suivre...” Ah bon, et quel est donc "le rôle de René Lorient", s'il vous plaît? Pour mémoire, voici son "rappel de celui de Ségolène Royal durant les dernières présidentielles": “Ce billet vient peut-être avec une bonne année de retard. N'est-ce pas Ségolène Royal?” (René Lorient 17/06/2008 21h24) Merci d'avance, pour tout éclaircissement qui vaudrait peut-être à ce billet la place en Une qu'il occupe actuellement (sans doute grâce aux intéressantes apartés de nos amateurs de bonsaï, pardon mots?)

Cher Axel J, puisque vous paraissez le demander, je vais rappeler sommairement les faits ( bien que ce rappel ne me semblait pas s'imposer et qu'il risque de susciter des polémiques inutiles à mon sens dans un domaine où il n'est pas si aisé d'avoir une position personnelle tranchée et cohérente, et où l'anathème est sans doute trop facile; c'est d'ailleurs pourquoi j'avais fait un long rappel historique dans mon billet initial afin que cela apparaisse au mieux ) ). Lors d'un déplacement à Florac le 3 septembre 2006, Ségolène Royal propose "de desserrer les contraintes de la carte scolaire " en estimant que "l'idéal serait de la supprimer car, en dépit de ce dispositif, il n'y a plus de mixité sociale". La réunion du bureau national du PS qui se tient le 5 septembre est tendue, certains membres du BN mettant vivement en cause cette position. François Hollande conclut en estimant que "certains et même certaines doivent savoir qu'ils ne portent pas la position du parti".

Il serait à coup sûr dangereux d'assigner exclusivement à la droite ce thème de la sectorisation. . Le problème du choix des établissements découle du recul de la mixité sociale dans un certain nombre de grandes agglomérations urbaines. Il en découle, mais, complexité, il en est aussi pour partie la cause. C'est un phénomène auto-entretenu, qu'Eric Maurin a bien montré dans Le Ghetto français. .Une fois que ce phénomène est réel, et même massif, il n'est plus temps d'invoquer le Royaume Uni, la Révolution Française ou des valeurs aussi pertinentes soient-elles : car la fuite organisée profite aux plus riches et aux plus informés. Il est en effet plus simple de réorganiser le système que de recréer de la mixité sociale, dont les études du terrain montrent qu'elle n'est pas la valeur la plus recherchée et la plus demandée. (En fait si : on veut bien quelques pauvres parmi les riches, mais quelques riches parmi les pauvres - on manque de candidats riches !). . Je crains d'avoir été mal lu, ou pas compris par une commentatrice : le but de la réforme, si elle était menée correctement, serait de favoriser, à nouveau, une réelle mixité sociale, dans les établissements publics, dans tous. C'est une question de Justice au sens de Rawls : améliorer le sort de tous et en particulier de ceux qui souffrent le plus aujourd'hui, et qui ne peuvent rien faire pour améliorer leur situation. C'est un scandale que ceux, parmi les plus pauvres ou les ségrégués, qui veulent s'en sortir ne puissent pas le faire. Ce système ne changera rien pour certains, sans doute, quoique on puisse ouvrir le débat, sur un point précis. . Certes les établissements privés connaîtraient parfois une certaine homogénéité sociale, mais on ne peut quand même pas interdire le privé. D'autant plus que le privé payant et coûteux, dans un système où il serait moins aidé qu'aujourd'hui, serait finalement une forme nouvelle et supplémentaire d'imposition sur le patrimoine (!) . La pire des solutions serait de ne rien faire, ou de faire une réforme inaboutie à l'instar de celle d'aujourd'hui qui va en fait produire l'effet inverse. Car les établissements gardent pour l'instant leur pouvoir de nuisance : le choix des élèves sur dossier. Et l'on sait que les critères choisis sont perméables au social. . J'ajouterai enfin, connaissant certes moins que Claude Lelièvre le système éducatif, mais un peu tout de même, qu'en l'état actuel les résultats ne sont pas satisfaisants. Et qu'ils sont accablants en terme de lutte contre les inégalités sociales. Je trouve un curieux aveuglement dans le procédé qui consiste à défendre notre système au nom de valeurs et d'objectifs qu'il n'atteint pas pour réclamer que rien ne change. . Enfin je remarque qu les préconisations de la réforme Thélot, citées à très jsute titre par Claude Lelièvre, allaient dans un sens très bon, et très coûteux. Mais elles impliquaient aussi une régionalisation et une déréglementation radicale de la structure des enseignements et du fonctionnement des établissements les plus mal situés. Elles consistaient aussi à donner plus de liberté aux chefs d'établissements, à rompre avec la sacro-sainte unité des programmes, des horaires et des statuts sur le territoire national. Ce que dans un bel unisson les syndicats ont dénoncé comme une atteinte à l'unité de la Républque et une école à deux vitesse et une américanisation (ou britannisation if you prefer) de notre système scolaire. Le gouvernement s'est aussi hâté d'enterrer ce livre blanc et les résultats du "grand débat" car la tâche semblait hors d'atteinte, monstrueuse budgétairement et de nature à plonger le million et demi d'agent dans les transes de la grève insurrectionnelle. Bien entendu je pense que ces propositions étaient excellentes, mais tellement coûteuses et difficiles à mettre en oeuvre car heurtant les corporatismes de droite, et... de gauche.

Cette réforme préconisée par le commission Thélot et refusée par François Fillon ( alors ministre de l'Education nationale ) aurait sans doute un coût non négligeable; mais - je ne saurais trop le rappeler - pas plus que ce que coûte ( sans que grand monde y retrouve à redire ... ), les quelque 80% de coûts supplémentaires des élèves ''sélectionnés'' dans les classes préparatoires aux grandes école ou en STS ( par rapport aux étudiants des universités, ''non sélectionnés'', eux ) et dont le taux est monté dans la dernière période jusqu'à 5% d'une classe d'âge. Quant aux dispositions spéciales de gestion des services et des carrières d'enseignants que cela induirait, certains syndicats d'enseignants y sont d'ores et déjà prêts, et d'autres pourraient l'admettre si les dispositifs étaient clairement circonscrits et qu'une volonté politique déterminée ( et dûment expliquée ) se manifestait clairement.

Si l'on parle de coût il faut aussi mentionner le coût social et budgétaire du redoublement, et de l'échec en premier cycle à l'université. . Je souscrit grandement à vos propos. Mais il m'avait semblé qu' à propos d'une plus grande souplesse dans la getion des moyens, horaires, programmes et services, laissée aux établissements (aux chefs d'établissements ou à un genre de "conseils pédagogiques" bien qu'ils ne fussent pas encore créés) les syndicats s'étaient clairement prononcés contre. Ils avaient invoqué l'unité du système éducatif et le refus d'une prétendue école à deux vitesse. Me serais-je mépris ?

Les contacts qui avaient été pris au moment de la commission Thélot montraient qu'un certain nombre de directions syndicales ''bougeaient'' ( ou avaient déjà ''bougé'' ) sur cette question effectivement importante; mais à condition que cela se fasse dans la ''confiance'' et dans la précision maximale, et dans un cadre clairement limité et délimité . Bref, j'en suis resté convaincu - de façon raisonnée - que ce n'est pas impossible et perdu d'avance.

Juste un petit mot pour essayer de placer un coin (même un tout petit) dans une idée reçue. Beaucoup d'enseignants contournent la carte scolaire afin d'avoir leurs enfants dans leur établissement d'exercice, pour éviter des soucis pratiques de transport en voiture et pas forcément dans les écoles ou collèges mieux côtés... Ce n'est bien sûr pas le cas de tous, je ne suis pas naïf... Toutefois, il serait juste de pouvoir faire le point sur les motivations qui amènent des demandes de dérogation.

"On peut constater que les mises en cause de la ‘’mixité sociale’’ ne suscitent pas les mêmes émotions et les mêmes réactions tranchées que les velléités de remise en cause de la ‘’mixité sexuée’’ ( ... ). Il est vrai que la question de la sectorisation est assez complexe, et que chacun d’entre nous apparaît partagé là dessus pour peu que l’on fasse preuve d’honnêteté intellectuelle, comme dans la discussion engagée ici." (Claude Lelièvre) Très juste remarque. Très juste aussi les remarques sur le fait que le débat sur la forme (pas forcément inintéressant en soi) a pour effet en général d'écarter du débat de fond. Alors, pourquoi ? Peut-être que les mediapartistes, honnêtement, ne se sentent pas concernés par la mixité sociale concrète, au quotidien ? C'est facile de dire, la mixité sociale n'existe plus, donc laissons tomber les dispositifs qui tentaient de la favoriser... Oui certaines familles ont depuis longtemps des stratégies pour rester entre soi (cf la grande bourgeoisie, qui ne fait pas de vagues mais est experte à éviter les risques de mésalliance - lire effectivement les ouvrages des Pinçon-Charlot, qui se lisent comme des récits de voyages ethnographiques, dont Voyage en grande bourgeoisie)
Le problème à poser serait, Quelles conséquences entrainent l'abandon des dispositifs favorisant la mixité sociale scolaire ? Mon avis : La non mixité sociale a pour effets que des enfants d'une même classe d'âge ne se fréquentent pas, ne se socialisent pas ensemble. Or c'est dans l'enfance ou la jeunesse que des liens plus forts peuvent se tisser entre les gens, au delà des barrières socio culturelles, parfois. (je parle ici de mon expérience - choix d'une petite ville). Quand ils seront adultes, ces personnes vivront donc dans une ignorance de l'autre et de sa culture (au sens large), ignorance qu'ils ignoreront eux-mêmes. Ils croiront tout savoir de l'autre, mais ne l'auront même pas cotoyé au quotidien à une place égalitaire.
Nos élites, qu'elles soient issues de la grande bourgeoisie, ou de familles en recherche d'ascension sociale qui connaissent bien les mécanismes du système, ont déjà été "elevées" dans ce système "d'entre-soi". On en voit le résultat tous les jours. On en est bien sûr arrivés à ce que chacune des catégories sociales même les plus précarisées n'aspire qu'à une chose, pouvoir elle aussi fuir le ghetto. Personnellement je me garderai bien de proposer des "solutions techniques" à ce qui est un problème politique : quel type de lien social nous voulons ? Qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour cela ?

Votre réflexion est tout à fait pertinente sur les conséquences de l'absence de mixité sociale. Je ne réfléchissais qu'au sujet de ses conséquences dans les établissements scolaires. Mais permettez moi un petit désaccord avec vous. Certes l'homogénéité sociale peut avoir des effets sur la socialisation des enfants et leur perception de la diversité de la société. Mais je pense que c'est mineur et pour tout dire très remédiable par l'accès à l'information qui caractérise aujourd'hui les enfants (télé, internet, voyages). Surtout en ce qui concerne les vrais quartiers de relégation d'aujourd'hui : le mal est fait depuis presque 10 ans. Il n'est plus temps de se projeter dans l'avenir mais de voir comment sauver ceux qui y sont enfermés, et non imaginer des remèdes dans le futur pour plus de mixité. Et puis qui va aller habiter de son propre choix dans ces quartiers ? . En revanche il faut insister sur le fait que l'homogénéité sociale dans les établissemnts d'enseignement les plus pauvres se traduit par des conditions d'enseignement dégradées, et un rétrécissement des perspectives scolaires et professionnelles des élèves. Une culture anti-scolaire et anti-académique s'y développe aussi ce qui obère les possibilités de succès y compris de potentiels bons élèves. Là est le danger le plus grave, plus que dans le défaut de découverte de l'autre, à mon avis. Car une fois le destin scolaire des enfants hypothèqué il est très difficile à changer. . Le familles pauvres qui ont conscience de ces phénomènes ont bien entendu le ferme désir d'offrir à leurs enfants une chance de réussir un peu mieux scolairement et d'échapper à la malédiction du quartier. Non seulement il ne faut pas le leur reprocher mais au contraire c'est le signe d'une bonne santé, et la preuve d'une connaissance réelle de la société actuelle, et de l'importance du capital scolaire pour ceux qui n'en ont pas d'autre.

J'ajouterai aux propos de Fantie B ( dont je partage très fortement la question centrale à mes yeux comme aux siens: " quel type de lien social voulons nous? Qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour cela?" ) ainsi qu'aux observations parfois plus ''techniques'' de Stephane B, les résultats d'études statistiques menées il y a quelques années dans des collèges français sur les effets de l'hétérogénéité ou de l'homogénité ( y compris des classes ) sur les résultats scolaires des élèves. Pour faire vite, il apparaissait que, s'il n'est pas sûr que le regroupement des meilleurs élèves entre eux est de nature à accroître sensiblement leurs progrès, il est certain que le regroupement des plus faibles les enfonce dans leurs faiblesses et leur sentiment de relégation.

Je reviens sur deux points des derniers commentaires, qui se rejoignent pour moi : [aux parents] "il ne faut pas le leur reprocher mais au contraire c'est le signe d'une bonne santé, et la preuve d'une connaissance réelle de la société actuelle, et de l'importance du capital scolaire pour ceux qui n'en ont pas d'autre" (Stéphane D.) "il est certain que le regroupement des plus faibles les enfonce dans leurs faiblesses et leur sentiment de relégation. (Claude Lelièvre). L'effet de stigmatisation est très fort sur une identité en construction. C'est cela que les parents veulent aussi éviter à leurs enfants, en cherchant à sortir des établissements "du quartier".
Pour continuer le débat avec Stéphane B., je ne pense pas que la socialisation puisse se faire par le virtuel (télé etc.). La socialisation exige de l'expérience partagée (socialisation "par frottement"). On se socialise avec les individus concret que l'on fréquente réellement, dans les interactions. Certes, un enfant peut avoir des interactions avec la télévision, mais ce ne sont que des interactions virtuelles.
Quant à Internet : dans mon expérience, les enfants de milieux les plus "défavorisés" sont ceux qui ont le moins accès à Internet (où bien ils y cherchent uniquement de la culture de consommation ; exemple, coloriages- je viens de découvrir cette pratique lundi dernier...). Et quant aux voyages...
Donc éduquer les enfants d'une société séparément... cela ne revient-il pas à recréer les classes sociales qui avaient (soi disant) disparu ? Les frontières auxquelles se heurtent les individus qui veulent en sortir sont, elles, très solides. Comme tout se passe désormais par "réseaux", comment un enfant de classe populaire, qui n'a vécu que dans l'entre-soi, peut-il entrer dans un autre réseau ? Fini les réseaux genre "copains d'école"... ils seront désormais tous redondants avec les réseaux adultes.

Faire un commentaire après tous ces commentaires!.. Beaucoup me parlent. Cependant. Il fut un temps où il était question "de différents pôles d'excellence. Je suis un peu éberlué par cet espèce d'accord parfait selon lequel tout le monde vient chercher la même pitance et les mêmes palmes dans une même école et comme du coup, la fonction de sélection de l'école devient hallucinante. Personne ne semble douter de la force des forts et de la faiblesse des faibles. Plus les privilèges sont exorbitants, plus le mode de sélection paraît naturel. Mais sur l'autre face, quel pourcentage inimaginable "de sélectionnés négativement". La carte scolaire bien sûr...Pauvrette dans l'engrenage. Voici quelques réactions à chaud, à très chaud... même pas des idées. Serge Koulberg

Je suis assez versé dans la philosophie de Nietzsche pour prendre au sérieux cette interpellation sur "la force des forts et la faiblesse des faibles'', cher Serge Koulberg . Vaste sujet sur la production et la reproduction des différentes espèces ( d'élite ). Mais on pourrait aussi, dans cette même filiation, s'intéresser à la force des faibles et aux faiblesses des forts. Cela pourrait être renversant ( ''métaphysiquement'' ). Mais sociologiquement, je demande à voir.

Je viens un peu tard sur ce forum. Un des commentaires démontre assez bien les conséquences d'une liberté totale de choix pas forcément utopique. Mais l'autre cas radical, une sectorisation totale sans passe droit et sans dérogations: Une des conséquences, un mécontentement assez général d'une majorité de parents, et pour le coup totalement contreproductif électoralement, donc probablement pas d'avenir. Mais dans ce cas, une sorte de partition ne serait-elle pas construite à l'intérieur des établissement, et cela naturellement par les enseignants qui constateraient une impossibilité à faire un enseignement égalitaire à des classes trop hétérogènes ?? Je crois savoir que dans des écoles où la sectorisation est obligée pour des raisons géographiques par exemple, ce cas se produit souvent : Une 3eme forte, une 3eme "normale" par exemple. Ou alors, sans faire 2 classes de niveaux différentx, l'enseignant laisse tomber les fameux 30% qui ne peuvent suivre, et ne s'occupe que des 70% meilleurs. Cas que je connais, qui m'a été rapporté.

Newsletter
Je m'identifie