Fri.
25
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Semprun, Costa-Gavras : cette France-là

Très émouvant hommage ce matin, entendu sur RFi : de Costa-Gavras à Jorge Semprun.

En filigrane, une certaine idée de la France. La vraie, la belle. Celle qui accueille, qui crée des liens. Celle des 450 patronymes et des 25% d'ascendants immigrés. Celle dont le solde migratoire dépasse à certaines époques en pourcentage celui des USA. La France du coeur et de l'intelligence.

Ecouter ce que Semprun disait du français : http://www.rfi.fr/europe/20110608-disparition-ecrivain-jorge-semprun-une-memoire-le-xxeme-siecle

(cliquer sur "Ecouter 00:48")

 

Tous les commentaires

Ce petit salut d'il y a 12 ans (« Adieu vive clarté... »)

Il reste pour moi à tout jamais de sangre espanola, non par sa naissance, que personne ne choisit, ou par sa place dans le monde de la culture, ou par ses choix politiques, non, simplement, parce qu'il n'a pas pu ne pas faire ce qu'il avait à faire, et en cela, je le tiens pour un frère ignoré de mon père, qui parlait souvent comme lui sans en connaître l'existence. À eux deux, sans s’être jamais parlé (et pour cause !) ils ont fini par m’apprendre ce que l'expression « l'air du temps » pouvait cacher de sens.

Jean-Jacques M’µ

Et pourtant "Dieu refuse d'éclairer les rouges" (voir la vidéo en lien ci dessous).

Merci pour "un livre un jour". Barrot ou l'art de toucher à l'essentiel.

Merci Dianne....

Lorsque la nuit derniere , j'ai appris la triste nouvelle ,je n'ai pu m'empecher de laisser quelques mots en hommage à l'HOMME qu'Il fut .

Je l'ais rencontré une fois .

Merci Dianne pour ces precieux mots .

"La France du coeur et de l'intelligence "

 

Merci pour ce lien avec Costa - Gavras .

 

"Z" signifiait aussi symboliquement "Il vit"... Il vivra. Malgré le "mildiou"... et les sulfatages préventifs.

http://www.youtube.com/watch?v=zDQyTsFfZ1I

(plusieurs parties disponibles)

Merci Dianne, une bien belle personne est partie ; il nous reste des livres, des articles, des films Malheureusement avec lui sont partis les milliers de vers qu'il aimait citer et réciter.

"Tras la muerte, no hay nada. La muerte no es nada" ... hoy sabes si eso es verdad !!

Plus de Semprun pour un nouveau "Z", ou pour un dernier "Aveu". Il y aurait pourtant matière. Que de brutalité et de mépris pour les populations dans les politiques qui sont en train de se concocter de G en G.

Il était inévitable que ces deux-là fassent honneur à leur temps. L'air du temps comme dit JJMU. Mais que de souffrances derrière tout cela.

Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
.../...
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare

comme l'écrivait Aragon. L'écriture ou la vie en somme.

La vraie, la belle. Celle qui accueille, qui crée des liens. Celle des 450 patronymes et des 25% d'ascendants immigrés.

Comme c'est bien dit!

 

Eté 44, Buchenwald

"L'été dernier, peu après la libération de Paris, j'avais fait une causerie sur Rimbaud. C'était le comité clandestin des intérêts français, regroupant toutes les organisations de résistance, qui avait pris l'initiative. Elles étaient parfois musicales, parfois littéraires. Il apparaissait qu'elles étaient bonnes pour le moral des troupes... Je portais la veste bleue que l"Effektenkammer m'avait attribuée pour la saison. A l'entrée de la salle, Chapelain, très mal à l'aise, m'avait prié de tomber la veste : il ne souhaitait pas que l'on vit le "S" susr fond de tissu rouge qui m'identifiait en tant qu'Espagnol. Certains chauvins du comité français trouvaient en effet que les loisirs proposés étaient habituellement torp internationalistes, trop cosmopolites. Il désiraient qu'on y apportât un caractère plus typiquement français. Chapelain, qui était communiste et qui me parlait au nom du comité clandestin du PCF désireux d'éviter des conflits mineurs avec les groupes de résistants nationalistes, me priait donc d'enlever ma veste. "Tu comprends à t'entendre parler, personne ne peut soupçonner que tu es espagnol. Ces vieux cons n'y trouveront rien à redire !"

Abasourdi, j'ai donc tombé ma veste, afin que la vue du "S" ne vienne pas troubler les Français de souche et de sang benoîtement installés dans leurs certitudes de pureté nationale."

Je crois que je n'ai jamais rien lu qui me donne autant envie de pleurer.

Hommages à Jorge Semprun, homme de l'Europe

Une vision du monde, en héritage

Rédigé par Cecile Mazin, le jeudi 09 juin 2011 à 12h02

Alors que l'écrivain sera inhumé sans public dimanche, avec le drapeau républicain espagnol posé sur son cercueil, les hommages rendus se multiplient.

Dans un communiqué, Jerzy Buzek, président du parlement européen, a fait part de son émotion. « Son exil et son expérience comme déporté du camp de concentration de Buchenwald ont marqué sa vie et son oeuvre, ce qui en fait un témoin clé de l'histoire européenne et l'un des chroniqueurs de premier plan de l'Holocauste. »

v-24105.jpgEt saluant la figure de proue de la littérature, dont l'Europe est soudainement privée, il poursuit :

« En tant qu'homme politique, son engagement en faveur de la démocratie représente une source d'inspiration pour le projet européen. Comme romancier reconnu et scénariste, Jorge Semprun nous laisse un héritage prolifique et une contribution unique à la littérature espagnole, française et européenne. Son travail représente un témoignage précieux pour tous les Européens. »

De son côté, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, soutient également la force européenne de l'homme. « Jorge Semprun, pour qui “l'indicible, c'est ce qu'on ne peut pas taire”, restera pour nous tous l'une des plus belles figures du penseur engagé au service de l'idéal européen. »

Et d'ajouter : « Exilé, résistant, déporté, cet homme qui a mis bien souvent sa vie en jeu, cet écrivain qui a su prendre les risques de ses engagements, aura connu aussi la joie d'être reconnu par ses contemporains. »

Même Mario Vargas Llosa, dans un article publié par El pais, estime : « Nous allons être nombreux à ressentir la perte de Semprun, les Espagnols, les Français, l'Europe en laquelle il croyait. »

Son fils, Thomas Landman, s'explique auprès de l'AFP : « Mon grand-père sera inhumé dans le drapeau républicain espagnol comme il l'avait souhaité. Il reposera au côté de sa femme, Colette, décédée en 2007. » Sans cérémonie religieuse, l'accompagnement de l'écrivain se fera dans le village de Garentreville, en Seine-et-Marne, il où avait sa résidence secondaire.

Cécile Mazin

Il a été question en ces colonnes, sur un autre fil, de l'absurdité et de la toxicité de certaines postures administratives, qui confondent servilité et service de l'Etat. En oubliant de se demander de qui procède l'Etat. La bêtise et la peur en attelage en somme.

Jorge Semprun en évoque un exemple particulièrement baroque dans "L'écriture ou la vie".

Le contexte : Buchenwald, juste après sa "libération" le 12 avril 1945

"J'ai prêté l'oreille à l'appel qui m'était adressé par le circuit des hauts-parleurs. D'une voix fâché, le responsable de la bibliothèque du camp me demandait de rapporter les trois livres que j'avais encore en ma possession. Il m'attendait ce matin-là sans faute... Je n'avais pas pensé à les rendre en vérité. D'abord parce qu'ils pouvaient encore m'être utiles. Et aussi parce que l'avenir de la bibliothèque du camp ne m'intéressait pas... Il semble que je me trompais lourdement. Il semble que je vivais dans les nuages.

Avec une certaine irritation, Anton m'expliquait que je divaguais complètement. Pourquoi la bibliothèque de Buchenwald disparaîtrait-elle ? -Mais parce que le camp allait disparaître voyons ! ... -Pourquoi ? -Dans quelques jours, quelques semaines, Hitler aura été battu. Le nazisme une fois disparu, les camps disparaîtront avec.

Il rit follement mais sans joie. "La fin du nazisme ne sera pas la fin de la lutte des classes ! -Devons-nous en conclure qu'il n'y a pas de société de classes sans camp de concentration ? -Pas de société de classe sans répression !... Nous aurons besoin de camps comme celui-ci : Umschulungslager. Que voudrais-tu que l'on fasse de Buchenwald ? Un lieu de pélerinage ? Un camp de vacances ? -Je voudrais qu'on abandonne le camps à l'érosion du temps, de la nature... -Merde, non, quel gaspillage !"

"En 1943, estábamos en una emboscada otros resistentes franceses y yo...Y viene un soldado alemán con su moto; se acerca a un río a beber agua, supongo ; nosotros le vigilamos, era una ocasión perfecta para disparar, quitarle el arma, quedarnos con su moto. Y cuando vamos a disparar el chico se pone a cantar "La paloma" en alemán. La infancia española me golpea en pleno rostro. ¡Era una canción de mi infancia, de la calle, de Madrid! Yo no podía disparar contra aquel pobre soldado alemán." 

"En 1943, nous étions en embuscade quelques résistant français et moi même... Un soldat allemand arrive avec sa moto; il s'approche d'une rivière pour boire de l'eau je suppose ; nous le surveillons, c'était une occasion parfaite pour lui tirer dessus, nous faire avec son arme et lui prendre la moto. Et quand nous allons faire feu le garçon commença chanter "La Paloma " en allemand. Je reçoit en pleine figure mon enfance espagnole. Il s'agissait d'une chanson populaire de mon enfance, de la rue, de Madrid! Je ne pouvais pas tirer contre ce pauvre soldat allemand "

 

Je crois que c'est ce court récit qui m'a le plus frappée et pourtant dans " La escriture o la vida " on est constamment sollicité par quantité d'émotions. Je me rappelle avoir pensé combien de crimes ou d'abus seraient avortés dès sa gestation si nous arrivions à percevoir à temps le cri de l'humanité de l'Autre qui fait écho à notre propre humanité.

Ce matin, en entendant la détresse des ouvriers de PSA à Aulnay, je me suis demandée comme ceux qui pondent de rapports de productivité et effacent d'un trait par leur signature l'avenir de milliers d'humains, comment ces gens n'arrivent pas à entendre "La Paloma", à recevoir en pleine figure ce qu'ils ont, que nous avons, en commun lors de notre court passage sur Terre.

" percevoir à temps le cri de l'humanité de l'Autre qui fait écho à notre propre humanité."

Absolument JNSPQD. Et pourtant il donne à la patrie une dimension d'autant plus grave qu'elle est pour lui quasiment inatteignable en rentrant de Buchenwald. Rentrer ? Mais où ? Rapatrié... Le mot lui-même questionne.

"J'ai pensé à tout ce qu'il y aurait à dire sur ces deux mots : retour, rapatriement. Le second, bien entendu était pour moi dépourvu de sens. Tout d'abord, je n'étais par revenu dans ma patrie en revenant en France. Et puis si on allait au fond des choses, il était clair que je ne pourrais plus jamais revenir dans aucune patrie. Il n'y avait plus de patrie pour moi, il n'y en aurait jamais plus. Ou alors plusieurs, ce qui reviendrait au même. Peut-on mourir pour plusieurs patries à la fois ? C'est impensable. Pourtant mourir pour la patrie est la meilleure preuve ontologique de l'existence de celle-ci. La seule, peut-être. Ça s'annulerait toutes ces morts possibles...

J'avais envisagé à l'occasion -plutôt fréquente ces dernières années- la possibilité de mourir. De risquer ma vie, c'est à dire. L'enjeu n'en avait jamais été la patrie. Pas de rapatriement donc. Mais le mot "retour" n'aurait pas convenu non plus. Je n'étais pas retourné chez moi. J'aurais pu être arrêté n'importe où, revenir n'importe où. .. La certitude qu'il n'y avait pas eu vraiment de retour, que je n'en étais pas vraiment revenu, qu'une part de moi essentielle n'en reviendrait jamais, cette certitude m'habitait parfois, renversant mon rapport au monde, à ma propre vie..."

Nous avons tout besoin d'être de quelque part... ce qui n'implique pas de se la jouer imbéciles heureux..

Il faudrait savoir que les choses sont désespérées et pourtant être déterminé à les changer.

Oui. Mais cela demande une énergie incroyable... Des années de militantisme pour des transformations sociales qui se font toujours dans le pire des sens... Semprun en a payé le prix, cash. Exclusion sans appel malgré son engagement viscéral. Pour des dissensions avec de vieux apparatchiks en bois couvant des cendres. Il donne un récit saisissant de son voyage vers Bucarest en train de luxe, mandaté pour contacter la "pasionaria" en 1956. Surréalisme à l'état pur. L'expression de tout ce que le totalitarisme peut produire de plus imbécile. Dolores Ibaruri le qualifiera, lors de son "procès" d'intellectuel à tête de linotte. Si une naissante notoriété ne l'avait pas sauvé du pire, il finissait le voyage assigné à résidence derrière le rideau.

La certitude qu'il n'y avait pas eu vraiment de retour, que je n'en étais pas vraiment revenu, qu'une part de moi essentielle n'en reviendrait jamais.

Deuil.

C'est ce qu'écrivait aussi Primo Levi. Mais lui a choisi de témoigner tout de suite. Dans l'indifférence générale d'ailleurs. Il fallut du temps pour que "Si c'est un homme" touche le coeur des générations.

Semprun dit à ce sujet : "On peut toujours tout dire de cette expérience. Il suffit d'y penser. Et de s'y mettre... Mais peut-on tout entendre, tout imaginer ? Le pourra-t-on ? En auront-ils la patience, la passion, la rigueur nécessaires ? "

Hélas, on connaît la réponse.

Newsletter
Je m'identifie