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Versailles: le rectorat hors la loi

Du jamais-vu

À l'heure où les DHG* tombent dans les établissements, c'est la consternation au lycée Corot de Savigny-sur-Orge face à une situation sans précédent : dans sa dotation, l'Inspection académique prévoit de n'affecter que trois heures pour des enseignements de spécialité dont l'horaire est défini à cinq heures hebdomadaires par la réforme du nouveau lycée du ministre Chatel. Sont concernés les enseignements d'arts plastiques, de cinéma-audiovisuel, de musique et de théâtre-expression dramatique en série littéraire.

Les enseignants, habitués au mépris qu'inspirent des enseignements jugés accessoires, ont d'abord suspecté une confusion avec les options facultatives ouvertes aux élèves de toutes séries et qui bénéficient effectivement de trois heures par semaine. À sa demande, une délégation d'enseignants a pu être reçue le mercredi 8 février à l'Inspection académique d'Évry qui a levé toute ambiguïté : il n'y a aucune méprise et les choix effectués contribuent « à l'effort national de résorption de la dette publique » [sic].

La stupéfaction des enseignants du lycée Corot vient bien de ce qu'il s'agit d'enseignements de spécialité, dotés d'horaires nationaux et sanctionnés par une épreuve au baccalauréat de coefficient six. Ce qui ne laisse pas d'étonner, c'est que la mesure n'est pas générale mais ne semble toucher que cet établissement fort pourtant d'un pôle artistique, partie intégrante de son identité, et que le président Sarkozy avait d'ailleurs choisi, en octobre 2010, pour y présenter en grande pompe son dispositif « Ciné-lycée ». Faut-il penser qu'il y aura demain, à la rentrée prochaine, des élèves qui recevront trois ou cinq heures d'arts, selon qu'ils fréquentent le lycée Corot de Savigny-sur-Orge ou le lycée Marie Curie de Sceaux ?

Le Rectorat de l'académie de Versailles n'hésite pas à se placer sciemment en porte-à-faux avec la loi : il semble bel et bien que l'on ait sonné le glas d'une éducation garantie pour tous sur le territoire national en tournant le dos aux valeurs républicaines d'équité qui la fondaient.

 

Gérer la pénurie

La DHG comporte d'autres mauvaises surprises dont le Rectorat est plus coutumier : la réduction drastique du nombre d'heures entraîne des suppressions de postes (le non-remplacement de sept fonctionnaires sur sept départs à la retraite) et ne permettra plus les dédoublements, pourtant prévus et nécessaires, en langues ou en sciences expérimentales. De même, les cours en langues étrangères de la « section européenne » ne pourront pas être assurés.

Cette coupe sombre dans les budgets de l'Éducation Nationale, associée à une plus grande autonomie donnée aux établissements et au pouvoir accru qu'auront bientôt leurs chefs, font craindre l'apparition d'un climat délétère dans les lycées : ne verra-t-on pas un personnel enseignant condamné à organiser un lobbying pour sa matière tout en dénigrant les autres disciplines et réduit à courtiser son supérieur hiérarchique ? De son côté, conduit à gérer la pénurie, ce dernier n'aura-t-il pas, comme seule marge de manœuvre, que de déshabiller Pierre pour habiller Paul, en suivant ce que lui dicte sa subjectivité ?

 

Résister

Au lycée Corot, la résistance s'organise : on tracte à la sortie du lycée, les représentants du personnel refusent de siéger dans les différentes instances chargées d'entériner cette dotation et des enseignants ont occupé les lieux dans la soirée du 13 février où ils ont été rejoints par des parents d'élèves... Au-delà de ces moyens d'actions, les enseignants, conscients de ce que les journées ponctuelles de grève ne produisent guère d'effet, testent des formes inédites de communication susceptibles d'alerter le grand public, au premier rang duquel les familles de leurs élèves : le personnel s'est cotisé pour acheter un espace publicitaire dans Le Parisien avec deux parutions, le mardi 14 et le jeudi 16 février. Un groupe « Corot en lutte » a été constitué sur le réseau social Facebook. D'autres actions vont suivre…

 

*la dotation horaire globale désigne l'attribution par l'Inspection académique à chaque établissement du volant d'heures lui permettant d'organiser l'année scolaire suivante.

Tous les commentaires

Dans mon établissement, situé dans une autre académie, les enseignements de spécialité, semble-t-il, ne sont pas affectés par de semblables coupes ; en revanche, en seconde, la DHG ne prévoit que 1h30 par option, alors que certaines d'entre elles (langues anciennes, cinéma) devraient bénéficier de 3 ou de 4h. C'est le cas, apparemment, pour tous les lycées de l'académie. A partir de là, que peuvent faire les proviseurs ? Une réduction de l'horaire ? Des regroupements de niveaux ? Ou, plus vraisemblablement, ce que l'on appelle pudiquement des arbitrages, qui consistent à déshabiller Pierre pour que Paul reste  à peu près couvert ?

  Cela fait bien longtemps que la Rue de Grenelle a renoncé à sa mission d'éducation...

Et combien de professeurs se sentent concernées? Déjà en mai 68, certaines professeurs me confiaient que le statut social de leurs époux leur interdisait de faire grève.  Et qu'il fallait réformer l'orthographe, supprimer les devoirs, simplifier l'histoire, interdire les pantalons, science et sexualité horreur, mixité chienlit et je pourrais continuer longtemps.

 Pour faire simple les enseignants ont-ils toujours l'esprit de corps?  Quel est le but de leur métier? Quels citoyens veulent-ils?

Et, dans les questions au gouvernement, j'entends CHATEL se gaussait de l'aide individualisée SA GRANDE OUEVRE!En pleurs

Et le Tribunal Adminsitratif saisit en excès de pouvoir et en référé suspension, c'est pour les chiens ?

Une seule solution.... La révolution et aussi..... les élections

Dans mon établissement (LP JPierre Timbaud,Aubervilliers), la Dotation horaire globale est-elle que 18 postes sur 100 disparaissent !

En d'autres temps on aurait parlé de "contribution à l'effort de guerre".

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