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L'émergence du problème des violences scolaires
Elle peut être datée, à la semaine près, de la mi-octobre 1990. Et les conditions de cette émergence n'ont pas été sans effets. Ils durent encore, et il faut s'en souvenir au moment où le ministère sort ses chiffres sur les violences à l'Ecole.
Il est rare que l'apparition d'un phénomène éducatif dans l'espace public puisse être daté avec précision. Mais c'est le cas, extraordinaire si l'on y songe, de l'émergence du problème des violences à l'école en tant que thème de réflexion et d'inquiétude à traiter. Le quotidien « Le Monde » est un bon exemple de cette mutation soudaine. 15 octobre 1990 : « La violence dans les lycées de la banlieue parisienne : les enseignants rompent la loi du silence » ; 18 octobre : « Plusieurs centaines de lycéens de la banlieue parisienne ont à nouveau manifesté contre l'insécurité et réclamé des surveillants devant l'inspection académique de la Seine-Saint-Denis ». Le ministre alors en charge de l'Education nationale - Lionel Jospin - se saisit immédiatement du problème, qui devient dès lors une question politique qui ne quittera plus la scène publique.
Bien entendu, la presse rendait compte depuis longtemps de violences dramatiques survenues dans le cadre scolaire, mais au cas par cas, sans les présenter comme un problème majeur de l'Ecole à traiter. Et ces violences pouvaient être, certains années, bien plus nombreuses qu'on ne le pense actuellement. Ainsi, à titre d'exemples ( parmi bien d'autres possibles ), il y a tout juste trente ans, dans le seul deuxième semestre de 1979 : 20 juin : « Un surveillant meurt à Metz, battu à mort par trois garçons venus venger leur camarade » ; 22 octobre : « Un collégien de 12 ans tue un camarade dans une bagarre à Aubervilllers » ; 20 novembre : « Un lycéen grenoblois de 17 ans est blessé à coups de ciseaux en tentant de s'opposer à une tentative de racket ». Et on peut multiplier les exemples de cet ordre.
Le changement soudain d'attitude intervenu fin octobre 1990 s'explique essentiellement par le caractère inédit des manifestations des lycéens de banlieue contre « l'insécurité » de leurs établissements scolaires, et par l'ampleur extraordinaire du mouvement lycéen de l'automne 1990 - parti de la ‘'périphérie'' - qui va marquer les esprits. Les mouvements étudiants ou lycéens s'étaient jusque là développés à partir des centres villes et des établissements les plus huppés comme la Sorbonne ou les grands lycées parisiens ( avec le plus souvent des mots d'ordre, dans les années post-soixante-huitardes, contre les différentes figures de la ‘'répression'' ).
C'est dire si cette inversion ( la ‘'périphérie'' à l'initiative ) et sur un thème inédit ( pour la sécurité et l'ordre dans les établissements scolaires ) a fait sensation dans le monde des médias. La thématique des violences à l'Ecole développée dans la sphère politico-médiatique en restera très marquée. Et cela dans une équivalence simple voire simpliste : violence scolaire = établissements de la périphérie.
La problématique publique des violences scolaires s'enkystera là-dessus ( alors qu'il se peut fort bien que ce ne soit pourtant là que la partie émergée de l'iceberg ). Mais cela arrange sans doute beaucoup de monde que l'on puisse penser que la violence est à la ‘'marge'' du système scolaire et le fait de marginaux.


Tous les commentaires
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Merci pour ce rappel historique très utile, en effet, cher Claude Lelièvre. Mais, si vous permettez, je vous dirai qu'il en va de ce problème-là comme des autres. Il a été traité par le pur blabla, la pure esbrouffe.
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C'est la caractéristique de toute la politique de ces trente dernières années que d'être devenue la politique de l'autruche, qui fait la quasi-unanimité, droite, centre, gauche, politiciens professionnels, militants et masse des électeurs (ce qui, pour cette dernière catégorie, a toujours été le cas). Le résultat est la politique bananière dans laquelle nous baignons, en attendant le retour à l'état sauvage.
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On voit aussi ce que cela donne quand on lit les commentaires des abonnés de Médiapart, militants en mal de chefs. Lire les fils consacrés à la querelle ségolène-vincent et voir comment sont détériorés les tentatives d'apporter un minimum de raison, comme dans le fil de Sébastien Rome.
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jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net
Merci, JPYLG d'avoir noté une tentative d'apporter de la raison de ma part. Il est vrai que j'aurais dû mettre un avertissement sous mon billet "débat sur Ségolène, interdit, si vous le souhaitez, nous nous retrouverons ailleurs, les billets et les artciles ne manquent pas. Ici, parlez des propositions du "Rassemblement"" mais bon...
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Je m'interroge sur le basculement souligné et daté par Claude Lelièvre. N'y a t'il pas un lien à faire avec l'affaire du voile, un an auparavant et cette liaison banlieux-insécurité-arabe qui s'est structuré dans les années 80 et qui a remplacé le discours de la lutte des classes ?
On y reconnait d'ailleurs des constantes historiques, que l'on retrouve au XIXe, qui expliquent pourquoi ce discours a marché : les marges de la ville - les classes dangeureuses - l'étranger fanatique et arriére (je pense aux descriptions des iltaliens et la tuerie d'Aigues Mortes).
Cher Claude Lelièvre est-ce pas ce tournant, une sorte de retour au XIXe, que vous relevez ?
Hypothèses sans doute quelque peu aventureuses, mais intéressantes.
Jolie formule pour me dire que je fais totalement fausse route...
Mais non, cher Sébastien Rome; cela me semble une voie ( certes incertaine ) à explorer effectivement
Cher Claude, merci de cet article.
Et merci de dire encore que cette violence n'est pas que circonscrite à la périphérie de notre système éducatif, dans ces établissements "sensibles", "difficiles", etc. La violence verbale, par exemple, est désormais partout, y compris dans ces établissements que l'on dit privilégiés. Et elle se sait, sans doute peut-on y discerner une des raisons des soucis de recrutement actuels.
Bonjour Claude Lelièvre. La décortication des polarisations et des logiques médiatiques me semble aujourd'hui une priorité. Une première étape vers la différenciation entre une politique de gauche et une politique de droite sur ce problème de la violence qui tant fait violence à une gauche suiveuse.
Laisser pointer les périphéries comme origine principale "des violences", n'est-ce pas en effet laisser endiguer la définition de la violence sous son seul visage "de révolte des vaincus de la société", de ceux qui ont raté le train comme le disait Fillon lorsqu'il était ministre de l'éducation nationale, n'est-ce pas réduire la violence à celle qui risque (marginalement) de toucher quelques privilégiés ou tout au moins de les inquiéter.
Alors que, comme vous le rappelez, la violence réelle est de toutes les époques... Peut-etre un jour une histoire de l'utilisation de l'insécurité (et celle qui fait le plus peur n'est-elle pas celle qui touche les enfants) dans les propagandes électorales...
Non seulement la violence à l'école ne se limite pas à la périphérie, mais il semble que le racket à l'école primaire ne soit pas un phénomène nouveau. Seules les langues qui se dénouent peuvent être considérées comme tel. Par ailleurs, le lien entre violence à l'école et virtualité (jeux de rôles) n'est peut-être pas assez souligné alors que pour le coup, oui, ce phénomène est nouveau.