Ven.
10
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Securitate

L’intervention du chef de l’Etat sur la question des violences scolaires peut être considérée comme sans précédent ; et elle repose sur une inversion du sens de la ‘’sanctuarisation’’ de l’école. Une seule autre intervention présidentielle peut lui être comparée, mais elle n’a pas eu de suite. Il s’agit de l’intervention faite par Jacques Chirac au conseil des ministres du 20 mars 1996.

 

Le ministre de l’Education nationale François Bayrou y présente en une dizaine de minutes son plan de lutte contre la violence à l’Ecole. Il s’agit, selon ses propres termes, de " travailler à resanctuariser l’Ecole " : " l’Ecole doit être un sanctuaire ". Evènement rare dans un Conseil des ministres ( qui est dans les faits une simple chambre d’enregistrement ), le président de la République Jacques Chirac prend immédiatement la parole pendant un long quart d’heure. Il déclare qu’il ne veut pas " d’un énième plan non suivi d’effet " et il assure qu’il y sera " personnellement attentif ". Il insiste sur l’importance du partenariat entre les différentes administrations et invite les chefs d’établissement à " travailler avec le commissaire de police et le juge pour enfants du lieu ", en soulignant même que " la police, dans certains cas, doit pouvoir entrer à l’école ".

 

Mais François Bayrou n’œuvrera pas dans ce sens ( et il n’y aura donc pas alors de suite tangible à cette intervention du Chef de l’Etat ) car il est fortement allergique à la présence de forces l’ordre dans l’enceinte scolaire, et pour des raisons de fond. Il les développera d’ailleurs quelques années plus tard très clairement lorsque Nicolas Sarkozy ( comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur) proposera de nouveau à la Convention sur l’éducation tenue par l’UMP le 22 février 2006 l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande.

Dès le 11 mars 2006, la réplique de François Bayou est significative, et elle repose sur une toute autre conception de la ‘’resanctuarisation’’ de l’Ecole : " Retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est trop souvent – hélas ! – la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de l’école ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la loi du respect, le respect du savoir, le respect de l’éducation, et le respect de l’autre. Si l’on veut sauver l’école, il faut défendre son système de valeurs ! C’est l’autorité du professeur et du surveillant qu’il faut reconstruire ". Et le 13 février, lors de son passage sur France II, François Bayrou persiste et signe : envisager la présence de forces de l’ordre dans l’Ecole est " une erreur de la pensée, car la loi de l’école, ce sont les enseignants et les éducateurs ; si on met des policiers à l’école, c’est la défaite de l’éducation et ce sera la loi du plus fort ".

 

François Bayrou défend et développe une certaine pensée – classique - du " sanctuaire " scolaire. Celle ( si l’on peut dire ! ) de Nicolas Sarkozy est tout autre. Devrait-on être vraiment étonné qu’elle puisse reposer, in fine, sur ‘’la loi du plus fort’’ ?

On retiendra en tout cas ( fait tout à fait symptomatique, et également sans précédent ), que la réunion qui a eu lieu mercredi dernier à l’invitation de son ministre Xavier Darcos pour traiter du problème des violences à l’Ecole a écarté délibérément les syndicats enseignants. C’est en effet ( pour qui veut ou peut comprendre ) dans la logique imperturbable de la ‘’resanctuarisation’’ sarkozyste ( type securitate ) qui ne met plus au centre " les enseignants et les éducateurs, la loi de l’Ecole ; mais la loi du plus fort ".

 

 

LA VIE ANTERIEURE

 

 

J’ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux,

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques

 

Les houles, en roulant les images des cieux,

Mêlaient d’une façon solennelle et mystique

Les tout-puissants accords de leur riche musique

Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

 

 

( Baudelaire, " Les fleurs du mal " )

Tous les commentaires

Oui Cher Claude Lelièvre c'est bien contre les valeurs de l'éducation que ce pouvoir mène son combat. Les enseignants croyant encore fermement à ces valeurs, il fallait donc les ignorer. Les positions sarkoziennes dans le conflit des universités, le mépris affiché contre le monde intellectuel, tout cela se rejoint dans une position qui fait froid dans le dos. Encore plus inquiétant si c'est possible, cette méfiance, cette haine de la jeunesse que révèle aussi l'ensemble de cette politique. Un pouvoir qui se coupe de sa jeunesse cela augure le pire.

Effectivement, signe t'on la fin de l'éducation ? Ne peut on plus espérer éduquer un enfant ?

Dans ce type de pensée, on n'éduque plus les enfants, on les élève. Et pas dans le sens de l'élévation, mais dans celui de l'élevage. Comme les chevaux. On les élève, on les épuise, on les achève. Dans les abattoirs.

Absolument ! Comme les chevaux ou les poulets.

Tout en partageant à 100/100 le contenu du billet de Claude Lelièvre, je m'inscris en faux contre l'idée trop répandue que les chevaux ne sont que des animaux qu'on élève et qu'on éduque pas! Le cheval possède une véritable intelligence, animale certes mais bien réelle, le rendant accessible à une sollicitation humaine. Le cheval "aime bien faire", est très sensible au respect qu'on lui témoigne et est bien autre chose qu'un outil dont on se sert au seul moyen d'une carotte ou d'un bâton. Contrairement aux poulets, heureusement, beaucoup de chevaux ne sont pas méprisés. Aujourd'hui, beaucoup de chevaux sont mieux traités que bien des humains et ne finissent pas "abattus, dans des abattoirs". Ne généralisons donc pas.

Cher M Philips, voyez-vous, je ne crois pas que vous êtes hors-sujet, au contraire, vous êtes en plein dedans car c'est bien ce dont il s'agit en fin de compte en quelque sorte, aussi pour nous les humains: Ne pas se laisser "dresser", mais au lieu de ça tout faire pour être "éduqués".
Les animaux ont toutes les dispositions nécessaires pour "se rapprocher de Dieu" tout comme les hommes (pardon je ne trouve pas de raccourci qui vous épargnerait ce vocabulaire de croyant), mais malheureusement, peu d'entre eux ont la chance de tomber sur des éducateurs qui leur proposent une vraie carrière, avec sentiment du travail bien fait, satisfaction de progresser etc. Il y en a quand même pas mal parmi les chevaux, mais aussi chez les chiens de pompiers ou de traineaux par exemple.
Tout comme pour l'homme, ici sous l'angle de son lavage de cerveau par la perversion du langage, les animaux aussi ont droit à s'épanouir et à profiter de leur propre vie, et non à juste être dressés pour être exploités.

Nous sommes dans l'embrigadement ! L'instruction ne concerne plus qu'une élite ! L'éducation n'est plus leur problème !

A bas Sarko, oui, bien sûr. Mais cette histoire de sanctuaire sent furieusement son archiprêtre Frollo (voir Victor Hugo, Notre-Dame de Paris). Non, l'Ecole n'est pas un sanctuaire. L'Ecole doit être le lieu de l'Education, c'est toute autre chose.

Cette logique sécuritaire dans les écoles, pourrait-elle être le résultat de la suppression des postes d'enseignants et de surveillants dans les établissements scolaires?

Les deux choses sont liées, mais moins comme la conséquence l'une de l'autre que comme deux effets contigus de la même visée idéologique. Me semble-t-il.

Me semble-t-il aussi.

Il me paraît que c'est tout de même la suite "logique" de mesures qui depuis plusieurs années réduisent la présence des adultes dans les établissements scolaires, toutes les personnes qui, en quelque sorte renforçait la structure d'accueil et d'animation de la cité scolaire. Et il me semble qu'on joue des intentions électoralistes, toujours rentables autour de la sécurité, sur le terrain de l'école avec l'annonce d'un ministre qui répète la volonté de "son maître", lequel trois jours après vient nous dire tout le bien qu'il faut penser de son "ministre des portiques". D'où mon propos d'indignation et je me permets de l'indiquer ici: http://www.mediapart.fr/club/blog/arthur-porto/280509/le-ministre-des-portiques-et-monsieur-tiberi

Un passage (significatif de la volonté autoritariste et sécuritaire, lourde de conséquences) de son "discours" : Mais qu’on ne s’y trompe pas, la délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale. La délinquance résulte simplement de l’attrait de l’argent facile. En tout cas elle ne résout jamais rien. Alors pendant des décennies, l’idéologie dominante était fondée sur l’idée que la misère engendre naturellement la criminalité qui ne peut donc être traitée que par des mesures sociales. Cet angélisme continue d’ailleurs d’imprégner le discours d’une partie des élites françaises. Je dis exactement le contraire : c’est la criminalité qui favorise la misère en aggravant l’exclusion, et la stigmatisation d’une partie de la société française.[...] Ne vous laissez donc pas intimider par la dictature des bons sentiments, par la pensée unique qui voudrait excuser les auteurs des violence et chercher à culpabiliser les défenseurs de l'ordre républicain. Les français, dans leur immense majorité, sont au côté des autorités de l'Etat.
La guerre est donc déclarée à la "dictature des bons sentiments" ! .............. :-(

Je cite : "Mais qu’on ne s’y trompe pas, la délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale. La délinquance résulte simplement de l’attrait de l’argent facile." C'est ce qu'on appelle voir midi à sa porte, non ?

Exact ! Et le sens du slogan de campagne prend tout son sens : ENSEMBLE TOUT EST POSSIBLE... Quel texte immonde, mais tout est dit.

Exact ! Et le sens du slogan de campagne prend tout son sens : ENSEMBLE TOUT EST POSSIBLE... Quel texte immonde, mais tout est dit.

IDonc Nicolas Sarkozy, considérant la déliquance comme attrait pour l'argent, dépénalise les délits financiers. Outre La Princesse de Clèves, l'envoi de quelques courriers de rappel paraît s'imposer.

C’est la criminalité qui favorise la misère. La "messe" semble dite : le miséreux y deviendrait ainsi nouvelle figure du criminel - le grand capital, quant à lui, ne saurait donc qu'être vertueux... à moins que ce soit lui, le "criminel qui favorise la misère" ? Les français, dans leur immense majorité, sont au côté des autorités de l'Etat. Tant que les français "dans leur immense majorité", n'opposeront pas un démenti à cette phrase - quelle autorité et quel Etat ? -, je crains que les situations dénoncées sur Mediapart s'ancrent dans les "habitudes", terrible mot qui rime avec lassitude.

C'est toute une politique sécuritaire, populiste, élitiste et électoraliste que Sarkosy , Darcos et leurs acolytes veulent mettre en place (cf les malades mentaux , les jeunes , la justice,les prisons...) Je voudrais que TOUTE la population puisse vibrer à la beauté du poème de Baudelaire .

Ce que l'ère Sarko aura brisé, c'est cela, c'est ce rêve que toute la population vibre un jour à la beauté d'un vers. Nous n'en étions, certes, pas encore là, mais en avoir la volonté, penser que nous œuvrions à ce que cela devienne réalité, nous l'avions devant nous. Parce qu'il faut miser que qui goûte Baudelaire peut comprendre que la prolifération de portiques n'est rien d'autre qu'une soumission à la loi du plus fort. Et ce n'est pas si facile à comprendre... Continuons à expliquer.

En ce poème de baudelaire en musique par Henri Duparc, un bonheur. Un autre aussi mis en musique par ce même duparc : Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble Aimer à loisir, Aimer et mourir au pays qui te ressemble Ces soleils brouillés de ces ciels mouillés pour mon esprit ont les charmes si mistérieux de tes traitres yeux brillants à travers les larmes ...

Le PORTIQUE, tout un symbole qui en dit long sur l'idéologie qu'il soutient : des objets pour remplacer les hommes...mais c'est aussi ce qui sépare, c'est la fracture qu'il revendique tant! Elle était déjà à l'oeuvre puisqu'on supprime depuis longtemps des postes de surveillants, etc... Ce matin j'entendais Catherine Dolto s'exprimer sur France Culture en réponse à François Chérèque qui s'interrogeait sur la recherche de sens dans notre société. Elle pensait qu'un des grands problèmes actuel est le manque d'affectivité, si j'ai bien compris le sens de ses paroles. Je ne suis pas sûre que les portiques vont nous aider à redonner du sens au monde, ni aider nos élèves à en trouver. Il est bien connu qu'un portique perturbe les boussoles. C'est tout à fait prosaïque et il n'y a pas d'angélisme à réintroduire de l'humanité dans une société malade des choix politiques désastreux faits par des dirigeants qui auraient mieux fait de pratiquer davantage les humanités au lycée et d'apprendre à prononcer correctement les Rougon-Macquart. Méfions-nous enseignants! Il risque d'avoir bientôt l'idée de nous faire passer sous une TOISE pour réformer le Capes: tous ceux qui seront plus grands que lui, ne l'obtiendront pas! Merci , cher Claude de nous offrir d'autres horizons avec ce magnifique poème de Beaudelaire.

Quel "beau" lapsus calami, nadja, que ce beau de votre Beaudelaire... Hymne à la beauté de Charles Baudelaire :

Hymne à la beauté - Baudelaire

Le titre de ce billet, rapporté à son contenu, est une insulte au peuple roumain. Au mieux je dirais qu'il révèle l'inculture crasse de son rédacteur, qu'on retrouve d'ailleurs dans les fondateurs de l'ALM.

Dans ce cas, il faudra expliquer un peu plus, beber, pour cultiver plus profond... N'hésitez pas à plonger le soc de votre charrue dans les terres mais éclairez-en donc les sillons, sans recourir à l'insulte qui semble parfois tenir lieu de raisonnement dans ce club.

Le droit de fouiller les sacs des élèves, je n'en veux pas. Principale d'un collège de 700 élèves, ce qui me manque le plus pour lutter contre la violence, c'est le temps. Faire passer les élèves sous un portique ou les obliger à vider leur sac sur injonction ne permettra pas un traitement de fond de la violence à l'école. Mon autorité ne doit pas servir à contraindre de cette manière. L' autorité m'est utile quand elle donne du poids à ma parole pour amener un enfant à réfléchir à ce qu'il a pu faire, aux conséquences de ses actes, aux notions de responsabilité, de respect des autres et de lui-même; quand elle me rend crédible auprès des parents pour tenter de les convaincre de faire oeuvre éducative en commun auprès de leurs enfants; quand elle me permet d'amener un des adultes de l'école à se rendre compte de la violence implicite de certaines pratiques par trop négatives qui mettent l'accent sur ce que l'élève ne sait pas au lieu d'encourager les progrès et relancer la motivation en mettant en avant ce qu'il a réussi. Pour cela, il faut du temps, il faut inlassablement rencontrer, parler, être présent et disponible, être à l'écoute, faire reconnaître les erreurs, expliquer et faire accepter les sanctions, sans quoi elles sont inutiles et génèrent plus de violence encore. Il faut pouvoir élever le niveau de conscience des adultes encadrants sur ces sujets, les amener à une recherche de cohérence et de cohésion dans leurs réactions au quotidien. Il leur est nécessaire d'avoir du temps pour leur permettre de pouvoir revenir sur leurs pratiques, apprendre à anticiper les situations de tension, acquérir des réflexes professionnels et adaptés devant les situations qu'ils rencontrent. Il y a dans les établissements des personnels de différentes catégories et formations initiales, complémentaires dans leur approche des élèves : professeurs, assistants d'éducation, conseillers d'éducation, agents techniques et administratifs, personnels médicaux sociaux, gestionnaires, conseillers d'orientation. En théorie, il y a tout ce qu'il faut. En pratique, l'assistante sociale, le médecin scolaire, le conseiller d'orientation ne sont plus attachés à un établissement mais à un secteur géographique qui peut compter plus de mille élèves. L'infirmière n'est présente qu'à mi-temps ou à quart de temps. Les enseignants galopent souvent derrière la dernière réforme. Les assistants d'éducation ont quelquefois besoin de parfaire leur propre éducation! Que chacun, à sa place, ait reçu la formation nécessaire (ce n'est pas le cas), soit mû par son sens du Service Public (cela s'apprend), sache et veuille travailler en équipe, sous l'autorité ferme et bienveillante des personnels de direction permettrait de prévenir bien des situations. Rien d'angéliste dans ce qui précède, juste une expérience de terrain destinée à montrer que les moyens qui seront consacrés à ériger ces portiques pourraient trouver meilleur usage, et qu'il conviendrait de nous donner plus de temps pour traiter et prévenir plus efficacement les phénomènes de violence à l'école : plus de temps en nous donnant des personnels plus nombreux et mieux formés, une administration centrale et locale plus efficace et moins tatillonne, des collaborateurs administratifs du niveau suffisant pour pouvoir leur déléguer réellement et efficacement des tâches de gestion chronophages qui nous empêchent de nous consacrer au coeur de notre métier. Faire confiance aux personnels qui existent, mieux les soutenir et les repositionner au lieu d' empiler sans cesse de nouvelles fonctions et dispositifs en millefeuille est la seule manière efficace sur le moyen terme face à la violence. On peut remarquer pour finir qu'il semble logique, dans le cadre de la décentralisation, que ce soient les collectivités territoriales qui assument les frais de la mise en place des portiques, ce à quoi, dans le contexte politique, il est probable qu'elles soient nombreuses à ce refuser, étouffant dans l'oeuf le projet et sa polémique.

Merci pour votre témoignage précis, documenté et argumenté. C'est à partir de là que l'on peut sans doute se montrer plus confiant pour la suite...

@ AMJaffuel : Tout à fait d'accord avec vous.

"des collaborateurs administratifs du niveau suffisant pour pouvoir leur déléguer réellement et efficacement des tâches de gestion chronophages " Juste une parenthèse et sans remettre en cause le fond de votre propos, en tant qu'ancien gestionnaire, j'ai souvent eu l'impression dans l'exercice de mes fonctions que c'étaient les chefs d'établissement qui avaient besoin d'une petite remise au niveau.

D'accord avec Johal ( mais je pense que c'est assez rare ! ), merci aussi pour cette belle video et son site .

Inversion du sens des mots. Oui, un air de novlangue, connu, méthode testée et éprouvée, encore un n-ième exemple, on aurait tord de s'en priver.
Récupérer les expressions "amies" (par exemple "grenelle", "états généraux", "social" comme dans "plan social", etc etc etc, ici "sanctuarisation") et les appliquer à exactement le contraire de ce qu'elles signifient, de manière à faire perdre complètement le sens à la population audimatisée, et à anesthésier sa capacité de réagir en fixant son affectif.
Moi-même étant "fixé/anesthésié", ça explique pourquoi je ne parviens pas à expliquer par des mots simples et clairs cette "imposture à mon cerveau".
Des cris basiques me viennent du fond du coeur, faibles, étouffés et facilement "ridiculisables". Les voici, tant que je les entends encore, tant que je ne suis pas complètement lobotomisé:
"l'Ignorance c'est la Force" et "Ministère de la Vérité" (pas encore "Miniver" mais ça ne saurait tarder?..)

Comme vous, je pense qu'il faut faire ( avec ténacité et chaque fois que l'on peut en avoir l'occasion ) ce travail de déconstruction des détournements de sens effectués. Ce n'est nullement pédanterie ou afféterie, mais une entreprise de ''santé ( mentale ) publique '' nécessaire pour qu'il y ait un minimum de clarté dans un débat démocratique brouillé voire perverti

C'est une des pires perversions du sarkozysme que ce "détricotage" de la langue. En effet il est important d'être nombreux à le dénoncer.

Cher Axel, Je travaille au démasquage de l'imposture sur mon blog. J'y travaille au quotidien. Il faut du temps pour cela. Du temps de cerveau disponible. C'est un luxe offert (???) à très peu de citoyen... Parce que justement ! Et souvent, souvent, je désespère, parce qu'une fois démasquée, l'imposture, devenue visible, perdure tout de même. Je n'ai encore que dénoncé le mécanisme. et ce "que" est si long, si laborieux... Pour proposer autre chose, (l'a-t-on conceptualisé), il faut que les esprits soient ouverts et libres. Qu'ils puissent écouter. L'imposture, l'imposteur et le vendeur de coca-cola qui va avec ont encore de beaux jours devant eux. Tant que les cerveaux seront sollicités en permanence pour du secondaire on fera passer ce que l'on veut en catimini.
L'autre jour, j'intervenais dans une classe de CE2-CM1-CM2 : des petits dont on nous dit qu'ils ont perdu le sens de la concentration, qu'ils zappent, qu'ils consomment... Eh bien, (allez, une touche d'espoir), nous avons passé 2h30 à parler de dramaturgie, d'Oedipe-Tyran, de théâtre et de sens, de lecture... Deux heures trente sans interruption. De haute exigence, et de plaisir partagé. 2h30 pour ceux dont on dit qu'ils ne font plus ce que les ancêtres faisaient... Et, s'il vous plaît, dans une zone très défavorisée. Ils sont encore petits. Leur temps de cerveau disponible, c'est nous qui le façonnons à l'instant présent. Et justement, c'est ce qui se passe : toutes ces torsions de la langue servent à occuper le terrain et à anesthésier lentement. Ne les acceptons pas. Les petits sont encore disponibles, curieux, intelligents.... Bon, je me regonfle en écrivant : le combat est long, mais n'est pas encore forcément perdu !

Un grand merci, cher Dominique, pour ce témoignage plus que réconfortant. Et continuez votre démasquage de l'imposture: c'est une tâche certes difficile, mais tout à fait nécessaire,dont j'admire les résultats à chaque fois.

Il y a belle lurette qu'il n'y a plus d'"humanités" à l'école et sur ce point "l'ère Sarko" n'a rien brisé du tout. Un tel désastre ne saurait se produire en deux ans, ni même en sept, ni même en dix. Le Président de la République française, pour la première fois de notre histoire électorale, est parfaitement inculte - ce qui n'est pas encore le pire. Le pire,c'est qu'il trouve ça très bien, aussi bien que Disneyland. Cette élection désastreuse , ni la menace d'une rebelote ,ne planent pas au-dessus de nos têtes en général, mais viennent de nos têtes en particulier. Cet homme est l'émanation même de notre société , son sypmtôme,sa conséquence. Aujourd'hui l'Etat vient tout bonnement de démissionner de l'Education Nationale au profit d'une Surveillance Nationale de bipèdes portiques. Et si l'on se scandalise de trop de trop, on a tord. C'est arrivé en Mai 2009, probablement à cause des européennes. Ca aurait pu arriver plus tôt, ou plus tard. Car on ne devient pas , comme ça, bipèdes portiques, en deux coups de cuillère à pot. La majorité du pays a pris l'habitude de ne plus penser. D'où le zénith du vide vécu par Martine Aubry. Depuis quinze ans sévit une pédagogie d'autoconstruction du savoir par l'élève (tant en langue qu'en littérature), considérant tout comme un DISCOURS. L 'oeuvre n'est qu'une communication linguistique dont l'élève doit "repérer" les "registres" et "les indices". La grammaire doit être "intuitive". Les élèves ont le bon goût et l'intelligence de détester "le français". . Ca tombe bien pour Nicolas Sarkozy. La parole ? une technique. Le texte ? une communication. L'idée ? un objectif. Le devenir ? une performance. lL'auteur ? un bipède portique. Comme tout le monde. Un étrange virus a combiné une pensée libertaire et une pensée libérale pour donner une chose à deux jambes, soucieuse de son "épanouissement personnel "de portique.

Tout cela est bel et bien. Mais une fois que l'on a fini d'écrire nos commentaires que se passe-t-il ? Sarkozy continue d'avancer dans la fascisation du pays. Alors pour l'empêcher de " goulaguiser" l'école , les enseignants et les personnels administratifsdoivent de lever et déclarer une grève massive et DURABLE. Il faut tenir bon. A-t-on entendu les syndicats réagir ? Très mollement,trop mollement !!! G. Aschieri fréquente trop les ors des palais pour commander un mouvement dur. Alors enseignants DEBOUT et refusez de reprendre les cours à la prochaine rentrée. Au nom de la démocratie et de la liberté.

Le système Sarkozy est on ne peut plus inquiétant. Quel projet pour la jeunesse!!! Respect écoute formation de la personne, tout cela est déjà bien abîmé par suite des coupes sombres effectuées dans les programmes et les horaires. L'utilitarisme l'a emporté à l'école : ne pourrait-on pas repenser un peu la formation de la personne. Quelle est la place des arts et des lettres ? L'apprentissage de la musique, la découverte de la littérature, le sport, tout cela contribue à l'épanouissement de chaque enfant, adolescent puis adulte. Où sont passés les maîtres en ces disciplines ? La réponse policière est consternante et il serait grand temps qu'une réaction collective se produise!!

Y aurait-il un vague lien entre la persévérance démocratique et l'éducation de la nation ? L' "utilitarisme l'a emporté à l'école " bien avant 2007. SEULES des pratiques individuelles, TRANSGRESSIVES de l'Institution, VEULENT enseigner la littérature et s'y essaient, modestement, mais fermement. . Parce que, pour ces professeurs, l'histoire existe, la littérature française existe, la langue française existe,. On fait Andromaque de Racine. Point. Est-ce BEAU ? Est-ce VIVANT ? et on cherche à donner du sens à cette langue, la langue française . On ne s'adapte pas. On ne fait pas de "shéma actantiel" avec des flèches rouges et bleues . Il n'y a pas de cléf, pas de chose toute faîte., rapide avec des petites croix dans des cases. Ca marche. Et les élèves sentent , "au fond de l'inconnu, trouver du nouveau". " C'est DUR le français, mais c'est INTERESSANT." finissent-ils par dire. Pour l'enseignant aussi c'est dur, très dur même mais c'est toujours... d'un élève que viendra ...l'encouragement inattendu . La lecture de la Princesse de Clèves - 'incroyable paradoxe, confondante synthèse- est devenue le symbole du refus de la novlangue présidentielle : sait-elle qu'elle refuse ainsi ce qui se passe dans l'enseignement du français depuis plus de quinze ans ? La mort lente de l'enseignement des LETTRES se fait ( la section L en est au stade de coma dépassé) tandis que prospère un "français "de techniques pour des "productions" d'élèves, toujours plus vides, indigentes. Le même esprit d inculture et de rendement, jusqu'à l'Elysée. Mais sans mépris pour la culture : elle est ignorée . Cependant ne peut être refusé que ce que l'on connaît : il conviendrait donc de s'avertir de l'état novlangue de l'education nationale. Puis jeter "le bonnet rouge" sur ce dictionnaire et se souvenir qu''Hernani est "une force qui va". Bref, considérer l'enseignement comme chose trop sérieuse pour la confier aux pédagogues et la politique comme trop grave pour la laisser aux imposteurs.

On peut relever le même glissement de sens pour le terme autorité. Lorsque Nicolas Sarkozy déclare (discours de Lyon 5 avril 2007) : "Il n’y a pas d’autre choix que de restaurer l’autorité du professeur et le respect", il pense à l'autorité du maître (terme qu'il utilise 8 fois dans ce même discours) au sens latin de dominus (le maître de l'esclave) et non à l'autorité morale du magister (professeur). Il n'a sans doute pas lu Bakounine : "Lorsqu'il s'agit de bottes, j'en réfère à l'autorité du cordonnier" (Dieu et l'État). Je suis professeur et je peux témoigner que le risque de glissement est quotidien à qui n'y prend garde. Mais si le dominus produira toujours des Spartacus, le magister peut espérer produire un Aristote (à condition qu'il soit Platon...).

Cher Tchavolo..A propos de dominus et de magister, je pense avoir lancé un débat sur ce thème autour de mon billet "apprendre lance l'errance" www.mediapart.fr/blog/67726

Mr Lelièvre, Merci pour ce blog, très intéressant et cultivé que je découvre, car membre récent de Mediapart. Le bon niveau des commentaires en est d'ailleurs un témoignage éloquent. Continuez!

Merci pour ces encouragements, car, parfois, on en a bien besoin!

Cher Claude, une nouvelle fois (est-ce étonnant ?) nous traitons le même sujet. Merci pour votre éclairage historique. Je copie le commentaire de Corinne, parce qu'il éclaire exactement un point de mon billet, cette inversion permanente par laquelle procède l'Empireur : celui qui tente de comprendre est un permissif, naïf, dans la pensée unique. L'Empireur est dans la pensée inique.

Je voudrais, moi aussi, donner la référence de votre blog et de votre billet. Mais je ne sais pas comment l'on repère les ''petits signes'' adéquats...Qui peut me l'indiquer?

Pour fabriquer un lien dans un commentaire il faut copier-coller ce modèle <a href="wwwwwwwwwwww">yyyyyyyyyyyy</a> et remplacer wwwwwwwwwwww par l'adresse URL, et remplacer yyyyyyyyyyyy par le titre que vous voulez lui donner.
Par exemple, pour obtenir le lien cliquable Les mots ont un sens (2): Bilan de 2 années il faut taper (ou copier-coller) ceci <a href="http://www.mediapart.fr/club/blog/dominique-wittorski/060509/les-mots-ont-un-sens-2-bilan-de-2-annees">Les mots ont un sens (2): Bilan de 2 années</a> .
(cliquer --> Dominique Wittorski)

Merci Axel, pour les explications et pour la promotion de mon blog. Le billet auquel je faisais référence dans mon commentaire est plutôt celui-ci : Peda-gogo-gie pour l'Europe, notre avenir qui traite du sujet de la sécurité dans les collèges, en marge de l'élection du 6 juin.

Merci aussi, Axel. Mais j'avoue que je n'ai rien compris au début de vos indications.

J'écoutais hier sur France Inter un reportage audio dans le cadre de la sécurité à l'école où l'on faisait entendre surveillants et principal intervenir pendant la récréation. Pas besoin d'une longue théorie sur les vertus de la discipline à l'école: on avait l'impression ahurissante d'être dans un cour de prison où des matons donnaient des ordres assortis de sanctions. Quel est ce pays dans lequel nous vivons?

Newsletter
Je m'identifie