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Dérive vers une école à deux vitesses

Francis Daspe, chargé de l'Enseignement au sein du Parti de Gauche, publie cette tribune libre dans Sud-Ouest (31/08/10)
(Je ne relaie pas ici la conclusion politique mais les constats fait depuis de nombreuses années, et ceci dans une indifférence quasi générale au niveau des partis et des "usagers", par tous les réseaux d'enseignants impliqués dans les luttes syndicales ou associatives et dont j'ai été largement partie prenante).
"Des réformes s'abattent sans discontinuer depuis plusieurs années sur l'école de la République. Leurs détracteurs les qualifient, non sans arguments, de contre-réformes. L'Education subit en effet une offensive sans précédent de l'idéologie libérale. Pour donner un aperçu de la palette du libéralisme en action, citons la généralisation des principes de concurrence et d'autonomie, la destruction des statuts des personnels, les économies tous azimuts -dont les suppressions de postes ne sont que la partie émergée de l'iceberg-, l'introduction d'une gestion managériale, de programmes ne donnant qu'une vision parcellaire et idéologiquement orientée de la réalité.
Il en résulte une attaque violente à l'encontre des valeurs républicaines fondatrices de l'institution scolaire.
Les cadres nationaux sont peu à peu démantelés, la laïcité malmenée, la mixité sociale attaquée, avec notamment la suppression de la carte scolaire. Plus encore, les tentatives de criminalisation de la contestation écornent sérieusement la liberté d'expression, tandis que la promotion d'un esprit critique conforme aux impératifs d'une citoyenneté éclairée est ébréchée par le dogme libéral. Cette logique, dont les buts restent largement inavoués, s'inscrit dans l'instauration d'une école à deux vitesses.
Deux raisons principales expliquent cette volonté.
-La première s'évertue à créer les conditions d'une marchandisation de l'école. L'éducation cnstitue en effet un marché aux potentialités gigantesques : les dépenses consenties dans le monde par les Etats sont estimées à près de 1 400 milliards d'euros, dont les trois quarts sont le fait des pays développés. En amont de la scolarité obligatoire, il s'agit de la mise en place des jardins d'éveil privés, au détriment de la scolarisationn des deux ans, en chute libre ; et en aval, de briser le système public des qualifications professionnelles afin de faire des diplômes un produit de consommation ordinaire.
Au coeur de la scolarité obligatoire, cela se traduit par les demandes croissantes de participation financière des familles (faisant douter de la réalité du principe de gratuité), par l'intrusion publicitaire au sein des établissements et la notion "d'investissement éducatif". Au-delà d'un strict minimum qu'il incombe à un service public d'éducation réduit à la portion congrue de transmettre, les libéraux considèrent que l'usager en retirera un bénéfice individuel : l'obtention de connaissances et de diplômes ouvre la voie à un niveau de rémunératioin plus élevé. Par conséquent, il reviendrait à la famille, et non à la collectivité, de payer ce qui constitue en définitive un investissement pour l'avenir. C'est ainsi qu'il faut comprendre la pente vers des savoirs minimalistes et utilitaristes symbolisés par le socle commun au collège favorisant la prolifération des entreprises privées de soutien scolaire bénéficiant de surcroît d'avantages fiscaux.
-La seconde vise à s'affranchir de l'impératif de mixité sociale, chargé de tous les maux par ceux qui ne l'ont jamais vraiment accepté. Pour ce faire, la double stratégie de la pénurie et du dénigrement est convoquée : pénurie en termes de moyens humains ou financiers, pour ensuite mettre en exergue les insuffisances du public afin de solliciter au final le privé.
Cinquante ans après le serment de Vincennes appelant à l'abrogation de la loi Debré de 1959 (qui fait office de véritable concordat sans en porter le nom), l'urgence est de consacrer l'effort de la nation à la reconstruction d'une école de l'égalité, de la solidarité et de l'émancipation : les fonds publics doivent aller exclusivement à l'école publique. La suppression des postes de RASED (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) dans le primaire illustre à la caricature le choix fait par ce gouvernement d'une école à deux vitesses. "Après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple", proclamait Danton. Le Parti de gauche fait sienne cette maxime, plaçannt au coeur de son projet de transformation sociale la question éducative.


Tous les commentaires
Ce qui est désespérant, c'est que les électeurs des classes populaires n'aient pas encore pigé ce qui est en train de se passer!!!
Je ne suis pas vraiment certaine que les électeurs des classes "supérieures" aient mieux compris. Ou alors, ils s'en accomodent.
Dianne, un chouette billet, comme d'hab ! La suppression des RASED est un scandale, un véritable scandale. Peut-être que des abonnés ayant oeuvré dans ses réseaux pourront apporter à ce fil leur ressenti et leur vécu face à ce massacre organisé par une droite infâme.
J'ai longuement vécu tout cela de l'intérieur. La diminution des moyens, l'étranglement des structures, les pompeuses réorganisations sous le vocable "maison du handicap" départementale, où l'on a regroupé les maigres troupes de façon à ce qu'elles aient l'air un peu moins clairsemées... La prise en charge tardive d'enfants pourtant signalés de longue date, l'émiettement des rendez-vous avec les spécialistes concernés, etc... etc...
Des années de dénonciation, de lutte, de tentatives de faire-savoir : tout le monde s'en foutait. Et au premier chef les politiques de gauche ! Aucun écho au PS, et les autres trouvant que ce n'était qu'une façon de défendre de juteux statuts.
Des ami(e)s très proches exerçant dans ces structures et moi-même étant souvent "donneuse d'alerte", j'ai pu mesurer au long cours l'abandon, absolument pro-gram-mé de l'aide spécifique aux enfants en difficulté, en quantité et en qualité par conséquent : que faire avec plusieurs centaines de marmots sous la responsabilité d'une seule et unique psychologue scolaire par exemple ? Des rdv à Pâques pour des signalements en octobre ?
Le reste du système éducatif est en souffrance aussi, à l'avenant.