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Petites misères des grands

Réseaux, influence, liens entre politiques et intellectuels, cela ne date pas d'aujourd'hui. Mais il est amusant de voir à quoi pouvait bien servir au début du XXeme siècle le fait pour un écrivain de posséder des amis politiques. Ici, le destinataire de la supplique ironique est Edouard Herriot. L'auteure use de son style inimitable pour traiter d'un fait trivial qui lui pourrit la vie : sous ses fenêtres cossues se "répand" alors une vespasienne. Toutes voies de recours ayant échoué, on tape au sommet de l'Etat.

Mon cher Ministre et grand ami,
Marguerite est venue me voir en vous quittant hier. elle m'a dit combien vous lui aviez parlé affectueusement de moi ! Elle m'a rapporté aussi vos intentions envers la sentine de La Rotonde. C'est qu'on n'en peut plus. Je vous écris, ce soir, poussée par quel souffle en criant au secours ! Quel flux a, cette semaine, obligé la Rotonde à vider, trois jours au lieu d'un, ses résidus humains ?
Depuis 9h 1/2 du soir, je suis enfermée, brûlant des baumes et suffoquant. A minuit, je rouvre et cherche un peu d'air, je trouve... la mort, la peste.
Des mouches affreuses cherchent ici l'horreur qui les maintient en vie. Il vous manque, cher ami, d'avoir passé chez moi une soirée amicale, j'ai bien failli écrire ammoniacale, pour que vous vous rendiez compte de notre situation, à nous autres riverains du côté nord du Palais-Royal. Ce que nous endurons, aucun étranger ne voudrait le croire.
Quand finit le privilège de la m......alencontreuse rotonde ?
Mourrai-je, avant, de cette m.....alaria ? M....isère ! Vous rirez de cette lettre, parce que vous riez facilement, et d'un bon rire. Songez à moi, songez à notre beau Palais-Royal, plus fétide que Venise l'été...
Par avance, je vous remercie, et même je vous embrasse. Et je demeure affectueusement
votre
Colette

Ah si seulement nos intellectuels pouvaient en faire autant pour assainir l'atmosphère ces temps-ci... Hélas, hélas, de nos jours c'est la tête, comme pour le poisson, qui émet les pires effluves. "Ce que nous endurons, aucun étranger ne voudrait le croire". Ceci est toujours valable, par contre.
(La copie de cette lettre m'a été confiée par la filleule de l'épouse d'Edouard Herriot. L'original fait partie de ses trésors.)


Tous les commentaires
A propos de vespasiennes et de politique, je me suis laissédire que ces édicules que chacunconnaît (dont Colette, ci-dessus, semble ne pas apprécier la proximité) tiennent leur nom de l'empereur Vespasien, fondateur de la dynastie des Flaviens, régnant de 69 à 79 ap.JC, qui avait eu l’idée de frapperd’un impôt l’usage des toilettes publiques à Rome. Devant les récriminationsdiverses, il avait eu cette parole historique : « l’argent n’a pas d’odeur ».
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jpylg
"L'argent n'a pas d'odeur" ... On peut en douter quand on renifle dans les couloirs de l'UMP en ce moment. Quels remugles dans "La fRance d'après" !
*** "L'argent n'a pas d'odeur"
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/the-sarkozy-show-26979
Alors une vidéo, très courte Dianne, à revoir, et qui tombe à point! La visionner ensuite
une deuxième fois sans le son, en vous concentrant sur les rictus... Un conseil: la voir loin des repas si possible!
Là, vous m'en demandez beaucoup, chère Capucine ! J'en ai vu un extrait inclus dans l'émission d'@SI avec Eva Joly et cela m'a suffi. Le moment où il répond à Pujadas au sujet de la désignation d'un juge d'instruction. Un tel culot devrait trouver des débouchés au théâtre après son éviction.
il ne s'agit pas de petites misères, mais carrément de nuisances : mauvaises odeurs, pollution, risques bactériens...Le manque d'hygiène de ces nids de microbes à ciel ouvert est reconnu, raison pour laquelle d'ailleurs, il n'en reste pratiquement plus, étant remplacés par des espaces publics fermés, autonettoyants et régulièrement entretenus. Je plains la pauvre Colette d'avoir eu ses fenêtres donnant sur pissotières plutôt que sur parcs et jardins. Même ses chats s'enfuyaient en les voyant. User d'intervention de relations bien placées pour faire avancer des dossiers qui s'enterrent n'est pas choquant.
Mais c'est de malice qu'il s'agit Lincunable !
Il est bien évident que sur ce coup-là, j'aurais soutenu Colette à fond. Amusant en tout cas de voir que la dame usait de son style inimitable jusque dans sa correspondance "utilitaire". Cela nous change de la calamiteuse com' officielle ou pas qui nous inonde maintenant. Et pour quels enjeux : rouler les citoyens dans la farine.
je n'avais pas saisi, chère Diane, ce deuxième degré de l'écriture. Autant pour moi.
De la difficulté de l'écrit, cher Lincunable, j'aurais dû parsemer mon texte de petits smileys !
L'écriture de Colette est pour moi la forme la plus achevée d'utilisation inventive de la langue française. Personne mieux qu'elle n'a su triturer le lexique pour lui faire rendre tout son jus le plus goûtu ! La moindre de ses descriptions tire des registres des formules d'orfèvre.