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25
May

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Luc Chatel n'a pas su se tenir, se retenir

Dans le déroulé de la grande séquence sécuritaire, il ne manquait plus que lui. Et il s’est précipité pour faire une annonce «forte», avant la date (le 23 septembre) qu’il avait lui-même choisie pour présenter devant le Conseil supérieur de l’éducation les dispositions qui doivent s’inscrire dans le cadre de la refonte des sanctions (et faire ensuite l’objet de deux décrets).

 

Le ministre de l’Education nationale a donc cru bon de se précipiter, en mettant tout particulièrement en valeur dans une interview au " Figaro " de ce jeudi que " certaines procédures acquerront un caractère systématique ". Lesquelles ? " Toute violence physique donnera lieu à un conseil de discipline " ; et " toute violence verbale à l’égard des personnels entraînera une procédure disciplinaire ".

On souhaite bien du plaisir à ceux qui seront chargés de mettre en œuvre ( si cela doit être effectivement le cas, par delà l’effet d’annonce précipité ) ces procédures à déclenchement’’ automatisé’’.

Même si, pour apporter un embryon de réponse institutionnelle à ce type de procédure, il est prévu d’ " institutionnaliser la commission scolaire ", qui sera présidée par le chef d’établissement qui en choisira lui-même les membres. ( en vertu sans doute d’un culte unilatéral du chef, auquel semble très sensible Luc Chatel en l’occurrence ).

 

Pour faire bonne mesure ( et mettre en cause - involontairement ? – ses prédécesseurs, dont François Fillon lui-même, lorsqu’il était ministre de l’Education nationale ), Luc Chatel termine fièrement son interview au " Figaro " en soulignant que l’ " on essaye donc de faire évoluer les mentalités en reprenant les fondamentaux [ de la droite sarkozienne ? ] , comme il aurait fallu ne jamais cesser de le faire ". Fermez le ban !

 

PS: à ceux qui penseraient que les injures d'élèves aux enseignants seraient la marque de notre XXI°siècle, je dédie ce qui suit.

On peut prendre pour emblématique des orientations prises et des problèmes posés il y a plus d'un siècle, l’article sur " la discipline scolaire " du " Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire " paru sous la direction de Ferdinand Buisson de 1882 à 1886, un ouvrage de référence présent dans la plupart des écoles communales de France, et repris presque intégralement dans le " Nouveau dictionnaire " de 1911. Son auteur – Jean Gaillard – est un instituteur devenu inspecteur primaire à Paris.

" L’élève le plus emporté et qui paraît le plus intraitable est toujours démonté et vaincu par le calme du maître. Eclairons ce point par un exemple. Un désordre grave s’est produit dans la classe, une punition a été jugée nécessaire, le maître l’a infligée. Ce qui peut arriver de plus grave alors, c’est une sorte de révolte de la part de l’élève qui est l’objet de cette répression ; cette révolte se traduit par un geste malséant, par un mot peu convenable, mettons les choses au pire, par une parole injurieuse. L’enfant agit évidemment sous l’empire d’un sentiment violent, son imagination s’exalte, d’autant plus qu’il sent auprès de lui des témoins de la lutte qui s’engage et que, parmi eux, il s’en trouve un certain nombre peut-être prêts à l’admirer.

Si le maître engage la lutte avec l’enfant, le voilà dans la nécessité très grave ou de céder, ce qui compromet son autorité ou d’employer la force, ce qui compromet sa dignité. L’instituteur, maître de lui-même, songe d’abord qu’il est homme et qu’un homme ne saurait être insulté par un enfant. Il se contente donc de sourire au spectacle de cet être faible qui commet l’erreur de se croire un moment le plus fort ; il apaise d’un simple geste l’émotion qui s’était manifestée dans la classe. Il évite de parler au coupable et s'il a une observation courte à faire, c'est aux autres qu’il l’adresse, c’est sous le ridicule et presque d’un seul mot qu’il abat cette grande colère. Le petit rebelle était préparé pour le combat, son épée a frappé dans l’eau, il est désarmé, il est vaincu et tout honteux de son escapade. Dans une heure le maître peut l’appeler et lui tenir le langage de la raison ; il pourra l’écouter, il demandera pardon, il acceptera la punition […]. Le maître qui, par sa tenue, par ses gestes, par ses éclats de voix désordonnés, par ses colères constantes, vraies ou feintes, par des menaces exagérées qu’il lui est impossible de mettre à exécution apparaît ridicule se retrouve complètement perdu aux yeux de ses élèves; il ne les dominera jamais, il ne les disciplinera pas. Arrivât-il à les battre, il ne les empêchera pas de se moquer de lui ".

On aura remarqué que ce texte très officiel évoque comme une possibilité tout à fait banale qu’un élève profère une " parole injurieuse " contre son instituteur et devant ses camarades, " un certain nombre étant peut-être prêts à l’admirer ". On est loin de l’imagerie idyllique et nostalgique d’un maître dont l’autorité se serait imposée facilement, sans résistance ou violence en retour, quasi sacrée..Et l'on a droit à une certaine leçon de maîtrise.

Tous les commentaires

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Oui, le rapport de forces est le pire en pédagogie surtout avec les adolescents. Et comme l'adolescence commence de plus en plus tôt et finit de plus en plus tard, les problèmes de "conduite" comme on disait dans les temps anciens, sont de plus en plus nombreux. Aujourd'hui on ne donne plus des notes de conduite, on fait de la discipline. C'est le sens actuel de Frédéric Buisson dans le contexte des mesures du Ministre de l'éducation. Mieux qu'un post-scirtptum.

L'autorité ne s'impose ni ne s'octroie. Elle est la résultante du respect mutuel entre deux parties le "maître" et l'"élève, elle s'acquiert et se gagne par le "courant qui passe" entre lui et sa classe. J'ai écrit cela en 1972..Je n'avais pas de mérite. C'est ce que nous inculquait le directeur de l'Ecole Normale..Car ce métier difficile s'apprend. On l'a oublié aujourd'hui..

On attend de ce ministre qu'il donne une liste des violences verbales auxquelles nos petits diables peuvent avoir recours, on s'en pourlèche les babines d'avance ! Mais ne faudrait-il pas sanctionner aussi les violences verbales des adultes eux-mêmes ? Je vois d'ici ce monde policé qu'on nous propose, avec un policier dans chaque classe ou chaque cour d'école...

bon retour de vacances, cher Claude, va y avoir du pain sur la planche !

On savait que nombre de membres de ce gouvernement était notablement déficitaire en neurones, on savait que l'Education Nationale allait être bradée sur l'Autel de la mondialisation, on vient d'apprendre quelque chose : le ridicule est contagieux au-dessous d'un certain QI.

Luc CHATEL, qui n'a pourtant jamais rien dit d'intelligent, franchit là le mur imperceptible qui le fait passer dans le monde très célèbre des imbéciles dangereux.

Il va falloir acheter plein de barbelés pour isoler les écoles des miasmes du monde extérieur. La dette va encore en prendre un coup.

 

J'avais entendu ça à la télé à midi et n'en croyais pas mes oreilles ! Il faudrait peut-être construire quelques prisons pour les peines plancher de l'Education Nationale ...

Parfait!

Merci cher Claude Lelièvre de cette nécessaire mise en perspective historique. Le plus ridicule de l'affaire étant bien sûr que Luc Chatel devrait commencer par appliquer ses directives au sommet de l'Etat, le président nous a en effet régulièrement montré son incapacité à maîtriser ses propos, à contrôler ses réactions dès qu'il est contrarié. Faudrait-il alors une "procédure disciplinaire" pour l'hôte de l'Elysée dès que son verbe dérape?

Exact.

L'exemple vient d'en haut...

Finalement, cher Claude Lelièvre, derrière la rituelle formule du retour aux fondamentaux que certains acteurs politiques manient à l'envi pour légitimer leurs discours, on se demande parfois (mais jamais assez) de quoi il retourne.

En faisant appel aux sources historiques tangibles comme l'indispensable nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire de Ferdinand Buisson, vous apportez une réponse de premier ordre. Il ne suffit donc pas de « sauter comme un cabri en répétant "retour aux fondamentaux" » Clin d'oeil, surtout en matière d'école. Encore faut-il bien les identifier et les comprendre. Merci pour cette rapide contribution.

... Où l'on peut observer que si un niveau baisse, c'est celui du ministre.

Il faudra qu'il fasse une autre annonce : grâce à notre président, à partir de dorénavant, le soleil se lèvera et se couchera chaque jour. C'est pas les prédécesseurs qui auraient obtenu une telle obéissance!

Heureusement qu'ils sont là.

 

Ce n'est pas Ubu roi qui décrète le lever et le coucher du soleil? N'y voyez pas de malice, tout cela se passe en Pologne...

J'ai eu peur un instant en lisant le titre de votre billet cher Claude Lelièvre...

Oui peur que ce pauvre Luc Chatel "se soit fait parmi" pendant une conférence de presse !!!

Heureusement, ce n'était qu'une de ses diarrhées verbales habituelles !!!

Rien d'irréparrable en somme...

Sauf pour la bêtise de notre ministre de l'éducation qui mériterait presque que le maître s'emporte et lui colle une bonne fessée !!!

Je viens seulement de comprendre pourquoi il y a autant de pétomanes en Sarkozie : ils font tous le concours du plus gros fayot !

Luc Chatel se prend pour LucSkywalker, que la force soit avec lui.

Ca devrait pas être trop dur face à des enfants.

Hmmm... après avoir lu l'article du Figaro, je n'ai rien trouvé de terriblement nouveau dans les propos du ministre. Ce sont toujours les mêmes rengaines, dormez tranquilles, rien ne bougera côté sanction.

Je vais sans doute passer pour la facho de service, mais ce que je lis sur le sujet me fait doucement rigoler. J'aimerais retrouver ce qui se passe dans les établissements, mais non.

On parle d'injure et on explique doctement quoi faire. Oui, mais qui sait ce que cela signifie, concrètement ?

Concrètement, en Zep, pour une femme de moins de 60 kg, ce sera d'entendre, avec la régularité d'une pendule, de la part d'élèves connus et souvent inconnus :"pute" "salope" "t'es trop bonne", sur son passage. Ce sera, pour un professeur d'origine étrangère comme on dit de nos jours, une tranche de jambon jetée sur le bureau. ( en passant, cela montre aussi que cette incivilité généralisée n'est pas que "d'origine étrangère" - mais bon, paraît que ce n'est pas vrai ). Pour une prof de LP, une paire "fondamentale" de l'appareil génital masculin posée sur le bureau. Pour un homme assez peu musclé, un saucisson offert et des allusions d'une délicatesse non-pareille.

Alors, parler de maîtrise de l'adulte-enseignant, certes, mais souvent on passe de la demande de la maîtrise de soi à l'exigence de la sainteté absolue. Or, ce n'est noté nulle part au départ, je vous le jure, nulle part on ne précise au professeur-aspirant qu'il entre dans les ordres. Même, on lui fait croire que sa mission est très laïque. Oui, mais son comportement sera digne du Seigneur Jésus Christ.

J'exagère ? Oui, si vous lisez cela en pensant que cela concerne tous les élèves. Non, si vous considérez que le peu d'élèves qui ont ces comportements les ont sans aucune espèce de sanction. Oui, si vous vous référez au primaire. Non, si vous pensez que m'sieur Chatel est aussi ministre des LP, des Zep et tout et tout.

Un exemple : cette année, dans le couloir, il a fallu être quatre enseignants pour obliger un élève à museler son expressivité vocale - tout à fait digne d'un ténor de la Scala - et jamais nous n'avons pu savoir qui était cet élève, jamais il n'a accepté de nous donner son nom, parce que nous n'étions pas 'ses' profs et que nous n'étions que des 'bâtards'.

C'est un exemple. Rien de grave là-dedans. Un exemple pris dans un wagonnet d'autres exemples similaires. Un exemple d'incivilité ordinaire. C'est cela aussi la réalité des établissements scolaires ( allez, je vous le concède, sûrement pas tous, mais une partie ). Qu'aurait-il fallu faire ?

Rien d'autre que lui demander de se taire? Ce qui fut fait. Rien d'autre que d'oublier les autres, qui planchaient comme des crétins ( puisque, n'est-ce pas, le calme et le silence dont ils pouvaient avoir besoin n'intéressent personne )?Et se dire que ça va recommencer. Dans un autre couloir, parce que c'est fun, parce qu'on est libre, qu'on n'est pas en classe et qu'on fait ce qu'on veut - et que ce soit au détriment des autres n'a pas d'importance.

Alors après, c'est rigolo de voir les gens s'effarer des incivilités des jeunes. En même temps, puisqu'on ne doit pas les sanctionner à l'école, pourquoi faudrait-il les sanctionner à l'extérieur ? Ca n'a pas l'ombre du sens commun. Et je ne sais pas qui, dans ceux qui me feront l'honneur de me lire, s'est senti une âme de père blanc pour aller éduquer les 'jeunes' irrespectueux du métro. Personnellement, je n'ai jamais vu personne se dévouer. J'ai par contre vu bcp baisser les yeux et faire comme s'ils n'étaient pas là - hop, transparents ! Mais l'enseignant ce serait son métier ? - ce n'était pas précisé dans le recrutement...

J'exagère ?

Evidemment, les insultes, cela peut se maîtriser dans le cadre très précis d'une classe. Ce que personne ne veut entendre, ce sont les lieux, les fréquences, les objets et les violences que tout cela induit >> essayez donc de le vivre, cela, ( votre désagréable heure de métro) , toute une semaine, sans broncher, en restant calme, en "éduquant" tout en essayant quand même d'apprendre un truc que vous savez, et pour lequel vous pensiez avoir été recruté. Extrapolez à un mois. Puis à une année scolaire. Le prozac, c'est pas mal. L'indifférence aussi.

Que proposez-vous pour que les enseignants ne tombent pas dans ces travers ? Pour eux, si bien abandonnés, si bien critiqués ( mais ce n'est pas de leur faute, nous avons bien compris - ils sont con-cons, les profs, ils n'ont jamais quitté l'école ), pour ceux qui sont bordélisés ? Une 'tite leçon de morale ? Une 'tite reprise en main sur leur grande responsabilité ?

Mais nous n'y croyons plus, nous, à notre 'grande responsabilité', ce n'est pas cohérent, ce n'est pas possible. N'oublions pas que, dans nos sociétés jolies, ceux qui ont des paies extravagantes, des parapluies en or, des trucs et des machins ne les ont Que parce qu'ils ont de 'grandes responsabilités'. Les enseignants n'étant point à cette enseigne n'ont donc point de grande responsabilité, c'est logique. Ou alors il y a quelque chose de pourri au Royaume de Danemark. Je m'en voudrais de le croire.

 

Ils ont été culpabilisés à loisir, voyez-vous, les enseignants de vos enfants : vous comprenez, seul compte l'intérêt de l'enfant ( contre l'intérêt des autres enfants, je me permets de le rappeler, en toute perfidie, je sais. )

Je crois qu'un métier où on demande à des gens des attitudes humaines extra-ordinaires au quotidien est un métier qui ne tourne plus rond.

 

Quant aux insultes entre élèves... là il semble que la doxa veuille qu'on ne fasse rien - une petite remontrance et ce sera bien. On est dans la zone taboue, celle dont il ne faut pas parler, celle où tout va très bien, médème la marquise - celle qui conduit à préférer l'éducation de l'un à l'enseignement des autres. C'est un choix de société, en somme.

 

Alors, en lisant l'article et les contributions, je me demandais : que faire, en vrai ? Dans la vraie vie ? Avec un nombre certain d'élèves qui refusent l'institution et l'insultent ? Que dire à la jeune femme professeur d'art plastique, vous vous souvenez, poignardée pour une histoire de casquette ? Que c'est de sa faute ? - ce qu'elle entendit à plaisir, merci pour elle.

Qu'il faut être pédagogue ? Elle est bonne !

 

Je peux rassurer, tout de même : M. Chatel est contre les exclusions de cours, et il le prouve en prenant bien les enseignants pour des cons, qui ne savent pas ce qu'il advient de l'élève exclu - qui est juste sous la responsabilité de l'enseignant, mais fi des détails de l'histoire.

Il demande donc, comme tous les autres qui n'ont pas d'élèves et surtout pas de classe, de sanctionner 34 élèves qui devront attendre la fin de la crise de X, pour éduquer ce-dit X, non pas lui apprendre un savoir, mais un savoir-vivre. Et les autres apprennent que ... on les prend pour quantité négligeable. Merci pour eux.

 

Alors zut. Zut et zut. L'éducation nationale ne donne pas encore de cours particuliers. Elle donne des cours à des classes - trop chargées souvent. Or le travail à faire pour que disparaisse la perception de l'enseignant ( ou du flic ) comme l'ennemi dépasse largement le cadre de l'école. Et je ne crois pas que c'est en donnant, tous les jours, aux élèves, la certitude qu'ils sont des quantités négligeables, qu'ils ont devoir de se lever cinq jours par semaine pour assister aux crises quotidiennes de tel tel et tel avant de pouvoir apprendre quelque chose, qu'on parviendra à redorer le lustre de cette belle institution.

Le jour où on m'expliquera pourquoi on ré-inscrit, en BTS, des élèves qui ont saccagé leur salle de repos et semé la zizanie dans les couloirs et tous les cours où ils pouvaient le faire, alors qu'ils ont le bac et leur majorité depuis longtemps, alors on pourra aussi m'expliquer pourquoi le soleil tourne autour de la terre.

En attendant l'explication, je pas comprendre.

Et ces BTS sont l'exemple ultime.

J'attends aussi qu'on explique à l'élève Z, qui s'est fait casser le nez à la sortie 'pa'ce que c'est un branleur de bourge' et 'qu'il fait chier avec ses notes', pourquoi ceux qui lui ont cassé le nez sont toujours là sans aucune sanction. Mis à part une machine à creuser des rancoeurs et à amener aux vengeances personnelles, hors de tout contrôle 'objectif' ( c'est bien cela le rôle de la Justice, non ? ) , je ne vois pas ce que c'est ?

Il doit y avoir des sanctions données par l'institution. Sans quoi elles sont données, mais hors d'elle. Et si on apprend, tout jeune, que la vengeance personnelle est le seul moyen pour se rendre justice, alors on apprend tout jeune à se désocialiser. Je ne vois pas l'intérêt de ce résultat.

 

Quant au fait que tout sera sanctionné, pardon, mais ce sont encore les enseignants, les surveillants et les CPE qui actionnent les leviers et qui jugent de la gravité du cas - qui sera ou pas, relevé puis sanctionné.

 

En attendant, dans de nombreux cas, effectivement, l'enseignant se débrouille tout seul face à ses 30 à 35 plus ou moins jeunes élèves, et sait très bien, lui, que son autorité ne s'imposera que s'il parvient à juger rapidement et justement un "cas" - aussi, il évitera la montée aux cocotiers des sanctions disproportionnées ( contrairement aux abrutis qui confondent autorité et autoritarisme et envoient la police déguisée en soldats de l'Empire face à des adolescents ) : parce que cela crée un sentiment d'injustice et instaure un rapport de force - à l'heure actuelle, dans de nombreux établissements, l'enseignant perd quand il joue à cela : d'abord ses classes, et ça tourne au Bronx; ensuite, souvent, un peu de peinture de voiture; parfois un pneu; et parfois aussi son intégrité physique.

 

Donc non, je ne vois pas où est le problème dans l'intervention du ministre, qui ne dit pas grand'chose, et surtout rien de grave, qui parle de réunir des tables rondes dans les établissements et tout un bazar d'usines à gaz qui ne changeront strictement rien à rien.

Je vois problème, quand même, quand je constate de telles levées de boucliers dès qu'on parle de sanctionner un élève.

Mais je sens que je vais assumer mon côté 'facho', et je rassure tout de suite ceux qui pensent que je suis encore professeur : moi aussi, j'ai jeté l'éponge et laisse à d'autres le soin de s'amuser à entendre des insultes en toute zénitude, tout en continuant à faire cours, of course, médème, on est des professionnels.

 

Pardon pour cette contribution un peu longue, pas tout à fait structurée, écrite d'un trait sous le coup d'un léger agacement, je l'avoue. Mais j'ai eu l'impression qu'on me parlait d'un monde qui n'existait pas. Aussi me suis-je permis d'ouvrir une fenêtre sur un monde qui existe tout à fait, très bête et factuel ( même si pas partout, oui je sais je sais ).

Elle est intéressante votre contribution et je l'ai lue jusqu'au bout.

Je n'ai pas vraiment de réponse à donner, si ce n'est que je situe mal le lieu dont vous parlez. Paris peut-être ?

 

Ma réponse va être simple : comment en est-on arrivé là ?

Certainement pas par la faute des enfants. Trop par classe, pas d'éducation structurée et surtout une stigmatisation honteuse.

Le métro, je ne sais pas ce que c'est. Ici, chez moi, il n'y a que des bus gratuits. Mais je n'ai pas encore vu ce que vous décrivez. Quand un jeune est un peu "irrespectueux", je vous assure qu'il suffit chez moi de sourire pour désamorcer. Mais je suis loin de Paris. Et la banlieue chez nous est tout à fait différente. Puisqu'il s'agit dans votre texte de "djeuns" de banlieue suppose.

 

Encore une fois, je vous assure que j'ai lu avec intérêt. Mais je ne retrouve pas la France qui aurait du être la notre, avec du respect que tout adulte doit à un enfant, à un jeune. Pour lui apprendre aussi ce qu'est le respect.

Et effectivement, nous les adultes avons gravement fauté. En élisant les mauvaises personnes au mauvais moment.

Des bus gratuits ? Où habitez-vous ? - sans rire, non je n'habite pas Paris et je ne vous parle pas des jeunes 'stigmatisés' par la presse. Je n'ai travaillé qu'en province - mais pas dans les jolis coins de province, c'est vrai.

J'ai travaillé en Zep et dans un lycée polyvalent. J'ai raconté des choses que j'ai vues comme professeur et des choses qui sont arrivées à d'autres professeurs.

J'ai déjà l'impression que parler d'enfant fausse le discours. Tous les enseignants n'ont pas affaire à des enfants. Mes élèves de BTS ont au minimum 21 ans. Certains élèves de première STI en ont 19; ils ont le droit de vote et conduisent comme vous et moi. Certains élèves de troisième d'insertion étaient dans leurs 16 ans et connaissaient mieux le système judiciaire que leurs familles. Les LP ne sont pas réputés pour avoir un public d'enfants adorables ( à tel point que cela permet lentement mais sûrement d'éteindre les études professionnelles ). Je crois que Chatel, de façon opportuniste, c'est une évidence, a réagi sur ce public-là, qui est aussi dans l'éducation nationale et qui n'est pas simple.

Il paraît que l'enseignant doit s'adapter. A l'heure actuelle, tout enseignant ( je reste dans le secondaire ) DOIT gagner le respect de ses élèves - mais par contre, il DOIT le respect d'entrée à ses élèves. Ceci n'est pas une situation normale et cela pose d'entrée une asymétrie dont on voit tous les jours les dysfonctionnements.

Les causes sont multiples - dans ces causes, les discours anti-profs qui sur-abondent de tous côtés ne peuvent pas aider - mais je dis ça, je ne dis rien.

Merci pour votre post (lu jusqu'au bout).

 

Bon, je suis sans doute la seule personne qui ait râlé après des gamins dans le métro. Mais j'ai aussi râlé après un agent de police qui ne voulait pas mes papiers alors qu'elle voulait ceux des autres.

Non mais c'est vrai quoi, on vient visiter Paris et on ne peut même pas vivre une vraie expérience de Parisien!

Je ne sais pas si je ferais ceci et cela maintenant comme je l'ai fait il y a dix ans (sans réfléchir, et sans résultats d'ailleurs.)

 

Face à 3 loustics dans le métro, une fois dans sa vie, on peut.

Face à 3 loustics qu'on voit chaque jour en face de soi, et qui nous voient dans les couloirs, c'est une autre paire de manche.

 

En tous cas, clairement, le ministre ne propose rien. Il croit que quand on peut sanctionner, on ne sanctionne pas?

 

Quoi que, face au jambon, au saucisson, etc, j'amènerais bien un mini-canif de pique nique pour faire dans la découpe symbolique.

 

 

 

Je tiens à vous remercier, ''Shadokskaîa'', d'avoir pris la peine de nous dire de façon circonstanciée ce que vous aviez sur le coeur. Pour ma part, je prends tellement au sérieux la question des violences scolaires que j'ai écrit un ouvrage paru il y a tout juste trois ans chez Fayard: "Histoires vraies des violences à l'école". Le problème me paraît généralement sous-estimé ( et souvent mal traité dans tous les sens du mot ), et par ailleurs sujet à des outrances ( verbales ou d'annonces ) susceptibles d'être le support de manoeuvres diverses ( qui n'arrangent en rien les choses ).

En l'occurrence, je constate que Michel Richard ( secrétaire général-adjoint du principal syndicat des personnels de direction, le SNPDEN ), dans une interview de ce jour dans le journal "La Croix" prend des distances très nettes avec les propositions ministérielles que j'ai mises en exergue: " Il ne faut pas systématiser la sanction [...]. En ce qui concerne le conseil de discipline, son recours ne doit pas être automatique [...].Contrairement à ce qu'a déclaré le ministre, nous ne souhaitons pas que le chef d'établissement en choisisse les membres; il vaut mieux que la composition de la commission vie scolaire se fasse en concertation entre le personnel administratif et le personnel enseignant".

Par ailleurs la principale organisation de parents d'élèves ( la FCPE ) et l'UNL ( syndicat lycéen ) ont déclaré dans un communiqué commun que "la FCPE et l'UNL sont en attente d'une concertation qui n'a toujours pas eu lieu. Elles regrettent d'apprendre par la presse les propositions non discutées que le ministre présente comme acquises et qui sont loin d'être partagées par les parents et les lycéens".

Luc Chatel n'arrête pas de signifier qu'il prône la concertation; mais, sur ce sujet, il n'en prend pas ouvertement la peine et se précipite pour participer au moment fort de la politique ''sécuritaire'' du président de la République, avant les délais annoncés par lui-même ( prévus dans un mois )...

 

Je suis d'accord avec vous, mais si vous regardez l'article, sérieusement, il n'y a rien - rien qu'un nouvel effet d'annonce, réalisé comme d'habitude sans concertation, mais ça, on est au courant depuis longtemps, non ?

 

 

Merci cher Claude pour cet article qui montre bien la surenchère sécuritaire qui s'installe partout et l'inadaptation des mesures prônées par Luc Chatel. pour autant, je pense comme Shadockskhaia que les préconisations de Ferdinand Buisson sont un peu désuètes. Garder son calme, ne pas s'interposer quand un élève en menace un autre au couteau ou renverse sa table pour prendre la porte et aller se balader dans la rue... ce sont des situations que ni Buisson ni Chatel n'ont dû rencontrer. Là, on s'expose, c'est souvent physique et on fait comme on peut: on est seuls... La hiérarchie ne suit pas toujours. Au quotidien, on invente, on se débrouille et au final, on a la reconnaissance des élèves, pas toujours des parents et encore moins de la société qui devrait nous bénir de réussir chaque jour des miracles!

Oui, chère Nadja. Il ne s'agit pas de prétendre que rien n'a changé sous le soleil de Satan ( cf d'ailleurs ce que je tente de montrer dans les premiers chapitres de mon livre: "Histoires vraies de violences à l'Ecole'' ). Mais, comme vous le suggérez, il faudrait sans doute partir des pratiques qui peuvent réussir, les généraliser dans la mesure du possible, et être ( surtout ) beaucoup plus collectifs que nous le sommes en réalité face à ces différents types de problèmes.

commentaire court : C'est bon de rire parfois (traduire par mdr) !!!!

Et leconcours continue, qui sera dans le prochain gouvernement ...xxx

Le mérite de l'article de Claude est de montrer qu'il existe des moyens rationnels pour traiter des situations irrationnelles violentes autres que répressifs. La répression brutale est un aveu d'échec et d'impuissance.

La longue coutribution de Shadokskaïa montre que la gestion rationnelle n'est pas simple et mériterait aujourd'hui une vraie formation des enseignants. Celle ci pourrait aussi profiter aux élèves qui apprendraient à mieux gérer les situations de conflit.

Merci pour l'expression de la sagesse dont l'éducateurse doit d'être riche : la distance, la consience de sa place dans le groupe d'élèves qu'il a en charge, la bienveillance...

L'étude et la mise en pratique des techniques de Non-Violence doivent faire partie des bases de la Pédagogie. Beaucoup d'infantilisation et de déstabilisation des enseignants les diminuent et les font glisser rapidement dans la peur des élèves.

L'ambiance fraternelle et travailleuse d'un groupe est bien le résultat de ce que l'enseignant impulse, en coordination avec tout l'etablissement scolaire !

demander à des profs de gérer 35 enfants dont, pour parfois une grande proportion, les parents peinent à y arriver avec seulement les leurs, alors qu'ils ont cette autorité que confère naturellement cette situation, est-ce raisonnable ??

Comment peut-il y avoir une réponse unique type "super méthode à généraliser" alors qu'il y a tant de variété dans les situations ?D'un établissement à l'autre dans un même département, cela peut être radicalement différent.

Les élèves ne sont ni tous des anges ni tous des diables, mais le prof doit agir dans la situation où on le met, et force est de constater que le soutien extérieur n'est pas bien présent.

Exprimer une volonté de ne pas laisser faire est effectivement récurrent en politique mais en pratique, ça ne débouche pas souvent sur grand chose, et les établissements étant en partie notés sur cet aspect ne font souvent pas remonter les incidents !

Je tiens à souligner également que le "pire" envisagé par Buisson (un élève en venant à une insulte, quelle horreur inenvisageable !) est assez loin de certaines réalités rappelées par shadokskaia ! Que je remercie pour son témoignage éloquent.

Encore un problème où les conditions sociales de vie et l'"efficacité" du savoir "validé" par l'institution (cela assure-t-il une réussite sociale ? apprennent-ils vraiment de quoi s'élever ? tout cela est un cercle vicieux) se trouvent (indirectement) à la source des ennuis, mais n'empêche qu'il faut pouvoir faire avec, et ce n'est pas simple... Il vaut peut-être mieux sanctionner ce qui peut paraître "peu agressif" assez tôt pour éviter de pareilles violences plus tard. Mais une fois le ver dans le fruit, c'est plus difficile, surtout dans un contexte où on veut caresser le parent électeur dans le sens du poil et où on aimerait ne voir dans ces chers enfants que des êtres innocents et naturellement portés au savoir-vivre...

J'invite ceux qui croient savoir comment faire (par exemple en suivant la recette buisson) à demander un stage d'enseignement en zone appropriée, et de tester concrètement. Un journaliste (sans se déclarer) tenterait-il l'aventure ?

Si ça pouvait faire avancer le schmilblick, il recevrait les remerciements de dizaines de milliers de citoyens qui voudraient pouvoir faire le travail de transmettre des connaissances, et non de réfléchir à la gestion perpétuelle d'incidents potentiels ou effectifs...

"J'invite ceux qui croient savoir comment faire (par exemple en suivant la recette buisson) à demander un stage d'enseignement en zone appropriée, et de tester concrètement. Un journaliste (sans se déclarer) tenterait-il l'aventure ?

Si ça pouvait faire avancer le schmilblick, il recevrait les remerciements de dizaines de milliers de citoyens qui voudraient pouvoir faire le travail de transmettre des connaissances, et non de réfléchir à la gestion perpétuelle d'incidents potentiels ou effectifs..."

Oh que oui ! Je remercie, d'avance, avec vous !!! Cela permettrait aux gens qui causent d'enseignement de savoir de quoi ils parlent - c'est étonnant ce métier que 'tout le monde connaît' et pour lequel 'tout le monde a des solutions évidentes' et où on va jusqu'à vous expliquer combien de temps vous travaillez vraiment, et à quel point vous mentez quand vous vous lancez à parler de corrections, de préparations etc... Etonnant métier, oui.

- enfin, vous mentez. Si, cela peut arriver, on peut nous traiter de menteurs directement. De fainéants, c'est une évidence. De fonctionnaires. De privilégiés. De gauchistes de 68 ( alors que nous n'étions pas nés, pour la plupart, ne têtions pas nos mères, tant pis - les calculs d'âge ne sont pas à l'ordre du jour, tous les profs ont 'fait' 68 ! )

On peut aussi nous dire qu'il faut cesser d'être obsédés des corrections. Ironiser sur le temps passé sur celles-ci ( 8 minutes pour une copie de français de première, c'est sorti dans le Monde de l'an dernier. A en avaler son stylo de rage et à se mettre à effectivement consacrer 8 minutes, tant pis si on n'a pas tout lu, pas tout compris, pas saisi le raisonnement de l'élève, pas vu comment lui expliquer son erreur pour que cela serve à quelque chose, cet excercice ) - sans jamais imaginer que dans le temps de correction il y a le temps passé sur chaque copie, et le temps passé à préparer une correction adaptée aux copies, et le temps passé à établir un barème juste, en fonction de ce qui a été fait. Ca, pfff, ça n'existe pas.

Et nous dire qu'on ressert le même cours depuis 25 ans, en oubliant tous les changements de programme, tous les changements de manuels, qui, même pour le plus paresseux, correspondent à des changements de prep.

Et les vieux de chez nous sont bien désolés d'avoir de vieux cours tout à fait inutilisables. Vous savez, ceux qu'on traite de vieux cons rétrogrades parce qu'ils disent que le niveau baisse.

Comment le niveau ne baisserait-il pas dans de nombreuses matières, alors que les heures de cours dans de nombreuses matières ont baissé ? prrr, objection refusée, on sort les chiffres du bac !

 

Ce n'est plus une institution, c'est un royaume d'ombres, où la réalité ne doit pas apparaître.

Je vote moi aussi pour - le journaliste présente son CV avec licence en n'importe quoi, dès décembre-janvier il aura été récruté quelque part pour faire un remplacement de 15j, et là il aura de quoi écrire.

 

Oui , travail collectif !

.

@Dedalus

demander à des profs de gérer 35 enfants dont, pour parfois une grande proportion, les parents peinent à y arriver avec seulement les leurs, alors qu'ils ont cette autorité que confère naturellement cette situation, est-ce raisonnable

Ce discours incantatoire répété inlassablement par la profession des enseignants est très négatif et n'incite pas à se former aux conditions sociologiques nouvelles d'exercice de cette profession.

Certes il n'y a pas de recettes miracles mais il y a des comportements et des stratégies plus adaptées que d'autres qui s'apprennent .

On aurait dû former les poilus de 14-18 à être zen lors de l'assaut donné sur la tranchée adverse ?

(j'exagère un peu mais c'est pour dire qu'une "formation" ne peut s'appliquer à toute situation, il y a toujours des prérequis pour pouvoir réussir !)

Rejeter le principe de seulement sanctionner fortement ne signifie pas renoncer aux sanctions ! (il ne faudrait pas tomber dans l'extrême inverse par rejet de la politique générale actuelle du gouvernement )

(désolé de faire aussi long, mais le sujet est tellement complexe et vaste, qu'il est impossible d'en faire ne serait-ce qu'un quart de tour en quelques phrases)

@ christian paultre : oui je suis d'accord qu'il y a des principes de réaction qui certainement vont dans le bon sens, et qu'ils s'apprennent ! Je voulais juste dire que parfois pour certains cas (pas si rares) c'est mission quasi-impossible, et que dire alors aux profs concernés qu'ils "n'auraient qu'à" n'arrange pas les choses. Parfois j'ai aussi l'impression que l'adjectif "nouveau" (ou "moderne") est une forme de "avec ce qu'on doit considérer comme normal maintenant, ne vous en déplaise", et surtout une façon d'imposer une conception de façon artificielle.

Le "nouveau lycée" issu de la réforme (et vendu en pub par le gouvernement !) est une nouvelle attaque à la transmission réelle des savoirs et au bon fonctionnement des établissements (le but semble être seulement de dépenser le moins possible et de favoriser les officines privées qui se sucrent en bourse !) . Et les profs, cpe, documentalistes et chefs d'établissement n'auront qu'à se débrouiller, y compris pour eux-mêmes trouver des remplaçants en cas de besoin !

Perso je suis pour qu'on enseigne aux enseignants, futurs et anciens, les techniques zen et relaxation; les techniques de non-violence et de résolution des conflits; les principes de réaction; et même l'autodéfense (ne riez pas, ça rend calme de savoir qu'on ne risque rien)...... tout un tas de techniques pratiques pour former les enseignants à gérer un groupe et des conflits.

 

Mais bon, on a supprimé la formation des enseignants, donc...

ils sauront encore moins qu'avant gérer les élèves pénibles, déroutants, insultants, agressifs, et/ou violents.

 

Luc CHATEL, notre nouveau père Fouettard ?

*********************(*)

(*) traduction: bravo et merci pour cette brillante analyse, Claude Lelièvre !

Cher Dédalus

Les enseignants ont un rôle essentiel à jouer pour que nos sociétés abordent dans de bonnes conditions les immenses bouleversements qui nous attendent.

Les enseignants doivent s'adapter et retrouver confiance en eux , ce qui leur donnera la confiance des enfants et l'estime générale.

Pour ce qui est de la formation des enseignants, franchement, je n'ai que des doutes. Pardon de fonctionner par exemples, mais ils ont au moins le mérite d'établir une connexion, certes partielle, avec la réalité : il y a quelques années débarque chez nous, établissement de province, lycée polyvalent couplé à un lycée professionnel ( j'en suis désolée - Paris c'est mon enfance et ma famille ), un professeur stagiaire, agrégé de physique. On lui donne une classe assez difficile à gérer, parce que présentant des élèves de niveaux ( oui, ça existe aussi, les niveaux ) très hétérogènes. J'étais le prof. principal de cette classe. Nous lui donnons quelques clefs - par ex la première : ne rien laisser passer le premier mois - mais rien du tout. Quitte à être hors la loi parce qu'on envoie des élèves chez le CPE pour bavardage, oubli des affaires etc. Passons.-

Il va à l'IUFM. Il apprend la pédagogie du contrat. Il suit les consignes. Il établit des contrats, d'abord oraux, puis écrits, avec les élèves. On en arrive à des pétards ( les gros ) jetés dans la salle; des boulettes, crayons, trousses qui volent dans la classe; des élèves qui sortent de cours pour aller se promener etc. Bref, sa superbe formation lui a surtout permis de démissionner en juin - et a permis aux 4 élèves qui souhaitaient faire des études scientifiques d'avoir un retard considérable en physique-chimie.

Cas particulier, exception ? Non. Peu sont ceux qui ont gardé un bon souvenir de leur année de stage. Sa seule grande valeur était dans le fait qu'il y avait un tuteur, professeur dans la même matière, qui venait en classe et qui travaillait très concrètement sur les problèmes du métier avec le stagiaire. Là, le jeune enseignant avait de l'aide. Pour les autres cours, cela dépendait tellement du formateur que... mon dieu.... ces Iufm ne furent guère soutenus par les enseignants....

Le problème de toutes ces fameuses formations ( et celle que j'ai suivi moi-même, pour les élèves en très grande difficulté comportementale, me laisse encore sur une colère monumentale ), c'est qu'elles sont données par des personnes qui n'ont pas/plus la responsabilité de classes, voire, pour certaines interventions, de gens qui ne parviennent pas à comprendre la différence entre : un élève et : une classe, parce qu'ils n'ont de l'école qu'un souvenir d'élève et pas une pratique d'enseignant.

 

Et franchement, quelle formation pour les insultes fréquentes, normales, usantes ?

Et encore plus franchement : ce ne sont plus des enseignants que vous demandez, mais des formateurs de moralité sociale. D'ailleurs, cela correspond avec le mouvement général, où les heures de cours baissent baissent baissent, au profit de tout un arsenal d'heures 'autres' et où, sans mauvais esprit, personne n'a relevé le fait que tout ceci est nuisible à tous les élèves qui viennent apprendre, au profit de ceux qui ne viennent pas apprendre. Alors les convaincre que c'est bien, et utile d'apprendre, soit - mais pourquoi le faire au détriment des autres, en chargeant l'enseignant de le faire pendant les heures de cours ?

Et pourquoi l'éducation nationale devrait-elle se charger de cela ? Qui se chargera, alors, de transmettre des connaissances ? Les parents ? Acadomia ? Tout cela ne tourne-t-il pas quelque peu à l'envers ?

Et je n'ai pas la réponse à ma question : quel est le problème avec la sanction ?

Pourquoi vouloir former les enseignants à supporter les insultes et à essayer d'expliquer que "c'est pas bien ?"

Pourquoi toujours ce raisonnement binaire, qui va de tout l'un à tout l'autre ? Qu'y a-t-il de binaire dans des relations humaines ?

Tiens, je viens d'écrire un article, tant les déclarations de Luc Chatel m'ont fait bondir !

 

@ shadokskaîa

Le problème, c'est que vous "héritez" d'enfants qui ont commencé leur "carrière" dès leur naissance dans la relation avec l'Adulte. Et ils ont appris...

 

Ils ont connu beaucoup de mépris et de traitements avilissants. Adolescents, la soupape commence à évacuer...

 

C'est dès la "maternelle" et la crèche que le travail pédagogique et la transmission de valeurs éthiques et de respect de l'Autre - qui n'est pas toujours fait dans les familles - devrait être transmises aux enfants, par l'exemple et le dialogue d'égal à égal.

 

J'ai publié un article à ce sujet, la formation des enseignants dès la maternelle jouant un rôle essentiel.

La rentrée ! Les journalistes se ruent sur ce phénomène bien français. Quelques réflexions sur la formation des "maîtres"... 

J'ai entendu que Luc Chatel faisait un tour au Danemark pour y voir pourquoi les enfants y réussissait mieux, pourquoi les habitants de ce pays se disaient les plus heureux du monde... ce que les Français ne disent pas d'eux, comme vous le démontrez par vos écrits.

 

Il y a donc d'autres valeurs humaines à transmettre, par l'exemple et la vision de l'Humain et non par l'autorité. Il serait bien de regarder attentivement ce que fait aussi toute la Scandinavie qui a une tout autre vision de la cohésion sociale et de l'être humain.

 

Ici, j'ai plutôt l'impression que tout tourne en cercles concentriques avec beaucoup d'accusations des uns envers les autres, une bataille entre gens qui souffrent.

Ce qui compte, c'est de faire croire que depuis quelques décennies il ne se faisait rien, c'est à dire que les élèves violents ou injurieux étaient assurés de leur impunité. Il n'en est rien, bien évidemment

Excellent papier cher Claude Lelièvre ! j'en connais plus d'un qui devrait lire et relire ce texte de 1911 !

Je dirais tout de même que la verve de Chatel, si elle est bien dans la veine que vous dites, arrive aussi dans une école qui, il me semble, a de plus en plus de mal à élaborer autour de la notion de sanction ...

Heureux de constater, une fois de plus, que connaître le passé aide à réagir pour l'avenir.

Voilà qui prouve à l'envie que la rupture n'est pas une bonne chose et que refuser le passé, c'est se priver des moyens de comprendre le maintenant pour mieux évoluer et préparer l'avenir.

Merci à Claude Lelièvre.

A qui profite l'école, puisqu'il s'agit bien pour le gouvernement dans une vision capitaliste d'organiser la gestion de la société en profit (pour qui?)?

L'école semble être ce lieu oû se percutent des conflits d'intérêts, ceux des parents, ceux des enseignants, ceux du gouvernement, ceux des humanistes (utopistes ou non), ceux des éducationnistes forcenés, ceux des instructionnistes cultivés ceux des ......

en effet, le produit à finir est sujet à une haute spéculation, celui de MON avenir qui serait zen si ils devenaient comme JE veux.

"ce n'est pas l'école qui apprend aux élèves, c'est l'élève qui apprend à l'école"

Il n'existe pas de solution finale dans l'éducation, tout est à vivre, et à débattre quotidiennement.

 

L'école ne peut être dissociée du contexte socio -culturel ou elle est engagée ,de la détérioration du tissu social, elle n'est pas responsable mais de ses options pédagogiques éthiques ,oui et cela implique souvent une résistance aux politiques,ce qui n'est pas aisé lorsque les valeurs de réussite prônées sont celles de l'argent à la place de la méritocratie.

Concernant l'automatisme des sanctions, le premier pays à avoir décidé de cette solution est les USA, suite au massacre de Columbine. Cela fait 10 ans qu'elle a été généralisée, avec SRO (officiers délégués dans les établissements), fouilles, détecteurs de métaux y compris dans les endroits calmes, etc. Un livre consacré à la "tolérance-zéro" dans les établissements scolaires vient d'être publié.

Cette politique (sanctions automatiques, policiers référents, caméras de vidéosurveillance) et ses résultats ont donc un intérêt pour nous, puisque Luc Chatel s'y réfère implicitement.

Les résultats?

Des sanctions "automatiques" totalement injustes ou ridicules, comme cet enfant de CP qui a été envoyé en centre éducatif fermé parce qu'il avait amené un couteau suisse pour montrer en "leçon de choses" - il n'y est pas allé finalement car les parents ont rendu la sanction publique, mais combien d'autres enfants avant lui ont subi ce genre de punition automatique?

Assez pour que partout dans le pays on commence à modifier les sanctions "tolérance-zéro".

(Automatisme des sanctions = on ne peut pas ajuster la sanction, moduler, prendre en compte les circonstances. Tout élève qui fait x a la sanction w. Point.)

 

A Columbine High School, lieu de la tragédie, on a décidé d'embaucher des psychologues scolaires - plusieurs - et de leur envoyer les élèves qui présentaient des "troubles du comportement". Au lieu d'être exclus 3 jours ou une semaine, les élèves sont isolés des autres, mais viennent à l'école, où ils ont 3 jours ou 1 semaine avec un psy (et, sans doute, un "groupe de parole", un "groupe de gestion de la colère", etc... car 6 heures seul avec une seule personne doit être impossible.)

 

Un résulat "positif" ou du moins indicatif de ce qui pourrait être réalisé: En fait, les élèves aiment bien se confier aux policiers, parce que ce ne sont pas des profs ou des membres de l'institution scolaire; les policiers référents, quant à eux, avouent aimer leur métier et se sentir très désarmés car ils ne sont pas formés en psychologie de l'adolescent. D'où la solution de Columbine High School!

Un autre élément révélé par l'enquête: les politiques adorent la solution un policier + des caméras de vidéosurveillance car pour eux forcément = sécurité. Or 10 ans d'expérience dans des milliers d'établissements prouve que cela ne change rien à la violence des élèves - la preuve, Columbine avait ET des policiers SROs ET des caméras de vidéosurveillance...

http://www.salon.com/books/nonfiction/index.html?story=/books/feature/2010/08/29/homeroom_security_ext2010

 

Merci beaucoup, Pascaloun, pour ces informations qui donnent à réféchir...

Il faudrait avoir ce type d'enquête sur les "peines plancher " françaises dans la jusice pénale , est-ce que ça existe ?

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