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BARENBOIM : La musique éveille le temps

barenboim3_-_Copie.jpgDaniel Barenboim et Edward Saïd

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Le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboim, nous offre une réflexion précise et exigeante sur la nature du partage musical mais aussi sur les similitudes troublantes qu’il pourrait présenter avec l’action politique, si celle-ci se préoccupait d’universalisme. En somme un petit traité d’éthique musicale et politique. Ce livre, dédié aux musiciens du West-Eastern Divan Orchestra, qu'il a mis au monde avec Edward Saïd, ne s’interdit pas des digressions personnelles pour étayer le propos. C’est aussi ce qui en fait la chaleur et la valeur.

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Au fil de son discours, on découvre un homme libre et engagé, dont l’histoire est romanesque en diable. Commencer une carrière professionnelle à 7 ans, changer de pays, de société, découvrir un monde, dialoguer de manière féconde avec les plus grands musiciens de son temps, construire des ponts entre les époques et les genres, refuser les compromissions et la facilité, refuser d’instrumentaliser la douleur, découvrir l’Autre, le comprendre et le conforter… voilà qui suffirait à remplir plusieurs existences.

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La dédicace dit bien où se trouvent désormais ses priorités. La singulière aventure humaniste qu’il a commencée avec Edward Saïd, et qu’il poursuit désormais sans son « ami, son frère » nous révèle sa noblesse de cœur et d’esprit. Il n’hésite pas à se mettre en danger, pour des causes qui dépassent le cadre de son domaine d’excellence, ce qui le distingue de nombre de ses pairs. De fait son West-Eastern Divan Orchestra, qui réunit des jeunes issus de tous les pays du Moyen-Orient, est une preuve tangible du caractère essentiel de la pratique musicale : elle ouvre les oreilles, les esprits et les cœurs. Elle permet « d’entendre plus d’une voix à la fois. »Ce qui est l’essentiel pour une voie vers la paix en cette région douloureuse du globe.

Pratiquant l’art du contrepoint (c’est bien le moins !) Daniel Barenboim entrelace son propos de réflexions denses sur Mozart, Bach, Fürtwangler, Boulez, Wagner…

 

 

Pour lui laisser la parole :

 

« L’allure d’une progression harmonique, comme l’allure d’un processus politique, peut en déterminer l’efficacité et en dernier ressort modifier la réalité qu’il cherche à influencer. Je suis convaincu que le processus de paix d’Oslo, par exemple, était voué à l’échec –qu’il ait été juste ou non- précisément parce que la relation entre le contenu et le rythme était erronée. Les préparations pour les négociations se sont faites beaucoup trop hâtivement. Le processus, lui-même très lent et souvent interrompu, avait peu de chances d’aboutir. »

« On pourrait comparer la constitution d’une nation à une partition et les hommes politiques à ses interprètes qui doivent constamment agir et réagir en suivant les principes qui y sont esquissés. Dans une démocratie, cette constitution peut être contestée et adaptée à l’évolution dans le temps par le peuple, devenant une espèce de symphonie composée collectivement…/… Il faut souligner ici qu’il y a une différence significative entre spontanéité (ou flexibilité) et absence de conception ou de pensée stratégique…/… L’un des aspects les plus importants de la pensée politique est la faculté de recourir à la stratégie pour changer l’état des choses, un peu comme le compositeur construit stratégiquement son œuvre…/… (et) L’interprète doit (aussi) créer sa réalisation de la partition de manière stratégique plutôt que tactique, en agissant plutôt qu’en réagissant. »

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« Permettre aux doigts, au cœur, au cerveau, au ventre de coopérer de manière non préméditée est un grand bonheur dans la vie d’un être humain, ainsi que le fondement de la pratique musicale… "L’homme pense", dit Spinoza et cette pensée est le résultat d’un dialogue entre l’intellect, les émotions et l’intuition. C’est non seulement vrai de la pensée de chaque individu, mais de groupes de personnes et même de nations. Comme on l’a vu dans l’histoire du Moyen-Orient, l’exclusion d’une ou plusieurs parties du dialogue peut avoir des conséquences désastreuses, et même conduire au terrorisme. L’inclusion de toutes les parties dans le dialogue, que ce soit en politique internationale ou dans la conscience d’un individu, est non seulement garante de l’harmonie parfaite, mais crée les conditions nécessaires pour la coopération. »

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« Dans le West-Eastern Divan Orchestra, le langage métaphysique universel de la musique devient le lien que ces jeunes personnes nouent l’une avec l’autre ; c’est un langage de dialogue continu. La musique est le cadre commun –un langage abstrait de l’harmonie qui contraste avec les nombreuses autres langues parlées dans l’orchestre –qui fait qu’il est possible d’exprimer ce qu’il est difficile, voire interdit, d’exprimer en mots. Dans la musique, rien n’est indépendant. Elle exige un parfait équilibre entre intellect, émotion et tempérament. Je dirais même que si l’on parvenait à cet équilibre, les hommes et même les nations pourraient interagir plus facilement. A travers la musique, il est possible d’imaginer un autre modèle social. »

 

 

Daniel BARENBOIM « La Musique éveille le Temps » (Fayard)ISBN 978-2-213-63659-7 18€

 

 

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West-Eastern Divan Orchestra : Le Semeur de Paix demande de l’aide !

Lundi 25 août, Salle Pleyel, Paris

L’orchestre, du moins le concept, est né en 1998, des cerveaux fertiles et généreux de deux amis : Edward Saïd (intellectuel Palestinien) et Daniel Barenboïm (chef d’orchestre et pianiste Israëlien). Au départ il s’agissait d’un atelier destiné à réunir de jeunes musiciens venus d’Israël et de différents pays du Proche puis du Moyen-Orient.

Le premier vrai concert a eu lieu à Weimar, pour le 250e anniversaire de la naissance de Goethe. Un récent documentaire sur Arte, émouvant au delà du possible, nous a raconté le long chemin semé d’embûches de ces visionnaires obstinés.

Ils ont parfois risqué gros : notamment lors du seul concert donné à Ramallah, pour lequel il fallut imaginer des combines diplomatiques inédites, sous l’égide de l’Espagne.

Les jeunes gens travaillent tous les étés ensemble et en résidence commune, échangent de manière non directive sur l’espoir qui les habite de voir leurs peuples cohabiter dans la paix.

Ce soir-là, dernier concert de l’année à Paris et beaucoup de boules dans la gorge, quand Barenboïm les a étreints un par un après la musique... Certains ne pourront plus jamais se rencontrer, se parler, se montrer de l’amitié. Ils ne pourront plus échanger. Ils sont interdits de fraternité.

Barenboïm, après sa tournée de bises qui nous a émus aux larmes, a pris la parole, a capella et sans micro pour nous jeter à tous cette bouteille à la mer : ce qui est possible à Paris et dans la plupart des grandes capitales européennes, il faut que ce le soit aussi dans tous les pays dont sont issus ces jeunes gens, il faut que des concerts aient lieu à Beyrouth, à Damas, à Ramallah... et ailleurs.

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Il a quitté la scène en nous jetant : "Aidez nous !"

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Au-delà du symbole, cette démarche est la preuve que tout est possible lorsque la volonté est là. Même l’inimaginable. Daniel Barenboïm dit d’ailleurs qu’au début de leur projet, jamais Edward Saïd (son ami, son frère, décédé entre temps) n’aurait cru qu’un concert en Palestine serait possible...

Dans le documentaire, une jeune Israëlienne, à l’issue du concert de Ramallah, témoignait : "Je ne pensais pas qu’on y arriverait, je ne pensais pas que c’était si FACILE"...

On mesure le genre de victoire personnelle sur la peur que cela représente, surtout en la voyant regagner le véhicule sécurisé qui la ramène à l’aéroport, sans qu’elle ait même eu le temps, ainsi que ses compagnons, de changer sa tenue de concert, sécurité oblige...

Sommes-nous tous ficelés par la peur ? A tel point que nos volontés restent en arrière-plan ?

 

http://www.danielbarenboim.com/

 

Extrait du Journal d’un juste

 

http://www.danielbarenboim.com/journal_acceptance2.htm

"For my part, when the Palestinian passport was offered to me, I accepted it in the spirit of acknowledging the Palestinian destiny which I, as an Israeli, share."

"In any occupied territory, the occupiers are responsible for the quality of life of the occupied, and in the case of the Palestinians, the different Israeli governments over the last forty years have failed miserably. The Palestinians naturally must continue to resist the occupation and all attempts to deny them basic individual needs and statehood. However, for their own sake this resistance must not express itself through violence. Crossing the boundary from adamant resistance (including non-violent demonstrations and protests) to violence only results in more innocent victims and does not serve the long-term interests of the Palestinian people. At the same time, the citizens of Israel have just as much cause to be alert to the needs and rights of the Palestinian people (both within and outside Israel) as they do to their own. After all, in the sense that we share one land and one destiny, we should all have dual citizenship."

 

"Nous ne pouvons qu’atténuer la haine"

 

Concerts du West-Eastern Divan Orchestra

 

trois extraits vidéo

 

http://www.arte.tv/fr/art-musique/daniel-barenboim/A-l-antenne/963166.html

 

quatre extraits vidéo

 

http://www.arte.tv/fr/art-musique/daniel-barenboim/Videos/1295862.html


Tous les commentaires

. Historique, ce concert de Ramallah ! . Dramatique, ce constat "nous ne pouvons qu'atténuer la haine...", mais positif... . jpylg

dianne D'autres, notamment des associations d'étudiants, tentent de tisser des liens. Mais rien n'est simple. Malgré la générosité des uns, les politiques des autres anéantissent les tentatives de rapprochement. Il est ainsi très difficile de passer les frontières, même encadrés comme il se doit par des représentants officiels. Et comment se comprendre si on ne se rencontre pas ? Il y a aussi des procédures d'exclusion de facto des uns dans l'espace des autres, ne serait-ce que par l'obligation d'avoir des passeports vierges de tel ou tel visa. Voici une chose qui ne choque personne et qui n'est pas réversible, pourtant : pour certaines destinations, les agences de voyages mettent dans les consignes "documents ne portant pas de visa israëlien". Vous pouvez n'être aucunement impliqué de quelque façon que ce soit dans les différends, vous êtes sommés de choisir. La haine est soigneusement alimentée et codifiée. Au plus haut niveau.

Jeter des ponts pour relier les deux rives...cultiver l'insolence contre la haine et la bêtise...

. Il y avait aussi, en 2007, cette irrésistible co-production franco-israëlienne : . LA VISITE DE LA FANFARE .

fanfare.jpg
. Ce film raconte le périple d’un orchestre égyptien d’Alexandrie en route pour inaugurer un centre culturel arabe en Israël. Les huit musiciens se perdent dans le désert et aboutissent quelque part où l’espace d’une nuit, Egyptiens et Israéliens nouent un dialogue émouvant et drôle. . jpylg

Oui...très beau film "La visite de la fanfare"...je l'ai vu deux fois

@ jpylg Flash-back : le film, que je n'avais pu voir, est passé hier soir 26 mai 2011, sur Arte.
Effectivement, c'est un petit joyau. Merci à vous d'avoir semé la graine de curiosité !

Daniel Barenboim est un grand monsieur en plus d'être un grand chef d'orchestre. Réunir les bonnes volontés dans un monde de brutes, quel tour de force. Quant à la Visite de la fanfare, je suis bien d'accord sur ce point, jpylg. Ici, c'est le hasard d'une mauvaise route qui fait bien les choses, mais là c'est la nécessité de la bonne.

J'ai commencé à écouter Daniel Barenboim en regardant plusieurs de ses masterclasses sur Mezzo . J'ai été captivé par le niveau d'analyse mesure par mesure des oeuvres abordées par les élèves , où la notion de compréhension de la volonté du compositeur ,de son discours, prenaient le pas sur l'écoute et l'exécution . Ses indications semblaient ouvrir à chaque étudiant des horizons à visiter pendant des années . J'ai lu son livre en y retrouvant cette conscience et cette profondeur qui en font un homme , un pianiste hors du commun . Il faut voir le documentaire sur les concerts de cet orchestre et son discours pacifique devant le gouvernement Israélien .

dianne Ce discours pacifique (à l'occasion de la remise d'un prix prestigieux) ne lui a pas valu que des amis. Certaine ministre faisait une drôle de tête pendant la prise de parole. Et lui a apporté ensuite une contradiction musclée. Tant que l'on contredira de façon musclée un tel humaniste, il faudra se faire à l'idée que... la paix, la vraie, celle qui honore tout le monde, n'est pas pour demain. Un seul sujet risque de mettre d'accord, bon gré, mal gré, les belligérants : l'eau. Tout bêtement. Ou plutôt la pénurie d'eau. C'est aussi trivial que ça. voir ici http://www.mediapart.fr/club/blog/dianne/310509/israel-palestine-de-l-eau-et-de-la-paix-dirige-par-laurent-callige

Merci Dianne pour ce billet. J'avais entendu parler de ce chef d'orchestre et musicien génial, mais vous m'avez donné envie de le lire, en plus de l'écouter. Et ça me fait penser que le tout premier billet que j'ai écrit sur le net (avec cette délicieuse fébrilité qui appartient à toutes les "premières fois" ) concernait Nigel Kennedy, sa virtuosité et son anti-conformisme. Quand les gens doués apportent au monde émotion et réflexion, la barbarie recule.

dianne J'ai eu le bonheur de le voir diriger à plusieurs reprises, sur une longue période. Qu'il conduise en interprétant Mozart au piano, ou qu'il emmène son W-E D-O, toujours la même émotion. Sa concentration, son implication, son absence de simagrées, sa vigilance... son engagement en somme, vont droit au coeur et à l'âme. Tiens c'est curieux, mais du coup les barbares sont occupés ailleurs, là. Une chance hein ? Merci pour votre commentaire et pour votre humour rugbystique... Il n'y a que ça qui sauve.

" Sa concentration, son implication, son absence de simagrées, sa vigilance... son engagement en somme, vont droit au coeur et à l'âme. " - je vous remercie , ça me touche beaucoup.

. Ici, on le verra jeune, dirigeant celle qui fut sa femme, la violoncelliste Jacqueline du Pré (1945-1987) à qui il faut toujours rendre hommage. . http://www.youtube.com/watch?v=L5C99JyP2ns&feature=PlayList&p=0D00E1EE963E58EE&index=0&playnext=1 . jpylg

dianne Merci de l'avoir citée. C'était en effet une musicienne, elle aussi, exceptionnelle.

. Merci à vous d'en avoir fourni l'occasion. Merci aussi pour "Danser sur les ruines", où je vais d'ailleurs, de ce pas, ajouter un mot dans la même idée. . jpylg

dianne Daniel Barenboim dirigera l'Orchestre et le choeur de la Scala de Milan à la Salle Pleyel (Paris) , le 15 novembre.

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