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BHL, la Tunisie et le Maroc, ou l'engagement à géométrie variable
Que Bernard-Henri Lévy fût l'un des maîtres incontestés, en France, de l'indignation sélective, du « deux poids, deux mesures » et autre engagement à géométrie variable, c'est là un fait que les observateurs les plus avisés de l'intelligentsia parisienne, pour ne pas dire germanopratine, savaient depuis longtemps déjà.
Mais c'est un pas de plus, dans ce genre d'escalade à l'hypocrisie, qu'il vient de franchir, doté là d'un incroyable sens de l'opportunisme, avec son tout récent appel, ainsi que le clame haut et fort sa revue « La Règle du Jeu », au boycott des biens et intérêts de Ben Ali, dictateur que le peuple tunisien vient très courageusement, avec une dignité sans pareille, de chasser, après près d'un quart de siècle d'un règne sans partage, du pouvoir.
De fait : « Hackers de tous les pays, unissez-vous. Continuez à hacker et à bloquer tous les sites officiels de Ben Ali ! », enjoignait BHL sur Internet, y retrouvant soudain là quelque vague et nostalgique accent de son mao-trotskysme d'antan, à la veille de la chute définitive de ce tyran. Et, certes, avait-il pleinement raison, même si les risques qu'il prenait là n'étaient que très limités au vu de la situation alors déjà très instable de Ben Ali, de s'indigner de la passivité du monde occidental, et de la France en particulier, face à ce qui allait devenir, en quelques jours à peine, la bien surnommée « révolution de jasmin », dont l'historique apogée fut atteint ce 14 janvier 2011 : « On ne peut pas se contenterde regarder en spectateur cette révolte sociale, cette révolte de la misère et cette révolte des libertés. », y renchérissait-il, en effet,à juste titre.
Ainsi aurait-on voulu saluer là très objectivement, malgré les quelques réserves que nous venons d'émettre à son endroit, cet apparent acte de courage intellectuel, allié à une non moins manifeste dose de lucidité politique, de la part de BHL. Impossible, toutefois, de satisfaire à cette exigence. Car ce que Bernard-Henri Lévy omet sciemment de dire, en cette diatribe par ailleurs en tout point justifiée, c'est que, pour s'en tenir au seul Maghreb, son cher ami Mohammed VI, Roi tout puissant d'un Maroc où ce même Lévy possède de somptueuses demeures (une villa à Tanger, avec vue imprenable sur la Mer Méditerranée, décorée à coups de millions de dollars par l'architecte d'intérieur Andrée Putman, et un palais à Marrakech, baptisé la « Zahia », digne des Contes des Mille et Une Nuits), s'avère un monarque à peine plus acceptable et démocratique, malgré quelques largesses de façade, que l'ancien président Ben Ali.
Il est vrai que c'est à son père, le très redoutable et peu fréquentable Hassan II, dont les geôles étaient remplies d'opposants politiques et autres prisonniers d'opinion, que Mohammed VI, couronné le 30 juillet1999, doit aujourd'hui, via la holding ONA (groupe financier investissant dans des domaines d'activité aussi variés que les mines, l'agroalimentaire, la grande distribution, les banques, les assurances, l'immobilier...) son immense fortune, laquelle équivaut, à elle seule, à 6% du produit intérieur brut du Maroc, faisant ainsi de la famille royale le premier opérateur économique de ce pays. N'est-ce pas, du reste, le magazine américain « Forbes » à l'avoir classé, en 2009, à la septième place des monarques les plus riches de la planète ? Et ce pendant qu'une grande partie de son peuple, privé lui aussi des libertés les plus élémentaires, ploie, peut-être plus encore que la population tunisienne, sous le poids de la misère tout autant que le joug de la tyrannie, le fléau de la corruption tout autant que le fardeau de la désespérance ? Avec, au bout de ce terrible compte, où les richesses de la nation se voient confisquées par un parti unique et sous la férule d'une poignée de notables, une impitoyable répression, parfois sanglante !
Mais de cela, de ce scandale sans nom et occulté depuis des décennies, Bernard-Henri Lévy, lui aussi accroché sans pudeur ni vergogne à ses nombreux privilèges, ne souffle évidemment mot dans l'appel qu'il vient donc d'adresser publiquement, ces jours derniers, à la Résistance au régime tunisien. Au contraire : silencieux mais très pragmatique complice des actuels dignitaires marocains, il se garde bien, soucieux de gérer sa propre fortune et de sauvegarder ainsi ses avantages, y compris en ces régions trop souvent défavorisées, d'y faire la moindre allusion. Et pour cause : j'ai bien peur, hélas pour lui, que, si la révolution tunisienne devait faire tache d'huile, comme c'est à espérer, dans certains pays arabo-musulmans, dont le Maroc précisément, Bernard-Henri Lévy y serait lui aussi cruellement balayé, à l'instar de tous ces honteux potentats, sous l'incontrôlable déferlante de la colère populaire. Ce que, bien sûr, je ne lui souhaite pas, pas plus qu'à mon pire ennemi !
DANIEL SALVATORE SCHIFFER*
* Philosophe, auteur de « Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes' et de leurs épigones » (Bourin Editeur).


Tous les commentaires
Ah !...
"Que Bernard-Henri Lévy fût l’un des maîtres incontestés, en France, de l’indignation sélective, du « deux poids, deux mesures » et autre engagement à géométrie variable, c’est là un fait que les observateurs les plus avisés de l’intelligentsia parisienne, pour ne pas dire germanopratine, savaient depuis longtemps déjà."
Cela fait des décennies que je sais cela (et que je l'ai même écrit). Sans être germanopratin. Ni observateur avisé : l'observation est à la portée de quiconque, pour peu que l'on sache lire et voir une posture...
Merci, en tout cas, pour ce vigilant rappel.
Rappel essentiel sur le Maroc.
je pense aux prisons que Mhamed Lachkar nous a décrit sur Mediapart (voir son blog)
Avec le Maroc, nous avons les mêmes amitiés ou fréquentations troubles d'une partie de la gauche ou des intellectuels mediatiques français qu'avec la Tunisie.
Ce point de vue ne fait que confirmer que M. Bernard-Henri Levy est un opportuniste, mais merci à Daniel Salvatore Schiffer de souligner ses incohérences. Il y a fort à penser que si demain les Marocains se soulèvent à l'identique de ce que viennent de faire les Tunisiens, BHL sera là pour énoncer les mêmes critiques à l'encontre du régime chérifien. Et il prônera comme il le fait aujourd'hui le bien fondé de cette révolte.
Mais pour l'heure il n'y a pas meilleur aveugle que celui qui ne veut pas voir. C'est le cas de M. Bernard-Henri Lévy.
+1000
Excellent rappel Mr Daniel Salvatore Schiffer.Merci
Il faut également dénoncer : l'Algérie, Le Mali, La Mauritanie, le Niger, la Libye, le Tchad, la Syrie, l'Egypte, le Soudan, la Corée du Nord, la Chine, l'Angola, le Koweit, l'Arabie saoudite, le Turkménistan, la Biélorussie, le Zimbabwe, le Rwanda, la Somalie... et puis on en oublie toujours...
il faut à mon avis surtout souligner alors qu'il appuie in extremis une revolution déjà en marche et qu'il oublie le Maroc il semble surtout oublier Israël n'hésitant pas à soutenir l'interdiction à l'ENS d'une soirée autour de Hessel....
Mais il y a tellement longtemps qu'il a perdu toute crédibilité
Je n'en rajouterai pas sur les commentaires précédents qui, comme l'article, reflètent bien mon opinion, mais j'aimerais rappeler à l'auteur que le moindre respect des lecteurs voudrait qu'il se relise, corrige ses fautes de frappe et certaines phrases fautives ou mal tournées. Sa pensée n'en serait que plus agréable à lire.
Merci pour cet article, rendez vous mardi devant le Panthéon.
BHL? il ne représente rien.
Merci pour cet article, toujours utile... Même si taper sur BHL, c'est en effet tellement facile ( il a tellement de casseroles), c'est un peu comme soutenir le peuple tunisien le 14 Janvier, une fois que Ben Ali est parti...
J'aurais plutôt aimé connaitre les différences/ similitudes entre la gouvernance marocaine et celle de Ben Ali.. Vous parlez de sa holding, de son père ( on ne choisit pas ses parents, il me semble), du fait qu'il est riche ( il a encore le droit tout de même !)... Rien de bien méchant. Je ne connais absolument pas la situation et l'histoire du maroc, et j'aurais aimé qu'on me détaille en quelques mots pourquoi il est aussi condamnable que Ben Ali comme vous semblez l'affirmer... Dans un prochain article j'espère.
HEU! taper sur BHL c'est taper sur des casseroles!!!! D'accord avec cette image réjouissante!!!TAPER sur des casseroles est aussi un moyen de protestation dans certains pays sous dictature!!! la dictature médiatique de BHL, mérite qu'on lui donne , cette sonorité ,de poéles ,,de faitout, enfin de bidons ,comme son auteur!!!!
Merci mille fois de dénoncer ce "politiquement correct" qui pollue interminablement notre horizon idéologique !
Entre les glapissements obligés d'un réalisateur de télévision ou les soupirs furtifs d'un ministre de la culture,nous sommes dans la mer des sargasses de l'hypocrisie absolue. Et puis il y a cette honte du pouvoir sakozyste qui ne sait pas comment se sortir plus ou moins blanchi de cette triste affaire,au nom de la République française,"une et indivisible".
Il faut lire et faire lire le magnifique article d'Edwy Plenel.
Il était urgent de dénoncer le terrible, le redoutable Bernard-Henry Lévy, cet effroyable danger qui de façon récurrente menace notre société, que dis-je, l'humanité tout entière ! Grâce à la vigilance et au courage de quelques héros (dont le docte auteur de ce billet) qui bravant tous les risques osent affronter l'innommable, nous allons peut-être échapper cette fois encore à … à quoi, au fait ?
En tous cas nous n'aurons pas échappé à votre commentaire si pertinent...
Le Maroc, refuge, villégiature et repos de nos têtes pensantes, de la gauche à la droite, des présidentiables en tous genres, un des rares pays étrangers où la très démocratique MGEN, asile de la gauche enseignante, continue d'assurer ... Pays où d'excellents étudiants ne peuvent retourner travailler et sont obligés de s'expatrier au Canada ou ailleurs. Oui, le Maroc va exploser un jour et BHL vilipendra alors ce qu'il adore aujourd'hui.
Tout ça, du vent, rien que du vent, pourri, nocif, puant !...
BHL c'est le tout à l'égo d'une France dont le siècle des lumières n'est plus au goût du jour pour ses penseurs philosophes autoproclamés et ses dépenseurs démagogiquement élus. La fusion des intérêts des guides intellectuels et des amasseurs d'oseille se sont joints aux dérives mercantiles d'industriels sans scrupules pour créer une nouvelle caste de dirigeants pédants et suffisants. Il n'y a rien à attendre de ceux-là. Puisse l'opinion publique, lassée des manipulations médiatiques, reprendre le chemin de la réflexion et assurer par le biais des démocraties agonisantes l'avènement d'une société où les mots liberté, égalité et fraternité ne seront pas livrés à la gnose de la manipulation verbale de politiciens illuminés par quelque Minc, Attali ou BHL mais que le sens de ces mots emplisse à nouveau d'espoir le coeur de nos jeunes aujourd'hui en déshérence. Alors et alors seulement un monde meilleur pourra voir le jour. (http://www.mediapart.fr/club/blog/ducdame/140111/c-est-notre-devoir-de-preparer-le-repas-de-tous-les-enfants) Merci M. Schiffer pour ce remarquable article! Albert Galoy
BHL c'est le tout à l'égo d'une France dont le siècle des lumières n'est plus au goût du jour pour ses penseurs philosophes autoproclamés et ses dépenseurs démagogiquement élus. La fusion des intérêts des guides intellectuels et des amasseurs d'oseille se sont joints aux dérives mercantiles d'industriels sans scrupules pour créer une nouvelle caste de dirigeants pédants et suffisants. Il n'y a rien à attendre de ceux-là. Puisse l'opinion publique, lassée des manipulations médiatiques, reprendre le chemin de la réflexion et assurer par le biais des démocraties agonisantes l'avènement d'une société où les mots liberté, égalité et fraternité ne seront pas livrés à la gnose de la manipulation verbale de politiciens illuminés par quelque Minc, Attali ou BHL mais que le sens de ces mots emplisse à nouveau d'espoir le coeur de nos jeunes aujourd'hui en déshérence. Alors et alors seulement un monde meilleur pourra voir le jour. (http://www.mediapart.fr/club/blog/ducdame/140111/c-est-notre-devoir-de-preparer-le-repas-de-tous-les-enfants) Merci M. Schiffer pour ce remarquable article! Albert Galoy
BHL c'est le tout à l'égo d'une France dont le siècle des lumières n'est plus au goût du jour pour ses penseurs philosophes autoproclamés et ses dépenseurs démagogiquement élus. La fusion des intérêts des guides intellectuels et des amasseurs d'oseille se sont joints aux dérives mercantiles d'industriels sans scrupules pour créer une nouvelle caste de dirigeants pédants et suffisants. Il n'y a rien à attendre de ceux-là. Puisse l'opinion publique, lassée des manipulations médiatiques, reprendre le chemin de la réflexion et assurer par le biais des démocraties agonisantes l'avènement d'une société où les mots liberté, égalité et fraternité ne seront pas livrés à la gnose de la manipulation verbale de politiciens illuminés par quelque Minc, Attali ou BHL mais que le sens de ces mots emplisse à nouveau d'espoir le coeur de nos jeunes aujourd'hui en déshérence. Alors et alors seulement un monde meilleur pourra voir le jour. (http://www.mediapart.fr/club/blog/ducdame/140111/c-est-notre-devoir-de-preparer-le-repas-de-tous-les-enfants) Merci M. Schiffer pour ce remarquable article! Albert Galoy
j,ai tres peu d,instruction ,sans cela la culture est tre difficile a acquerir ,mais je continue a m,informer avec passion , quand j,etais jeune j,admirais BHL et beaucoup d, intellectuels .avec l ,age et l,experience je m,aperçois de la triste realite ,BHLest un salaud et il n,est pas le seul ,quelle deception!! j,adore l,expression"tout a l,ego"tellement juste merci ducdam
C'est faire trop d'honneur à BHL que lui consacrer un billet et nos commentaires. L'individu est connu, et prête plus à rire qu'à critiquer. Mais faire un parallèle entre le Maroc et la Tunisie n'est pas très sérieux, en revanche, on ne peut passe sous silence l'Algérie, qui connaît déjà depuis quelques semaines les mêmes manifestations.
Bon, bon… Mais pourquoi dans votre article inventez-vous le néologisme "mao-trotskysme" ?
Il s'agit de deux cultures politiques parfaitement différentes, le maoïsme d'antan de B.-H.L. se référant à un régime réellement existant, qui fit tant de morts.
Le trotskysme est, lui, plutôt une école de pensée et une pratique politique multiple, antistalinienne, antimaoïste, voire antitotalitaire (voir David Rousset), même si certaines des organisations qui s'en sont réclamées devînrent des sectes.
Etrange amalgame.
Puisque certains commentateurs nous disent que le Maroc n'a rien à voir avec la Tunisie, des billets, articles de fond, voire des enquêtes de Mediapart, seraient les bienvenus. Je n'ai pour ma part entendu que quelques bribes à la radio l'autre jour sur les changements depuis le changement de roi.
Fantie, il ne faut pas vous contenter de quelques bribes à la radio, mais aller à la recherche sur des sites sérieux de la situation écnomique au Maroc, et éviter de tomber dans les clichés faciles sur ceux qui y font du tourisme. Mais renseignez-vous sur la situation en Algérie, qui est identique à celle qu'a connue la Tunisie.
Fabre, pour me renseigner par moi-même sur tous les sujets et les pays du monde, je compte sur mes sources d'information, que je ne peux et ne veux pas multiplier davantage. D'où ma demande aux abonnés et à la rédaction de Mediapart.
Ce qui m'intéresse c'est la parole des Marocains, ou de chercheurs, comparant par exemple la situations des pays du Maghreb, ou la situation du Maroc depuis la mort de Hassan II.
Bonjour Fantie, premiers éléments de réponse :
Tunisie, Maroc, Mauritanie…: quelles similitudes ?
(CRIDEM 19/01/2011)
Que l’on ne se trompe pas ! Les événements que vient de vivre la Tunisie ne sont que le couronnement d’un long règne de vingt trois ans durant lesquels le président déchu n’avait jamais voulu lâcher du lest au profit des libertés politiques.
Ce changement politique vient donc, à notre avis, compléter celui vécu en Mauritanie (I) depuis quatre ans à la suite d’un Coup d’état militaire en aout 2005, ou celui politico-économique que vit, actuellement, le Royaume du Maroc (II), mais subséquent aux efforts de normalisation politique qu’avait entamé, quoi qu’on dise, le défunt Roi Hassan II.
Ces constats nous poussent à faire une rapide analogie politique entre les différents régimes politiques maghrébins, tout en réservant la part du lion au cas mauritanien (III). Afin d’arriver au constat, in fine, selon lequel les forces politiques, notamment ceux de l’opposition ne doivent se tromper. Et nous expliquerons plus loin pourquoi.
I. Le changement politique mauritanien était venu mettre fin à une politique similaire à la tunisienne.
Tellement similaire que les profils même d’Ould Taya et de Ben Ali se recoupent, objectivement, de façon surprenante : formation militaire, spécialisation dans le domaine du renseignement, temps de règne quasi identique. Mais aussi se recoupent quant au style politique : mouvements et libertés civiles et politiques muselés, prégnance du milieu familial dans la vie économique, régime autocratique et culte de la personnalité.
II. Quant au Royaume du Maroc, le défunt Roi avait laissé en héritage à son successeur un pays déjà introduit dans une expérience d’alternance et d’ouverture politique. Laquelle était venue consacrer une normalisation politique subséquente à un long tumulte causée par deux tentatives d’accaparement avorté du pouvoir par les militaires ( Skhirat et l’avion. ) Et cela dans un contexte marqué par les premiers tutoiements, et de recherche d’attaches idéologiques du Maghreb du début des années 1970 du siècle dernier.
Quoi qu’il en soit, le destin, la chance l’avaient aidé, bon an mal an, à mener son pays jusqu’à subir, donc, un certain épanouissement politique, trois années avant sa mort. La succession au pouvoir, en 1999, en dépit de son caractère normal dans un régime monarchique, donna libre cours à une reconsidération du mode de gestion économique et politique. Ce qui nous amène à estimer que ce pays vit de facto, de nos jours, sa propre révolution. A l’instar de la Mauritanie, même si les voies empruntées sont différentes.
III. Le coup d’Etat d’aout 2005 avait chassé un autre dictateur du pouvoir.
Les tâtonnements politiques vécus sous les brefs règnes d’Ould Med Vall et de Sidi Ould Cheikh Abdallahi avaient été marqués par des manifestations de continuité du régime déchu (élus, attentisme, immobilisme politique.)
C’est pourquoi les vrais chevaux de bataille devant supplanter le régime déchu n’avaient vu le jour qu’en 2009, avec l’élection de Mohamed Ould Abdelaziz à la tête de l’Etat. : lutte contre la gabegie, renouvellement de la classe politique, remise en cause des anciennes formes de gestion de la chose publique.
Le constat est simple : le pays vit, quant à lui, sa propre révolution. Le genre de tâtonnements, décrits plus haut, présagent, à titre comparatif, d’un long hiver de recherche politique en Tunisie. Les partis membres de la coordination de l’opposition, notamment le RFD et l’UFP, ne doivent se leurrer. Car leur attitude visant à vouloir jeter l’huile sur le feu aurait dû apporter son fruit il y a quelques années. En l’occurrence vers la fin du règne d’Ould Taya, ou en ces temps-ci s’il se trouvait encore au pouvoir.
L’un ne sut tirer profit du mouvement d’aout 2008 : d’un encouragement sans ambages à celui-ci, il avait baissé les bras au profit de l’opposition radicale. Il passa du rejet des résultats des urnes à leur reconnaissance tardive.
Autant de tergiversations qui rendent malaisée toute renaissance politique de ce parti, encore accentuée par l’empreinte, qui prend de l’âge, de son père fondateur Ahmed Ould Daddah. L’autre souffre de l’anachronisme de ses idées, déjà irréalisables dans un contexte propre à la Mauritanie, et se juge mieux dans une stratégie d’opposition perpétuelle : son seul fond de commerce et qui tend, de plus en plus, à prendre des influences relent tribal ( pouvoir d’une part et les Ida Ouali de l’autre, etc.)
On constate que l’un et l’autre tentent, ces derniers jours, une récupération dangereuse du cas tunisien. Tout en feignant d’ignorer qu’ils n’avaient su provoquer « leur révolution » au moment où il le fallait, ni savoir accompagner le changement politique que d’autres (les militaires) avaient provoqué. Ce dont ils doivent être conscients, est que le vent est déjà passé.
Le danger qui les guettent, c’est la menace d’un basculement vers la subversion, après avoir eu l’ultime chance offerte par les accords de Dakar. Le vrai soubassement derrière l’attitude de l’un et de l’autre se traduit par la difficile acceptation du fait accompli. Que l’on ne se trompe pas !
La Mauritanie vit déjà sa révolution tous azimuts : infrastructures, assainissement financier et économique, etc. Ce n’est pas une tentative suicide, qui à notre avis et compte tenu de ce qui précède, qui va changer son cours. Cependant, l’Algérie, la Libye sont les véritables concernés, en tout cas au Maghreb, et l’Egypte au Proche-Orient, quant à la nécessité d’un accompagnement, encore possible, d’un monde qui change autour d’eux.
Source : Trabra Trabra
Merci beaucoup, Fabre, pour les éclaraiges sur la situation du Maroc. Et de la Mauritanie, dont je ne connais pas grand chose.
Il y avait longtemps que personne n'avait tapé sur BHL suivi de l'habituelle cohorte de commentaires "il n'en vaut pas la peine".."c'est trop d'honneur que de parler de BHL"...
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Mais même si BHL est assez grand pour se défendre tout seul je joins ci-après un élément indispensable pour appréhender correctement le couplet haineux de Mr Schiffer ; il s'agit d'une lettre que ce monsieur a envoyé à Rue 89 en février 2010 et qui ressemble furieusement à de l'amour déçu...
Suite à l'article « Un livre sur BHL annulé : l'auteur parle de censure », Daniel Salvatore-Schiffer, l'auteur de l'essai annulé, nous a adressé ce droit de réponse par e-mail.
Chère Zineb,
Que vous dire ? Chacun, en cette « guerre en philosophie » défend ses propres intérêts. C'est de bonne guerre, précisément ! Et vous n'avez apparemment guère apprécié mon livre. Passons : c'est certes votre droit !
Laissez-moi simplement vous dire que Bernard-Henri Lévy ment de façon éhontée, ou a la mémoire très courte, lorsqu'il dit qu'il ne m'a jamais fréquenté.
Ce sont les Editions Sugarco (à Milan), dont j'ai été directeur éditorial pendant quelques années qui ont publié la version italienne de son « Testament de Dieu » (le président de cette maison n'était autre, alors, que le Maire de Milan, Paolo Pillitteri, et son actionnaire majoritaire, Massimo Pini).
C'est encore moi qui ai publié, en italien, sa préface (inédite en France) au livre de Guy Scarpetta « L'Impureté » (publié chez Grasset, dans la collection « Figures » de BHL précisément), que j'ai encore publié chez Grasset. Un extrait de ce texte de BHL se trouve d'ailleurs dans ma « Critique de la déraison pure » (mais cela vous a apparemment échappé). Telle est la raison pour laquelle Bernard-Henri Lévy m'a invité un jour à déjeuner chez lui, au n°1 de la Rue Madame, dans le 6ème arrondissement de Paris, pour me proposer de publier, chez Sugarco toujours, l'édition italienne de sa « Règle du Jeu », dont Scarpetta était alors le rédacteur en chef. C'est sa femme de chambre, une espagnole prénommée Pilar, qui nous a préparé le repas.
A l'époque, j'avais publié, chez ce même éditeur italien, « Les Fils d'Abraham » de Marek Halter, avec ma propre préface et la traduction de ma compagne du moment (la comtesse Jeanie Toschi Marazzani Visconti). Nous avons ensuite déjeuné ensemble, Marek Halter, Bernard-Henri Lévy et moi-même, au restaurant « Le Récamier », situé entre la rue du Cherche-Midi et la rue des Saints-Pères. Au coin de cette rue, nous avions l'habitude de nous retrouver, Bernard (comme on l'appelle chez Grasset) et moi, lorsque j'étais de passage à Paris, au café « Le Twickenham » (aujourd'hui disparu).
De même nous sommes nous vus, à deux reprises, à La Colombe d'Or, à Saint-Paul de Vence, où il avait encore eu la bienveillance de m'inviter à déjeuner pour me remercier du très bel et long article que j'avais écrit, sur lui, pour le principal mensuel italien de ces années-là. Ce magazine très « fashion », avec photos sur papier glacé, s'appelle « Class ». C'était l'époque où il venait de publier « Les Derniers Jours de Charles Baudelaire ». Je possède encore un exemplaire de ce numéro. Lévy venait alors de rencontrer Arielle Dombasle.
Nous nous sommes encore vus à de nombreuses reprises, à Milan toujours, lorsqu'il y défendait, dans les tribunaux milanais, l'indéfendable cause du psychanalyste Armando Verdiglione (soi-disant disciple de Jacques Lacan), condamné à plusieurs mois de prison, par la justice italienne, pour escroquerie à l'encontre de ses patients.
Et je pourrais multiplier les preuves de nos rencontres, y compris au Café de Flore, devant une tasse de thé, sa boisson préférée. Il y a un peu moins d'un an, alors que j'y étais attablé seul, il est d'ailleurs venu m'y saluer très chaleureusement, me demandant pourquoi, « au nom de notre ancienne sympathie, (je) m'étais mis dans un tel ghetto avec les Serbes » (je le cite), puisque j'avais mené là un combat assez solitaire (avec Jean-François Kahn, Patrick Besson, Peter Handke…).
Ce à quoi je lui ai répondu que pour des gens comme moi, juif par ma mère, il était plutôt commun, historiquement, d'être dans des ghettos. Mais que je m'étonnais, moi, au contraire, qu'il ait pris, en ce douloureux et épineux dossier de la guerre en ex-Yougoslavie, le parti des bourreaux de nos pères puisque les Musulmans de Bosnie ainsi que les Croates étaient aux côtés des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, auxquels Alija Izetbegovic (Président bosniaque) et Franjo Tudjman (Président croate) faisaient encore parfois référence à la fin du XXe siècle !
Mais de cela, bien sûr, BHL ne parle pas : la conspiration du silence !
Daniel Salvatore-Schiffer
On sent un vrai humanisme, et une modestie sans pareille chez DSS...
Entre la jalousie de la médiation du piètre BHL, et la parodie du titre de Kant...
Nous attendons impatiemment son "grand Banquet" et sa " fausse République", et pourquoi pas son "non-discours de la méthode".
Merci Ali.
Toujours aucun commentaire sur la situation en Algérie ? effectivement, plus facile d'enfiler des lieux communs sur le Maroc, y compris même en remontant à Hassan II. Mais dans la mesure où l'article de DSS portait sur BHL, c'est moi qui devient hors sujet ! Pardon .....
Au fait, c'est qui BHL ?
Et c'est qui DSS ?