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Géorgie on my mind
Le «pire médiatique» qui puisse arriver lors d’un conflit, ce sont les réactions à chaud de journalistes, peu expérimentés sur un sujet, qui déferlent aux frontières en période de crise, au milieu d’une guerre qui est aussi celle de l’information. En particuliers lorsque Poutine, virtuose en la matière, est aux commandes. Les dépêches se télescopent, aucun recul, aucune contextualisation, ou si peu. Sur le conflit géorgien, on peut tout lire en ce moment : "Génocide", "Dictacteur", "Terrorisme" etc. Mais combien faudra-t-il de guerre et de massacres au long court comme en Tchétchénie pour comprendre les intentions du Kremlin ? Dans ce capharnaum, à Betapo, on vous propose cet été un peu de mise en perspective et de retourner aux archives. Voici un entretien avec Andreï Illarionov, l’ex-conseiller de Vladimir, paru dans Le Monde en octobre dernier :
La vérité sur les événements qui ont conduit à la guerre russo-géorgienne de l’été sera-t-elle pleinement établie un jour ? Parce qu’il considère que l’événement a constitué la plus grande secousse dans la région depuis l’éclatement de l’URSS, l’économiste russe Andreï Illarionov s’emploie depuis des semaines à livrer son analyse.
Celle-ci tient en deux idées. Premièrement, le pouvoir de Vladimir Poutine avait décidé de tenter de renverser par différents moyens le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili dès 2004, un an après son arrivée au pouvoir à Tbilissi.
Le conflit du mois d’août fut une étape spectaculaire de cette stratégie, qui n’a cependant pas atteint son but. Secondement, Mikheïl Saakachvili a coupé court aux plans des militaires russes en lançant, le 7 août, ses forces à l’assaut de Tskhinvali, le chef-lieu d’Ossétie du Sud. Il a ainsi gagné le temps nécessaire pour rallier des soutiens à l’étranger et prévenir une entrée des forces russes dans sa capitale, Tbilissi.
Andreï Illarionov connaît bien le Kremlin pour avoir été, de 2000 à fin 2005, le principal conseiller économique et "sherpa" de Vladimir Poutine. Des désaccords à propos, notamment, du démantèlement de la major Ioukos avaient conduit à la démission de ce "libéral" devenu critique envers le pouvoir.
Partageant aujourd’hui son temps entre Moscou, où il dirige un institut économique, et Washington, où une fondation l’a accueilli, M. Illarionov est catégorique : "L’objectif russe était de renverser Saakachvili, de rentrer dans Tbilissi sous couvert d’une révolution ou d’un coup d’Etat accompagné d’incidents militaires - un scénario comme il y en a déjà eu dans le Caucase depuis les années 1990 sans que cela n’émeuve grand-monde à l’étranger", nous a-t-il confié, évoquant le coup de force contre le président Elchibey, en 1993, en Azerbaïdjan.
C’est au printemps 2004 que le pouvoir russe a commencé à vouloir se débarrasser de M. Saakachvili, qui venait de reprendre le contrôle de la région de l’Adjarie. Dans les années suivantes, les réformes économiques menées par la Géorgie, susceptibles de fournir des arguments pour un rapprochement de la Géorgie avec les structures euro-atlantiques, avaient accru le ressentiment de Moscou. Les Russes avaient alors tenté d’étouffer la Géorgie sur le plan énergétique. Tbilissi fut l’objet de diverses formes d’embargo et de déstabilisation.
A l’été 2008, déjouant apparemment l’attention des services de renseignements occidentaux, Moscou prépare son assaut en massant d’importantes forces armées face à l’Ossétie du Sud, sous couvert de manoeuvres militaires. Le 7 août, affirme l’ancien "sherpa", avant même l’attaque géorgienne contre Tskhinvali, les forces russes et ossètes en Ossétie du Sud, toutes unités confondues, comptaient environ 20 000 hommes (en incluant les réservistes). Plus de 200 tanks russes se trouvaient déjà sur ce territoire séparatiste. En face, l’armée géorgienne ne disposait que de 42 tanks, dans la région de Gori, et d’environ 4 000 hommes, le gros de ses forces étant soit en Irak, soit face à l’Abkhazie.
Le 7 août, en prenant les devants, le président géorgien "a sacrifié trois choses", selon M. Illarionov : "son armée" - elle a été détruite mais les trois jours de combats ont aussi ralenti l’avancée russe et permis de mobiliser la communauté internationale -, "sa réputation" - la responsabilité du conflit allait pouvoir lui être imputée -, et "les deux régions" sécessionnistes. "Mais (le président) Saakachvili a aussi gagné trois choses : il est resté en vie, la structure de son pouvoir a été maintenue, et ses réformes vont recevoir un fort soutien financier occidental."
Moscou, selon M. Illarionov, avait prévu d’installer au pouvoir à Tbilissi un ancien ministre géorgien de l’intérieur réfugié en Russie, Igor Giorgadze. L’échec de ce projet a mené à une stratégie de repli qui, à l’origine, n’enchantait pas le Kremlin : la reconnaissance des indépendances ossète et abkhaze. M. Illarionov dit que le pouvoir russe va continuer de vouloir régler le sort de Mikheil Saakachvili. Mais, selon lui, le principal "maillon faible" dans l’ex-URSS est désormais l’Ukraine.
Natalie Nougayrède http://www.betapolitique.fr/Moscou-preparait-la-guerre-en-33826.html


Tous les commentaires
100% d'accord, Dianne, sur ce coup-là. Parmi les récents développements, Vladimir Poutine via sa marionnette Medvedev chercherait à faire avaliser par le parlement le principe des interventions extérieures pour sauver les intérêts russes quand ils seraient menacés. Certaines bonnes âmes à Moscou font valoir que l'opération en Ossètie de l'été dernier ne reposait sur ucune base légale.
L'incunable, Dianne a seulement recopié un article de l'excellente journaliste Natalie Nougayrede, actuellement en "une" du site betapolitique.fr J'espère qu'elle n'a pas été virée du "Monde" à cause de Kouchner.
La signature était à la fin. Comme toujours. Et le lien avec Bétapolitique. Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de la rubrique qui abrite l'article.
De même, vous pourriez utilement apprendre la fonction "poster un lien web". D'autant que la rédaction de Mediapart s'est mise elle aussi cet été à recopier des textes écrits ailleurs. Même si elle prend soin de demander l'autorisation avant, c'est un peu déprimant.
Gracieux et irremplaçable beber, ce lien existe, colonne de gauche. Pour ce qui est des textes écrits ailleurs, je vous laisse la joie de découvrir mon blog et de faire des pourcentages. Ce qui me déprimerait, moi, c'est que personne ne parle du Caucase en ce moment. Chacun son style.
Cela ne me dérange absolument pas que Dianne ait comme vous le dites,recopié un article en une d'un site.C'est un complément d'informations intéressant qu'elle fait partager. En effet beaucoup de lecteurs de Médiapart ont aussi une vie professionnelle,familiale et sociale et des journées bien remplies et ne passent pas leur journée à consulter tous les sites l'un après l'autre. Sans elle,je n'aurai certainement pas découvert cet article.
Absolument d'accord , jlmo
.
Bon j'en reviens à votre post Lincunable :o) Le problème est la notion "d'intérêts russes menacés", un peu comme le Patriot Act bushesque... En l'occurrence, deux provinces Géorgiennes, reconnues comme telles par l'ONU au départ, présentent, l'une un sous-sol riche en gaz (peut-être la seconde plus grosse réserve planétaire selon J.C Victor et son "dessous des cartes) et l'autre une situation stratégique pour le passage d'une infrastructure vitale aux exportations russes. Il n'est pas difficile d'imaginer comment et par qui la supposée rebellion Ossète a été initiée au départ. D'ailleurs certains de ses "pères" sont réfugiés à Tbilissi. On assiste à une gigantesque manipulation que les observateurs européens ont bien du mal à appréhender si l'on en croit les comptes rendus hâtifs qui en ont été faits jusqu'à présent. L'opération de l'an dernier, c'est un peu comme si Poutine était venu au secours de l'ETA pour éviter que la méchante Espagne ne le mette au pas.
J'ai lu , avec intérêt votre billet , Dianne mais j'avoue mon inculture totale au sujet de ce conflit En tous les cas , Merci
Moi tout comme Ben. Mais c'est bien pour cela que je vous lis !
Merci à vous deux. Ça équilibre... ;o))
Merci Ben. Ne manquez pas de vous reporter à Bétapolitique où une rubrique tient à jour l'état des lieux en ce moment. http://www.betapolitique.fr/-Aline-00071-.html . On assiste à une tentative de reprise en main dans le Caucase. La Tchétchénie est laminée. Les Russes y ont élevé une génération de tueurs prêts à tout pour suivre les préceptes du tyran Kadyrov, placé là par Moscou. Le nettoyage ethnique qui dure depuis dix ans n'est pas terminé et les assassinats d'humanitaires y sont monnaie courante (encore deux ce matin)*. Tous ceux qui hurlent pour Gaza feraient bien de hurler un peu pour eux aussi, cela éviterait aux quelques démocrates restants de périr de désespoir avant de s'écrouler sous les balles. Et les voisins Géorgiens commencent à compter leurs abattis... La partie "une" du scénario poutinesque s'est jouée en août 2008. Avec le succès que l'on sait puisque les fins observateurs dépêchés sur place ont renvoyé tout le monde dos à dos. L'alouette et le cheval à égalité, comme dans le pâté... Serons-nous assez stupides pour laisser faire encore ? A Paris on s'indigne pour Aung San Suu kyi, NS promet des représailles économiques à la Birmanie. Pendant ce temps là la Russie et ses collabos massacrent les Tchétchènes dans l'indifférence générale et s'apprête à passer à la moulinette les Géorgiens. Mais là, pas de représailles. . *Zarema Sadoulaïeva, dirigeante d'une ONG russe basée en Tchétchénie, et son mari ont été retrouvés mort mardi 11 août au matin. Ils avaient été enlevés lundi à Grozny. L'ONG "Sauvons la génération" apporte une aide médicale, un soutien psychologique et une aide à l'insertion à la jeunesse tchétchène afin qu'elle ne se tourne pas vers des groupes armés. . Chagrin.
Merci, Dianne , pour le lien et les compléments d'information
L'article de bétapolitique n'était pas uniquement écrit par Natalie Nougayrède mais était introduit par l'auteure de la rubrique qui a jugé utile de le mettre en valeur sur son fil. C'est avec son autorisation que j'ai repris l'ensemble. Merci Ben. :o))
La notion d'espace vital signifie "espace nécessaire à la survie". Cette notion est très subjective et souvent purement psychologique sans correspondre à aucune réalité de survie menacée. L'impression d'être assiégé et menacé dans sa territorialité sert de justification à l'agression territoriale. Hitler parlait de "lebensraum" et c'est au nom de ce principe qu'il envahit la Tchécoslovaquie puis la Pologne. La Russie vit très mal l'éclatement de son empire. Par petites touches successives, elle cherche à le reconstituer.
En parallèle aussi, la faillite des politiques économiques et sociales qui construit peu à peu une chaudière en interne. Il est bienvenu de trouver des boucs-émissaires aptes à capter l'attention d'une opinion publique de plus en plus exaspérée. Tant qu'on peut désigner hors les murs des objets à la vindicte, c'est toujours ça de gagné. Vieux comme le monde.
Amon avis, il s'agit moins ici d'un problème économico-social que d'un problème nationalo-impérialiste à connotation raciste, antisémite et xénophobe qui conduit la Russie à rejeter la souveraineté des nouveaux Etats indépendants qu'elle considère toujours comme des satellites avec droit d'y intervenir militairement quand elle le souhaite. Elle fait partie des 8 pays les plus puissants économiquement et se porte plutôt mieux financièrement : inflation à 9,7% au lieu de 36% en 1999, PIB/h de 12 200 dollars, taux de chômage de 6,6%.
Je me permets de donner la parole à Anna Politkovskaïa "L'économie reste toujours dominée par les oligarques, la protection sociale est inexistante. Sur quoi bâtir alors une politique intérieure ? Sur la nostalgie de la "grande Union soviétique" et sur celle de l'Empire, car nous avons très envie de nous sentir "grands". Et il n'y a pas de meilleur moyen pour cela que de créer une nouvelle "zone de résidence" et d'en tirer parti idéologiquement. Voilà qui explique le torrent de sottises dont le pouvoir nourrit le peuple... On cultive le mythe d'une "lutte contre le terrorisme international"... Après un bref interlude eltsinien, la Russie amputée des "républiques soeurs" de l'URSS, sentit qu'elle n'était pas capable de vivre confortablement sans traditions ni ambitions impériales. Elle eut besoin d'un "petit" et d'un "méchant" pour pouvoir se sentir grande et importante. ... Telle est la nature de nore patriotisme néo-impérial et néo-soviétique - embrassé par Poutine et par toute la "verticale du pouvoir*." Cela semble irrationnel. Pourtant, cela donne des fruits tout à fait rationnels et tangibles, comme une cote de popularité élevée pour les autorités, et Poutine en particulier. Car nous aimons bien trouver un léger voile de "passion" imprévisible chez nos chefs. Peu importe qu'il recouvre des dessous cyniques et sanglants, peu importe les conséquences" . *notion introduite par Poutine qui a construit une échelle de stricte subordination entre les régions russes et le pouvoir présidentiel Anna Politkovskaïa : Tchétchénie, le déshonneur russe (folio documents n°24)
Merci Dianne pour cet extrait lumineux d'Anna Politkovskaïa... et pour votre billet bien sûr.
voir aussi http://www.mediapart.fr/journal/international/120809/une-autre-responsable-d-ong-et-son-mari-assassines-en-tchetchenie#comment-206277 par Louise Fessard "«Depuis que Memorial a suspendu ses activités après le meurtre de sa collaboratrice, il n'y a plus une seule ONG véritablement indépendante en Tchétchènie, estime Tatiana Lokshina. Celles qui restent sont plus ou moins contrôlées par Ramzan Kadyrov.» "
Anna Politovskaia n'infirme pas mon propos mais le confirme : "Après un bref interlude eltsinien, la Russie amputée des républiques soeurs de l'URSS, sentit qu'elle n'était pas capable de vivre confortablement sans traditions ni ambitions impériales" = le problème n° 1 de la Russie c'est qu'elle n'a pas rompu avec l'impérialisme et la vassalisation des satellites de l'ancien régime. "L'économie reste toujours dominée par les oligarques" = cela ne signifie pas que la situation économique est aujourd'hui mauvaise, ce qui pousserait les russes vers des solutions extrêmes, mais qu'elle est mafieuse car elle n'a pas rompu avec les anciennes pratiques de pots de vin et d'enrichissement personnel de la nomenclatura.
Pour rappel : Vladimir Poutine est un ancien cadre dirigeant du KGB qui s'est adapté au nouveau régime sans rien renier de ses anciennes habitudes.
Le danger est plus à mon sens dans l'exploitation éhontée d'un fond de commerce raciste et xénophobe, qui tout en prônant le retour à la grande Russie, ostracise les "cochons noirs" du Caucase. Les ratonnades à Moscou ne sont pas chose rare.
Nous sommes donc d'accord, Dianne, voir mon post du 12/8 à 13h49 : "Amon avis, il s'agit moins ici d'un problème économico-social que d'un problème nationalo-impérialiste à connotation raciste, antisémite et xénophobe qui conduit la Russie à rejeter la souveraineté des nouveaux Etats indépendants..."