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En 2009, le kibboutz new generation

Que sont devenus les villages collectivistes israéliens, soixante ans après la création de l’Etat hébreu ?A un jet de pierre du Liban, une communauté chrétienne tente de donner une nouvelle vie à l’idéal originel des kibboutzim. Repère pour adolescents européens en quête de sensations, hôtel propret pour touristes en goguette ou banlieue rurbaine pour Israéliens, le kibboutz de Nes Ammim a subi un lifting décapant. Reportage.  

« Shalom », sourit avec entrain la jeune réceptionniste. Nous voici au cœur du kibboutz Nes Ammim. Un hôtel propret et sans charme, avec 48 chambres à 70 euros la nuit. A l’autre bout d’une prairie bien verte des maisonnettes en béton sont plantées en rang d’oignon. Pas un chat. Mais un chien grincheux qui s’échappe d’un jardin multicolore.

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Sarah, à la réception de l'hôtel (crédit: Florian Elsemueller) 

«Le kibboutz loue ces maisons à des familles israéliennes. Ils travaillent en journée, à Haïfa le plus souvent», explique dans un anglais coulant une voix par derrière. Le jeune homme, blond, le teint hâlé nous guide vers le coin des volontaires. Moelle épinière de l’idéal communautaire kibboutzique.

Cadavres de bouteilles de bières, serviettes de plages jetées à la volée, cendres du barbecue de la veille… L’espace ressemble à s’y méprendre à un village vacances du sud de la France. Mais loin s’en faut : la quarantaine de volontaires du kibboutz - Allemands, Suisse ou Néerlandais pour la plupart – triment 8 heures le jour durant. Pour le confort des touristes, ils nettoient, cuisinent, jardinent ou bricolent. En échange, ils sont logés nourris et blanchis, et reçoivent 100 euros d’argent de poche par mois. Et à voir la mine réjouie de mon hôte, la vie dans un kibboutz à l’air assez confortable. Surtout quand l’expérience, transformée en « service civil », permet d’échapper au service militaire, obligatoire en Allemagne.

« Avant il fallait abandonner tout ses biens personnels en entrant dans le kibboutz, sourit Florian en ouvrant son Macbook, mais ça a changé. D’ailleurs il y a beaucoup moins de volontaires qu’avant ». Ahhh, avant ! A quelques mètres, trône la première caravane du kibboutz, installée en 1963. Aujourd’hui, c’est un musée. Sur les murs, les photos sépia parlent du temps où de larges champs de roses remplaçaient les échoppes à louer. « Après la seconde intifada [jusqu’en 2004, ndlr], les bureaux européens ont pris la décision d’ouvrir l’hôtel, les roses ça ne marchait plus. » Les bureaux européens ?

Nes Ammim est un kibboutz un peu particulier. Ni juif, ni israélien, la communauté a été créée par un Hollandais pour renforcer les liens entre juifs et chrétiens après le traumatisme du génocide. Géré par des anciens volontaires européens, le conseil d'administration de Nes Ammim possède les terres et se charge de trouver les nouvelles recrues. Dans la grande majorité, ils sont chrétiens, âgés de moins de 25 ans et restent pour à peine un an.

Aux abords d’un grand bâtiment moderne, un chant religieux recouvre le son d’un piano. Hannah, 19 ans, répète pour la messe de samedi soir. « La messe n’est pas obligatoire » souligne la jeune fille rousse. Avant de partir, Hannah s’est engagée à ne pas faire « d’évangélisation » en Israël. Cela serait mal vu par les autorités.

Mais la religion fait partie de la vie de Nes Ammim. Le soir, après son service, la jeune allemande prend des cours d’hébreu et étudie la Torah. «Cela a changé mon rapport à la religion juive. Ca m’a changée tout court », lance-t-elle, sans entrain, au sortir de la « maison d’étude et de prière ». « Ce qui est dommage, c’est qu’on a pas beaucoup de rapport avec les Israéliens d’à côté. ». Le long du chemin bétonné, la volontaire montre du doigt « la forêt des enfants ». Pour chaque enfant nés dans le kibboutz, un arbre a été planté. Cette espèce d’arbre pousse-t-elle vite ? Tous ont l’air enracinés depuis de nombreuses années.

Brigitte ouvre grand la porte de sa maison et éteint sa chaîne Hi Fi d’où s’échappe un entraînant rythme klezmer. La décoration est chaleureuse, le jardin luxuriant. Privilège de l’âge et de l’ancienneté - cela fait 8 ans que l’enseignante suisse vit ici–, Brigitte a sa propre maison. Calme, paisible, elle raconte son histoire. Un divorce difficile, la volonté de prendre de large, de fuir le matérialisme européen. A Nes Ammim, elle pose ses bagages et organise son déménagement, une sorte d’aliya pour goy – du nom de l’immigration juive sur la Terre promise. « Je me sens chez moi », indique-t-elle, presque en rougissant.

Pourtant, cette Suissesse d'allure dynamique a décidé de mettre les voiles. Le besoin d'autonomie financière, l'envie de voyager, explique-t-elle. Il y a quelques années encore, Brigitte aurait bénéficié d’une prime de départ de 5000 euros prévue pour aider les volontaires à se réintégrer dans une vie « normale ». Aujourd’hui, elle part grâce à ses économies. « Mais je reste en Israël », affirme-t-elle en se levant.

 

Nous sommes vendredi soir, la veille du Chabbat, « Erez Shabbat » en hébreu. Les volontaires se retrouvent dans la salle à manger, à l’arrière de l’hôtel. Tous sont sur leur trente-et-un. En anglais, Christine, une jeune volontaire commence la célébration. On chante des chants en hébreu. Puis l’on boit le vin et se partage le pain. Savant mélange des cultures. Pourtant, lors ces agapes rituelles du kibboutz, pas un juif. « Shalom Shabbat ! Bonne entrée dans le Chabbat !», annonce gaiement Christine. Ce soir les plus jeunes iront faire la fête sur la plage. Sous les cieux étoilés de Nes Ammim, les bières et chamallows ne seront pas kasher.

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