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Une fête sans peuple
Une chose extraordinaire s'est produite jeudi à Pékin sur l'avenue Chang'an et la place Tiananmen. Les festivités grandioses organisées pour célébrer les 60 ans de la fondation de la République populaire de Chine, qui ont mobilisé près de 200 000 participants dont 5000 militaires n'ont eu, hormis les invités officiels...aucun spectateur direct. Pour les millions de Pékinois, pour ceux qui avaient fait le voyage depuis leur province, pour tous ceux qui n'avaient pas d'autorisation, la grande parade qui fêtait 60 ans d'histoire communiste s'est entièrement déroulée sans eux. Les jours précédents, la place Tiananmen était ouverte et les badauds avaient pu venir découvrir le portrait de Sun Yat-sen, qui avait été exceptionnellement installé entre le monument dédié aux Héros du peuple et le portrait de Mao, qui pour cette occasion, ne pouvait plus regarder sans obstacle son propre mausolée.
A côté de Sun Yat-Sen, le slogan dit "Célébrons chaleureusement les 60 ans de la fondation de la République Populaire de Chine"
Mais le jour dit, 1er octobre, les instructions avaient été claires; pour cette grande fête nationale, il valait mieux - comme pendant les Jeux olympiques- rester chez soi. Deux cent mille figurants se sont donc entraînés des mois durant dans une organisation démesurée, pour réaliser une parade des plus incroyable, effectuant des figures dans une synchronisation des plus parfaite, le tout à l'unique destination de la télévision nationale. Pas un applaudissement, pas une acclamation qui ne vienne des participants eux-mêmes. Le centre ville, dans une zone de deux kilomètres avait été totalement bouclé, aux véhicules comme aux piétons. La police, omniprésente, pouvait compter sur une armée de volontaires zélés en tee-shirt jaune et rouge - que les Pékinois ne tardèrent pas à appeler « oeuf-tomate », dont la fonction affichée était d'empêcher la population de s'approcher des festivités; ou encore de signaler tout journaliste étranger qui aurait l'audace d'effectuer une interview dans la rue. Ce 1er octobre fut donc d'abord une formidable démonstration d'encadrement. Lorsque Hu Jintao passa en revue les troupes, il les salua d'un "Bonjour camarades" puis d’un « Vous avez bien peiné !". "C'est pour servir le peuple" répondèrent-ils. Mais de peuple à cet instant précis, point. Sur l'immense avenue de la Paix éternelle, il n'y avait personne aux fenêtres, pas un Pékinois pour applaudir, pas un drapeau à agiter, tandis que la télévision montrait des images de foule enthousiaste, uniquement composée d'invités. La police avait prévenu les riverains, ceux qui sortiraient au balcon le feraient à leurs risques et périls. Il est stupéfiant d'observer un régime qui puisse avoir peur de son propre peuple au point de l'exclure d'une célébration majeure dont il est censé être le centre. Cela en dit long sur le peu de légitimité dont il se sent investi. Le régime s'est pourtant privé là d'une fête qui aurait été très probablement un succès populaire, tant l'intérêt était perceptible chez les Pékinois. Mais la seule éventualité d'un accroc dans un tel événement a suffit pour en évacuer- une fois de plus- l'idée. Les rues de la capitale étaient donc désertes, seul le passage des avions de combat rappela que la célébration des 60 ans de la République Populaire se déroulait au coeur de la ville. Place Tiananmen, des milliers d'enfants formaient avec leurs panneaux de couleur les gigantesques caractères du slogan «Ai Renmin!», « Il faut aimer le peuple ». Certes, mais à bonne distance.
Dernier coup de peinture avant la parade militaire
Volontaires et policiers interdisent le centre de Pékin
Pour passer le temps il ne reste plus qu'à prendre la pose avec les forces spéciales...
Les hutongs (ruelles) sont désertes


Tous les commentaires
N'est-ce pas ainsi que l'on conduit un pays vers la réussite économique ? Par la discipline.
Chez nous, une autre discipline conduit des employés au suicide et des immigrés dans la clandestinité.
Des parentés, entre ces incohérentes cohérences, non ?
La dictature...encore et toujours. Et le combat pour la liberté.
L'occident libéral et l'orient communiste convergent parfaitement.
Les Chinois n'ont peut-être pas la liberté de se suicider, on les exécute avant. 10.000 exécutions par an, 50 millions de prisonniers dans le système concetrationnaire du LAO GAI, ... Pas de liberté de la presse pour évoquer la souffrance au travail, et une législation du travail inexistante. La Chine est peut être l'avenir. C'est la régression qu'on nous promet.
Oui ! Et pour boucher le trou de la sécu et des caisses de retraite, il faudrait beaucoup plus de suicides, mais de préférence après 30 ans de cotisations. Il faut développer la gestion du personnel comme France Télécom !
Cher David,
Votre billet est excellent. Les photos splendides. Je l'avais recommandé voici déjà un moment.
Le sujet n'est pas repris suivant son mérite.
C'est souvent ainsi du club de MDP, on se perd et on perd son énergie dans le détail, et le trivial parfois, quand l'essentiel nous semble trop lourd à porter.
De quoi se rendre à une nécessaire et trop rare humilité.
Merci et bien à vous.
Bravo pour cet article!
Vous nous montrez des choses... que nous n'avions même pas soupçonnées.
Les photos sont excellentes, l'article est clair, et vous avez mis le doigt sur l'absurdité de ce - régime du peuple - sans le peuple.
C'est à peu près cette direction que prend notre régime-à-nous : une mise en scène de la démocratie!
Ne pas s'inquiéter c'est sa qui est important.
La Chine à toujours été un précurseur en toute chose.
Bon ! Cher citoyen de la Terre si tu te remues pas tu sais maintenant ce que tu te prépare.
Cordialité.
Jean-Pierre.