Jeu.
31
Jui

MEDIAPART

Connexion utilisateur

La filiation n’est pas naturelle !

Le seizième arrondissement de Paris a accueilli le Dimanche des Rameaux une nouvelle manifestation contre le mariage pour tous dans laquelle un certain nombre de pancartes exprimaient le caractère naturel des liens de filiation : «  mariage = 1 homme + une femme ». « Tous nés d’un homme et d’une femme ».  « 1 père + 1 mère, c’est élémentaire ». « Non à la filiation/fiction », « 1 papa 1 maman, on ne ment pas aux enfants »

Relayés par la presse conservatrice et répétés ad nauseam par l’opposition dans le débat parlementaire, ces slogans risquent d’éclipser la complexité de la question et de faire émerger des solutions aussi simplistes que dangereuses. C’est pourquoi, à quelques jours du débat au Sénat, un certain nombre de précisions s’impose. Bien que le projet de loi se limite au mariage et à l’adoption, les opposants au mariage gay ne cessent d’avancer d’arguments relatifs à la filiation en la présentant comme un fait de nature. Or, cette confusion entre filiation et reproduction est particulièrement choquante pour une société démocratique. Le droit peut certes tenir compte de la nature mais, en tant que dispositif d’agencement parental, la filiation répond à des règles propres, affranchies de la biologie : l’adoption, la procréation artificielle avec donneur, ou l’accouchement sous X en témoignent. Comme le soulignait le doyen Cornu : « Le droit de la filiation n’est pas seulement un droit de la vérité (biologique) c’est aussi un droit de la vie, de l’intérêt de l’enfant, de la paix des familles, des affections, des sentiments moraux, de l’ordre établi du temps qui passe... ».

Le droit moderne rompt avec le naturalisme du droit canonique. Désormais, sur le plan juridique, ce ne sont pas tant les racines naturelles des institutions qui comptent mais la réalisation d’objectifs concrets comme la transmission du patrimoine, la solidarité intrafamiliale, la protection des plus faibles... C’est au cœur de ce modèle civiliste qui s’inscrit le projet de loi sur le mariage pour tous. C’est dans cet esprit qui devrait s’organiser également le débat sur la « loi famille » annoncé pour le mois d’octobre prochain.

L’ère contemporaine, avec l’avènement des techniques de procréation « artificielle », permet la dissociation entre sexualité et reproduction et la création d’une parenté exclusivement féminine ou exclusivement masculine, parfaitement en accord avec le droit (rappelons-nous que l’adoption plénière par un individu est autorisée en France depuis 1966). Mais, au-delà du mariage et l’adoption, il s’agit également de permettre l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) pour tous. Le problème c’est que l’AMP n’a pas été pensée politiquement ni construite juridiquement sur la base d’un droit ou d’une liberté (comme l’IVG ou la contraception), elle relève d’un acte médical qui sert à pallier une stérilité ou à éviter la transmission d’une maladie grave. En quelque sorte, l’AMP constitue une démission du politique en faveur de l’expertise clinique. A cette raison médicale s’ajoute la promotion d’un type d’agencement familial : le couple hétérosexuel en âge de procréer…. La législation sur l’AMP est ainsi légitimée par cette conception d’une parenté « naturelle », fondée sur l’idée que l’intérêt du futur enfant implique le droit d’avoir une mère et un père et des liens biologiques avec les personnes remplissant cette fonction sociale. Ces valeurs, décrites comme universelles, sont à l’origine de l’inclusion de l’AMP parmi les services fournis par la sécurité sociale. L’enjeu aujourd’hui ce n’est pas seulement d’ouvrir l’AMP aux couples de lesbiennes au nom du principe d’égalité (même si cela constituerait déjà une avancée capitale) mais aussi et surtout de penser cette forme d’engendrement en dehors d’une justification thérapeutique et de l’impératif hétéroparental. La future loi famille devrait d’abord déconstruire l’architecture médicale de l’AMP pour permettre, par la suite, la mise en place d’un véritable droit à la procréation pour tous. La filiation ne peut pas dépendre de la capacité biologique à engendrer mais du projet parental responsable. Non, la filiation n’est pas naturelle et ce n’est pas en le répétant dans les manifestations publiques qu’elle le deviendra !

Tous les commentaires

01/04/2013, 13:51 | Par Annie Lasorne

Merci de cette salutaire mise au point.

01/04/2013, 14:11 | Par Luc Rigal

« la filiation n’est pas naturelle. »

C’est bien le fond du débat, en effet. Et cette vérité met en question la famille de parentalité comme seule et unique représentation de l’union sociale reconnue par l’État.

 

01/04/2013, 14:19 | Par Berjac

Comme pour l'IVG il y a quarante ans, les lesbiennes françaises doivent aller à l'étranger bénéficier d'une assistance médicale, avant que la société française parvienne à se dégager de la prise en otage par l'église catholique, l'UMP et l'extrême-droite.

On y est presque. Après ces crises d'hystérie auxquelles on a assisté l'autre dimanche, ils se calmeront.

02/04/2013, 15:09 | Par ptetmai

Oui, mille fois oui, aux mêmes droits pour tous, « comme tout le monde », au nom de « l'égalité républicaine » !

Il est « naturellement » inadmissible de refuser à deux gays (qui méritent le respect et pas les moqueries habituelles) le droit de faire un enfant rien qu'à eux deux ou à deux lesbiennes (qui méritent le respect et pas les moqueries habituelles) d'engendrer un joli mouflet rien qu'à elles deux, après être passé(e)s devant monsieur le maire ... comme tout le ..., pardon, comme de moins en moins de monde.

Personnellement je défends totalement et sans réserve leur droit ... d'essayer. Et je veux bien même être un parrain généreux et prodigue pour le premier enfant ….. prodige Rigolant

NB. Pour celles et ceux qui lisent trop vite : rien qu'à elles deux, rien qu'à eux d'eux, sans autre intervention

Newsletter