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Classes dangereuses

"La populace est composée d'animaux d'une espèce si vile qu'ils pourraient devenir dangereux si on les laissait inoccupés.Il est donc plus prudent de faire en sorte qu'ils soient toujours trop occupés pour penser.
Si vous parlez à un riche n'ayant pas abdiqué toute probité intellectuelle de l'amélioration du sort de la classe ouvrière, vous obtiendrez le plus souvent une réponse du type suivant :
"Nous savons bien qu'il n'est pas agréable d'être pauvre ; en fait il s'agit d'un état si éloigné du nôtre qu'il nous arrive d'éprouver une sorte de délicieux pincement au coeur à l'idée de tout ce que la pauvreté peut avoir de pénible. Mais ne comptez pas sur nous pour faire quoi que ce soit à cet égard. Nous vous plaignons - vous, les classes inférieures - mais nous lutterons de toutes nos forces contre toute amélioration de votre condition. L'état des choses présent nous convient..."
Cette attitude est notamment celle des gens intelligents, cultivés... Redoutant de voir un jour se matérialiser quelque sinistre utopie marxiste, l'homme cultivé préfère que les choses restent en l'état. Il ne porte peut-être pas dans son coeur le riche qu'il côtoie quotidiennement mais il ne s'en dit pas moins que le plus vulgaire de ces riches est moins hostile à ses plaisirs, plus proche de ses manières d'être qu'un pauvre, et qu'il a donc intérêt à faire cause commune avec le premier.
C'est cette peur d'une populace présumée dangereuse qui pousse la plupart des individus intelligents à professer des opinions conservatrices.... Des hordes de sous-hommes n'attendant qu'un jour de liberté pour venir saccager sa maison, brûler ses livres... N'importe quoi plutôt que de voir cette populace se déchaîner...
Il ne comprend pas que la "populace" est déjà déchaînée : sous les espèces du riche, elle emploie son pouvoir à mettre en place des bagnes de mortel ennui."
George ORWELL "Dans la dèche à Paris et à Londres", 1933
10/18 n°3263


Le commentaire le plus recommandé
Bonjour vieilledame,
Je ne comprends pas cette agressivité envers Dianne. La colère t'aveugle.
- je connais cette arrogance automatique ou presque des "cultivés" envers la caste de ceux d'en bas.
Jamais jugement aussi implacable n'a aussi mal collé à Dianne. Ca pourrait être drôle d'ailleurs si ce n'était si véhément, presque méchant....
Je pense comme elle que tu as des comptes à régler avec l'école, ou avec certains enseignants. Mais s'il te plait, ne fait pas porter le chapeau à notre chasseresse ! C'est primaire et surtout injuste
Quant à ta recette, elle me désole. Cette façon de projeter sur son enfant cette haine de l'enseignant est stupide à mon avis. Ca donne l'impression que tu t'accroches comme une désespérée à ton statut de "pauvre", et que tu fais tout pour créer un fosé entre toi et ton enfant d'une part, et ceux qui pourraient aider à sortir de ce statut.
Malgré ses disfonctionnements, sa lourdeur et parfois son incompétence, c'est l'école, après les parents ou la famille, ou malgré les parents et la famille, qui permet aux enfants de s'ouvrir sur le monde, de s'intégrer aux autres, de grandir, d'apprendre.... La voir comme une ennemie, c'est se recroqueviller sur soi, ne pas saisir les chances offertes. Un enfant se sentira bien à l'école s'il sent ses parents en paix avec l'institution, confiants, prêts à se battre pour lui avec l'enseignant, et non pas contre.
Le système est loin d'être parfait, on est tous d'accord pour le reconnaître, et Dianne la première. Et surtout, l'école ne peut pas toujours suppléer à des parents défaillants, en errance, mal dans leur vie.... (Il ne s'agit pas toujours de pauvreté ou de richesse en matière d'argent et de moyens.)
Ne reprochons pas à l'école nos propres faiblesses, et surtout, ne déchargeons pas notre rôle de parents sur les enseignants ! Assumons nos responsabilités. Et bossons tous ensemble, plutôt que les uns dressés contre les autres.
Non ?
Tous les commentaires
Bien vu, Dianne.
Les riches constituent une classe dangereuse pour l'humanité, quand, en plus d'être riches, ils s'occupent à faire tourner le système vers l'augmentation de leurs privilèges (Voir aussi le billet de Corinne N)
Absolument. Orwell, qui fit alors l'expérience du dénuement le plus total, donne un tableau du Paris des hôtels et restaurants, côté plonge s'entend, absolument ahurissant... Dix-sept heures de travail par jour pour la majorité des bagnards dans les soutes des établissements prestigieux. Et l'on s'étonne que survienne 1936 dans le tableau.
Il pose d'ailleurs la très intéressante question de la vanité totale des activités induites par la consommation dite de luxe de produits et services totalement inutiles, voire frelatés. Et surtout la question des bénéficiaires de ces échanges si l'on peut dire.
N'était le caractère discutable de certaines descriptions de comparses (la xénophobie et l'antisémitisme ne sont pas loin) ce récit quasi journalistique d'une vie dans la dèche des deux côtés du Channel mérite encore le détour.
La question de l'accaparement est omniprésente et sa description clinique de la rapidité avec laquelle un humain lambda peut se clochardiser fait toujours froid dans le dos. Car on en est encore là.
Salauds de pauvres!
En plus en ce moment ils inquiètent les riches, mais où va le monde ?
Je cite le blog de Pierre Nenny
http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-nenny
Je connais même des salauds de pauvres qui osent revendiquer (et même parfois violemment et assez maladroitement il faut bien le dire) une scolarité réussie pour leurs enfants ! fi donc !
Peut-être espèrent-ils bêtement qu'ils pourront s'arracher à leur propre destin ? ils croient que c'est si facile ? ignorants du métier de parents, ils osent demander aux profs de faire leur métier de profs ?
M'enfin, quoi, ils n'ont pas lu les statistiques : chances très très faibles pour leur rejetons d'accéder aux hautes études et aux hautes fonctions !
Les statistiques sont implacables en effet. Ceux qui sont rejetons de riches "distraits" ou "trop occupés ailleurs" s'en sortiront toujours, à coups de cours particuliers ou d'écoles privées, ou par transmission de patrimoine physique ou social (voir le clan sarko). Pour les autres, riches ou pauvres impliqués en tant que parents, et non en tant que supplétifs des profs, elle est égalitaire : chacun a sa chance. Il est même particulièrement jubilatoire pour un prof de voir éclore un jeune talent qui infirmera la notion de "destin". J'ai eu cet infini bonheur, partagé avec des parents motivés qui ne confondaient pas équipe éducative et tribunal permanent.
"salauds de pauvres" : j'espère que tout le monde d'un peu futé avait compris qu'il s'agissait de second degré ! De l'humour, quoi ! Eduquons, éduquons...
j'aime votre façon de reposer l'équation :
à partir du moment où les parents font leur boulot, les profs peuvent faire le leur-
donc, il est normal, d'après vous, que, dans les classes inférieures, où le parents ne font pas leur boulot en grande majorité, les enfants, en grande majorité, ne réussissent pas ! quod erat demonstrandum, et justification si agréable de la discrimination réelle qui existe, en se dégageant de toute culpabilité.
Je supplie les profs intelligents (si, si, ça existe) de renverser l'équation :
partons de la réalité telle que vous la percevez : les parents, dans les "classes inférieures" ne savent pas (ou très rarement) faire le même boulot que les parents-profs ou les parents-privilégiés,
alors, à partir de cette réalité , quelle pédagogie les profs (et l'institution qu'ils représentent) doivent déployer ? la pédagogie qu'ils déploient ne fonctionnant pas (statistiques en preuve) - que doivent-ils faire ? que doivent-ils exiger de leur institution ?
Là il y a deux réponses possibles :
1) l'échec des enfants de pauvres ne leur pose pas vraiment de problème, puisque leur propre progéniture s'en sort... ce qui est l'essentiel ! (si si, les pauvres peuvent pratiquer l'humour noir) - et ils continuent en ralant...et en souffrant même...
2) envisager de nouvelles tactiques pédagogiques, partant de la réalité, ou simplement appliquer des techniques qui existent déjà, mais n'ont malheureusement pas beaucoup de disciples ! (et refuser d'enseigner tant que ces tactiques (techniques si vous préférez) ne seront pas appliquées et bien sûr avec les moyens qu'elles réclament... )
En fait l'attitude de certains enseignants me fait penser au type qui donne de grands coups de rame sur la tête du type qui ne sait pas nager, en hurlant : ça t'apprendra à essayer de t'en sortir alors que tu ne sais pas nager et tes parents non plus !
c'est pour rire : il n'y a pas de type comme ça ! enfin, j'espère...
Vous confondez tout : je dis simplement que si les parents ne font pas leur boulot, ils n'ont pas de leçons à donner aux enseignants. C'est tout. Mais les gens "démunis" (encore faudrait-il s'entendre sur ce que cela signifie, car j'en connais de fabuleux qui auraient à en remontrer à plus d'un(e) et de bonne foi comprennent cela très bien. Et il leur arrive de faire confiance aux profs. Mais si, c'est possible, je vous assure ! Ce qui dans tous les cas donne les meilleurs résultats.
Dialogue de sourds. Vous avez des comptes à régler avec l'école, mais je ne règlerai pas l'addition. Merci de me lâcher là- dessus, une soirée de procès m'a suffi. Selon vous " il n'y avait rien de personnel" mais vous réembrayez dès le retour à votre clavier. Quant à moi, j'en resterai là. Bien à vous.
Pourquoi mettre en cause les profs ? A pédagogie égale, l'élève seul dans sa chambre et qui peut y travailler a cent fois plus de chances de réussir qu'un autre élève qui partage sa chambre avec quatre petits frères et soeurs.
Le reste est baratin, procès d'intentions et jugements sommaires façon Café du Commerce.
Ben oui, mais la question à poser n'est-elle pas : que puis-je faire pour ce gamin qui ne peut pas travailler chez lui ? plutôt que de déclarer que les parents ne font pas leur travail de parents ? (essayez donc de faire ouvrir les médiathèques le dimanche dans les petits bleds... j'ai essayé...).
Je vous trouve très "mauvaise langue", tous et toutes. Les riches font ce qu'ils peuvent, même s'ils le font mal. La preuve :
(Coucou Dianne
)
Excellent ! samines
Monsieur Veto avait juré (bis)
Qu'on gagnerait plus si on bossait (bis)
Mais il nous a grugés
Ses potes se sont gavés
Dansons la Carmagnole
Vive le son Vive le son
Dansons la Carmagnole
Vive le son du canon
Madame Veto avait juré (bis)
Que personne ne s'rait oublié (bis)
Mais elle nous a trompés
Sa veste elle a r'tourné
Refrain...
"La populace est composée d'animaux d'une espèce si vile qu'ils pourraient devenir dangereux si on les laissait inoccupés.Il est donc plus prudent de faire en sorte qu'ils soient toujours trop occupés pour penser."
Merci, Dianne
Orwell avait choisi l'humour dévastateur : s'étant ensuite impliqué dans la vie des ouvriers de Wigan, il avait, bien avant tout le monde compris ce qui les éloignait progressivement du socialisme. Mais la leçon n'a été entendue par personne. Et pourtant il écrivait "Le quai de Wigan" en 1937.
j'ajoute que vos doutes sur ma capacité à comprendre l'humour concernant l'ex pression "salauds de pauvres" me fait très mal (non pour moi, mais pour mes collègues pauvres) - je connais cette arrogance automatique ou presque des "cultivés" envers la caste de ceux d'en bas.
Eh du con , eduquons est un jeu de mot d'une subtilité telle que je ne l'avais pas compris la première fois où vous me l'avez balancé, peut-être parce que j'ai une haute idée de ce que devrait être l'éducation justement... évidemment, la deuxième ça m'apparait comme un peu éculé !
Je donne au passage, s'il y a des pauvres qui lisent mediapart, la recette que j'ai appliqué avec succès pour mon enfant, si l'on veut qu'il réussisse malgré tout : il faut être faux-cul avec les profs, leur montrer notre grande admiration, les remercier, leur parler humblement, glisser un "peut-être cela serait-il possible de..." "oui, je sais, il ne joue pas son rôle d'animateur (en réalité il a la trouille de passer pour un "bouffon", un lèche-botte, mais ça il ne faut jamais le dire) , mais il est très timide... ". Dès que vous revendiquez, cela retombe sur le dos de votre enfant... Ne pas s'étonner qu'ils vous reçoivent en deux minutes sur un bout de trottoir, avec un quart d'heure de retard, et ne vous donne aucune explication... Ne pas s'offusquer : les leçons demandées qu'il vous "offre" (les 20 euros " au black paient juste ses cigarettes" dit-il avec tant d' humour) pour que votre enfant aie la mention très bien au bac... merci...merci... je vous baise les mains... et pourtant vous ne vous êtes même pas battu pour que cet enfant aie droit ensuite à la rarrissime bourse de mérite !
Vous étiez sans doute trop occupé à donner des leçons privées et fort bien rémunérées dans ces "prépas privées" aux étudiants en médecine ?
Bonjour vieilledame,
Je ne comprends pas cette agressivité envers Dianne. La colère t'aveugle.
- je connais cette arrogance automatique ou presque des "cultivés" envers la caste de ceux d'en bas.
Jamais jugement aussi implacable n'a aussi mal collé à Dianne. Ca pourrait être drôle d'ailleurs si ce n'était si véhément, presque méchant....
Je pense comme elle que tu as des comptes à régler avec l'école, ou avec certains enseignants. Mais s'il te plait, ne fait pas porter le chapeau à notre chasseresse ! C'est primaire et surtout injuste
Quant à ta recette, elle me désole. Cette façon de projeter sur son enfant cette haine de l'enseignant est stupide à mon avis. Ca donne l'impression que tu t'accroches comme une désespérée à ton statut de "pauvre", et que tu fais tout pour créer un fosé entre toi et ton enfant d'une part, et ceux qui pourraient aider à sortir de ce statut.
Malgré ses disfonctionnements, sa lourdeur et parfois son incompétence, c'est l'école, après les parents ou la famille, ou malgré les parents et la famille, qui permet aux enfants de s'ouvrir sur le monde, de s'intégrer aux autres, de grandir, d'apprendre.... La voir comme une ennemie, c'est se recroqueviller sur soi, ne pas saisir les chances offertes. Un enfant se sentira bien à l'école s'il sent ses parents en paix avec l'institution, confiants, prêts à se battre pour lui avec l'enseignant, et non pas contre.
Le système est loin d'être parfait, on est tous d'accord pour le reconnaître, et Dianne la première. Et surtout, l'école ne peut pas toujours suppléer à des parents défaillants, en errance, mal dans leur vie.... (Il ne s'agit pas toujours de pauvreté ou de richesse en matière d'argent et de moyens.)
Ne reprochons pas à l'école nos propres faiblesses, et surtout, ne déchargeons pas notre rôle de parents sur les enseignants ! Assumons nos responsabilités. Et bossons tous ensemble, plutôt que les uns dressés contre les autres.
Non ?
Pendant ce temps-là....
http://blogs.mediapart.fr/blog/sebastien-rome/010911/pourquoi-je-demissionne-de-leducation-nationale
Classes dangereuses donc. Quelles "classes" ? Et pour qui ?
Oui, j'ai lu ce billet. Que dire ? Rien ou mille choses, c'est selon le degré de son affliction.(ça existe ce mot-là ? Pas sûre...
)
Je crois que vieilledame devrait le lire, ainsi que tous et toutes.
Merci Dianne.
degré de son affliction.(ça existe ce mot-là ?
Si si, tu as bon. Même qu'en général, la réalité dépasse l'affliction...
Nota : très bien ton commentaire ci-dessus (posté à 09:09).
Tu es sûr que la réalité ne dépasse pas la friction plutôt ?
(Je me marre toute seule de mes jeux de mots fins et spirituels.... C'est dire dans quel état lamentable je suis après une semaine de reprise du boulot ! )
Merci pour le compliment Maître Samines.
Je n'ai fait qu'écrire ce que je crois, Ô ma reine.
Bien sûr, un prof qui démissionne en disant : "Depuis la fin des années 80, je n'ai pu qu'assister à la dégradation de la liberté éducative et pédagogique de l'enseignant, et à l'appauvrissement du champ éducatif à l'école. " a toute mon estime !
Je suis étonnée de ne pas arriver à me faire comprendre. Si un policier applique des lois iniques, est-il capable de faire la distinction entre les quelques rares personnes pour lesquelles il arrive à fermer les yeux et le résultat de l'action qu'on exige de lui ? Si un enseignant applique un système inique (démontré par les statistiques) est-il capable de comprendre qu'il est au service de ce service inique, quelque soit les rares cas qu'il arrive à faire passer au travers du tamis ?
Ce type d'aveuglement n'est pas rare. Il est lié au confort économique d'une part (si, si, la longévité des enseignements indique bien le confort physique dans lequel ils vivent) - et d'autre part au déni, car si on réalise ce à quoi on participe, même avec les meilleures intentions du monde, on risque de se sentir coupable, et ce n'est pas confortable psychologiquement (euphémisme).
PS : je n'ai pas été victime du système scolaire, je faisais partie, à l'époque, des privilégiés...
Dianne, ne pose pas à la victime de harcelement ! j'essaie seulement de te faire comprendre... enfin... j'essayais...
"la longévité des enseignements indique bien le confort physique dans lequel ils vivent)
Je n'avais pas lu depuis longtemps quelque chose d'aussi crétin. Je viens ces deux dernières années d'enterrer quatre de mes collègues, autour de cinquante ans. Votre fiel vous étouffe l'esprit.
J'interviens de moins en moins , Nefer .
Tu l'as rermarqué il me semble , mais là je ne peux que saluer tes propos .
Bravo à toi , et Merci à Dianne .
Pour en revenir aux classes dangereuses épinglées par Orwell, elles assistent certainement réjouies au dézinguage d'une institution à vocation égalitaire, par leurs pairs au pouvoir et par leurs adjoints en médisance.
Tous contre tous à la base. C'est comme ça que règne le fric.