Arrêt Medvedyev de la CEDH: pour une vraie réforme du Parquet !
La Grande chambre de la Cour européenne des droits de l'homme a de nouveau condamné la France dans un nouvel arrêt Medvedyev, mais sans rappeler le considérant par lequel, le 10 juillet 2008, elle adressait une sévère mise en garde au gouvernement français en affirmant que le procureur français « n'était pas une autorité judiciaire, faute d’indépendance suffisante à l’égard du pouvoir exécutif pour être ainsi qualifié ». Cette jurisprudence ne faisait que refléter pour le cas français, la conception que la Cour se fait depuis toujours de l'autorité judiciaire: n'en relèvent que les magistrats indépendants, qui ne sont pas soumis dans l'exercice de leur fonction à une influence extérieure, notamment celle du pouvoir exécutif.
Cette décision du 10 juillet 2008 avait clairement mis en évidence ce que le ministre de la Justice et ses amis tentent désespérément de nier: les nomination des procureurs de la République sont à l’entière discrétion du pouvoir politique, qui passe outre aux avis contraires du CSM, pourtant garant de l’indépendance des magistrats... Il fait et défait les procureurs généraux, qui sont au sommet de la hiérarchie des magistrats du parquet, selon qu’ils plairont ou ont déplu. Il leur adresse, en toute discrétion, les instructions qui lui conviennent dans les dossiers individuels, instructions dont on ne retrouvera jamais la trace écrite qu’impose pourtant le code de procédure pénale!
Les mêmes élaborent un projet de nouveau code de procédure pénale qui, s'il est adopté, aggravera la situation de dépendance du ministère public à l’égard du pouvoir politique. Elle sera alors totale.
Ce texte élargit d'abord de façon considérable les attributions du ministère public, qui va désormais assurer la conduite de la totalité des investigations. Mais il le fera sous l’autorité du procureur et le contrôle du pouvoir politique, alors qu’au terme de ces enquêtes il soutiendra l’accusation devant la juridiction de jugement. Cela sans qu’un véritable juge de l’enquête, doté de véritables moyens de contrôle et d’investigation propres, puisse résoudre cette contradiction et offrir à la partie civile ou à l’accusé les garanties d’impartialité nécessaires.
Dans le même temps, le pouvoir hiérarchique du ministre de la justice sur les procureurs est considérablement renforcé. L'avant projet de réforme étend en effet - articles 221-5 et 221-1 de l’avant projet de loi - ce pouvoir hiérarchique à l’action pénale individuelle, alors qu'auparavant il ne concernait que la politique d’action publique. Il consacre ainsi les instructions dans les affaires individuelles et n'interdit que les seules instructions de classement sans suite.
Il s'agit là d'une évolution inquiétante qui accentue les liens de dépendances introduits dans le Code de procédure pénale de 1958, alors que le Code d'instruction criminelle, en vigueur de 1808 à 1958, ne mentionnait, dans aucun article, l'intervention possible du ministre de la justice dans le cours de la procédure pénale.
En contrepartie, et pour seule garantie d’une Justice impartiale et égale pour tous, il est concédé aux membres du parquet ce que l’on nomme “un devoir de désobéissance”, limité aux “instructions individuelles contraires à l’exigence de recherche de la vérité et de la conduite des investigations à charge et à décharge”. Cette « innovation » renferme d'abord l’aveu de l'existence des instructions individuelles opposées à ce principe d’égalité. Elle fait ensuite obligation au procureur d’obéir à toutes les instructions individuelles, de quelque nature qu’elles soient, à condition qu’elles soient étrangères à la conduite de l’enquête. Ainsi, pour l’engagement de l’enquête, comme pour la décision à prendre à son issue - classement sans suite ou alternative à la poursuite- le procureur devra obéir aux instructions, de préférence verbales, qui lui seront transmises.
Ces dispositions législatives placeront le parquet dans une situation de dépendance quasi totale à l’égard du pouvoir exécutif. Or l'article 64 dela Constitution affirme que l'indépendance de l'autorité judiciaire, à laquelle appartient le ministère public, est garante de l'exercice de leurs droits par les citoyens et du principe d'égalité .
Un autre point de la réforme envisagée, confirme cette évolution inquiétante du ministère public . Alors qu’il a, traditionnellement, le monopole de la défense de l’intérêt général, partagé aujourd'hui avec des associations habilitées à cet effet, une nouvelle entité, « la partie citoyenne », pourra se substituer à lui ,en cas de défaillance, pour la défense de la collectivité.
Cette autre « innovation » confirme l'évolution de la mission du ministère public qui, de défenseur de l'interêt général devient celui de la simple satisfaction des intérêts du pouvoir politique. Cette partie citoyenne n’offrira d'ailleurs qu’une garantie purement illusoire, tant ses conditions de mise en oeuvre sont limitées. Elle ne pourra compenser le rôle joué par un magistrat enquêteur indépendant, tel le juge d’instruction, lorsqu'il sera nécessaire de faire obstacle aux dérives politico-financières.
Cette instrumentalisation du parquet doit s'analyser au regard des enjeux de santé publique, d’environnement ou de lutte contre la corruption, lorsqu'il apparaît nécessaire de mettre en cause des intérêts politiques ou économiques puissants. La réforme de la prescription, projetée par ce même texte, illustre cette volonté de protéger ces intérêts. L' allongement de la durée de celle-ci – trois à six ans – fait en contrepartie obligation au juge d'inclure dans ce temps celui pendant lequel les infractions occultes, telles la corruption ou l'abus de biens sociaux, ont pu naître et se développer en toute quiétude. Leurs auteurs n'en seront que plus aisément placées à l'abri des poursuites pénales.
Parlons clair: ce qui est présenté comme « la mesure phare » de l'avant projet de code de procédure pénale, la disparition du juge d’instruction, cache une véritable domestication du parquet par le pouvoir politique. Elle sera d’autant plus dangereuse que le texte n’offre aucun contrepoids qui garantisse une enquête impartiale et une justice égale pour tous. Ce n'est pas l’affirmation illusoire d’une enquête « à charge et à décharge » par ce nouveau ministère public qui constituera cette garantie.
L'égalité des armes entre l'accusation et la défense ne peut dépendre de la seule bonne volonté d'un Parquet domestiqué. Il faudra, outre un juge de l'enquête puissant, des avocats mieux organisés et mieux payés pour qu'ils assurent la défense de tous leurs clients même les moins fortunés.
Avec cette réforme, notre pays continue de s'éloigner des exigences européennes qui s’attachent, tout comme notre constitution, à ce que l’organe de poursuite soit à l’abri de toute influence. Le Ministère Public deviendra un démembrement du pouvoir politique, dont il sera contraint à servir les intérêts égoïstes plutôt que l'intérêt général.


Tous les commentaires
L'arrêt Mevedyev montre le chemin à suivre pour toutes les procédures françaises. La Convention européenne est un standard. Le politique maintenant la procédure pénale en dessous de ce standard condamne la justice française à n'être plus qu'une formalité.
Contrairement à ce qui s'écrit ça et là, la grande chambre a rappelé ce qu'était un magistrat pour la cour EDH : un juge indépendant du pouvoir et des parties. Aujourd'hui, nous dit la cour, le problème ne se pose plus, les membres de l'équipage ayant été reçus par un juge d'instruction, qui est justement un magistrat indépendant. Prétendre que la réforme voulue par le pouvoir n'est affectée qu'indirectement par cet arrêt de la grande chambre comme on le prétend dans certains journaux et au ninistère est hallucinant...
Quoiqu'il en soit même si l'arrêt du 29 mars 2010 ne comportent pas la phrase spécifique de l'arrêt de 2008 concernant la non indépendance du procureur, celle-ci n'est pas infirmée. L'arrêt de la haute cour va donc dans le même sens que celui de Juillet 2008 sur ce point aussi: Pour la CEDH le procureur "à la française" n'est pas un magistrat indépendant. Bon mais une fois qu'on a dit ça qu'est-ce qu'on fait?
Un collectif aurait-il la possibilité de demander à ce qu'une autorité européenne force la France à revenir sur le statut des procureurs en se basant sur les arrêts précités. Cela condamne t-il d'ores et déjà toute réforme des juges d'instruction ou de la justice en générale telle que souhaitée par Sarkosy? Si quelqu'un pouvait m'éclairer? Merci.
NB: le message suivant et les documents joints, envoyés à plus de 300 contacts et relais, sont publics; ils peuvent être rediffusés, libres de droit ou d'accès sur Internet.
Sahara occidental: halte à la répression sanglante !
à cette heure, 3556 signataires à la pétition sur le site http://www.cyberacteurs.org/actions/petitions.php
Michéle Alliot-Marie au ministère des affaires étrangères:
"nul ne dictera à la France sa politique étrangère".
- 2006: la France, après la visite des membres du Haut commissariat, bloque la publication du rapport accablant de cette mission ;
- 30 Avril 2009: La France, seule pour la première fois parmi les membres du Conseil de sécurité, s'oppose à ce que la MINURSO soit mandatée pour contrôler le respect des droits de l'homme (unique des 16 missions de paix au monde à ne pouvoir devoir le faire depuis 1991...);
- 16 novembre 2010: au Conseil de sécurité, saisi in extremis grâce à l'intervention du Mexique et du Royaume Uni, seule la France s'oppose à l"envoi d'une mission d'enquête internationale au SO!
Veuillez trouver ci joints:
¶ le communiqué francobelge du 20 11:
Deux médecins belges en mission humanitaire à El Ayoun (Sahara Occidental)
arrêtées et expulsées par le Maroc.
¶Après les attaques marocaines, la liste au 19 11 des 107 premiers prisonniers sahraouis en attente de jugement sur http://apsoinfo.blogspot.com/
¶ le témoignage (français/espagnol) d'un acteur de terrain présent dans les camps de réfugiés depuis trois ans "mourir d'oubli ou de guerre";
¶ le témoignage et les archives "vivantes" de Lise et Anthony, seuls français présents dés la naissance du soulèvement populaire et de l'organisation du camp de la dignité, Agdaym Izik, détruit le lundi 8 novembre aux premières heures...!
« ce sont des images de journalistes qui ne sont pas aux ordres, des images de celles et ceux qui bravent l’interdit… » HS lors des premières images reçues et commentées en direct à l'EUCOCO 36 au Mans
sur leur site et sur YouTube:
http://www.youtube.com/watch?v=vdUXhRXK1pY
http://www.totasprod.com/petition-sahraouis/
¶ mais aussi et reçu tardivement ce film:
http://www.youtube.com/watch?v=aG0ga00eI2o&feature=player_embedded
une partie du camp de la dignité au moment de l'attaque des forces marocaines : des jeunes résistent, puis femmes et enfants, sous les bombes lacrymogènes, essaient de résister à leur malaise et de quitter les lieux.
¶ la conclusion de l'APSO: http://ap-so.blogspot.com/2010/11/du-carnage-du-sahara-lonu-naura-pas-sa.html
Du carnage du Sahara, l’ONU n’aura pas sa version propre
¶ Sans nouvelles de 9 disparus forcés :
transférés le 14 novembre à Rabat-Salé et incarcérés dans une annexe de la prison de ZAKI, sous la responsabilité des services de renseignement et non du ministère de la Justice. > 1- NAAMA ASFARI > 2- ABDELAHI LEKHFAOUNI > 3- BANGA CHEIKH > 4- MOHAMED BOURIAL > 5- LAROSI ABDELYALIL > 6- BANI MOHAMED > 7- MOHAMED AYOUBI > 8- TAKI MACHDOUFI. > 9- on ne connait pas le nom du 9° disparu qui est avec eux . NB: liste communiquée par l' ASVDH- Association Sahraouies des Victimes des violations graves des Droits de l'Homme commises par l'État marocain- . Naama Asfari,cofondateur et coprésident en France du CORELSO- Comité pour le Respect des Libertés et des droits humains au Sahara, a été enlevé par les forces de l'ordre marocaines , dimanche soir 7 novembre 2010 à 20h au domicile privé où il se trouvait à El Aiun (Laâyoune) , capitale du Sahara Occidental. Son épouse souhaite se rendre à Rabat pour exercer son droit de visite conformément aux conventions internationales.
¶ les liens avec 2 autres films/vidéo reçus d'activistes sahraouis, qui traduisent les tensions extrêmes de la situation à El Aiun (Laâyoune):
1- http://www.youtube.com/watch?v=rdCrZgKZTxE&feature=player_embedded
un policier tire à vue sur des jeunes qui lancent des pierres
2- http://www.youtube.com/watch?v=pY8AnPIaGOs&feature=player_embedded
depuis un véhicule de police où l'ordre est donné de charger les armes!
¶ la photo du jour reçue le 19 11 sur AL OUFOK, "L'Horizon" :
http://www.aloufok.net/spip.php?article2769
¶ le communiqué (ANG/FR) du Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme (EMHRN/REMDH) en date du 17 11
¶ l'intervention depuis Madrid de l’organisation mondiale des droits humains, seule ONG autorisée sur place
Human Rights Watch (HRW) le 18 11
¶ 4 articles de presse:
- deux hebdomadaires:
- POLITIS du 11 11; et Les Débats (17 11) qui récapitule ces derniers jours,
- deux quotidiens: Le Times du 17 11; le Monde du 17 11, de son envoyée spéciale!
et enfin : - sur Mediapart, de nouveaux blogs dont :
http://www.mediapart.fr/club/blog/jjmu/211110/plutot-le-pacifisme-que-de-laisser-des-morts-au-nom-de-quelque-raison-qui-soit-