Sat.
26
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

DSK: l'admirable confession

Il y avait, indubitablement, quelque chose d’éminemment émouvant – une sorte de grandeur tragique, non dénuée de panache, et solitaire – dans la confession publique à laquelle Dominique Strauss-Kahn, certes blessé mais toujours digne, s’est livré, ce dimanche 18 septembre 2011, lors du 20 heures de TF1. Car ce que DSK a donné à voir comme à entendre là, devant des millions de téléspectateurs et face à des questions quelquefois indiscrètes, c’est un homme très sincèrement soucieux de dire enfin, par-delà la précision de son discours, la vérité – l’humble mais indispensable vérité – à ce pays qui l’aurait peut-être bientôt porté, s’il n’y avait pas eu les mensongères accusations de Nafissatou Diallo pour le faire chuter, au sommet de l’Etat.

Inutile, donc, de revenir, de pérorer ou d’épiloguer, pour la énième fois, sur cette pénible affaire : nous n’en connaîtrons probablement jamais – je l’ai déjà dit – l’exacte teneur, bien que DSK, lors de ce «mea culpa» en forme de repentir, n’ait pas hésité à avouer, en niant toutefois toute «agressivité» ou «violence», une relation «inappropriée» avec cette femme de chambre et, même, une «faute morale» face à ces Français qui, lui prêtant à juste titre une intelligence et une compétence hors norme, étaient sur le point de l’élire, à en croire tous les sondages, à la tête de la République.

Mais ce sur quoi, en revanche, il apparaît légitime, plus que jamais, de se pencher en profondeur, c’est sur la raison de pareille déchéance politique, sinon sociale. Un «acte manqué», pour s’en référer à la psychopathologie freudienne, de la part d’un futur candidat à l'élection présidentielle, comme le suggérait Claire Chazal lors de cet entretien? Peut-être, bien que DSK ait balayé cette hypothèse d’un simple mais prompt revers de main. Aussi, face à cette perplexité dont il a lui-même fait preuve là, est-ce à l’un de nos plus insignes maîtres, en matière de psychologie secrète, que j’aurais recours, pour ma part, pour tenter de comprendre ce type de comportement, particulièrement dramatique, et surtout lourd de conséquences, en la circonstance : le Charles Baudelaire de Mon cœur mis à nu – titre que Dominique Strauss-Kahn aurait par ailleurs pu faire sien, justement, lors de sa confession publique.

Voici donc ce que Baudelaire, poète maudit par excellence, dit, en ce texte, pour expliquer les contradictions, et autres ambiguïtés, inhérentes au tréfonds de l’âme humaine : «Il y a en tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre.»

Point n’est besoin d’autres commentaires: c’est toute notre difficile, trouble et complexe humanité, là où l’ange semble côtoyer la bête, et le ciel rejoindre l’enfer, qui se trouve là, pour le meilleur et pour le pire, entièrement résumée !

Mais il y a plus douloureusement éclairant encore, sur le plan de l’analyse philosophico-littéraire, quant aux motifs cachés mais réels de cet essentiel dédoublement, d’un point de vue strictement anthropologique, de la personne.

C’est Oscar Wilde, le plus flamboyant des dandys de son temps avant que deux années d’emprisonnement pour outrage aux mœurs ne le broyèrent définitivement, qui nous les relate, en y soulignant en outre l’importance de tout amendement moral, dans son De profundis, longue confession épistolaire qu’il rédigea du fin fond de sa tristement célèbre geôle de Reading et qui, par certains aspects, semble préfigurer, au vu de son récent parcours existentiel, le portrait de Dominique Strauss-Kahn : «… le silence, la solitude, la honte – toutes ces choses, il me faut les transformer en une expérience spirituelle. Il n’y a pas une seule dégradation corporelle que je ne doive essayer de changer en une spiritualisation de l’âme. (…) l’âme (…) peut transformer en pensées pleines de noblesse et en passions de haute valeur ce qui en soi est bas, cruel et dégradant ; mieux encore : elle peut y trouver ses moyens de s’affirmer les plus augustes, et peut souvent se révéler le plus parfaitement au travers de ce qui était destiné à profaner ou à détruire. »

Paroles aussi lucides que courageuses, emplies de compassion et qui ne sont pas sans rappeler précisément, dans leur terrible mais profonde humanité, l’admirable confession, bouleversante à maints égards, de DSK lui-même, cet autre « maudit » des temps modernes qui, de son propre aveu, a tout perdu en cette misérable aventure new-yorkaise : de la direction du Fonds Monétaire International à la présidence de la République Française.

Mais que DSK, par-delà ce destin brisé, se console, autant que faire se peut. Car s’il a effectivement perdu tout pouvoir aujourd’hui – et il apparaît bien, en ce sens, la première et véritable victime de ce scandale planétaire – il conserve néanmoins, en plus de l’indéfectible amour de cette grande dame qu’est Anne Sinclair, la tout aussi inaliénable estime de ses pairs, fussent-ils à chercher, aujourd’hui, plus du côté des intellectuels, parfois, que des politiques !

Tous les commentaires

.

Je n'ai pas entendu de confession. Encore moins de contrition. Mais ici, j'entends l'absolution, accordée au nom des intellectuels.

.

J'ai lu de meilleurs textes sous la plume de Daniel Salvatore Schiffer. Mais enfin, chacun a le droit de faire son analyse et de la donner.

.

jpylg

Amen, en effet ! On croirait que l'ite missa est.

 

Cet article aurait dû s'intuler "l'admirable rédemption..."...

Et bien il faut penser que ce billet fait parti de la mauvaise communication des personnes qui cherchent à blanchir DSK. À force de nous mépriser, de nous prendre pour des cons, ils nous le rendent encore plus "sale" qu'il n'est en réalité. Ok on ne saura pas ce qui s'est passé pendant 6 minutes au Sofitel. D'ailleurs je m'en moque, cela ne me regarde pas. Mais que la première chaîne française offre un espace d'antenne aussi long, pour une mauvaise interprétation de l'air de la calomnie, là je m'insurge. Texte nul, interprétation nulle, chant tout faux.... Pauvre France, en un billet pour défendre DSK toute votre réputation à terre, c'est vraiment dommage, vous ne trouvez pas?

je crois que DSK a une structure mentale completement ESTROPIE !!!pauvre type!!

Comment pouvez-vous vous tromper à ce point ?

Un conseil amical : relisez le "Tartuffe" et méditez.

A chacun ses admirations...

Les miennes vont assurément vers d'autres personnes.

 

_______

 

Réponse de Christophe Barbier à DSK. D'ordinaire, je ne l'apprécie pas, là il me semble pertinent:

 

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/lettre-de-christophe-barbier-a-dominique-strauss-kahn_1031664.html

Arf ! c'est un vrai billet ? Pas une parodie ?

Alors je suis drôlement contente de n'être pas intellectuelle !!!

 

@Art Monica

Merci pour le lien. Effectivement, réponse correcte. Je ne l'aime pas plus que ça Monsieur Barbier, mais là, il est pas mal.

Et hop !

Encore un billet Sofitel.

A qui le tour ?

Innocentà vous

C'est fait...

Historique des relations entre le couple Strauss-Kahn et TF1:

http://oumma.com/DSK-et-TF1-les-dessous-secrets-du

Et si l'on en croit les stars du porno, c'est la manière la plus abjecte d'avilir une femme (bien sûr sauf amour réciproque ou désir réciproque, mais dans ce cas, je vais douter quand même... Pas très décidé)

Merci Monsieur pour ce billet et votre analyse.

Désolée, mais là : grand éclat de rire ! peux pas faire autrement. Je vais même rajouter MDR et LOL !!!

Trop drôle !!!!

Cadeau pur les fans de la baudruche :

http://blogs.mediapart.fr/blog/la-ptite-blan/190911/jurisprudence-dsk

Merci, chère Gabrielle Teissier K, pour votre commentaire, aussi concis que bienveillant. Pareille élégance morale, en ces sombres heures où le lynchage médiatique semble une des armes les plus perfides, vulgaires et répandues, me va droit au coeur.

Bien à Vous!

DSS

C'est moi qui vous remercie je vous assure. Il y a des moments comme ça, où l'on finirait pas douter ce qu'on voit avec ses yeux et de ce qu'on entend avec ses oreilles puisqu'ils sont si nombreux, ceux qui ne veulent pas voir ni entendre. Et puis non on respire, tout va bien.

Chère Gabrielle Tessier K je vous conseille de lire un livre formidable du regretté Daniel Arasse : on n'y voit rien. Vous n'en croirez pas vos yeux. Il paraît que nous les humains nous pourrions ne pas voir les mêmes choses, alors qu'elles sont là, inchangées pour nous tous. Je crois vraiment que l'aveuglement est une des caractéristiques majeurs de la condition humaine. Merci de ne pas me répondre que c'est celui qui le dit qui y est. Amicalement

L'éjaculation faciale a des retombées gênantes, il est vrai, mais certain(e)s y voient une douce rosée, quand la source est leur héros malchanceux...

 

Il en faut donc pour tous les goûts, littéralement ...

Est-il possible que nous parlons de la même émission?

Je ne me rappelle pas d'avoir jamais été aussi éloigné, dans ma lecture d'un événement, de celle d'un autre témoin.

Je cherche à comprendre. Dois-je prendre son témoignage au premier, au deuxième, au dixième degré? Phrase après phrase je n'adhère à aucune. Aucun point d'accroche, j'ai pas pied.

Plaisante-t-il? Croit il à ce qu'il dit? Est-ce une épreuve rémunérée? Est-ce un E.T.?

Il ne fait pas peur, il n'a rien de merveilleux. Il est plutôt lamentable. Alors stupéfiants? Maladie? Secte?

Mais alors professeur? Philosophe?

Daniel Salvatore Schiffer, il est où le truc?

@JAFR / à moins que ... à moins que ... ? Ce dont nous souffrons tous !!!

Normalement je n'ai pas de problème de compréhension, mais alors ce soir, décidément....

Pardon JAFR ! Je voulais seulement dire que DSSchiffer défendait parfois ce qui me paraît indéfendable pour des raisons qui lui appartiennent et qui me semblent à moi obscures !

Merci .

Il n'y a pas d'actes manqués : il n'y a que des ratages réussis.

.

à Daniel Salvatore Shiffer,

Votre billet est à l'exact opposé de ma sensibilité : une femme a été indignement traitée et malmenée (tout au long de sa vie, par ailleurs, et par le même système que défend encore et toujours DSK, avec ses amis actuels et ceux qui l’ont lâché entretemps mais qui n’en continuent pas moins leurs sales affaires en pillant le monde). Vous vous épanchez sur les états d’âme d'’un puissant de la terre qui est un véritable prédateur et vous soupirez d’admiration devant sa compagne dont les méandres psychologiques peuvent questionner tous les psychiatres de la terre et un petit peu moins ceux qui considèrent lucidement l'état du monde et la guerre économique que ces puissants ont provoquée et entretenue.

À travers cet étalage de prétendus beaux sentiments, transpire et dégouline un réel assassinat des populations qui travaillent, dont on pille les ressources, qu’on oblige à migrer dans les pires conditions, et à qui on demande la perfection infaillible dont les puissants se dispensent.

Vos non-dit disent à quel point le manque de considération pour les faibles et les démunis est profond, viscéral et méprisant.

Méprisable.

Au moins, vos arguments (vos arguties), aussi pathétiques et injustes que dérisoires et indéfendables au nom des droits universels, inaliénables et fondamentaux, nous rappellent-ils que la guerre des classes existe bel et bien. Si ceux pour qui vous avez tant de complaisance sont en train de la gagner, cette guerre, si les populations maintenues dans la misère ignorent à quel point elles sont négligées et méprisées, ignorées, au moins, avec votre grandiloquence et votre envie irrépressible (compulsive ? maladive ?) de dire vos émotions pour défendre l'indéfendable, au moins démasquez-vous sans le vouloir ce qu'il y a de plus abominable dans le monde que nous vivons aujoud'hui :

le total manque de considération, universel, pour le mal que font ceux qui ont votre sympathie, et qui sont les maîtres de la planète.

Quand les milliards d’exploités au monde se réveilleront, les peurs que vous masquez sous ce vernis de propos délicats et mesurés, se révèleront pour ce qu’elles sont en réalité : goujateries perverses, égoïsmes narcissiques et arrogantes toilettes mondaines sans consistance.

Jean-Jacques M’µ

Lu et très approuvéSourire

Moi aussi lu et approuvé mille fois !

@ Jean-Jacques : c'est un pseudo-philosophe... tout est dit. Ils sont où les pseudo-philosophes, quand il s'agit par exemple de défendre un journal, une cause, une vraie ? Celui-ci prend-il la parole pour défendre un enfant enfermé dans un CRA ? Prend-il la parole pour défendre la retraite ? La sécurité sociale ? Les emplois ? Fukushima ? La mal-bouffe ? Le suicide en prison ? Les comparutions immédiates de pauvres gamins qui n'onf fait que voler une pomme ?

Non. Ils s'écoutent. Se délectent de leurs écrits, boivent du petit-lait en s'admirant dans leur miroir sans image.

Désolée pour les vrais, les purs, ceux qui ne pratiquent pas continuellement la masturbation intellectuelle qu'ils croient indispensable à leur valeur.

 

Ces gens-là craignent-ils la différence ?.. Je ne sais pas.

Sont-ils philosophes ?... Ceux d'entre eux qui ont bâti des systèmes de pensée, oui. Hélas, les systèmes de pensée qu'ils ont bâtis sont des systèmes économiques qui régulent les marchés et conditionnent les personnes à leurs revenus.

Difficile de cerner la nature de cette foultitude de chefaillons aux ordres du système financier actuel. Certains fonctionnaires, d'autres entrepreneurs, tous individus sans culture politique et, même jeunes, avec l'esprit veillissant correspondant à la démographie de nos pays, ils détestent la différence.
Ces zélotes partisans, ennemis jurés de la différence, sont dispersés à tous les rouages administratifs. Les policiers qu'ils ont formés à défendre leurs réseaux d'affaires sont imprégnés du sentiment de leur supériorité sur les masses qu'ils maintiennent dans la précarité et la pauvreté. L’application de leur pensée se réduit à judiciariser les situations de la précarité qu'ils ont fabriquée. À partir de là, ils pénalisent, ils criminalisent, ils stigmatisent, ils médicalisent, ils excluent ceux qui sont méprisés, bafoués, humiliés et qui sont ceux-là mêmes sur lesquels les soins devraient être particulièrement attentifs et attentionnés. Précautionneux.

Leur philosophie existe : c'est l'indifférence.

Ils ignorent systématiquement ceux dont nous parlons et qui parlent peu d'eux mêmes, sauf pour sortir, par exaspération, des cadres où ils sont rejetés (les fameuses réserves indiennes !...).

Nafissatou Diallo n'existe même pas : seul compte DSK (s'en sortira ? s'en sortira pas ?).

Notre acceptation de la différence butte à leur logique implacable de l'indifférence. Ils ignorent de ce dont nous parlons. Ceux dont nous parlons n'existent pas. Si ceux-là se mettent à parler avec leurs colères, quand ils n'en peuvent plus (Grenoble, juin 2010 ou NY, 15 mai 2011), on les entend à peine. On les juge d'abord. On les rejette ensuite. Tous les pauvres de la planète vivent cette histoire. Nafissatou Diallo en est le symbole.

Un jour il y aura des rues avec les noms de Nafissatou Diallo et de Troy Davis : il n'y aura jamais de rue ni de place DSK.

Jean-Jacques M’µ

 

Tout à fait d'accord avec vous Jean-Jacques M’µ.

Après avoir lu l'article "L'Amérique d'Obama : son double rendez-vous manqué avec l'Histoire", j'ai eu la curiosité de venir sur le blog de M. Schiffer, avec la vague intention de lui faire part de ma sympathie pour son papier.

En parcourant les autres billets et en particulier celui concernant la "confession" de DSK, l'envie m'en est passée.

En effet, le roi est nu !

Monsieur Schiffer, je suis atterrée à l'idée que vous instilliez de tels modèles de pensée dans l'esprit de vos students. En même temps, plus l'agression est violente, mieux et plus vite ils ouvriront les yeux sur la réalité ... alors, merci, et continuez svp.

EK

Quand on lit la biographie de DSS sur wikipédia, on est agréablement surpris de voir qu'il a défendu de nombreuses victimes dont le combat était on ne peut plus légitime. Cela devrait forcer le respect.

Il se trouve qu'il a aussi défendu Polanski et maintenant DSK.

Serait-ce parce qu'il partage avec eux leur incapacité à maitriser leur sexualité qu'il en est aussi complaisant et de mauvaise foi.

 

Monsieur Daniel Salvatore Schiffer, je serais une étudiante, je n'aimerais pas que vous m'invitiez à passer dans votre bureau après le cours.

CRISES-GREC-DSK-001.jpg

Newsletter
Je m'identifie