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La crise de la formation des enseignants

La question de la formation des enseignants est en train de prendre une ampleur inédite. La FCPE ( la première fédération de parents d’élèves ) et les organisations lycéennes UNL et FIDL ont appelé à participer à la journée de mobilisation du 21 janvier pour la défense de la fonction publique et des services publics.

Elles demandent ensemble la mise en place d’un plan pluriannuel de recrutement de personnels enseignants – ce qui est assez classique – ; mais elles demandent aussi ensemble une augmentation des temps de formation pédagogique et psychologique ( théorique et pratique ) des enseignants, ce qui est tout à fait inédit.

Par ailleurs, le secrétaire général de la FSU ( la principale fédération syndicale d’enseignants ), toujours dans le cadre de cette même journée de mobilisation, a écrit à François Fillon une lettre ouverte dans laquelle il indique que " le 21 décembre dernier, une très large majorité d’organisations a condamné le processus qu’utilise le gouvernement pour engager à marche forcée une réforme désastreuse et inapplicable de la formation des enseignants ". Et il en appelle solennellement – par delà le ministre de l’Education nationale Luc Chatel – au Premier ministre lui-même, pour que cela cesse et que " s’engage une véritable négociation pour une autre réforme ".

 

La question de la formation des enseignants est en train de déborder le cadre de l’Education nationale non seulement parce que le ministre de l’Education nationale n’est plus seul mis en cause, mais aussi parce que la question est désormais posée avec force dans d’autres secteurs, notamment celui de la musique. Une " Lettre ouverte " - signée d’ores et déjà par plus de 5000 pétitionnaires - a été adressée au ministre de la Culture pour demander un moratoire concernant " une réforme rétrograde de l’enseignement supérieur artistique qui réduirait la formation du musicien à la seule notion ‘’d’interprète’’ de la musique " ( site : www.sauvonslenseignementartistique.fr ).L’une des conséquences majeures de cette réforme, est-il souligné dans cette " Lettre ouverte ", serait la disparition des Centres de formation des enseignants de la musique ( CEFEDEM ) qui délivrent depuis 1990 le Diplôme d’Etat permettant d’enseigner dans les écoles de musique et les conservatoires ( au nom de " l’idée simpliste et relevant soit-disant du ‘’bon sens’’, qu’une unique et solide formation d’instrumentiste suffirait pour enseigner la musique " ). On voit ainsi que la mise en cause des IUFM et de ce qu’elles représentent n’est pas un phénomène circonscrit à l’Education nationale, mais fait partie d’une politique plus générale. 

A vrai dire, cela fait longtemps que la nature voire l’opportunité d’une formation professionnelle fait question ; avec – certes – des hauts et des bas ( en particulier pour ce qui concerne l’enseignement secondaire ). On peut se référer, par exemple, à un moment clé, celui des tout débuts de l’Ecole de la troisième République ; et rappeler la forte prise de parti du grand historien Ernest Lavisse, l’un des principaux lieutenants de Jules Ferry. Ernest Lavisse fait valoir très fermement que des connaissances spécifiques sont nécessaires aux futurs professeurs dans des domaines très divers, de la psychologie à l’histoire de l’éducation, de la sociologie à la physiologie. Il souhaite même que l’on multiplie les chaires universitaires de " science de l’éducation " ( il n’en existe alors que deux en France ). Et il s’insurge tout particulièrement contre " l’objection préalable que les qualités essentielles de l’éducateur ne s’enseignent ni ne s’acquièrent ". Un programme et un travail infini, à reprendre constamment, si l’on en juge par les aléas de l’histoire et la situation actuelle.

Par ailleurs, Ernest Lavisse s’en prend aux artifices du recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire, et en particulier à la soi-disante leçon faite devant un jury d’agrégés et de professeurs de facultés. " Au régiment, on apprend au simple soldat à commander, en le mettant devant un peloton de soldats : j’imagine qu’il commanderait mal un peloton de généraux. La leçon qui sera faite devant le jury d’agrégation pourrait donc être très bonne en elle–même, et détestable si on la transposait devant un auditoire de vrais élèves.. Et si le candidat parlait devant le jury comme il le ferait devant des élèves de quatrième, l’épreuve aurait un caractère de puérilité qui étonnerait fort les juges. L’étudiant prépare donc à la Faculté ses leçons sans aucune préoccupation pédagogique et, quand il se trouve pour la première fois devant de véritables élèves, il n’a jamais réfléchi sur la façon de leur parler "( " Questions d’enseignement national ", 1885 ).

Va-t-on revenir purement et simplement à cela, dénoncé sans appel par un ‘’républicain historique’’ ( à l’écart de tout ‘’pédagogisme’’ ) , il y a déjà 125 ans ?

 

 

 

Tous les commentaires

comment faire pour que la défense de la formation des enseignants n'apparaisse pas comme une défense des UIFM qui, au fil des ans, se sont coupés des réalités pédagogiques ? Les critiques que l'on entend à leur égard ne sont pas toutes dénuées de fondement.

il est clair cependant qu'enseigner s'apprend et que les méthodes ne sont pas inscrites dans les gènes, qu'être largué devant une classe sans aucune préparation est une épreuve redoutable. En 1968, quand j'ai débarqué devant une classe de terminale, je n'avais pour toute expérience que 6 heures de cours et quelques paquets de copies corrigées en lieu et place de mon conseiller pédagogique de l'époque, à quoi se résumait le fameux stage pédagogique censé nous apprendre les ficelles du métier. Pas étonnant que la seule planche de salut pour bon nombre d'entre nous ait été, quand ils les vaient gardées, les notes du cours qu'on leur avait fait quand ils étaient eux-mêmes en terminale - et l'on s'étonnait du conservatisme, pédagogique (et doctrinal !) des enseignants -.

 

Il ne s'agit pas, en effet, de défendre les IUFM en l'état, cher Patrick Rodel. D'ailleurs, dans le cadre des Etats Généraux de la formation des enseignants qui a eu lieu l'année dernière, la plupart des ''intéressés'' en convenaient volontiers. Il reste qu'il y avait eu des progrès sensibles ces dernières années dans un certain nombre d'IUFM à partir du nouveau ''Cahier des charges'' ( et dans un certain nombre d'IUFM ,cela pouvait s'apprécier par un taux de satisfaction nettement plus fort chez les ''sortants'' d'IUFM, notamment pour les professeurs des écoles ). Il faut dire aussi que la formation professionnelle des enseignants est un problème très difficile à régler pour une complète satisfaction ( comme on peut le constater dans les autres pays européens qui ne sont jamais contents de leurs systèmes; et croient tous qu'il y a mieux chez l'un de leurs voisins ).

J'ai bac + 20 dans l'enseignement,comme répondait Françoise Françoise Girou à un homme politique qui l'interpellait sur sa compétence, et je constate chaque jour à quel point j'ai appris en matière de pédagogie et comme c'est vital pour les élèves et pour moi. Evidemment qu'une formation est nécessaire et que nous devrions faire bénéficier les jeunes profs de nos expériences précieuses... Je ferai grève demain à défaut de meilleure forme protestaire.... Mais avez-vous remarqué que leParisien fait sa Une sur l'absentéisme des profs? Pur hasard à la veille d'une journée de grève?Se sont-ils renseignés dans les rectorats pour savoir pourquoi il n'y a plus de remplaçants?

La FCPE est contrôlée par des profs gauchistes et les syndicats lycéens par leur progéniture. RAS, donc.

Quand vos commentaires dépassent les 3 lignes, je ne perds pas mon temps à les lire et là, je ne trouve même pas quoi répondre tellement c'est stupide. C'est dire...

question de bon sens : pourquoi se préoccuper autant aujourd'hui de la formation des enseignants ? Seraient-ils si mal, si peu ou pas du tout formés ? Il me semble que non. Si l'on veut parler de la formation tout au long de la vie, alors il ne faut pas en faire un enjeu spécifique d'une profession mais un droit pour tous au développement professionnel. Donc, on devrait plutôt s'occuper de la carrières et des conditions d'exercice du métier d'enseignant plutôt que de s'ingénier à leur trouver des cours de maintien ou de mise à niveau

Votre remarque révèle une grande méconnaissance du métier d'enseignant qui n'est pas une profession comme une autre du fait de l'approche psychologique permanente qu'elle requiert;;;Par ailleurs il n'est nullement question de cours de maintien ou de mise à niveau dans le projet de réforme... il est question de la disparition pure et simple de leur formation.

 

tout à fait d'accord avec le dernier commentaire posté. La "formation de soi", à quoi devraient avoir droit tout le monde, dans l'enseignement et ailleurs, dépend du temps, des conditions de travail et de ce qui permet de continuer à réfléchir sur soi et son travail, s'interroger, grandir, apprendre, regarder, rester curieux, etc. C'est une question qui dépasse de loin "la formation des enseignants" telle qu'on l'entend. Des profs heureux !

Faire apprendre est difficile, compliqué et exigeant car on ne peut contraindre quelqu'un à le faire. Cela demande par conséquent une formation digne de ce nom.

Si on supprime la formation des maîtres , les enseignants risquent d' essayer en effet de reproduire à peu près les cours qu'ils avaient eu comme élèves... C'est indispensable de dominer les disciplines enseignées , mais pour les transmettre aux élèves différents d'une et des classes , il faut aussi beaucoup d'autres connaissances et réflexions...( psychologie , histoire de l'éducation pour dominer un peu ce qui a déjà été fait , didactique des disciplines pour voir s'il y a de meilleures façons de présenter les connaissances , étude des expériences qu'il y a eu autrefois et qu'il y a ailleurs , etc ,etc ...

Je manifeste demain , et je vais tout de suite signer la pétition pour l'enseignement de la musique .

L'objectif que l'on assigne à la formation des enseignants dépend à mon avis du pourcentage de la population que l'on souhaite voir atteindre une intelligence scolaire moyenne. Je crains fort que l'on s'achemine de ce point de vue vers une exigence républicaine en chute libre comme si on s'était déjà résigné à sacrifier purement et simplement une grande part de notre jeunesse sur l'autel du réalisme économique. Je ne crois pas à la volonté de nos gouvernants de promouvoir la réussite scolaire. Il me semble donc que le problème n'est pas de méthode, mais bien d'objectif.

Pour ce qui concerne l'orientation socio-politique actuelle, je crains que vous n'ayez pleinement raison, cher Serge Koulberg! Il n'en reste pas moins que cela passe sans trop de résistance, en fonction de certaines représentations, toujours vivaces voire dominantes, en particulier dans l'enseignement secondaire.

 

Pour continuer à essayer d'expliquer la disparition d'une formation ...

http://www.youtube.com/watch?v=veOS7TpaDLU

Il est amusant ou attristant de rappeler que la FSU ne s'est pas opposée à la réforme de la formation des enseignants, lors du CTPM (Comité Technique Paritaire Ministériel) du 28 mai 2009.

 

Aujourd'hui, la FSU se renie en adressant cette lettre à François Fillon, demandant une autre réforme de la formation des enseignants.

 

Petite explication. Le SNES-FSU, tout puissant au sein de cette fédération avait négocié son "abtention bienveillante" face au projet de mastérisation, contre une revalorisation substantielle des enseignants... du second degré uniquement... Bel exemple !

 

Les cocus de l'histoire sont les enseignants du premier degré, particulièrement ceux qui sont proches du SNUipp-FSU (syndicat du 1er degré de la FSU), qui se sont fait doubler par le grand frère, le SNES-FSU...

 

L'ambiance promet d'être torride au prochain congrès de la FSU... ça pourrait faire rire si l'avenir de la formation des enseignants et la scolarité de millions d'élèves n'étaient en jeu.

@ remyrem

Vous dites

"L'ambiance promet d'être torride au prochain congrès de la FSU... ça pourrait faire rire si l'avenir de la formation des enseignants et la scolarité de millions d'élèves n'étaient en jeu "

 

La réforme ne peut pas être pire que les dégâts occasionnés depuis 20 ans par la Meirieulogie des IUFM .

Quel que soit la réforme ou pas de formation du tout ,c'est mieux que la déformation actuelle pour les enfants..

 

Cher Remyrem, vous n'avez pas tort historiquement de rappeler cet épisode. J'espère pour ma part qu'il pourra être surmonté ( dans le bon sens, qui n'est pas celui d'Alcyme, est-il nécessaire de le préciser? ). A la réunion reconvoquée par le ministère après appel au boycott du conseil technique paritaire ministériel du 27 mai dernier, chaque organisation syndicale est entrée dans le débat en défendant sa position. C’est ainsi que la plupart des décrets ont été adoptés ( le SNES et le SNALC les votant ou s’abstenant, ce qui était suffisant pour permettre l’adoption ), à l’exception notoire de ce qui concernait les professeurs des écoles, car le SNUipp a voté contre. Et le secrétaire général de la FSU a cru bon alors de réagir à certaines interrogations dans une déclaration qui apparaît, somme toute, très caractéristique : " La délégation de la FSU est intervenue sur chaque texte en fonction des mandats que s’étaient donnés les syndicats nationaux concernés par les corps en question ".

Certaines choses s'apprennent sans professeurs (et non des moindres), parler, marcher, je crois qu'enseigner appartient à cette même catégorie qui ne s'enseigne mais se perfectionne. Un argument évident pour rompre avec la necessité supposée que tout maître doit être formé dans une école est: Dans quelle école sont formés les maîtres qui forment les maîtres? Il faut bien s'arreter un jour, en l'occurrence je pense que le plus tôt est le mieux. Il est vrai que l'indigence des formateurs rencontrés en iufm a peut-être altéré mon jugement.

Cordialement

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