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FIN DE VIE_rétro-débat 2004_(2) éléments de consensus
Premier élément de consensus :
deux député(e)s qui ont eu souvent l’occasion de s’affronter sur les problèmes sociaux ( les 35 heures par exemple), prennent conjointement l’initiative de demander une « mission d’information » sur la fin d vie.
Deuxième élément de consensus :
la dite mission fournit l’occasion à des député(e)s que beaucoup de choses opposaient de faire en semble un bout de chemin sur cette question, ce qui aboutit au dépôt d’une proposition de loi.
Troisième élément de consensus :
le débat sur cette proposition de loi permet de trouver – au dire des députés – une solution « équilibrée » qui – toujours d’après eux – ne relève pas du « compromis », mais du dépassement des idées des uns et des autres
Premier élément de consensus : une initiative partagée
Mme Nadine Morano. [UMP/ à l’initiative de la mission d’information] Avec mon collègue Gaëtan Gorce, député socialiste de la Nièvre, nous avons pris conscience que cette question de société dépassait les clivages politiques, puisque les clivages se situaient à l'intérieur de nos groupes politiques. Ensemble, nous avons demandé la création d'une mission d'information parlementaire. Ce sont les trente et un membres de cette mission créée par le président Jean-Louis Debré, issus de tous les bancs, qui, ensemble, présentent cette proposition de loi.
[…]
Nous avions un but, le respect du patient et de sa volonté, et un objectif : clarifier le processus de décision du médecin dans le respect de cette volonté et sortir de l'hypocrisie du débranchement des machines en catimini, sans le moindre encadrement juridique.
[en fin de débat]
Aujourd'hui je suis fière de l'action de notre Parlement qui a pu, au-delà des clivages politiques, faire aboutir cette proposition de loi.
Je suis fière d'avoir fait, avec vous, tous ensemble, avancer les choses et apporté des réponses concrètes à ce douloureux problème de société.
Raison et humanité, voilà ce qui nous guidé. Raison et humanité, voilà ce qui pour l'avenir doit continuer à nous guider. (Applaudissements sur tous les bancs.)
M. Gaëtan Gorce. [PS ] Si, avec ma collègue Nadine Morano, dont je veux saluer le courage et la détermination dans cet engagement, nous avons demandé cette mission parlementaire, qu'a présidée avec tact et talent Jean Leonetti, c'est parce que nous ne pouvions nous résigner à l'idée, peut-être si mal exprimée, que « la vie n'appartient pas aux politiques ».
N'est-ce pas au contraire à cette assemblée, à la représentation nationale, de dire le droit sur des sujets aussi essentiels, de fixer le seuil de ce que la société peut ou non autoriser, peut ou non accepter ? Et n'est-ce pas à la loi d'offrir à chacun le point de repère, la référence que la morale ou ses seules convictions ne lui permettent plus de définir véritablement ? C'était une question de responsabilité politique autant qu'éthique ; une question qui tient à l'idée que nous nous faisons de notre fonction parlementaire. […]
Je l'avoue, j'ai eu au départ des doutes sur notre capacité d'avancer et de chercher des solutions. Ils ont été rapidement dissipés et je m'en réjouis.
[…]
Chacun s'est exprimé à titre personnel, en fonction de son expérience et de sa réflexion. En somme, nous avons mené un vrai débat politique, sans enjeu partisan ou passionnel. Nous sommes parvenus à un consensus qui, pour les uns, est un point de départ, pour les autres, un point d'arrivée. Certains éléments nous rapprochent, d'autres nous séparent. Chacun a son interprétation. Le débat se poursuivra donc avec, j'en suis persuadé, la même dignité, le même sérieux et la même sérénité. Il n'est en effet pas possible de légiférer sur un tel sujet sans prendre le temps d'examiner les différents points de vue et d'écouter chacune des consciences.
[…]
Ce débat ne peut être pris pour solde de tout compte. Cette proposition de loi ne prétend pas tout régler, elle ouvre un débat, elle commence à apporter des éléments de solution. Le débat ne peut se refermer aujourd'hui. Il ne fait, au contraire, que s'engager.
Deuxième élément de consensus : une volonté partagée …
M. Jean-Michel Dubernard.[UMP] Les questions posées par la fin de vie figurent parmi les plus passionnément débattues par les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Remercions le rapporteur de la commission spéciale, Jean Leonetti, car la mission d'information parlementaire qu'il a présidée est à l'origine de cette proposition de loi qui a fait l'objet d'un vrai et beau consensus.
M. François Dosé. [PS] Fallait-il privilégier le consensus ? Unanimement, là encore, la réponse fut oui. Loin des appréciations partiales et partisanes, la volonté d'écrire en commun un socle législatif - fût-il insuffisant - est très appréciée. Notre démarche est vécue comme un élément apaisant pour ceux qui ont à vivre ces situations difficiles dans le domaine de l'intime, et aussi comme un élément éthique et fédérateur, dans le domaine sociétal et pour la vie politique.
Mme Martine Aurillac. Notre mission, au terme d'innombrables auditions, souvent très émouvantes, est parvenue bien au-delà des clivages politiques, au-delà des distinctions parfois fallacieuses entre l'euthanasie passive et l'euthanasie active, au-delà des présupposés, des expériences et des convictions de chacun, à un équilibre subtil qui nous a menés, grâce au pas que nous avons pu faire les uns vers les autres, à l'unanimité.
L’exemple de Christine Boutin est particulièrement significatif : ses options idéologiques ne la prédestinaient ( ?) pas à voter un tel texte … et pourtant …
Mme Christine Boutin. [UMP] Quelle curieuse coïncidence ! En ce 26 novembre, alors que nous célébrons le trentième anniversaire de la première lecture de la loi sur l'avortement, nous légiférons sur la fin de la vie, comme si le début et la fin de la vie étaient toujours intimement liés. Je ne pouvais commencer mon intervention sans le signaler. Dans cette coïncidence, on peut voir la responsabilité particulière de la France, pays des droits de l'homme, à évoquer ces moments essentiels que sont la vie et la mort.
L'occasion qui nous est donnée aujourd'hui est exceptionnelle. Nous débattons d'un sujet de société plus que sensible, objet d'une proposition de loi adoptée unanimement par la mission d'information, alors que nous ne pouvons faire mystère de convictions contrastées à propos de la question de l'euthanasie.
M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Certes !
Mme Christine Boutin. Je tiens, tout d'abord, à rendre hommage à l'ensemble de mes collègues qui ont participé à cette mission avec assiduité et cosigné la proposition de loi. On a souvent fustigé les commissions fantoches ou alibis qui n'aboutissaient qu'à enterrer le sujet qu'elles prétendaient servir. Le résultat matériel de nos consultations, les deux tomes du rapport Respecter la vie, accepter la mort, en est un démenti qui honore notre représentation. J'invite tous nos concitoyens qui s'interrogent sur le début ou la fin de la vie à le lire avec attention.
Hommage soit également rendu à Jean Leonetti, qui a présidé l'ensemble de ces travaux. Je me réjouis également que le président de la commission spéciale soit un représentant de l'opposition.
Personnellement, comme nombre de mes collègues, j'ai beaucoup appris du travail sérieux de consultation que nous avons conduit depuis janvier.
M. Alain Gest. C'est vrai !
Troisième élément de consensus : … d’aboutir à un texte « équilibré »
Mme Martine Aurillac. [Rappel] [UMP] Notre mission [ …] est parvenue [ …] à un équilibre subtil qui nous a menés, grâce au pas que nous avons pu faire les uns vers les autres, à l'unanimité.
M. Jean-Michel Dubernard. [UMP] Le mérite des membres de la mission parlementaire, puis de la commission spéciale, est d'avoir su avancer ensemble par-delà leurs divergences. Ils ont su garder à l'esprit qu'il doit demeurer un écart entre l'éthique et le droit. Ils ont choisi la voie médiane, où la mort n'est plus l'ennemie que l'on fuit par tous les moyens.
M. Gaëtan Gorce,Chacun doit bien comprendre, que cette proposition n'est pas le fruit d'un compromis, mais le produit d'un consensus, au sens le plus noble du terme. J'admire ceux qui, sur ces sujets, sont habités de certitudes et savent a priori ce qu'il faut faire sans qu'il y ait de place pour le doute.
M. Philippe Douste-Blazy,ministre de la santé et de la protection sociale. Très bien !
M. Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé et de la protection sociale. Je voudrais souligner ensuite que cette proposition de loi est un texte d'équilibre : ni statu quo, ni euthanasie. […] Vous avez inventé une solution française à ce problème.
Mme Christine Boutin. Bien sûr !
M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Nous ne voulons pas de ce qui se passe en Belgique ou aux Pays-Bas. Nous ne voulons pas non plus rester dans le statu quo actuel.
M. Alain Gest. [PS] Je voudrais insister sur le contexte dans lequel la mission d'information a choisi de placer ses travaux. Certains membres de la mission d'information sont arrivés avec des idées très tranchées.
Les uns, en vertu de principes au demeurant tout à fait respectables, souhaitaient le statu quo, d'autres, profondément marqués par l'actualité ou par des situations analogues, revendiquaient la légalisation sans délai de l'euthanasie.
C'est l'honneur de tous d'avoir su s'écouter et évoluer au fil des auditions et, ce, sans doute, grâce à la pédagogie, au tact et à la mesure de notre rapporteur Jean Leonetti.
Voilà pourquoi, aujourd'hui, bien plus qu'un texte de compromis, la loi que nous nous apprêtons à voter est équilibrée, car elle répond à deux nécessités : celle de renforcer les droits du malade et celle de protéger une pratique, sans obstination déraisonnable, de la médecine.
références [rappel] :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/accompagnement_fin_vie.asp#041882
Loi n° 2005-370 relative aux droits des malades et à la fin de vie
Examen en séance publique :
1re séance du vendredi 26 novembre 2004 :compte rendu analytique - compte rendu intégral
2e séance du vendredi 26 novembre 2004 :compte rendu analytique - compte rendu intégral
Explications de vote et vote par scrutin public sur l'ensemble du texte : 2e séance du mardi 30 novembre 2004
Compte rendu analytique - compte rendu intégral - analyse du scrutin
Texte définitif n° 96 (2004-2005)
dossier 2010-2011/ Sénat
http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl09-659.html
[à suivre :
3) les éléments de dissensus : le non-dit de l’euthanasie]


Tous les commentaires
Denis,
Hé oui, c'était en 2004! Le bon temps, quoi!
Depuis, bien d'eau a coulé sous les ponts. Nous sommes 6 ans plus tard, avec une loi Léonetti vieille de déjà 5 ans...et à 1 1/2 ans d'une consultation nationale très importante.
Le discours a aussi bien évolué! Voir celui de ce jour, ICI .
En d'autres mots, comment dire ?
Votre rappel, pour "touchant" qu'il soit (quelle belle unanimité!) n'en a pas moins comme un parfum curieux: une sorte de parfum de "renfermé"? Un peu, comment dire, ringard, non?
Bien à vous malgré tout
@Michel
Votre rappel, pour "touchant" qu'il soit (quelle belle unanimité!) n'en a pas moins comme un parfum curieux: une sorte de parfum de "renfermé"? Un peu, comment dire, ringard, non?****
Touchant ? Parce qu'il fait l'unanimité ? Bizarre conclusion.
Il est bien précisé que c'est un consensus, pas un compromis.
Savoir ce qui s'est dit avant, nous éclaire sur le présent, c'est une bonne initiative à notre époque d'instantanéité où on est pressé de tout oublier au fur et à mesure, le "ringard" étant l'info de la semaine dernière.
Qui suit les débats de l'Assemblée et sait ce qui s'y dit ? Pas grand monde à mon avis.
C'est quoi "ce parfum de renfermé" ? L'odeur du cercueil où le mort est resté six ans en fait... on l'exhume pour une autopsie.
Pour une fois que Gauche et Droite arrivent à travailler ensemble sur un sujet épineux, cela laisse plutôt un parfum de regret, car quand on voit ce que la majorité nous fait avaler depuis 4 ans...
livia,
Oui, connaitre le passé pour construire l'avenir , d'accord.
Mais quand vous voyez le déluge d'attaques de Fillon (premier ministre) dans Le Monde, de Bertrand (ministre de la Santé), on voit bien que ce consensus de 2004, il est loin, non? Le résultat est là, ce soir: projet totalement vidé de son contenu. Oui, un parfum, pas de renfermé mais de regret, comme vous dîtes.
Bien à vous
@ Michel
Le consensus est loin, mais la loi est toujours là, elle.
Elle est pas mal du tout cette loi. Elle ne vous semble pas suffisante ?
Une infirmière libérale sort de chez moi, elle n'est pas d'accord avec les DMD. Demain, je lui demande pourquoi promis.
Actuellement, l'UMP détient la quasi totalité des sièges.
Bien d'autres lois sont en projet et débattues et votées, qui engagent notre avenir et sont aussi peu connues que la Loi Leonetti six ans après.
Pourquoi cette urgence à vouloir faire comme nos voisins et alléguer "l'opinion publique" comme si l'Opinion était parole d'évangile ?
C'est comme cette idée d'introduire le jury citoyen en correctionnelle. Tout est bon pour alimenter les débats politiques et créer des polémiques. Gauche et droite, même combat. Quand je pense qu'il va falloir voter... On n'aura pas trop de dix-huit mois, finalement, pour faire le ménage dans notre tête, à moins qu'on ne "pète un plomb" avant !
livia,
Non, la loi actuelle n'est pas suffisante car elle ne répond pas à cette demande d'environ 1% des mourants d'aujourd'hui (environ 8.000 personnes chaque année sur environ 800.000 décès*). Demande qui est de pouvoir disposer d'un accompagnement actif (et légal) à leur fin de vie .
8.000 personnes qui "voudraient" mais "n'osent demander" car ils savent que la loi actuelle n'autorise pas les soignants à répondre positivement.
8.000 personnes: ce n'est pas rien. C'est le double des morts de la route.
__________
* En Belgique, sur une population de 10 millions d'habitants, en 2010, il y a eu environ 900 demandes d'accompagnement actifs entendus et réalisés
(les chiffres sont connus car, en Belgique, toute demande, acceptée et réalisée, donne lieu à la transmission à la Justice. Justice qui étudie le dossier et valide si toutes les conditions exigées par la loi ont été remplies. Ceci afin de lutter contre toute forme d'abus.)
@Michel
8.000 personnes qui "voudraient" mais "n'osent demander" car ils savent que la loi actuelle n'autorise pas les soignants à répondre positivement. ***
La loi n'autorise pas car c'est considéré comme un meurtre, avec préméditation en plus... mais cela s'est toujours fait, il ne faut pas se leurrer ; on ne perd rien à "demander" quand même, le médecin ne va pas aller jusqu'à porter plainte contre son patient... encore que, on voit tellement de "n'importe quoi" en tous domaines.
Même si c'était légal, des médecins s'y opposeraient. On a intérêt à bien choisir son médecin quand on est jeune et en bonne santé, en espérant qu'il ne mourra pas avant vous.
Une fois légalisé, il faudra se référer à une liste pour trouver un "exécuteur" ? Désolée, mais il y a là un "truc" qui passe pas. Je ne suis pas de droite, je n'ai pas de religion, je ne suis pas contre l'avortement, mais quelque chose d'indicible me chiffonne dans ce désir d'encadrement légal du suicide.
Je ne suis pas non plus contre le suicide...
8.000 personnes: ce n'est pas rien. C'est le double des morts de la route.***
Il va vous falloir m'expliquer ça, car la comparaison dépasse les limites de mon entendement.
Les morts sur la route voulaient-ils mourir ?
Tous ces gens qui veulent d'une mort assistée et ne peuvent l'obtenir parce qu'ils n'osent pas le demander, vont donc rester vivants.
Si vous considérez qu'une vie vaut n'importe quelle autre vie (ce n'est pas ce que notre environnement mondial me laisse à penser), alors vous ne devriez pas militer pour cet aménagement ?
Chaque seconde sur la planète il naît un enfant.
Chaque seconde sur la planète une personne meurt.
à Michel Philips.
J'avais prévenu que les trois billets faisaient un tout. Si vous vous reportez au troisième, vous verrez que l'unanimisme n'est que de façade et que les débats/ prises de position étaient déjà en germe.
D'où, à mon avis, l'utilité de ces retours arrière qui, tout ringards qu'ils soient, permettrent de saisir les axes de questionnement essentiels.
Ceci dit, comme je l'ai fait pour la sécurité et les retraites, je vais aussi m'intéresser aux débats d'aujourd'hui
Denis,
Oui, je ne me suis rendu compte qu'à postériori qu'il y avait 3 billets: excuses.
Bien à vous
(doublon, désolée)
Le troisième rétro débat présenté par Denis Mériau, qui met en évidence le dissensus, sur la liberté individuelle de décider :
Le non dit de l'euthanasie