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La Vérité se paie le prix fort

La démocratie républicaine demande du temps pour s'installer. En France, il s'est passé plus d'un siècle entre la convention de 1790 et les dernières vélléités royalistes ou impériales à la fin du XIXème; au Brésil, l'indépendance date de 1822 et la république, de 1889. Depuis cette démocratie nationale se construit, par à-coups, d'abord république héritant de l'empire colonial et de son oligarchie terrienne, dont les traces dominent clairement encore la vie politique (agro-négoce, clientélisme au caractère féodal dans certains états, et les maladies résultantes: népotisme, corruption, injustice, parfois pire), coups d'état, révolutions régionalistes, la péripétie la plus dramatique étant la dictature militaire de 1964 à 1985.

Le grand renversement de l'arrivée de Lula à la tête de ce géant en 2003, un syndicaliste d'extrême-gauche, issu des classes pauvres du nordeste immigrées intérieures vers São Paulo, la capitale économique, s'est fait au prix de "concessions" faites à l'oligarchie en place, le tout "régulé" grâce au charisme et à l'habileté magistrale de l'ancien ouvrier métallurgiste.

Il faut comprendre ce contexte et la lente progression de la démocratie pour ne pas être choqué par les difficultés qu'éprouvent les politiques à faire émerger la "vérité" des restes des cauchemars de la répression. La présidente Dilma qui fut une étudiante membre d'une avant-garde révolutionnaire très active, prisonnière et torturée par les militaires, et a refusé de témoigner contre un de ses tortionnaires par esprit de conciliation, et son gouvernement, dont certains ministres sont également d'anciens révolutionnaires poursuivis à l'époque, doivent souffrir ces dilemmes.

AraguaiaTrad.: Préparation d'une allocution officielle: "Les archives n'existent pas, il n'y a pas eu d'exécutions en Araguaia, les guerilleros sont morts au combat"

Des faits actuels sont toutefois assez inquiétants, mais avant de les exposer, il faut rappeler un contexte juridique assez particulier, à savoir qu'en 1979, la dictature s'est entrouverte et une loi d'amnistie a été votée au bénéfice bien sûr des prisonniers survivants et exilés politiques, mais maintenant cette loi sert de prétexte pour "enterrer" les exactions du régime dictatorial.

Les militaires, eux n'ont pas dans leur majorité changé de côté, il y a quelques jours en février ils ont protesté ouvertement et en grand nombre contre des déclarations de ministres et du PT (Parti des Travailleurs au pouvoir) réclamant la justice pour cette période, contre cette fameuse et fantomatique "Commission de la Vérité" et critiqué la présidente Dilma Rousseff. Cette dernière ayant réclamé des sanctions, ils ont déclaré qu'ils ne reconnaissait pas l'autorité du ministre de la Défense (!), qui leur a demandé très officiellement cette semaine le respect de l'autorité civile.

Ces faits sont graves et inquiétants, même si le contexte est certainement très différent, la conscience nationale et démocratique a progressé et on peut douter de la volonté et de la capacité des USA de jouer à nouveau les gendarmes ici en cas de circonstances plus graves.

Il semble donc que la vérité restera encore cachée dans la jungle d'Araguaia (réduit d'un groupe de jeunes révolutionnaires du Parti Communiste du Brésil qui voulait en faire un noyau d'expansion révolutionnaire à la fin des années 60 et où ils ont été torturés et massacrés), toutefois si vous passez par São Paulo, faites un tour dans un des lieux de la répression qui ont été ouverts au public, dans l'ancienne "Estação da Luz".

PS: On peut en regard apprécier le courage et l'obstination qu'ont montré en Argentine le couple Kirchner qui ont réussi non sans peine à faire condamner ce qui restait des dictateurs de cette période dans leur pays.

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