Notre société moderne a inventé une machine à informer qui pratique ce qu'il faut bien appeler le grand décervelage et qui est sans aucun doute le plus formidable appareil idéologique jamais inventé. Cette méga-machine, alimentée en permanence par les sondeurs que commentent sur le champ les politologues, que relaient tout aussi vite tous les journalistes, qu'écoutent presque tous les politiques, broie tout sur son passage. Jour après jour, un seul et même discours circule, jamais remis en question : celui de la prédiction de l'avenir fondée sur le chiffre, le score, la cote.
La pré-campagne de la Présidentielle de 2012 dans laquelle nous baignons, qui sera relayée dès juillet 2011 par la Primaire socialiste, risque bien de passer dans l'histoire politique de notre démocratie pour le pire exemple de manipulation inlassable des cerveaux. Nous y aurons subi maints scénarios funestes.
Le premier scénario a consisté à nous fabriquer un duel programmé inexorable, celui de l'affrontement entre Sarkozy et DSK, deux champions qui ne s'étaient pourtant pas encore déclarés officiellement. Il aura fallu l'auto-destruction de DSK, l'hyper-favori virtuel nous rejouant Docteur Jekyll et Mister Hyde, pour nous embarquer sans coup férir dans le deuxième scénario, celui du duel entre Sarkozy et Hollande. La machine à décerveler ne desserrant en rien son étreinte, un duo est remplacé par un autre, et les ingrédients de la mise en récit perdurent : des conflits de personnes portés par des chiffres et une constante mise en tension.