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May

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Le jardinage au secours du pouvoir d'achat

Progressivement, le jardin s’installe dans le paysage culturel, économique et social du pays. S’agissant de l’économie, disons même qu’il se réinstalle en force, comme pendant la dernière guerre. S’instaure dans les campagnes et aux portes des villes, une confusion progressive du jardin-mode, du jardin-plaisir et du jardin-nécessité. Antidote concret à la lancinante angoisse du pouvoir d’achat.

 

Dans la classe moyenne, celle qui passe le plus souvent du jardin-mode au jardin nécessaire, cela fait plusieurs années que les familles ont commencé à défoncer les mornes pelouses et à pousser les nains de jardin. Quitte, dans les chics copropriétés de l’Ile de France, par exemple, à susciter des polémiques. Voire des procès interminables pour quelques salades, tomates et poireaux.

 

Ailleurs, dans le sud est de la France ou surtout dans le Nord, le Pas de Calais, la Somme, ces régions où un curé inventa à la fin du XIX éme siécle les « jardins ouvriers », les familles en perdition se replient sur leurs lopins de terre. De la même façon que les chefs de famille de ces régions ne chassent pas pour emmerder les écolos mais pour la viande. Cette viande si chère.

 

Le lopin de terre inventé par l’abbé Jules Lemire visait à éloigner les ouvriers du bistrot et du syndicat le dimanche ; devenu « familial » il participe aujourd’hui à la survie d’une partie de plus en plus importante de ceux qui souffrent de part et d’autre de la limite de pauvreté. Mais ils ne sont pas les seuls.

 

En augmentation constante bien que la statistique en ce domaine soit hasardeuse et sujet à discussion, le nombre de ménages ayant un jardin a récemment dépassé 60%. Chiffre qui comprend les jardins attenant aux habitations et les lopins aux portes des villes, qu’ils soient privés, octroyés par des associations où les liste d’attente s’allongent sur des années, ou loués pour un prix symbolique par des municipalités. Lesquelles découvrent rapidement le rôle économique de ces jardins mais aussi leur fonction de lien social, de rencontre, d’échange de populations qui s’ignorent dans leurs immeubles ou leurs quartiers. Le succès des jardins partagés (1) le prouve avec leur mixité sociale et inter-générationnelle.

 

Autre façon, même approximative et probablement sous-évaluée, de rappeler le niveau d’une production qui monte : sur les 850.000 tonnes de tomates consommées en France chaque année, 150.000 au moins proviennent des jardins privés ; pour les concombres, le chiffre est de 30.000 tonnes sur 100.000. Pour les radis, la production dépasse la moitié.

 

Les producteurs de tomates insipides et chargées en pesticides tournent régulièrement leur colère de moins vendre vers les Espagnols, les Marocains ou bien d’autres alors que leurs méventes s’expliquent par une auto-production qui augmente rapidement face aux prix et aux qualités médiocres. Peu à peu les jardiniers osent cultiver tout ce qu’ils ne peuvent plus s’offrir dans les magasins.

 

Au sein de cette cohorte des jardiniers, comme l’explique Alain Raveneau, le rédacteur de chef de Rustica qui reste le plus important (250.000 exemplaires) des hebdos de jardinage, co-existent ceux qui font la chasse aux insectes et aux maladies avec une artillerie lourde qui empoisonne les terres avec la même efficacité que les agriculteurs productivistes et une « tendance lourde de jardiniers écolos qui veulent à la fois manger des fruits et légumes aux goûts différents et souhaitent protéger leur santé et la santé du milieu naturel ».

 

Autre façon de faire les comptes, Raveneau estime les jardiniers à 13 millions : « ils sont de plus en plus actifs, l’augmentation du nombre de fête des plantes et de marchés de troc de variétés et de semences, en est la preuve. La crise alimentaire, les difficultés du pouvoir d’achat jouent un rôle, notamment pour les personnes âgées. En même temps nous constatons un rajeunissement de nos lecteurs et une croissance du besoin de transmettre, de retrouver un lien avec la nature».

 

Ces « militants » du jardinage propre et naturaliste, ces éco-jardiniers qui font ouvertement de la culture de leur lopin une résistance sociale, se retrouvent dans la lecture des « Quatre saisons du jardinage bio » ou dans « Les cahiers du potager ».

 

Et il y a tous les autres qui conjuguent semaine après semaine la vaine poursuite du pouvoir d’achat qui s’effrite et la convivialité qui fait fit des origines et des âges. Des gens qui ne se salueraient pas dans leurs cages d’escalier font longuement connaissance autour de fruits et surtout de légumes qu’ils s’échangent. Tout comme ils s’échangent des graines ou des recettes de leurs pays, la France y compris. Comme ces jardiniers de Stains répartis sur cinq espaces couvrant une quinzaine d’hectares. Là, 64 nationalités d’origine différente font mentir ceux qui ne veulent voir dans les banlieues que des espaces à problème. Le jardinage est une valeur d’échange et des familles désargentées retrouvent la joie de donner...

 

Autre indice de la montée en puissance d’une activité qui a progressé de 23 % au cours des dix dernières années, le chiffre d’affaires du jardinage, tous aspects confondus, vient de dépasser le 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un total supérieur à celui de la micro-informatique. D’où multiplication des jardineries et rayons jardin des enseignes du bricolage. Là où se fourguent encore des plantes et plants forcés et surtout des produits nocifs vendus sans le moindre contrôle.

 

Toutes les modes, même positives, trouvent toujours des profiteurs peu soucieux des dégâts qu’ils provoquent : ils résistent depuis des années à une réglementation qui interdirait de vendre les produits nocifs pour la nature sansle contrôle d’un spécialiste. Mais les fabricants, les mêmes qui s’arque boutent contre la limitation des pesticides, engrais et fongicides dans l’agriculture, savent qu’ils sont menacés à terme. Comme l’a compris la chaîne familiale Botanic qui a décidé récemment de ne plus mettre les produits chimiques en libre service. Avant, un jour, jurent-ils, de les supprimer.

 

Le jardin potager devient aussi consciemment ounon, une forme de résistance passive individualiste à la mal-bouffe. Et à la fièvre des prix qu’entretiennent des gens comme Michel-Edouard Leclerc qui tente désespérément de faire croire qu’ils se battent pour notre niveau de vie.

 

 

(1) A lire un bouquin qui vient de paraître : Jardins partagés, utopie, écologie et conseils pratiques de Laurence Baudelet, Frédérique Basset et Alice Le Roy. Préface de Gilles Clément. 150 pages passionnantes, avec photos, sur les expériences menées en France depuis quelques années. Editions Terre Vivante. 23 euros

 

Tous les commentaires

Le jardin potager, un vrai indicateur de la pauvreté... Bientôt je crois que je vais devoir m'y remettre. Le temps des fleurs est passé.

Bonjour les jardiniers, je vous recommande aussi le site http://perso.orange.fr/jardin84 qui illustre l'application de la démarche "haute qualité environnementale" à la création de sites de jardins associatifs partagés . bien à vous Pierre Sélim LEBRUN

Personnellement, j'ai un jardin potager mais il y a beaucoup de mauvaises herbes. Il est très moche, mais finalement assez productif. Je subi les regards désaprobateurs de mes voisins. Mais, finalement, comme j'ai une relative bonne production, ceux-ci finissent par comprendre que ma méthode de culture (de "non culture", à vrai dire) est efficace même si elle est esthétiquement discutable. Tout ça pour dire que le jardinage est aussi une affaire de voisinage. Le jardin est aussi ce que l'on montre, il est le point de contact ente l'intérieur de la maison et l'extérieur. C'est une frontière. Je me souviens avoir glissé une petite remarque à mon voisin sur l'usage intensif et complètement inapproprié du round up, un désherbant, soi disant non toxique (je rêve!). En espérant que le dialogue entre voisin fera son bonhomme de chemin, peut être que l'usage de ces produits diminuera. On en est encore loin....

Trop de jardiniers, encore, confondent le beau et le bon: cette idéologie du jardin "propre" a deux origines: d'abord la préférence française (datant des siécles précédents et tenace depuis le XIX éme, voir les éoliennes contestées!) et ensuite l'idéologie de la Ligue pour le coin de terre et du foyer créée par l'abbé Lemire, idéologie selon laquelle le jardin n'est pas un "plaisir" mais un lieu dans lequel tout doit être en ordre !

Pour A.GORZ, le capitalisme du XXI° siècle est l'instrumentalisation des dépendances. Incontestablement le jardinier bio. recherche une autonomie, que devraient lui envier nombre de frimeur de la consommation frénétique : Peut-il exister une écologie sans jardin ? Personnellement je crois que non. Les jardiniers ont toute ma sympathie.

Pas d'écologie sans jardin, avec ou sans Gorz, mais pour encore beaucoup ltrop de gens, malgré les prorés, le jardin reste un privilège. Et pour d'autres, une "belle" pelouse sans "mauvaises herbes".

Connaissez-vous la permaculture ? C'est une méthode de jardinage où l'on ne retourne pas la terre. C'est un peu long à expliquer et je n'ai pas beaucoup de temps, mais on trouve facilement des infos sur internet sur ce sujet, que je conseille à tous les jardiniers potentiels ou confirmés. En tout cas merci pour cet article ! Médiapartiquement votre !

Personnellement, je ne retourne pas la terre ou très peu, mais j'ajoute du compost. C'est un copain qui m'a parlé de cette méthode de culture, et c'est très pertinent pour les paresseux dans mon genre. Je laisse mes fraisiers se ballader, et d'une année sur l'autre, ils étendent leur territoire. Cette année, la récolte promet d'être excellente....

Pour ceux qui n'ont pas de jardin, et pour ceux qui en ont aussi, on peut faire germer des graines, de luzerne (alfalfa), de radis, de tournesol, et des tas d'autres, dans sa cuisine, pendant quelques jours, qui apportent des micro nutriments pour nos cellules, oligo-éléments et vitamines sont démultipliés par 10 grâce à la germination. Il suffit d'acquérir un germoir, de les rincer tous les jours, en ce moment de printemps, elles poussent beaucoup plus vite. A consommer dans la salade, les omelettes, les esseniens faisaient du pain avec du blé germé.

Votons pour un retour des jardins ouvriers ! Pas comme un substitut du RMI ou de l'augmentation du pouvoir d'achat (du type travailler plus pour gagner plus, Sarkozy est capable de reprendre cette idée pour la détournée) mais comme un moyen de se rapproprier une partie de sa propre vie, celle que nous mangeons.

J'habite au Plessis Robinson ou dans les années 50 les communistes avaient mis en oeuvre les cités jardins, en pleine cité HLM les cabanes de jardins potager fleurissent et perdurent. La cité est bien entretenue. Depuis on remplace ces cités par des quartiers neufs paysagers... Pas sur que l'on y gagne. En angleterre, il suffit de prendre le train pour voir tout le long des jardins ouvriers. Ils sont de plus en plus nécessaire et l'on voit dans la campagne proches de paris (crepy en valois etc..) des zones ou se regroupe les personnes en quête de légumes frais, sains et pas chers. Aprés les zones communales cimetiéres, on devrait avoir des zones communales potagéres, que les morts ne soient pas les seuls à manger des pissenlits.

Bonjour et merci pour cette poésie sur le potiron. Ce cucurbitacée orangé est ma madeleine de Proust ! Ma grand-mère dans son potager en cultiver et en authentique cordon bleu le cuisiner en potage, en gratin, en tarte, en confiture. Elle savait, avant la mode Halloween; le rendre décoratif. Hélas, inconsciente je ne lui ai jamais demandé de m’écrire ses recettes… alors quand je le vois sur les étalages, je le caresse pour m’excuser et lui envoyer un message de tendresse. G/MISKI

Bonjour, Une pensée pour ce papa vietnamien, vivant dans une cité, et se demandant si il ne pourrait pas faire pousser des pommes de terre dans les massifs qui longent l'autoroute.. (Il me semble avoir lu que les grèves du siècle dernier pouvaient tenir car les ouvriers avaient un petit jardin/clapier pour l'alimentation?)

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