Ven.
29
Aoû

MEDIAPART

Connexion utilisateur

En hommage de la prise de Tombouctou

                                    Le fanion de la Légion (1936) - Raymond Asso – Edith Piaf (extraits)

                                                                           

Comme la nuit couvre la plaine,

Les "salopards", vers le fortin

Se sont glissés comme des hyènes

Ils ont lutté jusqu'au matin :

Hurlements de rage,

Corps à corps sauvages,

Les chiens ont eu peur des lions.

Ils n'ont pas pris la position.

Ah la la la, la belle histoire,

Ils restent trois dans le bastion,

Le torse nu, couverts de gloire,

Sanglants, meurtris et en haillons,

Sans eau ni pain, ni munitions.

Ah la la la, la belle histoire,

Ils ont toujours dans le bastion

Mais ne peuvent crier victoire :

On leur a volé le fanion,

Le beau fanion de la légion !

La Guerre au Mali, ou le triomphe de l’information version (très) courte

Les autoroutes de l’information, le village global, la connexion de tous les ordinateurs, l’avènement de la société de l’information… Aaaah, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’ère moderne d’une information enfin débarrassée de la civilisation du journal et de ses nouvelles politisées.

C’était magique : des SMS, Twitter, Facebook et hop ! Une révolution en Egypte ou en Tunisie. D’ailleurs regardez combien la Chine n’est pas démocratique, elle tort et comprime Sa Majesté Google !

Certes. La guerre au Mali rappelle à notre bon souvenir ce qu’Albert Londres nommait « le bourrage de crâne », s’agissant de la Grande Guerre. Les médias, grands par définition puisqu’ils dominent l’opinion et sont dominés par les industriels et les financiers, débordent de communications militaires.

Une guerre ? Non, une promenade humanitaire, une colonne de la liberté, une opération de police internationale contre un terrorisme sans visage.

Et de mettre en scène le QG de guerre de Le Drian, ministre aussi socialiste que l’était Guy Mollet pour l’Algérie.

Et de filtrer des images ambiance stratégique, où les commandos, beaucoup plus commandos que les autres, les forces spéciales (si, si) promènent nos armes magnifiques devant des populations chavirées de bonheur.

Sans compter la vitrine exposition de nos Rafales, nos blindés, et le bastringue prêté gracieusement par nos amis américains (drones tueurs et renifleurs, énormes avions transports de troupes, etc.).

Des bombardements ? Des frappes aériennes. Des combats ? Des opérations de sécurisation. Une guerre ? Une intervention limitée dans le temps contre le terrorisme.

<>L’information très courte, façonnée pour l’émotion immédiate et pour capter un bref instant l’attention de l’internaute, véhicule-t-elle autre chose que ce que dictent les officines de communication de l’Armée professionnelle et du gouvernement ?

Qui veut prendre du recul doit faire l’effort traditionnel pour être vraiment informé.

Car enfin, l’Europe, couronnée en décembre par un prix Nobel de la Paix, est en guerre depuis 15 ans, des Balkans en Afghanistan, de la Libye au Mali. Cette Europe, sans exécutif politique porté au pouvoir par des élections, a été sommée, a posteriori, par la France, de soutenir son aventure militaire.

Quel bilan de ces guerres "contre le terrorisme", en Irak et en Afghanistan, d’où toutes les troupes se carapatent, sinon l’échec des forces occidentales et leur propension à produire de nouveaux terroristes ?

Quel effet de la guerre aérienne en Libye, sinon d’avoir alimenté en armes et en hommes les formations diverses occupant le Nord Mali ?

En 7 ans, le nombre de gouvernements qualifiables de démocratiques est passé de 24 à 19. Et demain, au Mali ? Quel enlisement inéluctable va produire quelle déstabilisation régionale nouvelle ?

Anatole France nous rappelle qu’ «on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels  ». Après les puits de pétrole libyens, l’uranium d’Areva au Niger tout proche, l’or d’un Mali 3e producteur mondial, et bien d’autres friandises gisent sous les rangers de nos parachutistes.

Le raid merveilleux sur Tombouctou montre qu’au cœur de la crise du système, la guerre n’est jamais loin. Et la propagande omniprésente. Même sur le " numérique".

Jean Gersin syndicaliste, 1er février 2013

Paru dans Cerises n°168

Newsletter