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POLITIQUE & MÉTISSAGE CULTUREL
Le « métissage culturel » fait périodiquement irruption dans le débat politique, dans un contexte généralement polémique, tantôt comme valeur positive, tantôt comme menace. Certains y voit le signe d’une globalisation heureuse, d’autres en font une vertu antidote au racisme, d’autres le dénonce comme un danger pour « l’identité nationale ». L’usage polémique de cette notion est d’autant plus ambigu, qu’il ne manque jamais de stigmatiser les migrants et leurs enfants français. L’apologue du « métissage culturel » se retourne presque toujours contre les migrants et leurs enfants pour leur reprocher de n’être pas encore suffisamment métissé, tandis que le contempteur du métissage leur reproche de ne l’être déjà que trop.

Une mention spéciale doit, ici, être décernée à Alain Finkielkraut, prophète de l’anéantissement de l’identité culturelle « fondamentalement littéraire » de la France. Identité qui succombe sous l’assaut conjoint des nouvelles technologies (ou si vous préférez du métisso-capitalisme qui diffuse des valeurs globales qui n’exige pas d’effort de lecture) et l’immigration (ou si vous préférez le métisso-prolétariat réfractaire à assimiler la culture française comme fait littéraire). Il va de soi, pour l’auteur, que l’agonie de l’identité cultuelle française n’est que le prélude dans une blitzkrieg culturelle qui viserait en fait le Juif, contre lequel aurait été inventer l’ « antiracisme pro-métissage », arme qui incrimine le Juif parce qu’il veut rester Juif et demeurer Même, et de ce fait, refuserait l’Autre, ce qui ferait du Juif, pour tout antiraciste, l’incarnation même du raciste et par conséquent l’être culturel à éliminer (1). Avec Alain Finkielkraut, le « métissage culturel » entre dans l’ère sublime de la guerre totale des cultures (ou du Clash of Civilizations comme dit S. Huntington).
La notion de « métissage culturel » est prise au piège de la « culture » devenu enjeu des politiques bellicistes. L’historien Tzvetan Todorov a montré, comment l’abandon de la référence à la « race » a conduit à l’ « essentialisation » de la culture, celle-ci devenant le nouveau principe « d’explication » des conduites humaines : « les explications des conduites par l’appartenance des individus à leur groupe, plutôt que par des causes chaque fois particulière, sont commode… Si les jeunes des banlieues brûlent les voitures de leurs voisins, ou les bus qui les relient au reste de la ville, ou les écoles fréquentées par leurs petits frères et sœurs, c’est parce qu’ils obéissent à leur ADN culturel : inutile de se poser davantage de questions. La culture d’origine joue alors le rôle réservé à la race au XIXe siècle » et le métissage culturel vient alors rimé avec incohérence et duplicité des conduites (2).

Les opinions contradictoires des « antiracistes » et des « identitaires » participent d’une même polémique, qui a pour principal défaut d’ignorer ce qu’est concrètement le « métissage culturel », ce qu’il est pour ceux qui le vivent, pour ceux qui doivent accomplir ce travail sur soi pour pouvoir affirmer comme non contradictoire leur affiliation à plusieurs cultures, à plusieurs histoires, à plusieurs ensemble d'appartenance. Chose qui ne va ne va pas de soi, puisque les cultures forment des systèmes hétérogènes.
La parution du très érudit « Variations métisses » de Philippe Chanson (3) nous aidera à voir un peu plus clair dans ce processus qui permet à un sujet (un individu ou un groupe) de passer de la mono-appartenance à un culture à une multi-appartenance à des cultures. Comme le montre Ph. Chanson, plusieurs auteurs ont étudié de manière plus ou moins approfondie cette question. Nous nous arrêterons ici aux vues que développent deux auteurs : l’anthropologue Roger Bastide et l’écrivain et essayiste haïtien René Depestre.

L’anthropologue Roger Bastide (auteur notamment de « Le candomblé de Bahia » et « Les amériques noires »), dans son étude sur le vaudou brésilien, s’est efforcé de comprendre comme les religiosités africaines et chrétiennes ont pu se « métisser » et former cette production originale qu’est le vaudou brésilien. Avec la notion de « syncrétisme en mosaïque » Roger Bastide exprime l’ambivalence à l’œuvre dans le processus du « métissage culturel » : celui-ci crée des liens entre deux cultures, mais en maintenant leur différence, leur hétérogénéité. La production culturelle « métissée » relie en fonction de rapports analogique deux cultures, mais à partir d’éléments culturels « éclatés », empruntés à l’une et l’autre des deux cultures, d’où cette impression de « mosaïque ».


Le métissage, tel que le décrit Roger Bastide, combine des éléments analogues des deux cultures. Mais en fait, le vaudou a surtout pour effet de « mettre un masque blanc sur les dieux noirs », de permettre à une spiritualité noire de retrouver un espace d’expression, qui aurait été autrement censuré.

Le métissage par « syncrétisme en mosaïque », tel que le conçoit Roger Bastide, peut nous aider à comprendre le « métissage culturel » tel qu’il s’opère fréquemment chez les migrants de la première génération. Nous en donnerons un exemple qui renvoie à la vie la plus profane.
Mme A, originaire d’Afrique de l’Ouest, a trois enfants, elle vit en France depuis 10 ans, et elle décide de se séparer de son époux chômeur, alcoolique et brutal. Pour mobiliser l’aide de services sociaux (passablement échaudés par des demandes similaires qui n’aboutissent pas du fait des pressions qu’exerce la communauté sur les femmes qui ont des velléités d’autonomie), Mme A ne tarde à comprendre qu’il lui faut endosser un « masque blanc » et jouer le rôle de la femme qui veut « s’émanciper » - rôle auquel son éducation ne l’a pas préparée. En jouant ce rôle, elle obtiendra des conseils sur la procédure à suivre pour divorcer, pour accéder à un logement, etc. Mais le risque principal pour Mme A est d’être rejetée par sa communauté qui pourrait s’exclamer : « regardez cette mauvaise femme qui joue à la blanche pour abandonner son époux. » Cette réputation là pourrait la couper de l’affection et de la considération des siens. Pour parer à un tel jugement, Mme A devra montrer à sa communauté que derrière le « masque blanc » de la femme qui s’émancipe « à la française », il y a en fait la figure plus familière de la femme « vaillante ». Certaines sociétés (pas toute !), en Afrique et au Maghreb, reconnaissent - lorsque l’époux est reconnu comme défaillant - aux mères un statut de large autonomie, mais à la condition qu’elle travaille pour élever leurs enfants. La sociologue Codou Bop observe à propos des femmes sénégalaises : « Des femmes chefs de famille se retrouvent dans toutes les couches de la société. Mais il semble qu’elles soient plus nombreuses dans les classes moyennes [...]. Un grand nombre de femmes chefs de famille, en particulier celles qui vivent dans les quartiers centraux de la ville choisissent de ne pas se remarier rapidement pour profiter de leur autonomie. Ceci n’est possible que si elles sont capables de prendre leur famille en charge. De plus, étant seule avec leurs enfants, elles doivent pouvoir compter davantage sur la solidarité familiale et lignagère, que celles qui sont plus pauvres mais mariées » (4). En effet, la femme sénégalaise, tant qu’elle est mariée ne peut pas être aidée par sa parenté sans l’accord de l’époux, alors que la femme seule, retrouve pleinement ses liens de solidarité familiaux. Ce statut de femme « vaillante » (autonome et insérée dans la communauté) est aussi observé dans d’autres cultures, notamment dans la société Kabyle décrite par l’anthropologue Camille Lacoste-Dujardin (5).

Mme A insistera, donc, auprès des services sociaux sur sa volonté de trouver du travail, et en dépit de toute les difficultés, elle acceptera sans rechigner toutes les offres, ce qui sera accueillis par les travailleurs sociaux comme un signe très positif « d’intégration » au modèle occidental. En fait la demande est très largement motivée par la volonté d’acquérir une place symbolique – celle de la femme « vaillante » - qui lui permettra de conserver l’affection et la considération de ses proches. On pourrait croire à une forme de duplicité puisque le « masque blanc » étant posé sur le « noir authentique ». Mais pour soutenir le « masque blanc », Mme A. a due revisiter sa propre culture pour en extraire les composants qui lui permette de soutenir ce « masque blanc ». « Ce que l’on dénonce parfois comme duplicité du Noir est le signe de sa plus grande sincérité ; s’il joue sur deux tableaux, c’est qu’il y a effectivement deux tableaux », observe R. Bastide puisque les deux cultures sont hétérogènes. Le migrant doit donc développer des conduites qui puisse être acceptable dans les deux cultures, même si, du point de vue chaque culture, elles donnent lieu à des « lectures » différentes : femme en quête d’émancipation dans un cas, femme en quête d’un statut de femme « vaillante » dans l’autre.
Métisser ne signifie donc pas « mixer » des cultures et faire un gloubiboulga, mais développer des conduites et des formes d’expressions qui peuvent faire l’objet d’une double-lecture acceptable, pour la société d’accueil et pour le pays d’origine. Echouer dans ce processus de « métissage culturel », conduit à cette morosité du migrant, décrite par Abdelmalek Sayad (6), qu’il nomme « sentiment de double absence », sentiment de ne pas pouvoir être reconnu « ici » et sentiment d’impossibilité d’obtenir une reconnaissance « là-bas », car on ne satisfait plus aux exigences de la société d’origine.

La forme de « métissage culturel » décrite par Roger Bastide rend assez bien compte des stratégies mises en oeuvre par les migrants de la première génération. Pour les jeunes nés en France de parents migrants, le métissage est plus complexe. L’approche du « métissage culturel » développé par René Depestre est ici éclairante.
Pour R. Depestre (auteur notamment de « Le métier à métisser »), le métissage procède par « ajouts » : aux racines héritées de l’ « ailleurs » s’ajoutent de nouvelles racines, des racines « d’ici ». Pour métaphoriser cette approche, R. Depestre se sert de l’image de l’arbre banian, qui va depuis ses branches former de nouvelles racines.

Le « métissage culturel », pour R. Depestre, c’est adoption d’« éléments de la culture d’accueil sans pour autant renier sa propre mémoire culturelle ». R. Depestre s’appuie, ici, sur l’expérience créole et sur son expérience d’exilé politique haïtien. On trouve trois éléments majeurs dans le processus de « métissage culturel » : le fait de se créer des « racines » sur la terre d’accueil, le fait de se sentir en lien intime avec sa culture d’origine qui reste en mémoire et le fait d’entretenir des liens avec une communauté humaine qui partage cette expérience et qui l’authentifie. Ainsi, la « créolité » est la culture qui uni la communauté des hommes qui conservent la mémoire de l’Afrique et qui se vivent comme enracinés aux Antilles. De même, la culture « métisse » des banlieues, est celles de ces jeunes qui ont en partage cette expérience d’être enraciné en France, tout en ayant reçu par transmission la mémoire d’un « ailleurs » originel. Ce qui différencie première et seconde génération, c’est que la seconde génération a pu établir une distance avec la communauté du pays d’origine et s’il est relié à la culture d’origine c’est moins par des liens et des échanges communautaires que par une « mémoire » des origines.
Le métissage est pratiquement invisible pour le blanc, puisque, comme nous l’avons vu, il avance sous un « masque blanc ». Les « métissés » ont dans leurs comportements toute l’apparence des « blancs », sinon qu’ils font vivre une mémoire des origines, au travers d’une pratique religieuse et/ou de rituels qui imprègnent certains de leurs actes et/ou de valeurs éducatives qu’ils transmettent et/ou de pratiques culturelles.
Ce qui est « visible » - et qu’à tord un Alain Finkielkraut nommera « métissage culturel » - c’est justement l’échec du métissage culturel.


L’échec du « métissage culturel », c’est la position déséquilibrée ce qui va conduire à surinvestir la communauté « métisse », qui n’est plus symboliquement unie pour attester de la singularité de l’expérience des jeunes de la « deuxième génération », mais qui devient fin en soi dans la logique de la ghettoïsation. L’échec du « métissage culturel », c’est le surinvestissement fantasmatique des origines, par exemple sous la forme d’une adhésion à un Islam made in Arabie saoudite inconnu des parents. L’échec du « métissage culturel », c’est le surinvestissement des racines crées en France qui conduit à rechercher de manière caricaturale l’invisibilité des origines par le blanchiment de la peau, le changement de nom, etc.
La question politique que pose le « métissage culturel » c’est celle des obstacles au métissage culturel. A savoir les discriminations qui altèrent le sentiment de pouvoir prendre racine, les négationnismes qui pèsent sur l’histoire coloniale et qui alimentent la crispation mémorielle et le ressentiment, les relégations qui provoquent les stratégies de « retournement du stigmates » (I. Goffman) et qui pousse l’exclu à se faire racaille. Mais ces obstacles ne pourront être levé par l’adition d’une série de mesures, comme le renforcement des lois anti-discrimination, la révision des programmes d’histoire ou la mise en place de programmes urbains et sociaux.
Daniel Bensaïd (7) appelle, sur cette question, à un travail politique plus radical. L’enjeu est rien moins que de réaliser « une seconde sécularisation. Après avoir relégué la foi dans le domaine privé, il s’agirait à présent d’y renvoyer aussi la nationalité, de la découpler de la citoyenneté en radicalisant le droit du sol. » Une chose est la citoyenneté, qui est un bien commun ; une autre est l’idée de nationalité qui renvoie à celle de l’identité. Il s’agit de reformuler l’espace public commun, comme un espace unissant des citoyens qui peuvent, comme personne, s’épanouir dans une multi-appartenance, en revendiquant leur affiliation à plusieurs cultures, à plusieurs histoires, à plusieurs ensembles d'appartenance, avec la même liberté que celle dont ils jouissent déjà par rapport aux religions.
Notes
(1) Le 27 juin 2011 s’est tenu à Varsovie un débat organisé par le Centre de civilisation française, la Fondation Bronislaw Geremek et la Chambre de commerce et d’industrie française en Pologne. Alain Finkielkraut était invité à débattre avec le politiste Bassam Tibi (Université de Göttingen) et la juriste Monika Platek (Université de Varsovie) de la question : "Qui a peur du multiculturalisme en Europe ?". Alain Finkielkraut y déploie son propos. Voir 29.07.11. Non ficton. Littérature vs. métissage : l’identité de la France selon A. Finkielkraut (http://www.nonfiction.fr/article.htm?articleID=4881&categ=0&page=2) ; Voir aussi "Alain Finkelkraut raconte" (http://societe.fluctuat.net/blog/15726-alain-finkielkraut-raconte-.html) et les égarements d’Alain Finkielkraut (http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1027)
(2) Tzvetan TODOROV, La peur des barbares, Le livre de poche, 2009, p. 166
(3) Philippe CHANSON, Variations métisses, dix métaphores pour penser le métissage, Editions Académia, Louvain-la-Neuve, 2011.
(4) Codou BOP, Les femmes chefs de famille à Dakar, in dir. Jeanne Bisiliat, Femmes du Sud, chefs de famille, Karthala, Paris, 1996, p. 131
(5) Camille LACOSTE-DUJARDIN, La vaillance des femmes, Les relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie, La Découverte, Paris, 2008
(6) Abdelmalek SAYAD, La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Paris, Le Seuil, coll. "Liber", 1999
(7) Daniel BENSAÏD, Postface, in Alexis Nouss, Plaidoyer pour un monde métis, Éditions Textuel, Paris, 2005


Tous les commentaires
Merci pour ce billet très intéressant.
J'ai eu l'occasion de faire la connaissance d'une femme noire adoptant un " masque blanc". Sa façon d'être correspond bien à la description que vous nous proposez ici.
Sur un autre plan, je pense au métissage dans les arts, et notamment en musique, par le jazz. Quelle richesse et que de trouvailles originales celà développe !
L'art a sans doute créé les plus belles fleurs du métissages. Mais, j'ai évité de traité ce sujet, car certaines fleurs peuvent se révélées toxiques, car quand l'art verse dans l'exotisme, l'orientalisme, etc., il peut devenir véhicule de stéréotypes. C'est un sujet qu'il faudrait traité à fond pour y voir plus clair. Peut-être en le concevant comme un envers du vaudou, comme un moyen d'exprimer une "spiritualité blanche" sous un "masque noir".
@DEMOCRYPTE.
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Entre le merle noir et la blanche colombe, vive l'Art "pie" ...
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Je me permets d'ajouter un nom à votre bibliographie magnifique sur ce sijet qui nous concerne tous et que vous traitez si bien;
A la notion de métissage (qui contient l'idée de deux races - ou ethnies - ou communautés), faite de différences et de mélanges par abandons, acquisitions, Jean Loup Amselle substitue le,modèle de branchement. L'image du branchement sur une source d'énergie que l'on accommode à sa façon, pour en faire au final l'éclairage de sa maison.
Le métissage ne date pas d'aujourd'hui, notre culture occidentale n'est-elle pas un métissage de métissages ? Ne dit-on pas gréco-romain ? Judéochétien ?
Les femmes africaines que je connais (c'est un exemple) accommodent à leur sauce nos coutumes et en font une réalité originale et très savoureuse.
Je vous signale le beau livre de Jean Loup Amselle et Elikia Mbokolo : L'invention de l'ethnie édité en livre de poche.
Et merci pour votre contribution : je vais lire Bastide. Le syncrétisme est dans mes gènes.
Merci d'attirer l'attention sur le travail de Jean Loup Anselme.
Je ne l'ai pas lu, mais il fait l'objet d'un chapitre dans le "Variations métisses" de Ph Chanson. Son approche est en effet importante, car, comme vous le soulignez, il décontruit l'idée de cultures "originellement pures", pour montrer que la "globalisation" ne date pas d'hier (globalisation hellenistique, romaine, chrétienne, musulmane, etc.) et que toute culture est déjà métisse. Il souligne la dangerosité de ce phantasme de pureté et la "mixophobie" qui s'en suit, en montrant que ce "narcissisme des prtites différences" (pour parler comme Freud) est exacerbé par la destructuration que produit la mondialisation néolibérale. J-L Anselme ne semble pas pour autant proner le replis sur soi. Bien au contraire, il montre que les échanges multiplie les possibilités de "branchements" entre cultures, et donc peut multiplier les possibilités de créations originales.
A lire donc pour penser la question dans le contexte de la mondialisation !
Dans ce même contexte de mondialisation, il y a aussi les reflexions d'Amin Maalouf (Les identités meurtrières, Le livre de poche, 2009) qui relève que « la mondialisation accélérée provoque, en réaction, un renforcement du besoin d’identité. Et aussi, en raison de l’angoisse existentielle qui accompagne des changements aussi brusques, un renforcement du besoin de spiritualité. » Ce besoin d’identité est attisé par la mondialisation qui produit simultanément l’universalité et l’uniformité : « si nous affirmons avec autant de rage nos différences, c’est justement parce que nous sommes de moins en moins différents. » Mais aussi de miser sur ce qu'à de positif l'échange des cultures.
A. Maalouf parvient à des conclusions très proches de celles de D. Bensaïd, à savoir que « séparer l’Eglise de l’Etat ne suffit plus ; tout aussi important serait de séparer le religieux de l’identitaire… Il faudrait pouvoir satisfaire d’une autre manière le besoin d’identité. » Ce qui impliquerait un vaste changement culturel, fondé sur un métissage culturel et la promotion du multilinguisme, en vu d’aider les individus à élaborer des identités plurielles fondées sur plusieurs niveaux d’appartenance (appartenance au monde, à une nation, à une religion, à une région, à un mouvement politique, à une culture et à des mouvements culturels, à une famille et à des groupes d’amis, etc.). Identité plurielle qui s’oppose aux identités exclusives et meurtrières, identité plurielle qui va singulariser les individus, chacun se définissant à partir d'un ensemble d’appartenances différentes... et par conséquent, métissées.
Deux vidéos d'entretiens avec Jean-Loup Amselle
http://www.semionet.fr/ressources_enligne/Enseignement/L3/metissage/METISSAGECULTUREL/amselle.htm
Belle et opportune contribution avec cette heureuse conclusion sur les propos de Bensaïd..
Il s'est même interessé à cette question !
@DEMOCRYPTE.
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Noël donne toujours de la chaleur cajoline au solstice d'hiver, et la Pâques chrétienne se fête le premier dimanche qui suit la première pleine lune suivant l'équinoxe de printemps (en 2012, cet équinoxe est le 20 mars, la première pleine lune est le 6 avril et ...Pâques le 8 avril).
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Plus païen, c'est difficile.
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Autre petit exemple d'adaptation douce : Les vide-greniers Ô combien laïques municipaux de Monsieur ou Madame le Maire, ont remplacé les kermesses trop religieuses catholiques de Monsieur le Curé ... Et l'on y voit les habitants du coin, venant de tous les horizons géo-culturels patchworkés.
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Le troc ne connaît pas de frontières.
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Et vu l'état du système financier international, nous serions peut-être avisé de demander aux africains comment fonctionnent les tontines !
@DEMOCRYPTE.
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Elles sont formidables ces tontines africaines.
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Je connaissais le terme car c'était le seul moyen, pour un couple homo et avant le Pacs, de ne point léser le survivant veuf en cas de décès de l'un des deux.
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L'histoire de ce mot est révélateur d'un métissage ! Il s'agit d'un mot français, désignant un type d'association imaginé par Lorenzo Tonti, un banquier napolitain bien en vu à la cour de France (la tontine est une association où chaque souscripteur verse une somme dans un fonds et touche les dividendes du capital investi. Quand un souscripteur meurt, sa part est répartie entre les survivants. Le dernier survivant récupère le capital). Son projet rencontra nombre de résistance, notamment de la part de ceux qui voient le mal partout (les associés pourraient être tenter de s'assassiner mutuellement) et Tonti fut envoyé à la Bastille. Toutefois son projet fut peu à peu intégré au droit civil (l'article 1044 du Code civil permet « le Pacte Tontinier »).
La tontine africaine est très différente, mais le colonisateur semble avoir utilisé un terme terme inspiré du droit civil pourdonner un statut à une pratique traditionnelle africaine.
C'est bien ici. On apprend des choses. Merci.
@DEMOCRYPTE.
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La tontine française peut donc se conclure entre deux personnes, sans lien familial officiel.
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C'est donc bien ce terme que j'avais entendu lorsque j'étais jeune. Cela m'amuse d'en avoir la confirmation.
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A propos de syncrétisme : la Bonne Mère, notre Bouno Maï chère au coeur de marseillais est un avatar de Bona Dea, Isis, protectrice des marins, représentée tenant dans ses bras le petit Horus.
Notre culture est un métissage de métissages (comme un patchwork de patchworks ou ces millefiori si jolis que l'on obtient en amalgamant des boudins de pâte Fimo - soit dit sans publicité - avec d'autres amalgames)
Il faut, en effet, renoncer à l'idée de "culture pure", toutes sont métissées et même re-métissées.
Le polythéisme, en particulier, parce qu’il est relativement tolérant vis-à-vis de la religion des vaincus (pour peu que les vaincus reconnaissent l’éminence de quelques dieux des vainqueurs) a souvent favorisé le syncrétisme. En Gaule, Mercure tend à devenir Lugus Mercurius, qui uni Mercure et Lug ; Toutatis a pu être associé à Mars ; le « pilier des nautes » associe des divinités romaines et gauloises. En outre, dans la mythologie, nombre de dieux sont présentés comme « étrangers » : Artémis vient de Scythie et Dionysos d’Orient.
Le syncrétisme devient même un enjeu politique. Ptolémée Ier introduisit à Alexandrie le culte de Sérapis, divinité « syncrétique » qui associait les dieux Osiris et Apis à Zeus, Dionysos et Asclépios. On trouve aussi à Alexandrie, à la fin du IIe siècle de notre ère, voulut opérer une fusion complète entre les religions de l'Asie, de l'Égypte et de la Grèce, mais en faisant de différentes divinités un même reflet de phénomènes naturels ou astronomiques.
Toutefois, les cultures restent des ensembles "hétérogènes", elles cultivent des logiques propres qui font que, même métissées, elles ne sont pas transparentes les unes pour les autres, et qu'il faut faire un effort pour comprendre comment l'autre raisonne, perçoit, se représente differemment.
@DEMOCRYPTE.
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La mitre épiscopale ressemble à un attribut de Pharaon.
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En Sicile, j'ai vu une église construite sur un temple; les piliers chrétiens avaient préservé les colonnes grecques; plus sympathique que l'art gothique, qui massacra l'art roman; probablement aussi pour avoir de la pierre à bon marché.
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Chez un être vivant, a fortiori chez l'humain, dès qu'il y a revêtement cutané autonome, il y a discontinuité, frontière, rupture de la fusion, définissant l'indivi-dualité.
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Cela devient particulièrement net au sein de la famille de base, où chacun-e trace son territoire.
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Quant à la cour de récréation, c'est déjà un champ de batailles ...
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La Culture avec un grand C pourrait se définir comme un essai, pas toujours transformé, de ré-union, de re-lien comme re-ligion.
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Mais voilà, la concurrence fait rage. Et nous en revenons au pouvoir et à la politique ...
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Bien sûr, l'identité personnelle se construit au sein d'une culture et il y a de l'indépassable là dedans. La bonne volonté et le désir de s'assimiler à la culture de l'autre ne suffit pas. Accomoder Isis et Bonne Mère, ça reste du bricolage. Placer une pâtisserie baroque pour christianiser la sublime mosquée de Cordoue, est d'un goût douteux.
Un qui en a bien parlé - parce qu'il l'a vécu - c'est V S Naipaul. Et ce personnage n'est pas simple, son "Chemin dans le monde" côtoie le tragique à tout moment.
Beau récapitulatif, dense et synthétique à la fois, lucide et sans concession...
ô combien sévère pour nous tous, au fond.
J'en appelle dès lors à un monde sans murs ! un forum se tiendra ce 18 décembre 2011 pour une Charte mondiale des Migrants. Une belle idée, à suivre.
Jean-Jacques M’µ
Passionant: merci pour ce tour d'horizon qui se termine par une lumineuse conclusion. Le migrant ou la fusion des cultures, procès souvent difficile et douloureux, lente construction qui a besoin du ciment de la culture d'accueil, faute de quoi l'édifice reste fragile. On parle à tort d'acculturation qui peut intervenir en surface mais personne ne voyage sans bagage (culturel) et comme vous le soulignez bien, trop souvent le non-métissage pose de sérieux problèmes.
Vous vous souvenez :
il y a un an, le 8 décembre 2010, 1 av. Clémenceau à Nice,
des familles, des enfants, des bébés, expulsés à l’aube en plein hiver…
C’était l’exploit du préfet 06 et du Maire de Nice.
Nous y étions.
Nous retournerons devant l’immeuble
ce jeudi 8 décembre 2011 - à 17h30,
pour ranimer les mémoires et dénoncer ce déni de justice.
Soyez-y aussi !
http://www.dailymotion.com/video/xfsmgq_la-police-de-la-honte_news
À l’heure où ce gouvernement manipule l’information,
merci de diffuser le plus largement possible
« le Livre Noir du droit bafoué des demandeurs d’asile »
Le 5 novembre 2010, 115 personnes en demande d'asile, dont une quarantaine d'enfants, ont trouvé refuge dans un immeuble désaffecté depuis des années. Propriété du Centre Hospitalier Universitaire présidé par le Maire de Nice, cet ensemble de logement en très bon état avait abrité en d'autres temps le personnel hospitalier dont le directeur lui-même. Le 8 décembre 2010 à 6h du matin, au terme de cinq semaines de mise à l'abri de toutes ces personnes, une expulsion particulièrement éprouvante a jeté tous ces gens dont les enfants et les femmes à la rue au fallacieux prétexte qu'il y avait urgence à faire valoir le droit de propriété. Muré le jour même, l'immeuble est toujours sans affectation.
On rappellera utilement que c'est également le cas de la Maison Blanche qui avait également été le théâtre d'une occupation humanitaire puis d'une expulsion mais aussi de bon nombre d'immeubles à Nice .Ce constat percute la situation dramatique de nombreuses personnes en demande d'asile comme celle de nombreux citoyens et citoyennes français privés d'hébergement dans ce département au mépris des conventions internationales, la convention de Genève (art.20 sur le logement), la convention des droits de l’enfant.
> Pour dénoncer cette situation, nos associations invitent toutes les personnes indignées par cette atteinte aux droits, à se regrouper devant le 1 avenue Clémenceau à Nice, le jeudi 8 décembre 2011 à 17h30.
> Une délégation demandera ensuite audience au préfet des Alpes-Maritimes afin de lui remettre le Livre Noir des demandeurs d'asile dans le 06.
> Venez nombreux et nombreuses !
> Les associations signataires du livre Noir (joint)