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L'honneur perdu de Nicolas Le Floch

Or donc la pieuvre odieuvisuelle a jeté son dévolu sur un héros de polar à succès, inventé par Jean-François PAROT, ci-devant diplomate, ambassadeur de France (dernier poste en Guinée-Bissau).

Jusqu'à il y a peu, Nicolas Le Floch, sa créature, était  le héros récurrent de l'une des meilleures séries de polars XVIIIe (siècle, pas arrondissement  !) qui soient.

L'érudition du "papa" et la finesse de sa plume font de chaque opus un petit bonheur de lecture. On attend la suite avec gourmandise. La période pré-révolutionnaire y est décortiquée en tous ses aspects, surtout populaires, ce qui n'est pas la moindre des qualités de l'oeuvre.

Les quartiers de noblesse tardifs du personnage principal, enfant naturel héritant après "révélation" lui ont valu de faire ses classes dans le tout-venant. Ce qui lui confère une solide expérience et permet à l'auteur de hanter tous les milieux, comme souvent d'ailleurs dans les polars. Le crime est la donnée sociale la mieux partagée qui soit. Mais on y croise aussi les grandes figures de l'époque, du monde des arts à celui de la politique, des intrigants à la petite semaine aux duchesses à tabouret... Le quotidien des uns et des autres sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI.

Bref, en littérature, car c'est bien de cela qu'il s'agit et non de "soupe", un joli coup de maître qui a ses inconditionnels. L'exactitude des reconstitutions le dispute à la précision des caractères : le nobliau est secondé en ses oeuvres, hautes ou basses, par un chirurgien de marine débarqué, un inspecteur fana des Lumières qui dissimule comme il peut ses options politiques, et un Monsieur de Paris, Sanson soi-même, décrit comme fréquentable ce qui n'est pas un mince exploit pour un bourreau.

Ajoutez un protecteur illustre et ouvert qui fait office de figure paternelle pour le jeune commissaire et qui l'héberge en son hôtel, et quelques conquêtes qui se succèdent sans romantisme caricatural. Il fait bon hanter ces pages. Distrayant et nourrissant.

Bref, je ne décolère pas de voir ce que la télé en a fait. Notamment hier soir. L'opus "librement inspiré de..." (très, très, trèèèèèèèèèès librement) a été l'occasion d'assister à un massacre en règle : histoire alambiquée et brouillonne, protagonistes à poil pour un oui, pour un non, héros dévoyés de leur coeur de tâche habituel, invraisemblances absolues. Comment admettre que l'on puisse entrer chez Sartine, personnage historique réel, comme dans un moulin ? Un peu comme si n'importe quel quidam débarquait chez Guéant, le ficelait sur son siège pour lui piquer les fadettes qu'il compulse...

Le lèse-lieutenant général de la police, sorte de Casanova qui se prend pour Mandrin, multiplie les exactions les plus horribles sans perdre ni son sourire, ni ses dentelles...

Tout ce qui faisait l'intérêt des textes de Jean-François PAROT est passé à la moulinette "fesse à la fenêtre en prime-time" avec une hypocrite mention "déconseillé aux moins de dix ans". De quoi se rincer l'oeil pour pas cher en fait. C'est tout ce que l'on peut porter au crédit de l'entreprise qui a dû coûter bonbon : moyens importants, décors soignés, costumes chamarrés et reconstitutions flamboyantes (Chantilly qui se prend pour Versailles, un peu léger quand même...).

La télé de sévice public dans toute sa splendeur. Oui, c'est sur France 2. Rigolez pas, c'est avec votre pognon comme disait Coluche.

Premier paru : "L'énigme des Blancs-Manteaux", chez Lattès en 2000. Toute la série est disponible en poche (10*18)sauf le dernier "L'honneur perdu de Sartine". La prochaine fois que cette calamité sévit à la télé, préférez l'original...

Tous les commentaires

14/01/2012, 21:16 | Par dianne

Garanti sans campagne électorale et sans triple A...

14/01/2012, 21:29 | Par dianne

Pourquoi l'illustration du billet n'apparaît-elle pas ? Mystère

La voici au cas où le caprice de néo-drupal perdurerait...

L'image ne se cale que plus loin dans le texte. Elle ne veut pas rester en tête de gondole... On va faire avec ce progrès considérable... Cool

14/01/2012, 21:42 | Par Jonasz

Je n'ai jamais rien lu de Jean-François Parot. Je n'ai pas vu la réalisation télé qui vous a enthousiasmée au plus haut point. Mais votre billet me donne envie de faire connaissance avec cet auteur. Merci

14/01/2012, 22:47 | Par Marie Lavin en réponse au commentaire de Jonasz le 14/01/2012 à 21:42

Tout pareil...J'ai entendu l'auteur l'autre jour à la radio et déjà ça donnait envie alors avec ce texte...

14/01/2012, 22:02 | Par GILLES WALUSINSKI

Acteurs poudrés, sévices pudiques, Nicolas le Flop! Ah Ah (Ah-)!

(plus de triple Ah)

15/01/2012, 12:15 | Par dianne en réponse au commentaire de GILLES WALUSINSKI le 14/01/2012 à 22:02

L'outrance des maquillages, même si on se réfère à une époque qui ne mégotait pas sur le sujet, est totalement hideuse !

Les comédiens font ce qu'ils peuvent mais on les maltraite.

14/01/2012, 22:28 | Par christian paultre

Bien d'accord cette adaptation est désespérante car on sent le massacre d'une œuvre dont les quelques lambeaux qui s'échappent laissent en deviner la qualité.

15/01/2012, 12:26 | Par dianne en réponse au commentaire de christian paultre le 14/01/2012 à 22:28

Voilà qui m'a donné envie de bouillonner... D'habitude quand un truc est nul je préfère ignorer. Mais là... Déçu

15/01/2012, 00:29 | Par netmamou

Je n'ai pas vu le dernier épisode, ni n'ai lu l'auteur dont est inspirée la série.

Ce que j'ai apprécié dans les deux premiers c'est la langue. Pour une fois, les dialogues étaient en bon français ...ça se fait rare dans le PAF.

Et puis, joli garçon le héros Nicolas Le Floch !

 

15/01/2012, 12:17 | Par dianne en réponse au commentaire de netmamou le 15/01/2012 à 00:29

D'accord avec vous Netmamou : la langue est sauvée, c'est le seul intérêt et la seule vraie similitude avec l'oeuvre originale.

Les acteurs, maltraités, font ce qu'ils peuvent. Ils sont même très bons si on se réfère à ce qu'on leur impose.

15/01/2012, 09:19 | Par hector carignan

Ce "La Griffe" n'était qu'un démarquage du Cartouche joué par Jean-Paul Belmondo. Un clin d'oeil à la paupière un peu lourde... Je me demande si malheureusement un des prochains épisodes ne va pas le faire revenir des Amériques où l'emporte l'exil...

15/01/2012, 12:18 | Par dianne en réponse au commentaire de hector carignan le 15/01/2012 à 09:19

Voilà, démarquage lourdingue et pervers.

15/01/2012, 15:39 | Par Annie GH

D'accord avec vous. J'ai vu cela hier. Épisode très "rince l'oeil", grands effets de costumes et de dialogues, et personnages outranciers… Le scénario est téléphoné, et moi aussi j'avais fait le lien entre La Griffe et Cartouche…

Je vais lire le roman pour recouvrir le souvenir de cet épisode calamiteux…

16/01/2012, 12:24 | Par dianne

Tant qu'à faire dans l'historiquement léger, rendez-nous "Fanfan La Tulipe" ! Cool

La grâce et le sourire de Gérard Philipe... Hmmmmmmmmm !

19/01/2012, 20:56 | Par danivance

D'accord avec vous Dianne, je n'ai jamais pu regarder plus d'un quart d'heure d'affilé un épisode de cette série, et pourtant, Dieu m'est témoin Sourire, amoureux aussi de Parot, j'ai essayé plusieurs fois. Mais impossible d'y croire tant le trait est forcé.

Les vieux Vidocq et même les nouveaux avec Brasseur étaient autrement plus réussis.

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