Vive la musique libre, partie 1 : piratage et distribution
Ce soir-là, j'avais été quelque peu surpris de voir arriver sur la scène des Victoires de la Musique quelques artistes français (parmi lesquels Zazie, Jean-Louis Aubert, La Grande Sophie...) pour déclamer un texte à l'attention des méchants pirates qui téléchargent la musique illégalement sur l'Internet. Stigmatisés comme les profanateurs de la création musicale, montrés du doigt comme les pourfendeurs de l'Art, accusés de casser la mine d'or sur laquelle vivent nos chers interprètes, villipendés pour profiter de l'incapacité des maisons de disques à réagir face à l'évolution du marché, ces brigands de pirates ont tout cassé. Selon Pascal Nègre, c'est bien plus tard que l'on se rendra compte du mal fait par ces mécréants. Lancer une artiste comme Zazie par exemple demande beaucoup de temps, d'énergie, d'argent (on se demande bien pourquoi NDLA). Le téléchargement illégal empêchera donc désormais de créer un vrai plan de mise en orbite d'artistes de ce calibre. Autant d'arguments et d'idées reçues transmises à gros efforts de communication par les tenanciers des bordels musicaux. Tant de diatribes pour si peu d'ouverture d'esprit. Aucune envie de parler de partage des rétributions, de plafonnement des gains, aucun désir d'envisager la musique autrement que comme un métier méritant un salaire énorme, aucun remords à déclarer la guerre à un système qui permet aussi de diffuser sans argent débourser de nombreux artistes privés la plupart du temps d'une communication à la hauteur de leur talent (a-t-on déjà vu une pub télé sur Alva Noto ?). Tout ce qui inquiète Pascal Nègre est la fin du marché du disque tel qu'il l'a toujours vécu.
Soyons clairs, je ne serai jamais contre la vente des CD ou autre support dur, il est normal de rétribuer la chaîne de fabrication et de distribution. Mais est-il normal d'exagérer le prix d'un tel objet ? Au-delà de la TVA particulièrement disproportionnée, a-t-on le droit de savoir quelles marges sont pratiquées par les distributeurs, les producteurs, les artistes eux-mêmes ? Un jeune talent doit-il forcément avoir une part de salaire (est-ce autre chose qu'un salaire finalement ?) moins importante qu'un artiste reconnu (qui coûte pourtant beaucoup plus cher en terme de promotion et de communication) ? Pourquoi ne pas envisager des rétributions différentes à l'image d'un Peter Gabriel et son projet We7 fonctionnant avec de la publicité avant chaque morceau, permettant ainsi la libre utilisation de morceaux téléchargés librement ? Une alternative serait également d'envisager la musique produite et téléchargeable comme une base de promotion à des concerts, des sites Internet, des livres, des films... La production a un coût, c'est évident, mais penser la musique enregistrée comme un support à la diffusion et non plus comme un produit devrait être possible, non ? Cela permettrait sans doute une avancée fondamentale dans la création : terminés les morceaux de raccroc produits pour finaliser un album en mal de titres, que l'on découvre seulement une fois l'album acheté. Pour bien figurer au palmarès des artistes favoris du monde de la toile, il faudra désormais se mettre à écrire et à composer... mieux. On pourra me rétorquer que tout cela engendrera l'anarchie et c'est sans doute vrai. Mais se formeront alors des communautés d'artistes en contact direct avec leur public, le Web 10.0 en gros !
On n'est pas obligé tout le temps de voir la distribution des produits au niveau global. Vive les niches, vive le partage de ces niches, et, à l'instar de Charlie, je déclare tout de go : vive la musique libre !!!
http://www.wet-blankets.com



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Oui je pense que vous avez assez raison... même si effectivement la situation actuelle n'est pas satisfaisante. Au lieu de faire culpabiliser leur public, ces artistes devraient réfléchir à un nouveau modèle économique (mais en sont-ils capables?), au lieu de ça ils restent adoubés à leur maison de disque et ne se remettent pas en cause... leur pleurnicherie ne risque pas d'émouvoir grand monde et un retour en arrière à l'époque où tout le monde se ruinait en achetant des CD hors de prix semble définitivement révolu... Ils ne leur restent qu'à s'exiler au Japon là où paraît-il le le téléchargement gratuit n'existe pas (mais est-ce que les CD coûtent aussi chers qu'en Europe? A vérifier...). Toujours est-il que certains artistes comme Manu Chao ont déjà pris le pas de cette nouvelle ère de la musique libre en mettant à disposition gratuitement leur musique sur le net et en comptant sur leurs concerts pour vivre. Pour ma part, je continue à acheter des CD (d'ailleurs je n'ai jamais acheté autant de CD depuis que je télécharge illégalement, bizarre non?) lorsque ça me semble valoir la peine, pour des artistes peu connus, pour des albums où je peux avoir la certitude qu'il n'y aura pas qu'une seule chanson d'audible.
Très int´ressant et très vrai: ah si le phénomène de la marchandisation pouvait enfin nous lâcher la grappe, qu'on puisse enfin envisager les choses sainement, que ce soit la musique ou n'importe-quoi d'autre!
Il y a aussi tout un volet qui a trait aux différences d'un marché à l'autre, comme pour les régions DVD, destinées à compartimenter, à se protéger et à forcer les prix vers le haut sur les marchés "riches".
N'y a-t-il pas le même genre de problème en musique? La dernière histoire de l'iTunes Store qui "libèrerait" les albums "copy-protected" (je ne connais pas les d´tails), est-ce que ce n'est pas non plus à cause de ce genre de paramètres, différences de traitements selon différents marchés?