Mon.
28
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Un "brave couillon" au service des hommes

Voici l'histoire d'une vie bien remplie : celle de Marcel Barbu. Un rêveur obstiné qui finit ringardisé en un temps où le capitalisme triomphant partait à l'assaut d'une France en reconstruction. Son parcours fut tout entier consacré à l'avènement d'une société plus juste, plus humaine, plus fraternelle. "Toujours au service des hommes, toujours pour les faire grandir"...

Parcours qui permet de mesurer à quel point les utopies passent l'épreuve du temps pour renaître d'une manière ou d'une autre. En 2010, Marcel Barbu serait l'invité de tous les plateaux télé. De Gaulle, pour qui il fut un rival sans danger (1,15% aux présidentielles de 1965!) le traitait de "brave couillon". Sa campagne tournait autour de quelques mots "La liberté et le respect de l'homme par l'amour, par la justice et par la vérité".

Au soir de sa vie, après de nombreuses tentatives pour faire admettre le bien-fondé de sa démarche, et tout autant d'échecs, il déclarera : "Peut-être que mes idées ont cent ans d'avance".

Qu'on en trouve une dizaine comme lui et le monde aurait peut-être une moins sale gueule.

Vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x93wpv_sur-les-traces-de-boimondau_creation?start=5

Sur les traces de BOIMONDAU, la communauté de travail autogérée fondée à Valence par Marcel Barbu... Un voyage à travers la mémoire des anciens compagnons de cette entreprise horlogère pas comme les autres qui voulait faire du travail un outil d'émancipation collectif...

"On s'estimait, on débattait"...." dans une société capitaliste, c'était difficile de nager : on n'était pas des bons poissons"...

 

Né en 1907 dans un bidonville de Nanterre (Hauts de Seine), et surtout d'une famille "éclatée", il est placé dans une institution religieuse. Devenu séminariste, sa vocation ne résiste pas aux contradictions entre le dogme et la réalité, entre les écrits et les actes. Le travail, très tôt, comme ouvrier bijoutier et dès 1930 il crée sa première entreprise à St Leu la forêt (Val d'Oise). Sans appui financier, il la fait progresser et surtout met en place le système qui sera le sien tout au long de sa vie d'entrepreneur : il tente d'intéresser les ouvriers à la marche de l'entreprise, il met en place un conseil d'usine, les salaires étant fixés par tous et affichés.

L'un de ses partenaires commerciaux, un certain Fred Lippman (qui deviendra LIP) le persuade de le rejoindre à Besançon. Là, la forte tradition syndicale freine ses élans : les salariés sont méfiants, ils sont d'accord pour participer à la distribution des bénéfices mais refusent d'aller plus loin pour éviter toute collaboration patron-ouvriers.

En 1940, il est expulsé de Besançon pour avoir ordonné et organisé l'ouverture des magasins malgré l'avance allemande, les administrations étant en fuite, afin que ses ouvriers puissent subsister. Il passe en zone libre pour rejoindre Fred Lip qui y a déménagé sa société. S'appuyant sur l'organisation des Compagnons de France, il va tenter de soustraire ses ouvriers aux réquisitions du STO et pour cela finira à Buchenwald.

Il en revient et reprend inlassablement le cours de son utopie : construire des Communautés de travail, aidé par Marcel Mermoz, rencontré à la bibliothèque du camp de Saint-Sulpice, par le biais d'une discussion autour de l'oeuvre de Schueller sur le salaire proportionnel. Ensemble ils élaboreront la Règle de fonctionnement de ces communautés, avant de leur abandonner les moyens de production.

Ephémère député en 1946, il dépose trois projets de loi :

-sur les communautés de travail

-sur la création d'un conseil national communautaire et d'une école de cadres communautaires

-sur la tansformation des entreprises anciennes en communautés de travail.

On ricane du MRP au PC et c'est l'échec. Il démissionne en disant : "C'est sur le terrain et par l'exemple que doit se développer la communauté de travail". Il y retourne donc et en 1953, crée la Ligue Départementale du Bien Commun ayant pour but d'aider les personnes à résister aux abus dont elles seraient victimes, en particulier de la part de l'Etat. Il entend envoyer au Parlement des équipes d'hommes capables d'assurer la transformation de la Nation. Jamais las d'expliquer, de tenter de convaincre, d'ouvrir des perspectives d'action.

Revenu en région parisienne, à Sannois, il est à l'origine d'une Ligue communale pour la construction d'une cité d'urgence de 200 logements. Il y en aura 4000, entre St Leu et Sannois, grâce à l'intervention de trois sociétés de construction : LIAC (logements individuels et accession à la propriété), LILO (logements individuels en location), LOCLO (logements collectifs en location). Déjà le souci de la mixité sociale.

Mais pas un pour lui, ni pour sa famille.

Il a créé cinq entreprises qu'il a laissées à d'autres. Les communautés de travail ne sont plus à la mode. Quand à l'esprit communautaire...

 

nb : les cités qu'il a initiées sont toujours debout. Malgré les cris d'orfraie des "locaux" lors de leur mise en oeuvre. Pensez donc, des logements en partie réalisés par l'entraide... C'était louche. C'est près de chez moi.

 

 

 

Le document complet , à télécharger ici : http://www.rhone-alpesolidaires.org/files/Petite_Biographie_de_Marcel_Barbu.pdf

porte les recommandations suivantes, auxquelles je souscris bien volontiers.

 

Marcel BARBU : Une vie bien remplie

"Ce document est la transcription intégrale de l’original prêté par l’Association des Anciens et Amis des Communautés de
Travail Autogérées, cet original a été versé à la Médiathèque de Valence.
Toute reproduction, même partielle, devra mentionner le titre du livre, le nom de l’auteur et l’éditeur, ainsi que le lien Internet
Faire des Hommes libres - Michel Chaudy - Editions REPAS - 2008 - www.rhone -alpesolidaires.org/boimondau

 

Tous les commentaires

Ne manquez surtout pas la vidéo !

En voici la suite

http://www.dailymotion.com/video/x93wx3_dans-le-sillage-de-boimondau_creation

ps : il ne trouva grâce qu'aux yeux de "Combat" et du "Monde"...

Biographie fascinante. Merci

Sacré billet encore une fois !

C'est bien de montrer que l'on peut changer les choses sur le terrain. Il n'y a pas que les hommes et les femmes politiques qui oeuvrent pour le bien-être de tous. Seulement, eux et elles occupent la plus grande place dans nos médias.

Moi j'aimerais bien ouvrir mon journal et lire des billets ou des articles comme ça, apprendre qu'il a existé et qu'il existe sûrement encore des Marcel Barbu qui réfléchissent, proposent, mettent les mains dans le cambouis et créent ainsi des lieux de travail à dimension humaine et fraternelle. Des Marcel barbus qui ne visent pas un strapontin confortable ad vitam eternam sous les ors de la République.

Mais justement, des hommes et des femmes comme lui représentent un danger pour nos politiques.Notamment pour les partis au pouvoir, ou susceptibles de l'être.

Le danger qu'on leur dise : " Oui c'est possible ! On peut changer radicalement certains modes de fonctionnement. Mettez ça dans vos programmes qui se ressemblent tous plus ou moins. Nous, électeurs et citoyens, on aspire à autre chose.Et ce n'est pas de l'utopie, c'est du réalisable.La preuve."

Et ils n'aimeraient pas ça. Ca remettrait en cause tous leurs beaux discours et le rôle des puissants de notre société qui font leur fortune sur notre dos et nos heures de travail. Et sur notre crédulité.

Les politiques et ceux qui nous gouvernent fixent nos cadres de vie. Faire savoir que ces cadres sont mobiles, qu'il est même possible de les remplacer par des cadres complètement différents poserait la question de la légitimité de ce que l'on nous impose et que l'on nous décrit comme seule voie possible. Panique dans le landernau ! Sourire

 

On ne peut mieux dire en matière de "strapontin" : en 1946, éphémère député, il a été obligé de siéger à gauche de la gauche, sur un.... tabouret !

Tout un symbole !

"...il a été obligé de siéger à la gauche de la gauche, sur un... tabouret!"

 

Pourtant, j'ai toujours pensé qu'à la gauche de la gauche il n'y avait que le vide sidéral...

 

Boutade à part, je ne connaissais pas la biographie de cet individu humain, que j'aimerais pouvoir qualifier simplement d'individu ordinaire, mais les faits sont là, peu d'entre nous arrivons à rester cohérents au milieu de nos errances propres à notre nature. Hommage et reconnaissance à ceux qui essayent!

 

Néfer, je ne suis pas complétement d'accord avec toi pour nous défausser en tant que citoyens libres. Nos responsables politiques, à qui nous donnons mandat pour représenter et exprimer nos attentes, sont à l'image de ce que nos sommes. C'est mon avis, mais peut-être que j'ai un sentiment décalé de la culpabilité collective(?) s'il est ainsi, l'on m'a toujours dit que j'ai "la tête dure": je n'ai pas tellement envie de me soigner.

 

 

 

à mon avis, dans l'esprit du général, chère Dianne, "brave couillon" ne signifiait pas qu'il prenait son adversaire à la première élection présidentielle au suffrage universel pour un con mais pour un brave homme incapable de faire le mal mais capable d'être couillonné (au sens de se faire avoir). C'est un peu l'image qu'il m'a laissé comme homme politique où je me souviens de l'émotion qui le saisissait en public et l'empêchait parfois de prendre de la distance avec les évènements. Assurément, il était plus à son aise sur le terrain de l'entreprise et de l'organisation du travail. Je l'avais presqu'oublié. Merci Dianne de l'avoir ressuscité pour nous.

C'était un voisin en quelque sorte. Le Grand Charles ne montrait jamais de condescendance injurieuse envers quiconque. Toujours est-il qu'il avait bien conscience que le côté boy-scout du personnage ne menacerait jamais un jeu politique parfaitement bordé par des pointures d'un autre métal.

Giroud parlait de "chiens". Pas de place là dedans pour les idéalistes. A moins que....

 

Dans les deux vidéos, des témoins qui ont accompagné à des degrés divers son aventure, en rendent compte en des termes qui font du bien.

Tiens ,ma Dianne , il y a encore des Scop en France .Pour vous faire pleurer un brin

http://www.scop.coop/P193_FR.htm

 

Certes. Pourquoi pensez-vous que l'on puisse en pleurer ? Réjouissons-nous donc : peut-être ce mode d'action collective va-t-il compter davantage à l'avenir... quand le CAC aura fini de digérer ce qui reste de richesse nationale.

Utile rappel. Pourquoi d'ailleurs Marcel Barbu a-t-il été ringardisé ?

Des initiatives nouvelles de ,peut être pas de communautés de travail au sens ci-dessus mais, de nouveaux modes de fonctionnement et répartition des salaires dans des petites sociétés qui se créent, il y en a aussi aujourd'hui.

Et c'est quand même un germe pour demain.

Hors des feux de la rampe comme remarqué plus haut. Et hors des fameuses "augmentations de valeur" dont on rabat les oreilles des employés des grandes entreprises. Et hors de la rentabilité accrue pour les actionnaires, qui prennent toute la place.

Il s'était apparemment fixé des objectifs trop exigeants pour entraîner une large adhésion, hors du cercle de ceux qui travaillaient aux mêmes oeuvres. Le principe des "raisins trop verts et bons pour des goujats" a fonctionné à plein : "puisque nous n'y arriverons jamais et qu'en tout état de cause, nous ne sommes pas disposés à y mettre autant de nous mêmes, décrétons donc que c'est utopique et/ou impossible"...

 

Je ne le connaissais pas. Merci de le faire découvrir !

Je me souviens de cette histoire.

À cette époque je travaillais dans une petite boite, dont on dirait aujourd'hui une start up, j'étais délégué du personnel, mais on disait que le meilleur délégué c'était le patron ! Chaque chef de service avait à cœur l'épanouissement et la formation professionnelle de ses subordonnés; l'arbre de noël annuel était une fête de famille, présidée par le patron, etc…

Je vous fait ce petit rappel pour souligner les progrès réalisés jusqu'à nos jours, par la lutte des classes suivie du néo-libéralisme économique.

Précisions : cette atmosphère paternaliste ne plaisait absolument pas à la CGT, qui ne parvenait pas à décoller; elle y a été aidée par la CGC et des cadres pétainistes, qui n'aimaient pas ce mélange des genres. Le résultat s'est donc bien inscrit dans cette longue régression que nous connaissons actuellement.

La boite a été achetée par Rhône-Poulenc, qui était le tigre voisin dont on tirait un peu trop fort les moustaches, mais où ses employés étaient dévorés par l'amiante; R.P. a trait la boite, puis lui a fait changer de nom, pour finalement la revendre aux Chinois, dans un état pitoyable. Voilà, nous étions passés du Contadour à la mondialisation libérale, par les voies du Progrès gaulliste et du communiste.

"Je vous fait ce petit rappel pour souligner les progrès réalisés jusqu'à nos jours, par la lutte des classes suivie du néo-libéralisme économique."

 

Une bonne dose de second degré est en effet nécessaire pour ne pas se désespérer tout à fait. Merci.

Excellent billet, pour une découverte étonnante.

Il y a d'extraordinaires réussites dans ce qu'on appelle facilement la marge. C'est souvent qu'elles sont portées par l'humain dans la plus belle acception du terme, et se nourrissent de la qualité de leur promoteur.

Le système qui se perpétue, apparemment tout seul, se nourrit en fait des travers les plus partagés, en même temps que de la misère, la défaite et le malheur.

Ceux dont on parle le plus ne sont malheureusement pas ceux qui le méritent.

Merci de rétablir un peu ici l'équilibre, chère Dianne.

Je découvre ce personnage étonnant. Merci Dianne.

"La liberté et le respect de l'homme par l'amour, par la justice et par la vérité".

Ainsi, le Général trouvait brave, mais couillon d'y croire, à ces choses-là.

En 1965, j'ai voté pour la première fois à une présidentielle.

Au premier tour, le brave couillon que j'étais déjà a voté Barbu, comme j'aurais voté pour un encyclopédiste du siècle des lumières. Son discours tranchait tellement sur celui des professionnels de la politique...

Au deuxième tour, ben ...

La politique est un jeu cruel, où le cynisme est roi.

Et le "roi" est cynique.

Et ceux et celles qui ne le sont pas sont décrétés "hors-jeu" a priori par un corps électoral qui ressemble à ses mandataires.

Chère Dianne je viens de "poster" un "billet" exprès pour vous. Le dernier sans doute ! :-))

Merci infiniment. Réponse provisoire sur votre "billet". Sourire

@ Dianne : le cynisme en politique est une chose (= la fin justifie les moyens), la marginalité en est une autre (la démocratie implique d'obtenir 50% des voix + 1 pour être élu comme président ou comme député)

@Ygallene : je suis perplexe. Pourquoi votre billet concernerait Dianne exprès et pourquoi serait-il le dernier ? Vous nous quittez ?

Oui je m'en vais en effet. Et excusez-moi si j'ai froissé votre sens de la rigueur avec ce qui peut vous sembler "hors sujet". Au revoir.

Votre billet mérite une lecture attentive, ygallene. J'espère que vous continuerez à consulter les réponses qui y seront éventuellement apportées.Sourire

SourireOui, c'est la moindre des choses. Merci à vous.

La marginalité n'engage que celui qui s'y cantonne. A ne pas confondre avec l'originalité. Celle-ci peut parfois relever de l'utopie, comme elle peut aussi préfigurer de manière trop anticipée une idée ou des principes porteurs de fruits pour le collectif. Et on en revient à ceci :

Newsletter
Je m'identifie